00:00 - Culture Média sur Europe, Philippe Vandel.
00:03 - Dans un instant on va retrouver nos invités médias du jour.
00:05 Ils sont déjà dans ce studio, l'animateur Thomas Hill et le réalisateur Freddy Spak.
00:08 Mais d'abord, c'est l'heure des télescopages de Bruno Denez.
00:11 Bonjour Bruno. - Bonjour Philippe.
00:12 - Tous les jours Bruno, vous observez ici les mutations médiatiques.
00:15 Et ce matin, vous avez choisi de pointer votre télescope sur un phénomène
00:19 qui a folle le petit monde de l'édition, les Sensivity Readers.
00:23 - Alors les Sensitivity Readers, Philippe, ce sont des relecteurs sensibles.
00:28 C'est-à-dire des gens à fleurs de peau qui sont chargés par certaines maisons d'édition
00:32 d'expurger les textes des grands auteurs, des termes qu'ils jugent
00:35 pas assez politiquement corrects. Allons bon.
00:38 Alors autant vous dire que plus qu'un phénomène, c'est surtout, allez, une connerie monumentale.
00:43 Oui, oui, mon texte n'est pas encore passé sous les fourches codines d'un Sensibility machin
00:47 qui m'a flanqué les nerfs en plot lorsque j'en ai entendu parler,
00:50 ce week-end en plein milieu du 20h de TF1.
00:53 - La prochaine fois que vous lirez un roman d'Agatha Christie, ouvrez l'œil.
00:57 Car Quentin Fichet, qui signait cet épatant reportage, nous a parfaitement bien expliqué la situation.
01:02 - Des termes vont bientôt disparaître, jugés racistes.
01:05 - Dans l'œuvre d'Agatha Christie notamment, des mots vont être remplacés ou tout bonnement censurés.
01:11 - Dans la mystérieuse affaire de Stiles par exemple, l'expression d'Hercule Poirot,
01:15 c'est un juif bien sûr, va être retirée.
01:17 - Et dans les livres de Roald Dahl, cet écrivain gallois très prisé des enfants
01:22 auquel on doit entre autres le délicieux Charlie et la chocolaterie,
01:25 le mal a déjà été fait puisque des chapitres entiers ont été intégralement réécrits par des sensibility billules.
01:32 - Le mot "gros" n'apparaît plus.
01:35 - Les plis gras de son cou flasque deviennent les plis de son cou.
01:39 - Le pauvre petit gars, l'air maigre et affamé, devient le gars, histoire de ne blesser personne.
01:46 Voilà, plus le droit d'écrire le mot "gros" ou "maigre"
01:50 et plus le droit non plus d'employer l'adjectif "noir",
01:52 même si c'est pour qualifier la couleur d'un tracteur.
01:56 Je vous jure que tout ceci est vrai.
01:58 Alors, dans son reportage, le journaliste de TF1 a donné la parole à l'un de ses saboteurs littéraires,
02:04 un sensibility truc mûche, qui lui a expliqué comment et pourquoi
02:07 il passait consciencieusement les textes des autres à l'effaceur pudibon.
02:12 - On s'intéresse aux tournures de phrases, aux vocabulaires stéréotypés, discriminants ou fonciants.
02:18 Je ne pense pas que ce soit ça, la patte de l'auteur, l'originalité, la singularité.
02:23 "Je ne pense pas que ce soit ça, la patte de l'auteur".
02:26 Alors, en entendant ça, j'ai d'abord eu envie de faire lire à ce garçon un son Antonio de Frédéric Dard,
02:30 histoire de voir ce qu'il en resterait une fois ses basses besognes effectuées,
02:34 ou mieux encore, le voyage au bout de la nuit de Céline.
02:36 Et puis, finalement, j'ai trouvé mieux.
02:38 Car dans les colonnes de Libération, Lionel Shriver, une romancière américaine
02:42 qu'on ne peut pas soupçonner d'être réac, a livré une réponse absolument magistrale
02:47 à tous ceux qu'elle appelle "des apprentis écrivaillants".
02:50 "La révision pudibon des œuvres par une médiocrité conformiste", écrit-elle,
02:55 "équivaut à ajouter un soutien-gorge à la naissance de Vénus".
02:59 La naissance de Vénus, vous le savez, Philippe, c'est ce splendide tableau signé Botticelli
03:03 qui montre une femme tout sain dehors, le sexe à peine recouvert de ses longs cheveux roux.
03:08 Et Lionel Shriver conclut en ajoutant que ces fouilles-merdes massacrent la création d'auteurs contemporains
03:13 déjà détestables, mais qu'ils s'attaquent aux œuvres d'auteurs trop morts pour pouvoir se défendre
03:18 est totalement impardonnable. On ne saurait dire mieux.
03:22 Alors, je ne sais pas vous, mais moi, cette petite histoire m'en a rappelé une autre.
03:25 L'affaire dite du culottier du pape. Ça s'est passé au XVIe siècle.
03:29 Le pape Jules III avait alors demandé au peintre Daniele da Volterra
03:33 de bien vouloir rajouter des caleçons, des caleçons au personnage que Michel-Ange avait dessiné nu
03:39 sur le plafond de la chapelle Sixtine, où la démonstration, Philippe, que les sensibilités mis genoux
03:45 non-sens comptant d'être culottées, ont également cinq petits siècles de retard.
03:51 Merci beaucoup, Bruno Donnet. A demain. A demain.
03:53 Oui, Culture Média continue dans un instant sur Europe 1.
03:56 On vous emmène à la rencontre d'un chef étoilé, d'un chapentier, d'une ostréocultrice, d'un sculpteur, d'un maître verrier
04:02 et tout cela dans une région au paysage à couper le souffle.
04:05 Ça s'appelle "Ils font rayonner la France", direction la Bretagne.
04:09 C'est ce soir en Prime sur France 3. On en parle dans un instant, juste après ce tube de 1980 avec "Taxi Girl".
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