00:00 sur la maltraitance en crèche, 4 mois d'enquête, des milliers de témoignages et des centaines et des centaines de situations qui sont au-delà du problématique.
00:07 7 minutes pour comprendre ce matin si nos enfants, tout simplement, sont en danger à la crèche.
00:12 Et on va en parler avec Brigitte Prévomêlé. Bonjour, vous êtes puéricultrice de santé publique et présidente de l'Association nationale des puéricultrices diplômées et des étudiants.
00:27 Bonjour Frédéric Boissef, vous êtes journaliste BFM TV à Lignes Rouges, vous êtes l'un des rédacteurs en chef d'un document que nous allons diffuser ce soir à 20h50, "Nos enfants en danger".
00:38 On va tout de suite regarder un extrait mais d'abord expliquez-nous dans quel contexte les images que les téléspectateurs vont voir ont été tournées.
00:46 En juin dernier, il y a eu un accident, une tragédie qui a beaucoup marqué, qui a libéré la parole dans le monde des crèches.
00:51 C'est une enfant qui a été empoisonnée par la dame qui était supposée la garder. Donc on a eu envie de voir ce qui se passait vraiment dans les crèches,
00:57 mais en allant au-delà de ce qu'on pouvait nous raconter ou des déclarations qu'on avait, donc on a décidé d'infiltrer les crèches.
01:03 Et une jeune journaliste de notre rédaction, sans modifier son CV, a envoyé des CV à plusieurs entreprises de crèches en expliquant qu'elle n'avait aucune expérience,
01:11 qu'elle ne s'est jamais occupée d'enfants, sauf d'enfants un peu âgés. Elle n'avait jamais géré de petits bébés, elle n'avait pas de diplôme.
01:18 Elle a envoyé des CV, au bout d'une vingtaine de demandes, on a fini par être embauché, et on a pu rentrer dans une première crèche en CDD, en caméra cachée.
01:25 Et voilà le genre de scène à laquelle elle a pu assister.
01:28 Dans une même journée, les employés doivent assurer de multiples tâches.
01:32 Elles font le ménage, réchauffent les repas, reçoivent des livraisons.
01:36 Autant de temps que Louise et ses collègues ne consacrent pas au confort des enfants et à leurs besoins les plus élémentaires.
01:43 On a oublié de leur donner de l'eau ce midi.
01:45 - Ah oui, personne n'a poncé. - Non.
01:49 - Bah, dès qu'ils se réveillent, on leur donne.
01:53 - C'est vrai, j'ai oublié.
01:56 - Moi et mes... Tout le monde a oublié.
02:00 - Tout le monde a oublié de donner de l'eau aux enfants.
02:02 Alors, dans le rapport, il y a des choses qui sont insoutenables.
02:04 Il y a des questions de fessées, on tire les cheveux à un enfant pour qu'il voit ce que ça fait,
02:08 des enfants attachés avec des sangles pour éviter qu'ils bougent pendant les repas,
02:11 une claque pour l'enfant qui ne veut pas faire pipi, douche froide pour calmer l'enfant énervé.
02:15 Donc ça, c'est évidemment au-delà du supportable.
02:17 Mais il y a aussi une sorte de violence douce, Frédéric.
02:21 - C'est le terme employé par les psychologues et par tous les professionnels de la crèche.
02:24 C'est que ces enfants, c'est des bébés, ils ont des besoins, ils ont besoin qu'on leur parle, qu'on les touche, qu'on les accompagne.
02:29 Et souvent, ces besoins fondamentaux-là, on ne les satisfait pas.
02:33 Les employés de crèche n'ont pas le temps, elles sont confrontées à un trop grand nombre d'enfants,
02:37 elles n'ont pas le temps de s'en occuper correctement.
02:39 Et ça a évidemment un impact sur les enfants.
02:41 Ça peut influer sur leur sommeil, sur leur développement, sur leur appétit.
02:44 Les parents peuvent le mesurer parfois, leurs enfants ne sont pas heureux d'aller en crèche, ils ne s'y épanouissent pas du tout.
02:48 - On réalise qu'il y a énormément de problèmes de recrutement.
02:52 Vous l'avez dit, cette journaliste de BFMTV qui a réussi à être recrutée après avoir envoyé quelques CV et sans aucune compétence.
03:03 Regardez cet extrait, vous allez voir comment s'est passé son premier jour.
03:08 Première surprise pour notre journaliste, à peine arrivée, elle doit se débrouiller seule.
03:13 - Il faut prendre deux enfants là-bas déjà.
03:15 - Ouais ?
03:16 - Tu prends la petite.
03:17 - OK.
03:18 - Et...
03:19 - Ouais.
03:20 - Ouais.
03:21 Alors qu'elle n'a jamais changé une couche, elle doit s'occuper d'enfants de 2 ans sans aucune aide.
03:27 Selon la réglementation, les crèches ont le droit de recruter du personnel non diplômé, mais à des conditions strictes.
03:36 Louise doit être accompagnée par une professionnelle expérimentée pendant 120 heures, soit 3 semaines de formation.
03:44 Elle n'en entendra jamais parler.
03:46 - Elle est livrée à elle-même immédiatement, Frédéric ?
03:49 - Elle est livrée à elle-même. Comme on l'explique très clairement, aujourd'hui, face au manque de personnel,
03:53 les crèches ont obtenu le droit de pouvoir embaucher des gens qui ne sont pas qualifiés,
03:56 parce que vraiment, on n'a plus personne à mettre en face de nos enfants pour les garder.
03:59 C'est là-dessus qu'elle a pu être embauchée, mais il y a théoriquement des garde-fous.
04:03 C'est ce que démontrait bien la réalisatrice du reportage, Mickaël Gagné.
04:06 Normalement, notre journaliste aurait dû être accompagné pendant près de 3 semaines, en duo, en permanence, pour être formé.
04:11 Et ce n'a pas été le cas dans la première crèche, pas dans la deuxième crèche.
04:14 - Même pas 10 minutes. - Non, non. Il n'y a pas de formation.
04:16 - Brigitte Prévost-Mellet, merci d'être avec nous ce matin.
04:18 Alors, il ne s'agit pas de dire évidemment que toutes les structures sont comme ça.
04:21 Et d'ailleurs, dans le reportage, on voit aussi des puées agricultrices dire
04:24 "on n'apporte pas aux enfants tout ce qu'on voudrait, tout ce qu'ils mériteraient".
04:27 C'est bien là l'essentiel et c'est tout le problème.
04:29 Mais quand on regarde le rapport de Ligas, on a l'impression que malheureusement,
04:32 c'est quand même pas si marginal que ça.
04:35 - Alors, merci de me poser cette question.
04:42 Oui, effectivement, c'est pas si marginal.
04:45 Je remercie d'ailleurs Ligas pour le travail qu'ils ont pu produire,
04:49 qui est très intéressant et qui est très bien argumenté.
04:54 Voilà, c'est pas la première fois que Ligas travaille de façon assez remarquable, je dois l'avouer.
05:00 Nous, ça fait plus de six ans qu'on a une mission sur les crèches,
05:04 sur les modes d'accueil, c'est-à-dire mode d'accueil collectif comme les crèches,
05:07 et puis plus individuel comme les assentiments maternels.
05:11 Et j'avoue que ça fait longtemps qu'on alerte,
05:16 alors effectivement pas sur toutes les crèches,
05:19 mais il y a des problèmes aujourd'hui de pénurie de personnel.
05:23 Et d'ailleurs, il y a des groupes de travail qui sont mis en place au niveau gouvernemental
05:28 avec les professionnels pour travailler sur ces questions-là,
05:32 parce qu'effectivement, on se rend compte que,
05:35 comme il y a pénurie de personnel, on n'a plus d'étudiants,
05:38 il n'y a pas d'attractivité du métier, et ça aussi on travaille dessus,
05:43 on est groupe de travail, et bien on a des soucis de recrutement et de qualité de personnel.
05:49 Brigitte Prévost-Mellet, le manque de personnel, ça n'explique pas tout ?
05:54 Non, ça n'explique pas tout, mais quand vous avez des gens qui ne sont pas formés du tout,
05:59 qui viennent comme votre journaliste a été recruté,
06:03 de cette façon-là, une mère de trois enfants aujourd'hui est habilitée à faire ce type de travail.
06:07 Donc, c'est pas vrai que vous avez trois enfants,
06:10 et encore, je pense qu'elles ont une certaine sensibilité à l'enfance quand elles en ont eu trois,
06:16 mais ça ne suffit pas, il y a tout ce qui est prévention des accidents domestiques,
06:20 tout ce qui est bien-traitance, prise en soin individualisée de l'enfant.
06:25 Je fais un petit distinguo aussi pour vous préciser qu'il y a de moins en moins de puéricultrices dans les crèches,
06:33 là, ceux dont vous parlez, je pense que ce sont des auxiliaires de puériculture,
06:37 les auxiliaires de puériculture, ce sont des femmes qui aujourd'hui ont un CAP petite enfance dans le minimum requis,
06:45 sinon ce sont des auxiliaires de puériculture qui sont près des enfants,
06:49 mais qui bénéficient d'une équipe, de travail en équipe,
06:53 et avec un encadrement, alors souvent maintenant d'éducateurs de jeunes enfants,
06:57 ou de puéricultrices aussi de temps en temps.
06:59 Mais les puéricultrices sont plus versées sur le versant santé,
07:03 donc sur référent santé accueil inclusif, c'est-à-dire qu'elles ont quelques vacations,
07:08 où elles peuvent effectivement aller dans les établissements,
07:11 et où elles peuvent contrôler ce qui s'y passe.
07:14 – Merci Brigitte Prévost-Mellet, c'était bien de vous entendre ce matin,
07:17 et on voit que vous ne vous voilez pas la face sur ce problème qui existe,
07:20 et sur lequel l'IGAS met le doigt.
07:21 Merci beaucoup Frédéric Bouassi, on vous rappelle le rendez-vous ce soir,
07:24 20h50, crèches, nos enfants en danger, c'est sur BFM TV, Ligne rouge.
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