00:00 Stanley Kubrick comparait les acteurs à des instruments de musique, capables de jouer
00:10 juste ou faux et de provoquer des émotions sans l'usage des mots.
00:14 Selon sa fille, Anya, il aurait adoré dans une autre vie être un compositeur ou un pianiste
00:20 classique.
00:21 En tout cas, cet amour pour la musique classique, on le retrouve dans ses films.
00:25 Mary Linden, Orange Mécanique, Shining, 2001, l'Odyssée de l'espace.
00:32 Il est vain d'employer quelqu'un qui n'est pas à l'égal d'un Mozart, d'un
00:37 Beethoven ou d'un Strauss pour écrire une musique de film orchestral.
00:40 Pour cela, on a un vaste choix dans la musique du passé.
00:43 Cette petite phrase, glissée dans un entretien du réalisateur en 1976, résume bien l'approche
00:50 musicale de Stanley Kubrick.
00:52 Vous savez cette façon singulière qu'il a de faire appel à des oeuvres plus ou moins
00:56 connues du répertoire ou de la musique contemporaine, de son temps, pour les détourner et les
01:01 employer dans ses propres films.
01:03 Sorti en 1968, 2001, l'Odyssée de l'espace est le premier de ses grands films à faire
01:09 un usage important du classique.
01:11 Pour annoncer un nouveau langage cinématographique, une nouvelle manière de mêler la musique
01:16 et les images, il utilise une oeuvre qui nous donne l'impression d'un lever de
01:20 soleil.
01:21 C'est le très impressionnant prélude d'Ainsi par Lézard Atoustra, composé en
01:25 1896 par Richard Strauss.
01:27 Une oeuvre qui symbolise le jour qui se lève, mais aussi l'éveil et la sagesse dans
01:43 l'ouvrage éponyme de Nietzsche, et dans le space opera de Kubrick, c'est un lever
01:46 de soleil, mais aussi la naissance de l'humanité.
01:49 Rien que ça.
01:50 Pour la petite histoire, Kubrick avait d'abord pensé à deux compositeurs bien vivants
01:59 pour écrire la bande originale de son space opera.
02:01 Tout d'abord, le compositeur allemand des Carmina Burana, Karl Orff, mais aussi le compositeur
02:07 du film Spartacus, à savoir Alex North.
02:10 Mais comme Kubrick a travaillé avec de la musique classique pendant le tournage, le
02:13 montage du film, il ignore finalement la partition composée spécifiquement pour lui, par Alex
02:19 North.
02:20 Il a imaginé la colère, la déception du compositeur quand il a vu que finalement,
02:24 sa musique a été mise de côté au profit d'une partition plus ancienne, celle de
02:29 Johann Strauss par exemple.
02:30 Après avoir fait danser des officiers français dans les Sentiers de la Gloire, avant d'accompagner
02:45 les soirées d'une société secrète et masquée dans Eyes Wide Shut, la musique de
02:49 Johann Strauss est utilisée pour faire danser des vaisseaux spatiaux.
02:53 D'ailleurs, pour la petite histoire, pour la scène où le vaisseau Discovery One dérive
03:05 dans l'espace, le réalisateur avait d'ailleurs pensé dans un premier temps à une autre
03:10 musique du répertoire classique, une oeuvre plus ancienne, romantique, c'est le songe
03:15 d'une nuit d'été de Felix Mendelssohn.
03:17 Mais comme le rappelle l'assistant de Kubrick à l'époque, Andrew Birkin, Kubrick n'était
03:28 pas satisfait de la légèreté, de la vitesse de tempo de la partition de Mendelssohn.
03:33 Et si le réalisateur a finalement choisi la valse lente du beau Danube bleu de Strauss,
03:38 c'est parce qu'il a vu un jour un projectionniste écouter cette oeuvre en regardant les images
03:42 du film.
03:43 C'est ainsi qu'il a finalement choisi la valse de Strauss dans une version bien
03:47 précise, remarquable, jouée par l'orchestre philharmonique de Berlin sous la direction
03:52 d'Ocarina.
03:53 Avouez que ça change la perception que l'on aurait des scènes spatiales de 2001 l'Université
03:59 de l'espace s'il avait gardé cette musique de Mendelssohn.
04:02 En tout cas, comme Kubrick sait bien que la musique a un pouvoir immense, il fait aussi
04:06 appel à des musiques avant-gardistes, pionnières pour filmer des scènes extraterrestres.
04:10 Par exemple, il choisit d'utiliser des oeuvres en apesanteur de Gyorgy Ligeti, un compositeur
04:16 anglois, comme son extrait de son Requiem, la pièce vocale Lux aeterna ou encore Atmosphere,
04:22 une pièce de 1961 pas très connue où sont gommées toute mélodie, tout rythme, tout
04:27 détail instrumental.
04:29 Il paraît que Ligeti voyait d'un œil méfiant l'utilisation de sa musique par
04:44 Stanley Kubrick.
04:45 A priori seulement, car après avoir vu le film de Kubrick, et après avoir certainement
04:49 compris qu'il lui offrait un coup de projecteur formidable, Ligeti apparaît-il donner son
04:54 accord plus facilement à Kubrick afin qu'il utilise sa musique dans d'autres films.
04:59 Je pense au testamentaire Eyes Wide Shut, où l'on retrouve sa musica Ricercata, mais
05:04 on peut aussi citer le terrifiant Shining, dans lequel la pièce Lontano côtoie celle
05:10 d'un autre hongrois, la très mystérieuse musique pour cordes, percussions et célestas
05:15 de Béla Bartók.
05:16 L'un des plus beaux de Ligeti est son premier film, qui s'appelle L'Aube, qui est un film,
05:23 en fait, de la musique de Béla Bartók.
05:26 L'un des plus beaux de Ligeti est son premier film, qui s'appelle L'Aube, qui est un film,
05:32 en fait, de la musique de Béla Bartók.
05:35 L'un des plus beaux de Ligeti est son premier film, qui s'appelle L'Aube, qui est un film,
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