00:00 La CPI, la Cour pénale internationale, a donc émis un mandat d'arrêt contre Vladimir Poutine
00:05 pour sa responsabilité dans les crimes de guerre perpétrés en Ukraine
00:09 et notamment dans le crime de guerre de déportation illégale d'enfants ukrainiens.
00:14 Moscou a réagi immédiatement, dénonce une décision, je cite, "insignifiante et dénuée de sens".
00:21 Le chef de la diplomatie européen, Joseph Borrell, affirme qu'il s'agit d'une décision importante.
00:27 Stéphanie Maupass, à l'aïf.
00:29 Un premier mandat d'arrêt de la Cour sur l'Ukraine, une enquête qui a débuté il y a maintenant plus d'un an.
00:38 Et puis, évidemment, c'est la première fois que le procureur de la CPI vise la tête de l'État russe, Vladimir Poutine,
00:47 qui est suspecté de déportation d'enfants ukrainiens vers la Russie,
00:50 ce qui constitue un crime de guerre, mais aussi de transfert illégal, toujours d'enfants ukrainiens,
00:55 mais cette fois vers les territoires occupés, notamment ceux du Donbass.
00:59 Et puis avec lui est suspectée la commissaire russe aux droits de l'enfant, Maria Alvova-Belova.
01:04 Elle est poursuivie pour les mêmes faits.
01:08 Alors, il faut savoir que le contenu exact de ces mandats d'arrêt est toujours sous-scellé,
01:13 mais on sait que ces mandats portent sur des événements qui remontent au 24 février, depuis le début de l'invasion russe.
01:22 Et il y a des faits qui ont été dénoncés du même type d'enfants, de déportation d'enfants,
01:27 depuis la Crémie, qui se sont déroulées avant le début de l'invasion russe,
01:31 mais qui ne sont pas visiblement prises en compte par ces mandats d'arrêt.
01:34 Vladimir Poutine est poursuivi en tant qu'auteur direct, mais aussi de co-auteur.
01:42 La CPI a expliqué que si elle n'avait pas rendu publique la délivrance des mandats d'arrêt,
01:47 c'était dans l'espoir d'avoir un effet dischagy.
01:51 Donc il faudra voir, on sait qu'il y a déjà une réaction du Kremlin qui explique
01:56 de ne pas reconnaître la Cour pénale internationale.
02:00 – Pardon pour les petits problèmes de son, Gautier Rubinski est avec nous, bonsoir Gautier.
02:03 Est-ce que vous pouvez déjà revenir exactement sur ce mandat d'arrêt ?
02:07 Qu'est-ce que ça veut dire la responsabilité dans des crimes de guerre
02:10 et notamment dans le crime de guerre de déportation illégale d'enfants ukrainiens ?
02:14 – Alors là on touche un point très important et c'est vrai qu'on n'en parle pas assez.
02:18 D'abord ce sont des enfants et quand on arrache des enfants soit à leurs parents,
02:24 soit à leur famille quand les parents sont morts,
02:26 qu'est-ce que c'est si ce n'est qu'un mépris profond de l'enfant ?
02:29 Mais ça ils n'en ont cure parce que pour eux ce sont des enfants ukrainiens.
02:32 Et puis il y a une deuxième chose et qui concerne non seulement Poutine
02:36 mais aussi Maria Lvova-Bilbova qui est la 7e commissaire à l'enfance
02:41 qui a grimpé dans la carrière russe de la nomenklatora à une vitesse invraisemblable,
02:47 c'est qu'au fond ce qu'on fait de ces enfants c'est une sorte d'acculturation.
02:51 On leur dit "vous allez apprendre l'histoire russe, plus on ne parle plus ukrainien,
02:55 vous allez vous comporter comme des petits russes"
02:58 et au fond qu'est-ce que c'est que les débuts ?
03:01 Parce qu'il y a 6 000 à peu près enfants, on pense qu'il y en a beaucoup plus.
03:04 C'est les débuts de ce qu'on appelle un ethnocide.
03:06 Ça consiste à enlever, à arracher la culture à des personnes, qu'elles soient adultes ou pas,
03:11 et à leur dire "vous ne penserez plus comme ça, vous ne parlerez plus cette langue etc."
03:16 Là c'est encore pire, ce sont des enfants.
03:18 Et il y a quelque chose là aussi qui nous interpelle dans,
03:23 j'allais dire, les réactions les plus élémentaires de ce qu'est l'être humain.
03:26 Faire ça à un enfant, oui c'est un crime évidemment,
03:30 et ça va bien au-delà du crime de guerre, probablement.
03:33 C'est quelque chose qui est de l'ordre, oui, de la barbarie,
03:36 au même titre que ce à quoi on assiste à Izium ou au Butcha,
03:42 sur les viols, sur les meurtres, etc.
03:46 Faire ça à un enfant, c'est quelque chose qui n'est pas admissible.
03:49 Et là on voit bien l'idée, c'est de dire "on va essayer de prendre un maximum d'enfants ukrainiens,
03:54 pour que, si nous gagnons, disent les Russes, il n'y ait pas un jour cette relève,
03:59 cette relève de classes, on peut dire parfois d'élites,
04:04 de petits Ukrainiens qui deviendraient des leaders de l'Ukraine,
04:09 parce qu'ils seront acculturés ou déculturés.
04:12 Alors Joseph Borrell, je le disais, dit que c'est une décision importante.
04:16 Moscou dénonce une décision insignifiante. Qu'est-ce qu'elle implique ?
04:20 Elle implique, si vous voulez, qu'à partir du moment où un des personnages
04:26 sur lequel pèse un mandat d'arrêt, s'il se déplace,
04:29 s'il est amené à se déplacer à tel endroit,
04:32 où justement on se trouve dans un état qui est signataire de la Cour pénale internationale,
04:37 ça date de 1998, c'est un traité de Rome,
04:40 et évidemment la Russie ne l'a pas signé.
04:42 Les États-Unis aussi s'en sont dispensés.
04:44 Donc ça veut dire, vous voyez, que là où il peut y avoir aussi des crimes importants,
04:47 on ne peut pas juger les gens.
04:50 Mais à partir du moment où la personne se déplace, et ça a été le cas,
04:54 on a même vu que, en ce qui concerne l'ex-Yougoslavie,
04:57 Milosevic a pu être jugé parce que le pouvoir s'est retourné contre lui,
05:01 le Rwanda aussi un certain nombre d'auteurs et de commanditaires du génocide.
05:05 Donc ça c'est important aussi pour l'opinion publique, c'est de dire,
05:09 attention, quelle que soit la puissance d'un chef d'État,
05:13 d'un potentel dictateur, peu importe,
05:15 il y aura toujours un moment où il risquera d'être arrêté et jugé.
05:19 Dernière chose, contrairement à ce qu'un dictateur impose à ses victimes,
05:23 c'est-à-dire les tuer, ou alors justement leur arracher leurs racines,
05:28 si Poutine est un jour condamné,
05:31 ce qu'il risquera c'est d'avoir une très belle cellule à Shreveningen à côté des Pays-Bas.
05:35 Non, ça veut dire qu'il faudra créer un tribunal spécifique pour la Russie
05:39 et il ne risquera pas la mort, lui.
05:42 Et pourquoi ?
05:43 Parce que nous ne pratiquons plus, et heureusement,
05:46 en Occident ou dans les pays qui sont signataires, la peine de mort.
05:49 Merci Gauthier.
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