00:00 Nous continuons à remettre en question l'actualité, c'est le principe,
00:06 je vous ai dit beaucoup de questions aujourd'hui,
00:07 et notamment concernant Pierre Palmat,
00:10 donc qui aurait reconnu l'effet et admis qu'il n'avait pas dormi depuis 3 jours sous effet de la drogue,
00:15 je viens de vous le préciser, effet de la drogue,
00:18 et notamment de 8 doses de 3-MMC, injectées entre 12h et le moment de l'accident,
00:25 la dernière injection serait survenue 30 minutes avant ce dernier.
00:30 Bon, alors pour nous éclairer, le professeur Nicolas Simon,
00:33 professeur de médecine et d'adictologie à l'assistance publique des hôpitaux de Marseille est avec nous,
00:38 bonjour professeur !
00:39 Bonjour.
00:40 Bon, j'ai évidemment pas mal de questions à vous poser là-dessus,
00:43 parce qu'on parle de ce 3-MMC,
00:47 mais dans les déclarations de l'entourage, du monde de la nuit et de je ne sais qui encore,
00:55 tout le monde dit "ah bah oui le 3-MMC, ah bah oui évidemment, ah bah oui évidemment".
00:58 Qu'est-ce que c'est que ce produit, une drogue de synthèse ?
01:01 On est bien d'accord que ce sont des laboratoires qui travaillent au service de la drogue dans ce cas-là ?
01:08 Oui, oui, tout à fait, on parle de nouveaux produits de synthèse,
01:11 c'est-à-dire en fait ce sont des produits chimiques synthétisés en laboratoire,
01:17 et là en l'occurrence ça fait partie d'une famille chimique qu'on appelle les catinones.
01:22 A l'origine ça vient d'une plante, le cat qu'on trouve plutôt en Éthiopie,
01:28 qui était mâchée pour avoir des effets stimulants,
01:30 et à partir de cette plante on a effrayé la molécule,
01:33 et donc maintenant il y a des laboratoires qui font des dérivés chimiques
01:36 de la molécule originaire de la plante, dont le 3-MMC, le 4-MMC, etc.
01:42 Bon, professeur, il y a deux choses,
01:45 soit ces laborateurs-art travaillent sur cette plante,
01:50 parce qu'elle peut avoir des effets positifs dans le cadre d'un autre traitement,
01:55 d'autres médicaments, auquel cas on comprend qu'ils la travaillent,
01:59 soit cette plante ne sert qu'à faire ses drogues de synthèse,
02:02 et auquel cas ça me semble assez facile de dire stop.
02:05 Il y a d'autres utilisations quand même de ces plantes ?
02:09 Alors à ma connaissance les catinones aujourd'hui ne sont utilisées que,
02:14 je dirais dans un terme public, dans un but très créatif,
02:17 c'est quand on parle de laboratoire, c'est un grand mot,
02:21 des laboratoires clandestins qui travaillent sur les catinones.
02:24 Et il faut savoir que dans ces nouveaux produits de synthèse,
02:27 on parle de plus de 400 molécules différentes,
02:30 c'est-à-dire que ces laboratoires clandestins sont sans arrêt
02:33 en train de créer une nouvelle molécule.
02:35 Bon, c'est déroutant, c'est-à-dire que,
02:38 c'est vrai que sur cette notion de laboratoire, il faut s'arrêter,
02:42 parce que ça n'a rien à voir bien sûr avec vos confrères,
02:46 ces professionnels qui travaillent, qui font des avancées,
02:49 qui font de la recherche médicale.
02:51 Là nous sommes sur quasiment une entreprise mafieuse
02:55 qui met en place un système quasi-industriel
02:59 et qui en plus a des experts visiblement,
03:01 parce que ce n'est pas "je prends la plante, je la broie",
03:04 vous nous expliquez qu'il y a un savoir-faire aussi.
03:07 Tout à fait, alors après on ne les connaît pas ces laboratoires,
03:12 mais il faut être capable effectivement de faire de la synthèse chimique,
03:15 de la transformation chimique, de la purification,
03:17 enfin ce n'est pas n'importe qui qui est capable
03:20 de produire ce type de molécules, ça c'est clair.
03:23 Et puis encore une fois, il y en a de nouvelles chaque année
03:27 qui sortent pour essayer d'échapper justement au contrôle,
03:30 à la surveillance et rendre les tests de dépistage extrêmement compliqués.
03:34 - Bon, on a évidemment aujourd'hui un discours politique
03:38 qui est très axé sur la lutte contre la drogue, la priorité.
03:43 Alors il y a bien sûr le trafic autour de la cocaïne,
03:46 on va dire les produits phares, cocaïne, marijuana, etc.
03:52 Là, ce n'est pas le seul combat.
03:54 Est-ce que finalement, cette affaire palmade
03:57 est en train de mettre à jour un problème de la drogue bien identifiée,
04:02 mais beaucoup plus complexe, avec des ramifications encore plus complexes
04:06 que ce que l'on imaginait finalement ?
04:09 - Oui, tout à fait, ce qu'on appelle "nouveaux produits de synthèse",
04:12 c'est entre guillemets "nouveaux" pour le grand public,
04:14 mais dans le monde des addicologues,
04:16 ce sont des produits auxquels on est confronté depuis maintenant longtemps,
04:20 plus de dix ans.
04:22 Et effectivement, comme vous disiez, pour chaque type de drogue,
04:24 il y a des nouveaux produits synthétisés.
04:27 C'est un des 400 dont je parlais tout à l'heure.
04:29 Il y a des dérivés à partir du cannabis,
04:31 vous avez des dérivés à partir de la cocaïne,
04:33 vous avez des dérivés à partir de l'héroïne.
04:37 Chaque drogue a aujourd'hui ses nouveaux produits synthétiques,
04:40 beaucoup plus dangereux, beaucoup plus addictogènes.
04:44 - Parlons-en justement, professeur Nicolas Simon,
04:46 et j'en profite pour vous remercier encore une nouvelle fois
04:49 au nom de tous les auditeurs de Sud Radio,
04:51 parce que bien sûr, vous, votre domaine, c'est le médical,
04:54 et vous acceptez aussi de répondre à cette problématique
04:57 qui est beaucoup plus large que le médical.
04:58 Mais revenons justement au médical.
05:01 Que permet, entre guillemets, cette drogue ?
05:04 Il y a cette notion euphorisante
05:08 de ne pas reconnaître l'interdit,
05:10 c'est ça le principe de base ?
05:13 - Alors, si on parle des catinones,
05:15 parce qu'encore une fois, il y a plein de familles différentes
05:18 dans ces nouveaux produits,
05:19 si on parle des catinones, c'est l'effet recherché,
05:23 c'est une énergie accrue,
05:25 c'est une facilité de contact vers les autres,
05:27 on a fait ça un effet empathogène,
05:30 une augmentation de la libido,
05:31 une augmentation du sentiment de toute puissance,
05:36 donc vraiment des effets qui ressemblent à la cocaïne,
05:39 mais en plus exacerbés,
05:41 mais également avec des risques beaucoup plus importants.
05:44 - Mais dans ce que vous dites finalement,
05:45 alors d'une manière béossienne,
05:48 béossienne que je suis dans ce domaine,
05:51 c'est-à-dire que là, nous avons un produit
05:54 qui permet en fait une augmentation
06:00 de la consommation de la relation sexuelle,
06:03 on va dire dans une démarche assez masculine,
06:05 parce qu'il y a effectivement la fameuse érection,
06:11 le toucher, le sentiment de toute puissance aussi,
06:14 donc on est finalement sur un produit
06:17 qui a été adapté pour ce qu'on appelle,
06:20 et là aussi on l'a découvert à l'occasion de cette affaire Palmade,
06:23 le fameux Chemsex.
06:27 - Oui, c'est exactement, Chemsex, pour "chemical" et "sexual",
06:31 effectivement ce sont des produits,
06:33 encore une fois, il y a plein de familles de drogue,
06:35 mais cette famille-là est particulièrement adaptée à ça.
06:39 - Qui finalement peut avoir intérêt
06:43 à développer ce genre de produit ?
06:47 Quand je dis "qui",
06:49 c'est-à-dire, on est bien d'accord,
06:51 quelqu'un qui voudrait faire du business,
06:53 ça, tout le monde le dit,
06:54 mais est-ce que c'est plus dans le domaine
06:56 de l'industrie pharmaceutique ?
06:58 Est-ce que c'est plus dans le domaine mafieux ?
07:00 Ou autre, je ne sais pas,
07:02 est-ce que vous avez, vous, une idée,
07:04 une perception des retours éventuellement ?
07:07 - Là, en ce qui vous concerne,
07:09 ça va être uniquement une opinion personnelle.
07:11 Je ne pense que ce sont des laboratoires clandestins,
07:13 parce que je ne connais pas de laboratoire pharmaceutique
07:17 digne de ce nom,
07:19 qui développerait ce type de produit.
07:23 Autant s'agissant de médicaments qui sont anthalgiques,
07:29 des dérivés de l'opium,
07:32 si vous voulez, là, effectivement,
07:35 dans une indication de douleur,
07:36 on peut imaginer,
07:37 enfin, ce n'est pas qu'on imagine,
07:38 c'est qu'il y a des laboratoires qui travaillent là-dessus,
07:41 des laboratoires pharmaceutiques.
07:42 Mais s'agissant de stimulants du type d'hécatinone,
07:47 j'espère bien que non.
07:48 En tout cas, moi, je n'en ai pas,
07:49 je n'en ai pas ma connaissance.
07:51 - Votre métier, je le rappelle,
07:52 professeur Nicolas Simon,
07:53 c'est professeur de médecine et d'addictologie
07:56 à l'assistance publique aux hôpitaux de Marseille.
07:59 Quand vous prenez conscience,
08:02 quand vous constatez cette dérive
08:06 et puis ce développement de tel type de produit,
08:09 vous devez, à certains moments, être un peu démoralisé
08:12 parce que vous n'allez jamais vous en sortir.
08:14 Vous travaillez au quotidien pour accompagner,
08:16 mais plus vous avancez et plus les autres avancent aussi.
08:21 - Oui, c'est un peu par analogie
08:24 avec ce que rencontrent les collègues qui travaillent contre le dopage.
08:27 Au fur et à mesure qu'ils arrivent à maîtriser quelque chose,
08:30 il y a un nouveau produit qui sort.
08:33 Mais bon, le domaine des addictions est vaste,
08:35 donc ça le rend aussi passionnant quelque part.
08:38 On ne fait jamais deux fois la même chose.
08:40 - Sur le travail, alors on va dire, entre guillemets,
08:44 je prends volontairement ce terme de désintoxication,
08:47 c'est beaucoup plus facile de travailler
08:50 sur quelqu'un qui consomme de la cocaïne
08:53 ou des drogues de synthèse.
08:56 - Le problème ne se pose pas comme ça.
08:58 Je dirais que quand on dit que les drogues de synthèse
09:02 sont plus addictogènes,
09:03 c'est-à-dire qu'elles vont permettre d'être dépendantes
09:06 beaucoup plus rapidement
09:09 et de façon sévère, plus rapidement.
09:12 Maintenant, si vous comparez deux personnes
09:15 à un niveau d'addiction équivalent,
09:18 que ce soit la cocaïne ou le catinone,
09:21 la problématique pour nous ne sera pas fondamentalement différente.
09:25 Mais effectivement, le risque pour quelqu'un
09:27 qui prend ce type de produit de devenir addict
09:31 est beaucoup plus rapide.
09:33 Il y aura besoin de moins de temps, si vous voulez,
09:36 pour avoir des signes de sévérité.
09:38 - Merci beaucoup, professeur Nicolas Simon.
09:40 Et vous nous confirmez en tout cas ce matin
09:43 le sentiment général.
09:45 Pierre Palmade a fait des révélations
09:47 et ces révélations vont certainement aider encore plus
09:51 à prendre conscience de la complexité aujourd'hui
09:53 de la lutte contre la drogue.
09:56 Nous en reparlerons.
09:57 Et bien sûr, si vous, les auditeurs de Sud Radio,
09:59 vous avez des témoignages à ce sujet,
10:02 si vous en avez consommé, par exemple,
10:03 des 3 MMC des drogues de synthèse,
10:07 n'hésitez pas, 0, 826, 300, 300.
10:10 En tout cas, c'est terrifiant.
10:12 C'est même un peu révoltant.
10:13 Il est temps de prendre ce problème à bras le corps.