00:00 Bonjour Céline Bidart-Cotter, votre invité média célèbre ce soir les 10 ans de son
00:04 magazine Cache Investigation et une émission spéciale est programmée sur France 2.
00:08 Bonjour Élise Lusset.
00:09 Bonjour Céline, bonjour à tous.
00:10 Alors, ça commence par un petit mensonge Élise, parce que ça fait 11 ans que cette
00:15 émission a eu le jour, en avril 2012.
00:17 Même fêter un anniversaire, ça vous prend du temps à Cache.
00:20 Vous aimez le long cours.
00:22 Voilà, chaque enquête nous prend un an, donc on a pris un an à peaufiner ce numéro
00:25 d'anniversaire.
00:26 Voilà pourquoi on a un an de retard.
00:27 Plus sérieusement, ce 60e numéro est particulier puisque vous revenez sur des enquêtes précédentes
00:33 et vous exercez une sorte de droite suite.
00:34 Vous avez demandé aux téléspectateurs l'enquête qui les a le plus marquées.
00:38 Alors c'est laquelle ?
00:39 En fait, c'était l'enquête sur la souffrance au travail qui était consacrée notamment
00:43 à Lidl.
00:44 C'est l'enquête qui a fait le plus d'audience dans les émissions de Cache.
00:48 C'est symptomatique de ce que ça raconte aujourd'hui sur le rapport au travail.
00:52 Et on est reparti en enquête justement avec les équipes de Cache sur les méthodes de
00:57 management de Lidl pour savoir si les choses avaient bougé, si ça avait changé.
01:01 Et alors ?
01:02 On leur fait crédit au départ nous, au groupe Lidl, parce qu'effectivement après l'émission,
01:05 ils avaient mis en place une charte et on a voulu voir concrètement.
01:09 Et quand on s'est rendu en Bretagne, on s'est rendu compte en fait qu'il y avait à nouveau
01:13 des problèmes de management assez aigus puisque pour le coup, le groupe Lidl a été condamné
01:19 pour faute inexcusable pour deux suicides et deux tentatives de suicide globalement,
01:24 pas en Bretagne uniquement.
01:25 Mais en Bretagne, il y a une dame qui s'appelle Catherine Lucas qui s'est suicidée et il
01:29 y a plusieurs dizaines de personnes qui ont porté plainte contre le groupe Lidl.
01:33 Donc malheureusement, on voit que les problèmes de management perdurent chez Lidl et que ça
01:38 arrive parfois à des situations absolument dramatiques.
01:41 Malgré votre enquête, vous n'arrivez pas à faire bouger les lignes ?
01:43 Mais écoutez, nous on est assez modeste là-dessus.
01:46 On fait notre boulot de journaliste et on essaie de le faire le mieux possible.
01:49 C'est ce que nous demandent les téléspectateurs et c'est ce qu'on fait, enfin ce qu'on
01:52 essaie de faire avec toute l'équipe de cache, Emmanuel Gagné, Sophie Le Gall, mes
01:55 deux red-chefs.
01:56 Mais après, c'est aux citoyens, aux syndicats de s'emparer de tout ça et d'en faire
02:01 quelque chose.
02:02 Et c'est là où je dis qu'on est modeste, on sait exactement où on est.
02:05 Parfois, les enquêtes de cache font bouger les choses, mais parce que les citoyens s'en
02:09 sont emparés en fait.
02:10 C'est à eux vraiment de s'emparer des infos de la vérité qu'on réussit à faire
02:15 émerger et ensuite de pousser pour faire bouger les choses.
02:18 Vous êtes des lanceurs d'alerte ?
02:19 Ah non, on est journaliste pour le coup, on travaille avec des lanceurs d'alerte.
02:23 On peut être les deux.
02:24 Oui, enfin nous on est dans le positionnement de journaliste, on travaille avec des lanceurs
02:27 d'alerte, avec des sources et c'est eux qui nous permettent d'approcher des vérités
02:31 cachées dans des entreprises, dans des syndicats, dans des lobbies, chez des politiques.
02:35 C'est des gens qui sont extrêmement courageux.
02:37 Moi souvent, on m'arrête dans la rue en me disant « Madame Lucet, vous êtes courageuse
02:40 ». Franchement, par rapport à un lanceur d'alerte qui risque son boulot, sa vie, parfois
02:45 sa famille, je suis beaucoup moins courageuse qu'eux et je leur tire mon chapeau parce
02:50 que c'est souvent grâce à eux qu'on réussit à faire des émissions d'enfer.
02:53 Est-ce que « Cache Investigation » est une émission anti-patron, anti-capitalisme,
02:57 anti-libéralisme ? C'est le reproche qu'on vous fait souvent ?
03:00 Oui, oui, oui, je sais.
03:01 Non, non, non, pas du tout.
03:02 On s'est intéressé dès le départ au monde merveilleux des affaires.
03:05 Donc effectivement, on s'intéresse au monde merveilleux des affaires et on essaie de
03:10 passer de l'autre côté du rideau et de voir ce qui se passe.
03:12 Et ce qui se passe en marge des bonnes opérations de communication, bien huilées, qu'on
03:18 essaie d'envoyer aux téléspectateurs et aux citoyens.
03:21 Et de voir s'il n'y a pas des dérives, s'il n'y a pas des choses derrière.
03:24 Donc on n'est pas anti-patron.
03:26 Il y a des entreprises où ça se passe très bien, il n'y a aucun souci.
03:29 Et on en parle parfois d'ailleurs en disant « mais oui, oui ».
03:32 Et pour vous donner un ordre d'idée Céline, très régulièrement dans « Cache »,
03:36 au départ d'une enquête, on est sur 10 pistes différentes, on va en laisser tomber
03:40 7 parce qu'effectivement, on pensait qu'il y avait quelque chose à trouver et il n'y a pas.
03:44 Après, un journaliste d'investigation, oui, il va chercher ce qui ne marche pas.
03:48 Il va chercher des dérives.
03:50 C'est même typiquement là où on attend les journalistes d'investigation.
03:54 On ne fait pas du mainstream, on ne fait pas de l'eau tiède.
03:56 Quand on a créé « Cache » au départ, on ne voulait pas faire une émission tiède,
04:00 on voulait faire une émission abrasive.
04:02 Donc elle ne plaît pas à tout le monde.
04:04 Mais ce n'est pas grave, ce n'est pas fait pour ça.
04:06 Est-ce qu'il y a des limites à l'enquête, Élise Lusset ?
04:08 Je vous pose cette question parce qu'on voit Éric Dupond-Moretti dans l'émission de ce soir
04:12 qui vous accuse d'être trage, qui dit que le journalisme d'investigation ne justifie pas tout.
04:15 Il évoque par exemple l'utilisation de caméras cachées.
04:18 N'a-t-il pas un peu raison ? Vous ne pensez pas être hors cadre parfois ?
04:21 Non, franchement, l'utilisation de caméras cachées, on y fait très attention.
04:25 Ce n'est pas le rêve d'un journaliste de faire de la caméra cachée.
04:28 On préférerait rentrer dans des entreprises et filmer tranquillement.
04:32 De vous à moi, vous le savez certainement, et nos téléspectateurs aussi,
04:35 quand on va filmer dans une entreprise, on est souvent encadré par deux ou trois personnes du service de communication.
04:41 On nous emmène dans l'usine modèle et on nous dit « vous pouvez filmer ci, ça, ça ».
04:45 Même les salariés qui nous répondent, ils sont choisis.
04:47 Donc vous voyez bien que là, on n'approche pas la réalité et la vérité que cherche un journaliste d'investigation.
04:52 Donc on est parfois contraint à utiliser des caméras cachées pour approcher la vérité au plus près.
04:58 Et quant aux critiques de « on est trash », ce que dit Éric Dupond-Moretti,
05:03 je ne pense pas du tout qu'on soit trash parce qu'on reste vraiment dans des couloirs qui sont très clairs.
05:08 On interviewe les gens que dans le cadre de leur exercice professionnel, on est très clair.
05:13 On n'est jamais allé embêter un patron devant chez lui par exemple, c'est hors de question.
05:16 Non mais vous entrez pendant des réunions dans des cocktails ?
05:19 Oui, public, public, dans des choses publiques.
05:22 Vraiment, à chaque fois, ce sont des réunions publiques.
05:24 Et ce sont des réunions où effectivement, l'interview qu'on mène a un sens
05:29 par rapport à la réunion qui est en train de se dérouler et à l'interlocuteur qu'on va interviewer.
05:34 Et si on en est arrivé là, c'est tout simplement parce que beaucoup de services de communication,
05:38 au fur et à mesure, nous ont dit « ah ben non, vous ne pouvez pas interviewer Madame Machin,
05:42 vous ne pouvez pas interviewer Monsieur Truc ».
05:43 Et c'était eux qui décidaient à un moment…
05:45 Mais on a le droit de ne pas avoir envie de vous répondre ?
05:47 Oui, on a le droit de ne pas avoir envie de nous répondre,
05:49 mais nous, on a le droit de chercher des réponses à nos questions.
05:52 Chacun dans son rôle. Donc nous, on est journaliste d'investigation payée,
05:55 pas actuellement mais anciennement par la redevance.
05:58 On est un peu les représentants des téléspectateurs.
06:01 On va chercher des réponses et on va les chercher jusqu'au bout.
06:04 On mouille la chemise, bien sûr, on y va.
06:07 Et c'est aussi pour ça, je pense, que les téléspectateurs nous saluent.
06:10 Certains nous critiquent, d'autres nous saluent en nous disant
06:13 « vous ne vous limitez pas justement au bon discours de communication,
06:16 bien gentil et qui est affiché ».
06:18 Alors à propos de discours de communication,
06:19 vous avez découvert que l'agence Savas proposait des séances de médiatraining,
06:22 des formations pour répondre à vos questions.
06:24 Alors pas seulement aux vôtres, Élise Lucet,
06:26 mais aux journalistes d'investigation.
06:29 C'est flatteur.
06:30 Oui, c'est flatteur.
06:32 C'est savoureux, on va dire, de voir que finalement les agences de com...
06:38 Parce qu'au départ, quand on a créé TechCash, c'était ça.
06:40 Moi, je me souviens avoir appelé Laurent Richard et Jean-Pierre Canet
06:43 en leur disant « c'est plus possible ».
06:45 Les services de communication ont pris trop de place.
06:47 Il faut qu'on regagne, nous, journalistes du territoire.
06:50 Et de voir qu'aujourd'hui, une grande agence de communication comme Avas
06:54 gagne de l'argent, parce que de fait, il gagne de l'argent en proposant des formations.
06:57 Ils disent qu'elles ne coûtent pas très chères.
06:59 500 euros par heure, je ne sais pas ce qu'ils font.
07:01 Mais ça peut aller beaucoup plus loin, vous dites votre interlocuteur.
07:03 500 euros de l'heure, moi je trouve que c'est cher.
07:06 C'est peut-être pas cher pour eux, mais moi je trouve ça très très cher.
07:09 Et donc, voilà, ce qui est savoureux dans l'émission,
07:13 c'est que moi, j'interviewe la personne qui prépare les gens à répondre à mes questions.
07:17 Donc c'est drôle.
07:17 Qui joue votre rôle pendant les formations.
07:19 Oui, absolument.
07:20 On aurait dit une chaircaouille.
07:21 C'est la consécration, en tout cas, pour Cash Investigation.
07:23 Merci beaucoup d'être venu et bon anniversaire à Cash.
07:25 Merci à vous.
07:26 Et les 10 ans de Cash Investigation, c'est ce soir 21h10 sur France 2.
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