00:00 La médecine c'est aussi une issue de confiance.
00:02 Déjà si le patient vient te voir, il est en confiance avec toi, ça se passe bien.
00:06 C'est une bonne partie du traitement.
00:08 Est-ce qu'il a le droit, avec ses médicaments, de prendre de la vitamine C ?
00:11 Oui mais avec un peu de cyanure.
00:13 Pour qu'il meure plus vite.
00:15 Moi je suis venu ici par hasard.
00:17 Une journée près je m'installais à Paris, à la banlieue parisienne où j'y vais.
00:21 Petit à petit j'ai fait ma patientèle.
00:23 Au début je faisais tâche, parce qu'ils n'étaient pas habitués à ce type de médecin.
00:27 Un médecin qui joue au foot avec les gamins, qui tutoie tout le monde.
00:31 Ça fait un peu bizarre.
00:33 Qu'est-ce que tu prends pour appeler comme médecin ?
00:35 Cupon.
00:36 Zonégron.
00:37 Zonégron.
00:39 Je ne sais jamais comment on dit ça ce machin là.
00:41 Bonjour, je suis le docteur Christian Boisdeau de l'Andéans.
00:43 Je suis généraliste et médecin de campagne.
00:45 J'ai 72 ans, c'est pas mal mais ça me va.
00:48 J'ai bien l'intention de continuer mon travail encore quelques années.
00:52 Vous avez du doliprane en cas de fièvre, vous prenez quoi ?
00:55 Donnez-moi des cachets qui bouent, monsieur.
00:57 Des cachets qui bouent ?
00:59 C'est pervaissant. Je te mets deux boîtes, c'est pas perdu chez vous ?
01:02 Non, pas perdu.
01:04 T'as le nez qui est pris ?
01:05 Oui.
01:06 Baisse ton aske Zorro, t'as reconnu.
01:08 Allez, ouvre la bouche.
01:10 Fais "ah".
01:12 Ah, les oeufs, c'est bon.
01:17 Je ne me sers pas Internet et je n'ai pas d'ordinateur.
01:19 Ce qu'on fait avec la machine, on peut le faire avec du papier.
01:22 Les médecins parlent.
01:24 Alors eux, ils ont la tarée avec certains.
01:26 Pour un humain normal, basique comme moi, ça me fait chier.
01:30 Péchab, recette.
01:32 Super, de la bonne race, péchab.
01:35 La nuit, ça te gratte plus ou pas ?
01:37 La nuit, je suis pas du tout à...
01:39 Moi, j'ai pas faim pour te gratter, c'est pareil, pour me faire chier.
01:42 Je n'y réponds même plus parce que si j'y réponds aujourd'hui,
01:50 je vais passer mon temps le stéthoscope d'une main, le téléphone de l'autre.
01:54 C'est comme ça en ce moment.
01:56 Mes collègues, ils font tous sur rendez-vous.
01:58 Je suis tout seul à faire sur rendez-vous.
02:00 Depuis 6h30, je tourne.
02:02 C'est en dehors, moi.
02:04 Je viens pour 9h30, 9h ici.
02:06 Voilà, c'est bon.
02:11 Tu as beaucoup mal à la gorge ou pas ?
02:13 Ah bon ?
02:14 Tous les jours, j'ai un quidet que je ne connais pas.
02:16 Simplement parce que là, il y en a un autre qui a repris sa retraite.
02:19 Ils étaient presque sur la route à attendre, comme dans un prisonnique.
02:23 C'est beaucoup trop.
02:26 Quand c'est des petits trucs, j'ai l'habitude de mes ouailles.
02:29 Ils ont l'habitude de moi, mes ouailles aussi.
02:31 Ils voient bien si je suis pressé.
02:33 Tiens, il me fait vite en ordonnance.
02:35 Quand on a plus de temps, on parle d'autre chose.
02:38 C'est intéressant, la médecine.
02:40 Faire que de l'abattage, c'est chiant quand même.
02:43 Si on n'a pas le moral, on ressort avec le moral directement.
02:46 Tout simplement.
02:47 Oui, parce que toutes les conneries qui sortent...
02:50 Ce que tu demandes à un médecin d'abord, c'est de te rassurer.
02:53 Il y a beaucoup de gens, on a tous peur de mourir, d'avoir une maladie grave,
02:57 notamment du cancer de sale pris.
02:59 Pour se faire rassurer, ils font des examens pour ça.
03:01 Ce qui est normal.
03:02 On tient tout ça à notre peau.
03:03 Le rôle du médecin, c'est le rôle des rassurés.
03:05 Et là, quand parfois il y a une grosse merde, il est mieux juste de leur dire.
03:08 En sachant qu'on ne peut pas tout faire, parfois on en reprend plein la gueule.
03:11 Mais on n'oublie pas nos patients, ils vivent à travers nous après.
03:14 Salut, Aurélie.
03:15 Salut Aurélie.
03:16 Alors, qu'est-ce qui t'arrive ?
03:19 Tu veux remettre ta veste, tonton ?
03:21 Oui.
03:22 Tu veux que je l'attrape à l'horloge ?
03:23 Oui, comme ça tu reviendras.
03:25 Je vais me mêler de sa vie.
03:26 La médecine, c'est aussi une histoire de confiance.
03:29 Déjà, si le patient vient te voir, il est en confiance avec toi, ça se passe bien.
03:33 C'est une bonne partie du traitement.
03:35 Il y a des gens qui viennent ici, parfois je leur fous pas de pilules.
03:38 Simplement, ils me racontent leurs histoires.
03:40 Je suis un peu comme un curé, le grand frère, le tonton.
03:43 Oui, oui.
03:45 Je suis le médecin de famille, en fait.
03:47 Les gens ont le droit de dire leurs secrets.
03:49 Bon, ça reste entre nous, quoi, quand c'est comme ça.
03:52 Leur peine, leur joie.
03:54 Moi, je sais bien qu'en 25 ans, je ne vais pas t'en voir un autre.
03:57 Si, deux fois que j'étais chez ma fille, je ne t'ai pas fougé.
04:00 Il y avait 150 kilomètres.
04:02 Je t'ai l'aurai bien fait en vélo, mais...
04:06 Il y a 30 ans, on était trop de médecins.
04:12 J'étais venu ici par hasard.
04:14 Une journée près, je m'installais à Paris,
04:16 à la banlieue parisienne où j'y allais.
04:18 Une fois, j'ai regardé dans l'Express, ce genre de canard.
04:21 Il y avait des annonces pour tout ce qui est ingénieur, médecin ou autre.
04:25 J'avais une annonce de l'Andéans qui cherchait un médecin.
04:28 Je me suis dit, s'ils me cherchent et qu'ils en ont envie...
04:31 Même, je ne connaissais ni la Bretagne ni l'Andéans.
04:34 J'ai retrouvé un vieux dictionnaire.
04:36 J'ai vu "Fougère capitale de la chaussure".
04:39 Il était au plus grand marché aux bestiaux de l'Europe.
04:42 Il y a 35 ans.
04:44 Quand je suis arrivé ici, il m'a fait marrer.
04:46 A 7h30, ils sont tous couchés.
04:48 Et ma gana, pfff !
04:50 J'ai l'air d'un grand surface jusqu'à 10h le vendredi soir, samedi soir.
04:54 Il parlait des bouchons à Fougère au départ.
04:57 Il était mordeur !
04:59 Petit à petit, j'ai fait ma patientelle.
05:01 Au début, je faisais tâche.
05:03 Parce qu'ils n'étaient pas habitués à ce type de médecin.
05:06 Un médecin qui joue au foot avec les gamins, qui tutoie tout le monde.
05:10 Ça fait un peu bizarre.
05:12 Les gens sont habitués. Ils sont pas avec moi maintenant.
05:15 Mais ça se passe très bien.
05:17 J'ai eu d'abord les jeunes, puis les moins jeunes.
05:19 Une fois, tu as gagné la grand-mère.
05:21 Tu as tout gagné. Il ne manque plus que le bon Dieu.
05:23 Mais là, je ne sais pas où c'est d'y aller.
05:25 Les gens ne peuvent pas se déplacer.
05:30 C'est un moyen de me déplacer.
05:32 C'est correct, quand même.
05:34 Pour eux aussi.
05:36 Même, d'aller chez les gens, ça me repose.
05:38 Ça me permet de respirer.
05:40 L'idéal, c'est que d'ici deux ou trois ans,
05:42 je diminue mes horaires.
05:44 Qui sont quand même dingues.
05:46 Si je fais 50 heures par semaine, c'est bon.
05:50 Sans les vacances.
05:52 Ah, l'impeccable Féli !
05:56 Vas-y doucement, quand même.
05:58 Je vais aller se poser le bras.
06:00 Ah, voilà !
06:02 Qu'est-ce que tu prônes pour me l'appeler comme Médoc ?
06:04 Coupant.
06:06 Zo-né-gan.
06:08 Zo-né-gan.
06:10 Je ne sais jamais comment on dit ça, ce machin-là.
06:12 On prend combien par jour ?
06:14 De le matin et de le soir.
06:16 C'est rare de ces malades qui savent bien
06:18 leur traitement comme elles.
06:20 Souvent, il y a des gens qui prennent une pulque
06:22 tous les jours.
06:24 Ils viennent chercher leur noix.
06:26 Ils ne savent pas ce qu'ils prennent.
06:28 Quand tu as eu la période du Covid,
06:30 tu es un renfort.
06:32 Bonjour.
06:34 Bonjour Alice, bonjour Dominique.
06:36 Ils n'en ont plus le coup.
06:38 Respirez fort.
06:40 Allez-y.
06:42 Voilà, encore.
06:44 Je garde les médicaments, c'est important pour ton cœur.
06:46 Il ne faut pas arrêter.
06:48 C'est là qu'il te maintient en vie.
06:50 C'est pour ça que je te mets du potassium.
06:52 Ça fait pisser le sodium, mais ça fait aussi pisser le potassium.
06:54 Vous avez été malade dans votre vie.
06:56 Oui, vachement.
06:58 Le syndrome de menace,
07:00 c'est précurseur à la fartue du myocarde.
07:02 Ça peut se traiter par des comprimés.
07:04 Ça se traite aussi par des stents,
07:06 qu'on met au niveau du cœur.
07:08 Par contre, un jour,
07:10 j'étais pas bien, on m'a découvert
07:12 une polycystose rénale.
07:14 Genétique.
07:16 Depuis, ça fait 10 ans que je suis greffé.
07:18 8 ans.
07:20 Je cours comme un lapin.
07:22 Enfin, pas quand c'est la chasse, parce que je m'immucie.
07:24 J'essaie de survivre, ne serait-ce que pour les soigner.
07:26 Et puis, à la tête,
07:28 je me trouve jeune.
07:30 À tout prix de vie, on peut le dire.
07:32 - C'est ça. - C'est ça.
07:33 [Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org]
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