00:00 J'ai perdu mon mari il y a deux ans.
00:01 Évidemment qu'il me manque tout le temps.
00:03 Je serai toujours inconsolable de sa disparition,
00:06 mais ça ne m'empêche pas d'être heureuse et d'aller bien.
00:08 À 38 ans, le ciel m'est tombé sur la tête
00:11 quand j'ai appris que Marc, mon mari, était malade
00:15 et qu'il ne pouvait pas guérir.
00:17 Il avait un cancer au cardia,
00:19 c'est la façon médicale de parler de l'estomac.
00:22 Entre le moment où on a découvert le cancer de Marc
00:24 et le moment où il est mort, il s'est passé huit mois.
00:26 J'ai compris que ma vie ne serait plus jamais la même.
00:28 J'ai prié pour que ce soit un cauchemar,
00:30 en espérant que j'allais me réveiller.
00:31 C'est moi qui ai annoncé à mes enfants que Marc était mort.
00:34 Quand ils avaient trois et cinq ans,
00:36 c'est la pire chose au monde pour une mère
00:38 d'annoncer aux personnes qu'on aime le plus au monde
00:40 que leur père est mort.
00:42 La première année de deuil est très importante
00:45 parce qu'on vit toutes les premières fois
00:47 sans la personne qui n'est plus là.
00:49 Finalement, ce qui est étonnant,
00:51 c'est que ce sont surtout les événements gays
00:53 qui sont d'autant plus tristes
00:54 parce qu'on aurait voulu qu'il soit là.
00:56 Le premier anniversaire sans lui,
00:58 la première rentrée scolaire sans lui,
01:00 la première fois qu'on part en vacances sans lui.
01:03 Et à chaque fois, c'est une épreuve.
01:05 Mon statut, c'est veuve,
01:07 mais en tout cas, quand je parle de Marc,
01:09 je dis mon mari.
01:10 C'était pas seulement mon mari,
01:11 c'était ma meilleure copine,
01:12 c'était mon amant,
01:13 c'était mon ami,
01:15 c'était mon confident,
01:17 c'était celui qui anticipait tout de moi.
01:19 Et c'est vrai qu'on avait une relation
01:21 qui était extraordinaire.
01:23 Je ne supporte pas qu'on puisse ressentir de la peine
01:26 à mon égard.
01:26 Évidemment qu'il me manque tout le temps,
01:29 qu'il y a des moments qui sont beaucoup plus difficiles que d'autres.
01:32 Je serai toujours inconsolable de sa disparition,
01:35 mais ça ne m'empêche pas d'être heureuse et d'aller bien.
01:38 Et on peut être heureux,
01:39 on peut avoir vécu un drame
01:41 en ayant régulièrement, quotidiennement,
01:43 des moments de tristesse.
01:44 J'agis toujours et je suis toujours en activité.
01:47 Et il m'arrive parfois de regarder derrière
01:50 ou juste de me poser et de réfléchir.
01:52 C'est comme si je me mettais des coups de couteau dans le ventre, en fait.
01:54 Et je me disais "mais il n'est pas là, il n'est pas là,
01:56 il n'est pas là".
01:57 Et c'est des moments où j'ai besoin de me faire du mal,
02:00 j'ai besoin de ressentir très profondément ce manque.
02:03 Je me fais régulièrement ce que j'appelle des "shoots de marche".
02:05 Je me mets dans mon lit,
02:07 je me mets une vidéo ou je regarde des photos,
02:10 ou alors je suis dans ma voiture
02:11 et je mets certaines musiques qui me rappellent des souvenirs particuliers,
02:14 des souvenirs gays ou moins gays.
02:16 Et c'est là où je me laisse aller.
02:17 J'ai accepté d'être comme ça.
02:18 Même si j'ai de la peine, même si je suis triste,
02:20 même si j'ai un manque qui ne se refermera jamais,
02:23 eh bien je vais bien.
02:24 Mes enfants vont bien jusque-là en tout cas.
02:26 La vie peut continuer et j'arrive à vivre après Marc.
02:30 Une des promesses que je lui ai faites,
02:32 c'est que les enfants ne l'oublieraient jamais.
02:35 Ma façon de faire vivre Marc,
02:37 c'est qu'on parle tout le temps de lui.
02:39 C'est comme ça que j'élève mes enfants.
02:41 Je leur dis que c'est ma vision des choses,
02:43 mais que je pense que leur père nous accompagne,
02:46 qu'il nous entend, qu'il nous regarde,
02:48 qu'il nous écoute, qu'il nous guide.
02:49 Marc a aussi laissé une lettre aux enfants,
02:52 une lettre dans laquelle il leur donne les clés du bonheur.
02:54 On a aussi ce qu'on appelle la boîte de papa,
02:57 et dans laquelle il y a plein de photos de Marc,
03:00 des souvenirs, des objets, des bracelets,
03:02 des dessins des enfants,
03:04 des choses qui ont appartenu à Marc.
03:05 Et régulièrement, les enfants l'ouvrent,
03:08 seul ou avec moi,
03:09 et parfois ils se servent
03:11 et ils changent la photo qu'il y a sur leur table de chevet.
03:14 Moi je porte régulièrement ces chemises l'été sur un maillot de bain,
03:17 je porte ces pulls, je porte ces montres aussi.
03:19 De la même manière que j'ai l'impression qu'il vit à travers nous,
03:23 j'ai l'impression de l'avoir à mon poignet ou sur moi,
03:26 et c'est quelque chose qui m'est agréable.
03:27 Quand Marc était hospitalisé,
03:29 il avait acheté une montre électronique.
03:32 Je ne sais pas pour quelle raison,
03:34 mais il avait programmé qu'elle sonne le soir
03:37 à 8h30 et à 9h.
03:38 Après sa mort, j'ai entendu cette montre sonner.
03:41 Et elle est toujours là,
03:42 elle est dans le placard de notre entrée.
03:45 Que ce soit mes enfants ou moi,
03:47 on a l'habitude de cette sonnerie,
03:49 et c'est un peu comme s'il nous faisait un clin d'œil chaque soir,
03:52 et elle continue de sonner tous les jours.
03:54 Pour moi, je n'ai pas besoin d'aller au cimetière d'abord
03:56 pour me recueillir et pour penser à lui,
03:58 et je ne supporte pas me dire qu'il est six pieds sous terre.
04:01 Il n'est pas six pieds sous terre,
04:02 il est tout autour de moi, il est dans ma poche,
04:04 il est là, il me sourit, il est à chaque coin de rue.
04:06 Mes enfants, je leur dis qu'ils se diront au cimetière le plus tard possible,
04:10 et que savoir que leur père est dans une boîte,
04:13 c'est quelque chose que je n'ai vraiment pas envie qu'ils ressentent.
04:17 Aujourd'hui, quand on me demande si ça va,
04:20 j'accepte qu'on me demande si ça va,
04:21 d'abord parce que je considère que je vais bien,
04:24 mais je réponds souvent que je vais le mieux possible.
04:27 Je réalise que je suis riche de l'amour de Marc,
04:32 et de sa joie de vivre, qu'il m'a légué ça.
04:35 C'est ce qui nous permet, à mes enfants et moi,
04:37 d'aller le mieux possible,
04:38 parce qu'on a appris à vivre après Marc,
04:41 et à vivre avec lui en permanence autour de nous.
04:44 [Générique]
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