00:00 [Générique]
00:09 Le Maghreb sort en ordre dispersé de la séquence de la crise de la Covid et du contre-coup de la guerre en Ukraine sur les prix de l'énergie et de l'alimentaire.
00:18 L'économie tunisienne en est assurément la grande perdante puisqu'elle se trouve au bord de l'implosion.
00:24 C'est tout un système qui est aujourd'hui proche de la rupture.
00:27 A tel enseigne qu'à court terme, l'avenir du pays est suspendu à l'obtention d'un prêt de 1,9 milliard de dollars du FMI,
00:35 un prêt sur 4 ans dont les conditions d'obtention sont jugées inacceptables.
00:40 Pierre d'achoppement avec l'institution de Washington, le système de subvention tunisien des produits importés pour contrôler les prix.
00:47 Des hydrocarbures, du café ou du sucre, mais aussi des filières nationales comme celle du lait.
00:52 Un système arrivé au point de rupture car l'État n'a tout simplement plus les moyens de le financer.
00:58 L'endettement public dépasse désormais 80% du PIB, les déficits s'empilent et ne laissent pas entrevoir autre chose
01:04 que la poursuite de la dérive des finances publiques avec un risque grandissant de défaut de paiement,
01:09 consacré par la dégradation de la note de la dette souveraine du pays par Moody's en janvier dernier.
01:15 Autre signe qui ne trompe pas, les réserves de change se tarissent.
01:19 Le dinar est au plus bas face au dollar, comme à l'euro, et la Banque centrale n'a de cesse de resserrer sa politique monétaire
01:26 pour tenter de juguler l'inflation et éviter la fuite des capitaux, sans beaucoup de succès.
01:31 La hausse des prix reste supérieure à 10% et s'approche de 16% dans l'alimentaire malgré les subventions.
01:38 C'est bien là le noeud corandien des autorités tunisiennes contraintes de choisir entre protection du consommateur et le contrôle de ses dépenses.
01:45 L'économie tunisienne est dans une impasse.
01:48 Son industrie demeure sous-dimensionnée et le tourisme, important pour voyeurs de devise,
01:52 est confronté à des problèmes de sécurité, une concurrence étrangère accrue et à un manque d'investissement.
01:59 Le PIB tunisien était au quatrième trimestre 2022 toujours inférieur de près de 2% de son niveau de la fin 2019 et sa balance courante archi-déficitaire.
02:08 La fuite des cerveaux, médecins, ingénieurs, etc. s'intensifie et prend des proportions inquiétantes.
02:14 L'Algérie est à notre bout du spectre.
02:16 La flambée du pétrole et plus encore du gaz naturel en fait l'un des principaux gagnants de la crise énergétique.
02:22 Et pour cause.
02:23 L'Algérie est un acteur important du marché.
02:26 Dixième producteur mondial de gaz naturel, le pays est surtout le huitième exportateur de gaz naturel liquéfié.
02:32 Avec le pétrole, il s'agit bien entendu de l'un des piliers de l'économie algérienne.
02:36 Les hydrocarbures, c'est très directement plus de 20% du PIB algérien, environ 47% des rentrées fiscales et plus de 80% des exportations en valeur.
02:47 Il suffit de comparer deux courbes pour prendre la pleine mesure de la dépendance d'un système construit depuis des années sur la performance du secteur des hydrocarbures.
02:56 La première, c'est celle du cours du Brent.
02:59 La seconde, celle du PIB en valeur.
03:02 Des prix élevés du pétrole et c'est l'assurance d'une accélération de la croissance des comptes courants extérieurs excédentaires,
03:09 des finances publiques assénies et des réserves de change qui enflent.
03:13 Et c'est bien le cas.
03:14 Les excédents courants ont fait leur retour l'année dernière, pour la première fois depuis 2013.
03:20 Et à 60 milliards de dollars environ, fin 2022, les réserves de change ont augmenté et continué de progresser début 2023,
03:28 même si le pays reste très loin de ses records historiques.
03:32 Bien entendu, l'apaisement des cours des hydrocarbures va peser cette année.
03:36 Mais les prévisions de croissance restent positives.
03:38 Le pays n'en a pas pour autant terminé avec ses problèmes structurels.
03:42 Poids excessif d'entreprises publiques inefficaces, corruption et lobby des importateurs qui freinent l'essor du secteur privé, faiblesse du secteur financier, etc.
03:50 Mais le pays a pris un virage pour redonner des couleurs à l'ensemble de son tissu économique.
03:56 C'est notamment l'abandon de la règle du 51-49 qui exigeait la participation majoritaire algérienne à toutes les nouvelles entreprises.
04:03 Un frein évident aux IDE.
04:05 Mais c'est aussi la volonté de mieux exploiter les sous-sols avec par exemple le projet phosphate intégré dont le but est de permettre au pays
04:11 de devenir l'un des principaux exportateurs d'engrais et de fertilisants.
04:14 Un projet ambitieux en partenariat avec la Chine.
04:18 Bref, le pays se diversifie.
04:21 Le Maroc se situe dans un entre-deux.
04:24 Comme la Tunisie, le pays est confronté à une hausse générale des prix avec une inflation générale au plus haut depuis plus de 20 ans,
04:31 sa composante alimentaire dépassant les 20% en février dernier.
04:35 Pour en atténuer les répercussions sur les ménages, le Maroc a adopté une série de mesures, notamment l'octroi de subventions générales sur les produits de première nécessité
04:44 et le maintien des prix réglementés préexistants.
04:47 Avec à la clé une mobilisation des dépenses publiques correspondant à presque 2% du PIB.
04:53 Mais à la différence de la Tunisie, le coût est supportable par les finances publiques et n'inquiète pas.
04:58 Et pour cause, l'endettement public demeure modéré en dépit d'un déficit public qui voisine encore 5% du PIB.
05:04 Mais mieux encore, les réserves de change sont à un pic historique.
05:08 Grâce aux excédents courants, avec pour toile de fond les résultats exceptionnels d'OCP,
05:14 premier exportateur d'engrais dans le monde, à quoi s'ajoute l'amélioration des recettes touristiques qui surplombent leur niveau de 2019
05:21 et les transferts de fonds effectués par les Marocains résidant à l'extérieur.
05:26 Algérie, Maroc, Tunisie, c'est la nouvelle hiérarchie des économies du Maghreb.
05:32 [Musique]
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