00:00 On va poursuivre avec une autre entrepreneur, elle s'appelle Sonia Eskech, elle aussi elle est médecin.
00:05 La France bouge,
00:08 la pépite du jour. Chaque année nous remettons des trophées Europe 1 de l'avenir, ici on découvre des pétipites, des toutes petites entreprises.
00:14 Aujourd'hui c'est le cas, c'est un projet qui est né il y a deux mois, c'est bien cela Sonia Eskech ?
00:20 La société a été créée il y a deux mois mais le projet date de plus longtemps.
00:23 De plus longtemps !
00:24 Vous avez 63 ans, vous êtes chercheur, vous êtes passionnée par les innovations thérapeutiques, vous avez travaillé surtout dans l'industrie pharmaceutique,
00:31 vous avez démarré en Autriche c'est ça ?
00:35 Oui pour Sandoz.
00:36 Sandoz, aux Etats-Unis dans la Silicon Valley et vous êtes rentrée en France pour travailler sur les antiviraux,
00:41 notamment sur le sida. Ce n'est pas votre première start-up ?
00:45 Non, j'ai créé déjà plusieurs start-up.
00:48 Que vous avez dirigées, vendues.
00:51 Mais comment ça vous vient cette histoire de venin de serpent, du serpent mamba ? Il paraît que c'est le serpent le plus vénimeux au monde.
00:56 Oui alors en fait,
00:58 ces travaux sont issus des recherches menées au CEA par le co-fondateur de la société VFORCURE
01:05 et qui travaille donc sur l'identification de molécules d'intérêt thérapeutique
01:09 dans des venins animaux. Donc c'est basé sur des technologies assez nouvelles,
01:14 d'analyse par génomique, par protéomique, pour repérer
01:20 des séquences de molécules qui ont un intérêt thérapeutique.
01:23 Donc c'est des résultats de travaux de recherche qui datent déjà de nombreuses années.
01:29 Mais le projet de l'entreprise,
01:31 la boîte a été lancée en mars,
01:34 il y a tout juste deux mois. Donc VFORCURE c'est quoi ?
01:38 Vous aussi vous allez pitcher, est-ce que vous êtes prête Sonia Eskech ?
01:41 Ok.
01:41 Allez, on vous écoute, c'est parti.
01:43 Donc VFORCURE développe des médicaments innovants dérivés de venins. Pourquoi cela ?
01:49 Ces venins contiennent en fait de multiples molécules biologiques
01:53 très puissantes et à action très rapide. Ils sont donc une source de molécules d'intérêt thérapeutique innovants.
02:01 Donc c'est le but des recherches menées au CEA.
02:03 Et notre produit phare aujourd'hui est un peptide de synthèse
02:07 dérivé d'une molécule découverte dans le venin du mont Bavaire,
02:12 serpent très venimeux, mais je vous rassure la molécule n'est pas du tout toxique.
02:18 En fait son activité est très spécifique et très sûre sur les reins et donc il permet de traiter certaines pathologies cardio-rénales.
02:26 Donc c'est des pathologies qui touchent des millions de personnes dans le monde,
02:29 qui ont des conséquences très graves sur la santé et pour lesquelles il existe peu ou pas de traitement efficace.
02:35 Donc l'objectif de VFORCURE
02:37 est de faire la preuve de l'efficacité clinique de cette molécule et ensuite de l'amener sur le marché via des partenariats industriels.
02:46 Merci et bravo, merci pour votre pitch Sonia Escaich, vous êtes la présidente de VFORCURE.
02:52 Aujourd'hui vous êtes trois fondateurs, vous espérez embaucher entre 5 et 7 personnes.
02:59 Vous avez besoin de pas mal de profils autour de la tech, des compétences différentes.
03:05 Vous avez obtenu pas mal d'accompagnement en termes financiers, notamment auprès de la BPI, la Banque publique.
03:12 En fait on a été grand prix du concours pour l'innovation iLab l'année dernière.
03:18 Donc bravo.
03:20 Quel regard portez-vous là-dessus Audrey Dervelois, vous êtes la présidente de Sanofi France.
03:24 Je trouve que ça illustre l'écosystème français, en fait on dit toujours les Etats-Unis, Bosson etc.
03:30 Et je pense que nous en tant qu'entreprise française, ça fait partie aussi de notre responsabilité de regarder ce qui se passe en France,
03:37 de promouvoir l'écosystème, c'est ce qu'on fait d'ailleurs pas mal chez Sanofi.
03:41 On a beaucoup de partenariats aussi avec des startups.
03:43 Donc c'est bien, en tout cas ça me réjouit moi de voir toutes ces initiatives.
03:48 Si vous êtes parmi nous aujourd'hui Sonia Escaiche, c'est parce que vous avez des besoins,
03:52 notamment encore des besoins de financement pour continuer la recherche et le développement des tout premiers médicaments.
03:58 Parce que là pour l'instant, c'est encore à l'état de projet si on peut le dire comme ça.
04:02 On va demander à Nathalie Carré qui est en charge de l'entrepreneuriat à la CCIS,
04:06 ce qu'elle en pense parce que c'est son métier d'accompagner les entreprises.
04:09 Elle n'est pas médecin, mais les entreprises qui se développent.
04:11 Bonjour Nathalie.
04:12 Bonjour Elisabeth, bonjour tout le monde.
04:14 Non, pas médecin du tout.
04:15 Pas médecin, mais pour l'entrepreneuriat et pour développer une boîte, c'est votre compétence.
04:19 Quelles sont les suggestions que vous pourriez faire à Sonia pour V4Q?
04:24 Alors, je ne vais pas vous donner le nom de potentiel investisseur clé en main,
04:28 mais sans vouloir m'immiscer dans la stratégie de Sanofi,
04:31 ça pourrait être intéressant pour eux d'explorer les nouvelles données de l'Ibarapetit.
04:35 Moi, j'ai dit ça, je n'ai rien dit.
04:38 En tout cas, au cas où vous devriez aller chercher d'autres financements complémentaires,
04:44 j'ai des questions et des conseils pour préparer cette recherche de financement.
04:47 Déjà, que voulez-vous que V4Q devienne dans les 20 ans à venir?
04:51 Je le dis souvent, mais les investisseurs ont besoin de savoir le cap prévu des entreprises dans lesquelles ils investissent.
04:57 Voulez-vous que V4Q devienne le centre de recherche expert des venins de serpents qui soignent?
05:02 Voulez-vous plus largement qu'il devienne le centre de recherche expert des venins qui soignent,
05:06 qu'il s'agisse de serpents, d'araignées ou autres?
05:09 Voulez-vous aller jusqu'à la phase d'évaluation clinique des molécules,
05:12 puis passer le relais au laboratoire d'une entreprise pharmaceutique?
05:14 Ou voulez-vous aller jusqu'au bout?
05:16 Bref, comment imaginez-vous votre rôle dans ce parcours long et fastidieux du développement d'un médicament?
05:21 Deuxième question, mais qui est en lien avec la première,
05:23 faut-il développer le médicament puis aller chercher un industriel,
05:26 ou aller d'abord chercher un industriel puis développer le médicament avec lui?
05:30 En effet, chaque entreprise pharmaceutique a ses champs de recherche et ses spécialités.
05:34 Et si votre partenaire, celui qui vous fera confiance le premier, spécialise des antitouleurs par exemple,
05:39 vous allez peut-être travailler prioritairement sur les venins qui sont reconnus comme des antitouleurs
05:43 et pas ceux qui peuvent soigner l'hyponatrémie par exemple.
05:47 Vous avez appris un mot là Nathalie Nicolas-Chapelard.
05:49 Oui, alors complètement, mais tu aurais dû me répéter d'ailleurs.
05:51 Vous en pensez quoi Robert Marino, parce que vous, votre métier c'est de fabriquer des...
05:56 c'est les candidats médicaments. Il n'y a pas quelque chose à faire avec V4Cure?
06:01 En fait, ce qui est, je trouve, magnifique avec V4Cure, c'est de réussir à trouver dans les ressources naturelles
06:06 les points de départ pour optimiser et découvrir des médicaments.
06:09 Nous, on peut aider sur ces points de départ à les optimiser, à savoir comment faire mieux plus vite.
06:16 Et c'est souvent le côté essai-erreur qui est difficile avec les retours dans le labo.
06:20 Mais là, la molécule a l'air déjà tellement bien optimisée, tellement prête...
06:23 Elle a l'air bien avancée.
06:25 Il n'y a plus qu'à.
06:27 Justement Nathalie, dans le "il n'y a plus qu'à", je crois qu'il faut aussi rassurer des potentiels investisseurs.
06:32 Eh bien oui, parce que d'après ce que j'ai pu lire, il y a déjà plus de 30 ans qu'on utilise une toxine animale pour un médicament.
06:37 Et pourtant, il n'y en aurait que 6 disponibles sur le marché américain et européen à base de venins animaux.
06:42 Et il n'y aurait qu'un projet de recherche sur le sujet, Venomix,
06:46 qui est donc un projet de recherche fondamentale sur les venins et leurs potentielles propriétés médicales.
06:50 Donc la question qu'il va se poser un investisseur potentiel, c'est pourquoi ce champ prometteur
06:54 n'est pas plus exploré ?
06:56 Votre associé a dit dans la presse il y a quelques années que
06:59 "l'industrie pharmaceutique préfère les petites molécules simples, actives par voie orale et qui coûtent très peu cher à fabriquer.
07:05 Identifier un candidat médicament à partir d'un venin animal est une opération complexe.
07:09 Cette procédure peut prendre jusqu'à un an avec un taux d'échec important."
07:12 Alors pouvez-vous rassurer sur ce point ?
07:14 Sans compter que la plupart des animaux utilisés pour leurs venins sont en voie de disparition,
07:18 victimes de chasse illégale et de leur écosystème détruit,
07:21 du coup, cuite de la matière première.
07:23 Est-ce que vous allez les synthétiser ou faire des élevages de serpents vénimeux ?
07:27 Vous l'avez dit dans votre pitch, mais dites-le dans la présentation de votre entreprise.
07:31 Par ailleurs, quels sont les perspectives pour d'autres médicaments de venin ?
07:34 Combien de millions, voire de milliards de personnes pourraient être concernés ?
07:37 Certes, on parle de médicaments, mais vos investisseurs futurs restent des structures ou individus qui cherchent un retour sur investissement.
07:43 Côté autorité sanitaire, quels sont les potentiels "a priori" des instances
07:47 qui donnent leurs autorisations de mise sur le marché sur ce type de traitement ?
07:50 Est-ce que vous avez déjà évoqué ce sujet avec leurs experts ?
07:53 Et enfin, côté médecins et pharmaciens, ont-ils appris à utiliser ces médicaments dans leur formation ?
07:57 Sont-ils à l'aise avec ça ? Ne faut-il pas commencer à les sensibiliser pour faciliter la prescription demain ?
08:02 Et il y a sûrement plein d'autres questions que pourrait se poser un investisseur.
08:05 Vous devez donc commencer à documenter vos travaux, leur déboucher potentiel, votre cap,
08:09 bref, commencer à expliquer pour rassurer et à faire savoir ce que vous faites,
08:13 encore une fois pour rassurer sur la pertinence d'investir à vos côtés et pour sensibiliser toutes les parties prenantes.
08:19 Vous aurez gagné quand V4Q aura fait en sorte qu'avaler du venin d'animaux pour soigner devienne une évidence pour chacun et chacune
08:25 et que, en plus, on finisse par trouver mignons ces petits animaux venimis.
08:29 Merci Nathalie Carrèche, on voit ce sourire, Sonia Eskech.
08:32 Vous avez pris note, j'espère, de tout ce que vous a raconté, Nathalie, c'est tout l'aspect business, tout ça,
08:39 tout pour faire en sorte de rentabiliser, de pérenniser l'entreprise.
08:45 C'est souvent le cas dans l'industrie pharmaceutique, c'est le fameux "il n'y a plus qu'à",
08:48 c'est-à-dire qu'on a trouvé la solution mais...
08:51 Oui, je voudrais quand même corriger tout de suite, il ne s'agit pas d'avaler du venin.
08:55 Non, non, c'est une façon de parler, c'est une façon de parler Nathalie.
08:57 On parle en fait de molécules d'origine naturelle, les molécules dont on parle en fait sont des peptides,
09:04 donc des molécules d'origine naturelle, il est très facile de les dériver, de les modifier génétiquement
09:11 pour qu'elles ne soient pas toxiques et surtout pour qu'elles soient compatibles avec un développement pharmaceutique.
09:17 Donc il y a déjà des peptides qui sont commercialisés pour d'autres indications,
09:21 donc ce n'est pas le sujet, ils sont bien sûr synthétisés chimiquement.
09:25 Mais bien sûr, oui.
09:26 Donc au niveau business, il est clair que c'est une aventure longue et compliquée
09:31 qui nécessite beaucoup de moyens parce que développer un médicament, ça coûte très cher.
09:35 Et donc l'idée c'est quand même de partir de la base des molécules que nous avons
09:39 qui sont caractérisées et qui sont actives,
09:41 donc on a un pipeline en dehors de la première dont je parlais tout à l'heure.
09:44 Et en fait d'utiliser ces molécules dans des pathologies vraiment où il y a un besoin médical.
09:50 Ça concerne combien de personnes dans le besoin médical ?
09:52 C'est pour les pathologies cardio-rénales, c'est ça ?
09:54 C'est des dizaines de millions de personnes dans le monde
09:56 qui sont très mal adressées par les thérapeutiques actuelles.
09:59 Donc vous reviendrez en tout cas, j'espère nous en parler, pour nous donner la suite de V4Q.
Commentaires