00:00 dans l'intimité de l'histoire.
00:02 - Aujourd'hui Clémentine avec vous du cul et des nazis.
00:07 Et oui, puisque c'est ce que vous aimez le plus au monde, vous nous racontez l'histoire
00:12 d'un drôle de lieu qui n'était pas que drôle, le salon Kittin, maison close berlinoise au service des nazis.
00:19 - Oui Stéphane, parce que je vous ai déjà parlé ici même du Chabanet, vous en souvenez-vous ?
00:25 - Oui bien sûr, où Edouard Senne venait.
00:26 - Le Chabanet, vous connaissez Jean-Luc, l'une des plus célèbres maisons close parisiennes.
00:30 Bon, eh bien le salon Kittin à Berlin, c'était le même genre.
00:34 Canapés profonds,
00:36 tentures, tapisseries, pianos à queue et tableaux de maître.
00:41 Oui, et la tenancière de cet établissement s'appelait
00:44 Katharina Zamit et se faisait appeler Kitty Schmidt.
00:48 Elle avait la cinquantaine.
00:50 A l'origine elle était aide coiffeuse et puis elle a rencontré un monsieur d'un certain âge très fortuné
00:56 qui l'a laissé tomber et donc elle a sombré dans la prostitution
01:01 quand il l'a abandonné ce monsieur.
01:05 Elle a créé une première pension Schmidt et
01:08 avant la fameuse, la très célèbre qui a été prise en main par les nazis, elle avait déjà ouvert deux bordels.
01:16 Donc début 33, elle crée cette pension au troisième étage d'un immeuble discret et ça fonctionne très très bien.
01:22 Elle a beaucoup de clients, son établissement est fréquenté par la cour et la ville
01:26 et ça lui permet, Kitty Schmidt, de mettre pas mal d'argent de côté.
01:31 Alors à partir de 34, elle se met à transférer tous ses bénéfices dans une banque londonienne
01:36 où elle a ouvert un compte et elle envoie régulièrement à Nantes
01:40 ses pensionnaires qui cachent des liasses de billets dans leur soutien-gorge et leur petite culotte
01:46 fourré de billets de banque et qui vont alimenter le compte en banque londonien de Kitty Schmidt.
01:53 Parce que Kitty Schmidt, quand les nazis arrivent au pouvoir, elle se dit qu'elle va quitter l'Allemagne et partir en Angleterre.
01:59 Mais la police a remarqué qu'elle échange de nombreux télégrammes avec un ami londonien,
02:05 un ancien client des salons de Kitty qui est bien connu dans le monde du spectacle et qui s'appelle Sam Levin.
02:11 Donc elle décide de partir à Londres où elle aura de quoi vivre puisqu'elle a bien alimenté son compte en banque.
02:17 Elle prend le train le 29 juin 1939
02:19 parce qu'elle ne sait pas c'est qu'elle est suivie par un agent du service de sécurité de la SS.
02:25 On la laisse imaginer qu'elle va pouvoir filer et arriver à la frontière hollandaise
02:30 et bien on l'arrête et on la ramène à Berlin sous bonne garde.
02:34 Là on l'a fait mariner pendant deux semaines en cellule pour qu'elle soit bien préparée psychologiquement
02:40 et après quoi un certain Schellenberg, l'adjoint d'Heidrich de sinistre mémoire, lui met un marché en main.
02:47 Écoutez maintenant où vous travaillez pour nous, pour le SD, le service de sécurité de la SS,
02:52 où c'est le camp de concentration tout de suite ?
02:54 Alors évidemment...
02:56 - Là vous réfléchissez pas.
02:58 - Vous réfléchissez pas et c'est comme ça que le salon Kitty, la maison close de Kitty Schmidt,
03:02 devient une officine de renseignement et c'est Reiner Heidrich qui supervise toute l'opération.
03:08 Les prostituées reçoivent une véritable formation d'espionnes, on leur fait suivre des cours spéciaux,
03:14 alors du judo, combat rapproché, secourisme,
03:17 et elles sont censées pouvoir parler une centaine de mots dans différentes langues,
03:22 évidemment anglais, italien, espagnol.
03:26 On leur donne des renseignements classiques qui sont dispensés dans des maisons close,
03:30 c'est-à-dire des renseignements sur les maladies vénériennes, la façon de les éviter,
03:34 la coiffure, le maquillage, l'art de la conversation,
03:37 mais elles doivent être aussi capables d'identifier des grades et tous les insignes.
03:43 Bah oui, est-ce que j'ai couché avec un colonel, un maréchal ou un lieutenant ?
03:47 - Ah bah ça change tout !
03:47 - Bien sûr ! Sur la qualité des renseignements, ça change naturellement tout.
03:52 Et comment savoir recueillir sur l'oreiller et exploiter des renseignements ?
03:56 Toutes ces prostituées, il y a d'ailleurs des femmes du monde, il y a une femme de magistrat,
04:00 c'est pas simplement des femmes qui font le trottoir depuis toujours,
04:04 parce qu'il faut des femmes d'un certain niveau qui parlent leur entrejamble,
04:08 de la conversation et naturellement du sexe, vont savoir tirer les verres du nez à ces messieurs !
04:14 Bon, en plus elles sont dûment fichées ces dames, on sait tout d'elles.
04:19 La maison close devient ainsi un véritable centre d'espionnage,
04:22 derrière chaque mur, chaque tapisserie, il y a une quantité invraisemblable de micros,
04:29 il y a au moins huit micros par salon.
04:31 Et le sous-sol de la maison close est aménagé en une sorte de poste d'écoute, si vous voulez.
04:36 Il y a cinq agents qui en permanence écoutent, font les transcriptions de toutes les conversations.
04:42 Alors quel type de renseignements on obtient ?
04:45 Bon évidemment, ce qui facilite la chose c'est de l'alcool, le désir,
04:50 souvent les messieurs expriment leur opinion sincère sur le régime,
04:55 et comme il y a des clients illustres, ça peut être intéressant.
04:57 Parmi les clients du salon Kitty, Joseph Goebbels, le ministre de la propagande,
05:03 qui semble-t-il aimer regarder les dames faire l'amour, ça c'était sa tasse de thé.
05:08 Il y a eu aussi le comte Ciano, le gendre de Mussolini,
05:11 qui était alors ministre des affaires étrangères de l'Italie fasciste,
05:14 et lui il s'est tout à fait laissé aller en disant "votre Hitler il n'ira pas loin,
05:18 il ne se rend pas compte qu'il va se mettre l'ensemble de l'Europe à dos".
05:21 Donc on peut glaner, savoir un peu ce que pensent les clients.
05:25 Reiner Heydrich lui aussi fréquentait assidûment les lieux,
05:28 mais quand il était là tous les micros devaient être neutralisés,
05:31 ce n'est pas ce qu'on entend de ce qu'il racontait.
05:34 Cette officine d'espionnage a fonctionné jusqu'en 1942,
05:37 date à laquelle elle a été bombardée et complètement démolie.
05:40 Madame Schmitt, elle, est morte en 54 à 71 ans,
05:44 et on estime qu'il y a eu 25 000 enregistrements réalisés dans son établissement pendant la guerre.
05:52 Après elle, son salon a été repris ailleurs bien sûr, mais par sa fille.
05:57 Et puis dans les années 90, l'ancienne maison close a été transformée en maison d'accueil pour demandeurs d'asile.
06:03 Alors là, les voisins ont protesté, et donc ça a dû fermer,
06:08 à croire que les demandeurs d'asile incommodaient manifestement plus que l'activité de prostitution.
06:13 Eh bien je vous laisse messieurs réfléchir à cette intéressante constatation.
06:18 - Bah oui, merci beaucoup Clémentine.
06:20 Allez maintenant c'est le moment de l'émission.
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