00:00 1, 2, 3, 4.
00:03 1, 2, 3, 4.
00:07 Bouge à base.
00:11 Changez de pas, toquez devant.
00:18 Je suis à Madrid, la capitale de l'Espagne.
00:21 Je suis avec Ezequiel,
00:23 qui vient de terminer un cours de remise en forme pour les seniors.
00:26 La loi dite trans, qui vient d'entrer en vigueur,
00:28 doit transformer sa vie et nous allons le suivre pour en savoir plus.
00:31 -Vamos allá. -Si.
00:33 Ezequiel gagne sa vie comme coach sportif.
00:47 Il s'entraîne chaque jour pour réaliser son rêve,
00:50 devenir pompier.
00:52 Derrière sa silhouette athlétique se cache un long combat.
00:56 Ezequiel est né femme il y a 23 ans.
00:58 -Bonjour. -Bonjour.
01:00 ...
01:27 -Ezequiel est sous traitement hormonal depuis 2 ans et demi.
01:31 Il a également subi une mastectomie,
01:33 une transformation décidée pendant la période de confinement du Covid
01:37 après des années de mal-être.
01:39 ...
02:01 -Une reconnaissance qui passe aussi par un changement de sexe
02:05 dans l'état civil.
02:06 Procédure jusqu'alors autorisée sous réserve de 2 ans
02:09 de traitement hormonal et d'un avis médical.
02:12 Une nouvelle loi rend désormais ce changement possible
02:15 sans aucune condition.
02:17 La facilité de la démarche est jugée trop risquée
02:20 par une partie de l'opinion espagnole.
02:22 Pour Ezequiel, c'est un faux procès.
02:25 -Ce passage, tu le fais seulement si tu es totalement sûr
02:29 de ce que tu veux faire.
02:30 Changer de nom, changer de sexe dans le DNI.
02:34 Ce n'est pas seulement le DNI, c'est une carte,
02:37 mais au-delà de ça, il y a ton cercle social,
02:40 ta classe de l'université,
02:43 ton travail, ta famille...
02:45 C'est un changement très grand.
02:47 C'est comme un saut dans le vide,
02:48 comme dire "je vais me tirer et j'espère qu'il y a de l'eau en dessous
02:52 parce que sinon, ce qui va se passer va être terrible".
02:56 C'est un procès très difficile.
02:58 Ce n'est pas quelque chose qu'on va faire à la légère.
03:01 -Le lendemain de notre rencontre,
03:03 Ezequiel a déposé sa demande de nouvelle identité de genre
03:06 au service d'état civil de Madrid.
03:08 -Le tenons !
03:10 J'ai fait la pétition pour changer le sexe registral dans le DNI.
03:14 Donc, parfait, dans trois mois, je vais ratifier la pétition
03:18 et je pourrai changer le DNI.
03:20 -Ca va changer ta vie ?
03:22 -Oui, la vérité est que oui.
03:24 Ca va faciliter beaucoup de choses.
03:25 Je n'aurai pas besoin de donner tant d'explications
03:28 dans les nouveaux postes de travail où je peux aller.
03:30 Ca m'aidera à faire ma position
03:32 et je pourrai avoir mon titre de carrière
03:34 parce que je serai en accord avec mon sexe.
03:37 Je suis plus content que jamais.
03:39 Merci beaucoup.
03:40 -Entrée en vigueur le 2 mars 2023,
03:44 la loi nationale dite "d'égalité réelle et effective des personnes trans"
03:48 a fait sauter tous les verrous de la précédente législation.
03:51 A l'instar de l'OMS,
03:54 elle dépathologise la transsexualité
03:56 et permet l'autodétermination du genre
03:59 sur simple demande dès l'âge de 16 ans
04:01 et avec autorisation parentale à partir de 12 ans.
04:04 Une première dans l'Union européenne
04:06 et l'un des points les plus polémiques de la loi.
04:09 Le ministère de l'Egalité espagnole
04:11 la revendique comme la plus progressiste d'Europe
04:14 en matière de droits LGBT.
04:16 -Cette loi est très controversée.
04:18 Certaines personnes disent qu'à l'âge de 16 ans,
04:20 il n'y a pas besoin de justification.
04:22 D'autres disent que c'est trop tôt, qu'ils sont trop jeunes
04:25 pour décider, qu'ils pourraient changer d'avis.
04:27 Ce sont des problèmes légitimes.
04:29 -En notre pays, à partir de 16 ans,
04:31 la gente peut avoir un travail,
04:33 consenter ses relations sexuelles,
04:35 les femmes peuvent avoir un abort, si elles le veulent.
04:37 Il est raisonnable que l'âge de 16 ans soit une date
04:40 à partir de laquelle l'on peut déclarer son identité de genre.
04:44 Cette loi a aussi une virtue,
04:46 qui est de déconnecter le changement de sexe dans le registre
04:50 de la nécessité d'avoir des hormones
04:51 ou d'avoir un type de intervention chirurgique.
04:54 Si il y avait un changement d'avis,
04:56 on parlerait de ne pas faire un changement dans le registre
05:00 avec toutes les garanties juridiques
05:01 pour qu'il puisse être porté en avant.
05:03 Nous avons trouvé dans notre pays
05:04 beaucoup de cas de souffrance de ces enfances trans
05:07 avec certains suicides très récents
05:09 de personnes qui n'étaient pas satisfaites
05:12 de leur sexe dans le registre.
05:14 Cette loi va justement arrêter ce souffle
05:17 et offrir plus d'outils
05:18 pour que les adolescents qui veulent faire ce passage
05:21 aient moins d'obstacles que ceux qui l'ont eu jusqu'à présent.
05:24 Des arguments contestés
05:25 non seulement par les milieux conservateurs du pays,
05:28 mais aussi par une partie de la communauté médicale.
05:31 Pour cette psychologue spécialiste de la transexualité,
05:36 la suppression des diagnostics médico-psychologiques
05:39 pour le changement de sexe au registre civil
05:41 risque d'entraîner des transitions tropatives.
05:45 Le problème de cette loi
05:46 est qu'elle ne laisse pas un temps de réflexion.
05:48 Ce n'est pas pareil de faire un processus accompagné
05:50 d'un professionnel qui peut t'aider
05:52 à prendre tes propres décisions
05:55 au moment où tu les dois prendre,
05:56 pas avant ni de façon précipitée.
05:59 Les personnes doivent prendre des décisions informées.
06:03 Et non seulement les personnes trans,
06:06 mais aussi les familles.
06:08 Il y a des parents qui vont trop en avant
06:10 pour éviter la souffrance des enfants.
06:12 Et si c'est si mauvais d'aller avant les enfants,
06:16 c'est comme de rester derrière et de les freiner.
06:19 Éviter la souffrance de son enfant,
06:21 c'est la priorité d'Anne Carny.
06:23 Né fille, Marc, 12 ans, a décidé de devenir un garçon.
06:28 À la tête d'une association de parents d'enfants transgenres,
06:32 Anne Carny milite pour qu'ils soient acceptés par la société.
06:35 -Hola, Adela de Granada.
06:38 Elle et son mari ont décidé d'accompagner Marc
06:40 dans sa transition depuis qu'il l'a verbalisée,
06:42 il y a un an et demi.
06:44 -Au début, c'était un choc.
06:47 Tu te dis qu'ils peuvent avoir une orientation sexuelle,
06:49 mais pas l'identité de genre.
06:50 Contraire, pas du tout.
06:52 Je n'étais jamais consciente
06:54 de ce qui se passait à lui.
06:56 Mais il y avait une rage interne
07:00 qui ne nous permettait pas de nous faire heureux.
07:03 Et qui ne nous permettait pas de vivre en harmonie.
07:08 Avec le soutien de ses parents et de son frère aîné,
07:12 ainsi que des familles de l'association,
07:15 la vie de Marc a changé du tout au tout, dit-il.
07:18 -Je savais que je ne m'adaptais pas de toute façon,
07:20 mais je ne savais pas comment m'exprimer.
07:24 Et quand j'ai commencé à m'évoluer,
07:28 je me sentais super mal.
07:30 Je ne voulais pas voir mon corps.
07:33 Et quand j'ai compris que j'étais un garçon,
07:35 j'ai senti beaucoup mieux.
07:36 Ma relation avec mes parents,
07:38 avec mes amis, avec moi-même,
07:40 c'est beaucoup mieux maintenant.
07:46 -Un monde de demain qu'Ayne Carnier
07:54 et son association souhaitent plus tolérants pour leurs enfants.
07:57 -C'est le plus compliqué de voir un enfant souffrir.
08:01 De le voir souffrir, de le voir mourir.
08:03 De le voir mourir quand il est accusé ou rejeté.
08:17 C'est le pire.
08:18 Ce n'est pas l'identité de genre qui provoque le problème.
08:23 C'est la société qui ne accepte pas la diversité.
08:26 C'est la société qui ne le fait pas.
08:28 C'est la société qui ne le fait pas.
08:30 C'est la société qui ne fait pas la différence.
08:35 C'est pour ça qu'il faut évoluer.
08:37 -Aux personnes qui ne me respectent pas
08:40 et qui sont contre ma transition,
08:43 je leur demande de laisser vivre.
08:45 Et de respecter ma décision.
08:48 Je ne crois pas qu'ils aient le droit de parler
08:53 de ma vie quand ils ne savent pas comment c'est.
08:55 Je leur demande de me laisser être heureuse.
09:00 -Être heureux sans stigmatisation,
09:03 c'était le but de l'après-midi sportif
09:05 contre la transphobie,
09:07 organisé dans un parc public de Madrid
09:09 par des associations de défense des droits LGBT.
09:12 Ezequiel, Marc, Nkarni et les familles de son association
09:16 étaient au rendez-vous.
09:18 Un moment de détente
09:20 et une façon pour eux de lutter contre les préjugés.
09:23 -C'est connecter un peu la société,
09:26 connecter le collectif et donner une autre vision,
09:30 de trouver des lieux sûrs
09:32 où on peut être tranquilles,
09:35 tranquilles, tranquilles,
09:37 et passer un bon moment tous ensemble.
09:40 -Notre jeunesse est diverse et exige cette diversité.
09:44 Ou nous nous adaptons à cette diversité,
09:46 ou nous nous séparons de plus en plus.
09:49 ...
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