00:00 - Bonjour Frédéric. - Bonjour.
00:01 - Merci d'être là en direct. - C'est moi qui vous remercie.
00:04 - La pièce finit vers 22h30, donc...
00:06 - Ouais, j'ai pas beaucoup dormi, mais je suis heureux.
00:08 - Tant mieux.
00:09 Dites-moi, c'est la première fois que vous jouez en pyjama sur une scène de théâtre ?
00:13 - C'est la première fois que je suis en pyjama, ce qui est déjà pas mal.
00:15 J'ai déjà un pyjama, c'est bien.
00:16 - Et puis comme ça, vous êtes plus vite au lit.
00:18 - Ouais, enfin, pas tout à fait quand même, parce que...
00:20 - J'imagine, évidemment.
00:22 On joue Takina V. César, donc c'est le nom de cette pièce.
00:24 Ça se joue au Théâtre Yves-Gauche à Paris, aux côtés de Christelle Reboul. Vous êtes Didier, marié depuis 25 ans.
00:30 Un peu râleur, un peu radin, un peu goujat, parfois, avec sa femme.
00:33 Et votre femme, justement, elle en a marre d'être délaissée,
00:35 donc elle tente une petite nuit dans un hôtel coquin avec vous.
00:39 Voici quelques extraits, regardez.
00:41 - Corinne. - Didier.
00:43 - Comment ça s'appelle déjà ici ? - L'hôtel.
00:47 - Oui, mais non, mais comment ça s'appelle ? - Haute apostrophe L.
00:51 - Donnez un surnom à vos partis intimes. Tu les appellerais comment toi ?
00:55 - César.
00:56 - Ah oui, César ?
00:59 - Ça veut dire que t'es parfaite comme tu es.
01:01 - Bronce ! - Oh, merde !
01:03 - Laisse-moi te dire une chose, Didier l'Agnon.
01:06 T'es taillé comme une bouteille de Perrier.
01:08 Tiens-les ici, pour voir ce qu'il reste de nous.
01:12 - C'est un test ou quoi ?
01:13 D'un côté, 25 ans de mariage, puis de l'autre, ce week-end à la con, là ?
01:16 - OK. - Ouais, OK.
01:17 - Il y a tous les registres dans cette pièce, Frédéric.
01:21 L'émotion, la drôlerie.
01:22 - On est très gâtés, c'est un texte assez merveilleux.
01:26 Le sujet, en fait, est assez banal, puisque l'histoire de couple,
01:28 on a vu ça beaucoup au théâtre. - L'usure.
01:30 - L'usure du couple. - J'ai eu la chance de jouer Pinter,
01:33 par exemple, je pense à l'amant Pinter.
01:35 Il y a beaucoup de choses comme ça.
01:37 Mais là, franchement, ce texte-là,
01:40 c'est un texte qui n'autorise pas autre chose qu'une vérité de l'instant, tout le temps.
01:46 Avec Christelle Reboux, qui est une actrice tellement...
01:50 Mais je souhaite à tous les acteurs de jouer avec cette comédienne.
01:52 C'est un Stradivarius, c'est une merveille d'émotion, de justesse, de vérité.
01:57 J'ai beaucoup de chance.
01:59 - Ce qui est amusant, Frédéric, c'est que vous jouez avec Christelle,
02:01 qui était l'un des visages emblématiques de nos chers voisins,
02:04 chez nos copains de TF1. - Oui, aussi.
02:06 - Elle a acquis sa notoriété grâce à cette série. - Bien sûr.
02:08 - Et vous, c'est drôle, vous êtes en face, chez nos copains d'M6,
02:11 dans "Scène de ménage" avec Valérie Carcenti.
02:14 Vous êtes souvent bien marié, vous, à la télé.
02:16 - J'ai beaucoup de chance. On peut dire entre Valérie Carcenti et Christelle Reboux,
02:19 j'ai du bol, quand même. Je suis très privilégié.
02:21 Oui, oui, j'ai beaucoup de chance.
02:23 - On va jeter un petit oeil sur votre parcours, cher Frédéric.
02:27 Si je vous montre cette photo-là, regardez, c'est un...
02:31 Elle va arriver juste devant vous, cette photo.
02:33 Si je parle d'autostop, en quoi ça vous parle dans votre carrière ?
02:36 Vous n'êtes pas monté à Paris ?
02:38 - Ah, d'accord, vous êtes enseigné. Très bien. - Oui.
02:40 - Il y en a qui bossent, alors. - Merci de me noter, cher Frédéric.
02:44 - Non, c'est... Oui, parce qu'à cette époque-là, j'étais jeune.
02:49 - Pro-matiale, hein ? - Jeune acteur, j'étais à Lyon.
02:51 Et j'étais au Conservatoire de Lyon, je suis sorti...
02:55 À cette époque-là, il y avait des médailles. Je suis sorti médaille d'or de comédie.
02:57 - Monsieur ! - Voilà, c'est déjà pas mal.
03:00 À cette époque-là, il y avait un cours très, très connu en France.
03:03 On savait, il y avait un homme merveilleux, un grand professionnel,
03:06 c'était Jean-Louis Martin Barbaz, qui était à Paris.
03:10 Et moi, j'étais à Lyon. Et je suis parti de Lyon en stop pour aller passer...
03:13 Mais j'en parle maintenant comme si c'était...
03:15 Mais en fait, j'étais tellement passionné, je me suis même pas posé la question.
03:18 En en reparlant plus tard, j'ai dit "Ah oui, j'ai fait ça, quand même".
03:21 Je suis allé les mains dans les poches à Paris pour passer l'audition.
03:24 En plus, c'était très difficile, il prenait que 20 acteurs par an.
03:27 Et toute la France venait chez lui, c'était un truc...
03:29 Et j'ai eu l'audition, voilà. - Et voilà, comme quoi, ça tient à...
03:32 - Ouais. - À un parcours en autostop pour gagner la capitale.
03:36 Je vais vous soumettre une archive, Frédéric. - Allons bon.
03:39 - Je crois, mais c'est même pas "je crois", je suis sûr que cette comédie...
03:41 - Vous parlez de comprométants ? - Ah non, vous inquiétez pas.
03:43 Non, non. On les a mis de côté, vos vidéos comprométants.
03:46 Cette comédienne merveilleuse, et pour beaucoup,
03:48 il met de manière involontaire dans votre carrière de comédien.
03:50 Regardez, c'est un document dans lequel elle parle de sa dualité
03:53 entre les regards qui se posent sur elle, qui se posaient sur elle en tant que comédienne,
03:56 qu'elle acceptait, et puis sa timidité sur sa vie privée.
03:59 Je crois que c'est un déclic dans votre carrière.
04:01 Regardez cette femme merveilleuse.
04:03 - Si je suis en scène ou je suis en bateau, ça, ça fait partie du film,
04:06 ça ne me fait pas peur du tout, je suis très bien.
04:08 Mais dans la vie, on aime bien, quand même, on vous remarque, tout ça.
04:12 Et puis en même temps, ça m'ennuie, j'aime mieux passer inaperçu,
04:15 comme on ne le voit pas.
04:16 C'est-à-dire que vous voulez bien qu'on regarde le personnage que vous jouez,
04:19 mais vous avez peur qu'on regarde Annie Girardo ?
04:21 Non, ça m'intéresse, mais je ne peux pas vous dire pourquoi.
04:24 En public, quand je dois traverser, je vais à un café, n'importe quoi,
04:26 je ne regarde pas ce qu'il y a de bien droite ni de gauche.
04:28 Je ne peux pas être impolie.
04:30 Et si je le dis, ça doit être sûrement par timidité, j'ai peur.
04:34 Vous confirmez, Frédéric, que c'est en ayant vu Annie Girardo sur scène
04:38 qu'un déclic s'est opéré en vous ?
04:40 Oui, j'avais déjà le déclic avant, j'étais déjà passionné.
04:43 Moi, le déclic, en fait, je dois tout à l'éducation nationale.
04:46 J'aime bien le redire parce que c'est important, je dois tout à l'éducation nationale.
04:48 C'est un problème français, je suis dans le milieu, mes parents ouvriers,
04:52 tout ça, pas du tout dans la culture.
04:54 Ils ne pensaient même pas qu'on pouvait…
04:57 En gros, c'était inaccessible.
04:58 Voilà, ils ne pensaient même pas que c'était accessible.
05:00 Et c'est un problème français qui m'a éveillé à la littérature, donc au théâtre.
05:04 Et je prenais des petits cours de théâtre, tout ça, tout de suite, j'étais passionné par ça.
05:08 Et plus tard, je suis arrivé à Mâcon, et un jour, il y a Annie Girardo
05:10 qui vient jouer Madame Marguerite, ce qui est merveilleux.
05:12 Ah, merveilleux. Social en scène.
05:14 Oui. Et les gars du théâtre m'avaient pris un peu sous l'oreille
05:17 parce que je n'avais pas un rond pour payer, je rentrais un peu gratoche.
05:20 Ils m'avaient dit « si tu veux, tu peux aller voir Annie Girardo pendant deux minutes ».
05:23 Je suis resté une heure dans sa loge.
05:25 Elle devait se faire chier à Mâcon, elle avait rien d'autre à foutre.
05:28 On va s'annuler Mâconais qui nous ressemblent.
05:30 C'est pas ça, mais elle n'avait rien à faire.
05:32 Elle a vu ce jeune mec qui était là, passionné de théâtre,
05:34 et alors elle m'a parlé de toute sa carrière.
05:36 Et elle m'a donné plein de numéros de téléphone, tout ça.
05:38 C'est merveilleux.
05:39 Elle a été extraordinaire.
05:40 Et moi qui étais tellement timide, ça a été un des trains qui passent.
05:46 Et là, dans cet archive, Annie disait que les regards qui se portent sur elle
05:49 dans le cadre de son métier, ça allait, mais elle était timide dans la vie.
05:51 Je pense que vous, vous êtes le même en coulisses ou devant une caméra ?
05:54 Maintenant, je me suis guéri d'une certaine timidité.
05:57 Je me suis guéri, mais il a fallu des années et des années et des années pour que…
06:02 En fait, la timidité, vous savez, ça n'a pas vraiment changé.
06:07 Maintenant, j'arrive plus à cacher.
06:09 Mais il faut avoir une grande confiance en soi pour ne pas être timide.
06:12 Ce n'était pas mon cas.
06:13 C'est vrai.
06:14 Et comment on fait, parce qu'il y a quelques scènes très softs,
06:17 mais un peu impudiques quand même, un peu charnelles, avec votre partenaire sur scène.
06:20 Je reviens sur scène, là, avec César.
06:22 Tout est impudique.
06:24 Il y a un court raccord.
06:26 Bien sûr, physiquement, mais aussi impudique dans les sentiments.
06:29 C'est pour ça la chance qu'on a de jouer ce texte-là, qui est extraordinaire,
06:34 parce que tout est… on est à poil tout le temps dans nos sentiments.
06:39 On est à nu, pas à poil, parce que c'est une côté vulgaire, mais on est à nu, en tout cas.
06:44 Oui, vous m'étiez à nu.
06:45 Et en plus, je suis à nu devant Christelle Reboul, qui est une merveilleuse actrice,
06:49 et on se suit comme ça, tous les deux.
06:51 On est très fragiles.
06:52 C'est un pas de deux.
06:53 C'est vraiment un pas de deux.
06:54 De toute façon, on dépend toujours des partenaires.
06:57 Là, en l'occurrence…
06:59 Ça s'appelle "Avec César".
07:01 C'est au Théâtre Yves-Gauche à Paris.
07:03 Allez applaudir cette magnifique pièce mise en scène par Éric Logérias.
07:06 Bon, il y a des questions d'amour, d'amour, d'amour dans cette pièce, on est d'accord.
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