Passer au playerPasser au contenu principalPasser au pied de page
  • il y a 3 ans

Rachid Hami raconte l’histoire de son frère Jallal Hami, mort en 2012 lors d’une soirée bahutage à Saint-Cyr, dans son film Pour la France, en salle le 8 février.
Transcription
00:00 Bonjour, je suis Rachid Ami, réalisateur de Pour la France,
00:02 un film inspiré de la vie de Djalal Ami, mon petit frère,
00:06 qui décédait à Saint-Cyr lors d'une soirée de baillotage en 2012.
00:09 Il est évident que la mort d'Aïssa aurait pu être évitée.
00:12 C'est un baillotage, une transmission de tradition qui a mal tourné.
00:15 L'affaire va être qualifiée en homicide involontaire.
00:18 Ces soirées de baillotage, il faut savoir que les élèves officiers,
00:21 ils avaient menti à leur hiérarchie,
00:23 ils avaient caché la nature de l'exercice à leur hiérarchie
00:26 et n'avaient pas dit ce qu'ils faisaient, alors qu'ils auraient dû le faire.
00:29 Il y avait des élèves qui avaient été punis pour ça déjà à l'époque,
00:31 et c'est ces mêmes élèves qui avaient été punis pour ce baillotage sauvage
00:34 qui ont causé la mort de Djalal.
00:36 Aïssa vous a-t-il parlé de ses premières semaines à l'école militaire ?
00:38 Il était épuisé.
00:39 Il me parlait de réveil en pleine nuit,
00:42 de têtes juste stupides et mignons.
00:43 Aidez-moi !
00:44 Comment aujourd'hui on peut laisser 5 gamins,
00:49 envoyer 120 autres dans un étang
00:51 où la berge est effondrée, où il fait 9 degrés dans l'eau,
00:54 Cascais Rangers trahi, la profondeur est 3 mètres et plus.
00:58 C'est un moment où on a envoyé des gens consciemment
01:00 prendre un risque mortel, et ça a coûté la vie à Djalal.
01:03 Présentez armes !
01:05 Saint-Cyr, l'armée et le système,
01:07 ils sont tout aussi responsables du décès d'Aïssa.
01:09 Dans la vie, il y a un temps pour tout,
01:11 il y a un temps pour intéresser le mort,
01:13 et puis il y a un temps pour la justice.
01:14 Et le temps pour la justice, il a pris 8 ans et demi pour Djalal par exemple.
01:17 Entre le moment où il meurt et le moment où on a un procès,
01:19 c'est 8 ans et demi.
01:20 La force du film, c'est justement de ne pas rentrer dans cette affaire de 8 ans et demi,
01:25 mais de se concentrer sur l'urgence.
01:26 Et l'urgence, c'est d'offrir des funérailles dignes à Djalal.
01:29 On veut tous offrir des funérailles dignes aux gens qu'on aime, des gens proches.
01:32 Et puis dans les funérailles dignes,
01:34 c'est que c'était la reconnaissance de l'institution,
01:36 de leur responsabilité envers Djalal.
01:39 Ils sont responsables de sa mort, donc ils ont terre dignement,
01:41 et ils lui donnent les honneurs.
01:42 Je pense que c'était ça le combat.
01:43 C'était qu'à un moment donné, une reconnaissance.
01:45 Il a dû y avoir un malentendu au départ.
01:48 Le cimetière militaire concerne les soldats tombés en opération extérieure.
01:52 On sait tous que c'est à cause de votre bizutage de merde que mon frère est mort.
01:54 C'est quoi le plus grave ?
01:56 C'est de mourir d'une balle tirée par un taliban en Afghanistan
01:59 ou de mourir trahi par ses camarades ?
02:02 Ils étaient incapables de me dire quoi que ce soit,
02:03 parce que c'est factuellement ça.
02:04 C'est que Djalal, ce soir-là, il fait confiance à ses camarades,
02:07 il pense qu'il est en sécurité.
02:08 En fait, on l'envoie à la mort.
02:10 Après plusieurs jours de discussion,
02:12 on s'est mis d'accord pour une cérémonie militaire au fourneau de Vincennes,
02:15 puisque Djalal était réserviste.
02:17 Et il avait fait une partie de sa réserve justement dans cette base militaire
02:20 pour un enterrement et une sépulture au cimetière du Père Lachaise.
02:25 Ils l'ont buté, maintenant il faut qu'ils aient juste.
02:27 Il faut qu'ils lui rendent les honneurs.
02:29 L'honneur, c'est aussi l'image.
02:30 Pour quelle allons-nous passer si nous renvoyons nos élèves à la première erreur ?
02:33 Vous appelez ça une erreur ?
02:34 J'appelle ça une faute.
02:35 Mais le décès de Djalal, c'était pas une histoire raciste.
02:38 Ça aurait pu arriver à n'importe qui ce soir-là.
02:41 Et s'ils ont choisi Djalal, s'ils lui ont donné sa chance,
02:44 s'ils l'ont intégré quand même en troisième année directement,
02:48 c'est que quelque part, ils voyaient une valeur en lui.
02:50 S'ils étaient racistes, comme je dis, ils l'auraient pas recruté.
02:52 Et c'était important pour moi de ne jamais franchir cette frontière
02:56 où tout d'un coup, on devenait, nous, une famille d'Arabes qui s'opposaient à l'armée.
02:59 Ça n'avait aucun sens.
03:01 Parce qu'on est avant tout Français.
03:02 Tu veux décider pour les morts ?
03:03 Tu veux décider pour les vivants ?
03:05 Jamais de ta vie, t'as pris une bonne décision ?
03:07 C'est le décret ministériel concernant Ifid Ra'id Taïssa.
03:10 Excusez-moi, mais c'est insuffisant.
03:19 Donc, le procès a eu huit ans et demi après.
03:21 Sur les sept prévenus, je considère qu'il y en a cinq de coupables.
03:25 Il n'y en a que trois qui ont été condamnés.
03:27 Ceux qui n'ont pas été condamnés, il y en a un qui était responsable de la sécurité de l'atelier
03:30 et l'autre qui était responsable de la création de cet atelier.
03:34 Les trois qui ont été condamnés ont été condamnés à des prênes de prison
03:37 de six à huit mois avec sursis.
03:39 Et ces peines, elles ne seront pas inscrites au bulletin numéro deux de leur casier judiciaire.
03:43 Ça veut dire qu'aux yeux de la société, eux, vous, moi, tous les gens innocents,
03:47 on est égaux.
03:48 Depuis le décès de Gérald, aujourd'hui, vous avez un officier
03:51 qui est un observateur de ces soirées et il n'y a plus de dérapage.
03:55 Mais il a fallu un mort pour que ça change.
03:57 CONNU!

Recommandations

1:39
À suivre
0:30