00:00 La vraie version, c'est que j'ai rencontré Charlie dans une boîte échangeiste.
00:02 Bonjour, je m'appelle Charlie.
00:05 Je travaille dans ce métier magnifique qui est la télévision depuis offre
00:09 de très nombreuses années.
00:10 J'ai commencé comme assistant Va chercher et ensuite,
00:14 je suis devenu une star de la télévision.
00:17 Bonjour, je m'appelle Lulu.
00:19 J'ai été Va chercher numéro 2 dans la même équipe.
00:22 On a commencé ensemble chez De Chavannes et après, on est devenu star de télé.
00:25 Je travaille déjà chez Coyote Productions,
00:29 la société de Christophe De Chavannes.
00:31 Arrive un garçon pour un entretien qui doit gérer le Minitel,
00:35 qui était un peu la télématique de l'époque.
00:36 Et donc, il vient, il passe son entretien d'embauche avec Christophe De Chavannes,
00:41 ce qui était assez rare.
00:42 Il est pris alors que franchement, j'étais un peu étonné.
00:44 Et on l'installe dans le même bureau que moi, face à moi.
00:48 La vraie version, c'est que j'ai rencontré Charlie habillé en fée clochette
00:52 et moi en Peter Pan dans une boîte échangeiste.
00:53 Ceci est l'ancêtre d'Internet, on peut dire, Charlie.
00:57 Oui, au moins.
00:58 Un Minitel.
00:59 Il y a un petit clavier là, correctement.
01:00 Vas-y, ouvre-le-moi, parce que je vais te montrer.
01:02 Hop, je pousse, regardez.
01:03 Le clavier, comme sur un computer.
01:05 Ça va.
01:05 Et donc, grâce à ça, on pouvait envoyer sur l'antenne des messages, des sondages.
01:10 La moitié du temps, ça ne fonctionnait pas.
01:13 Et donc, moi, j'étais chargé d'envoyer des messages, des sondages,
01:15 de créer des jeux pour C'est le bon mardi.
01:17 Il faut se remettre dans le contexte, c'est une émission de débat
01:19 qui passe tous les mardis soirs en direct et qui cartonne.
01:23 Et nous, on est assistants, donc on est dans les couloirs.
01:26 On est des sous-merdes un peu mieux payés, déjà.
01:27 Oui, c'est ça.
01:28 Il nous propose de faire de l'antenne avec lui,
01:30 comme c'est même pas chroniqueur, c'est pour apparaître, c'est pour faire…
01:35 C'est-à-dire que les premières fois, on n'avait même pas de micro.
01:36 Oui, c'est vrai, c'est pour faire des petites apparitions un peu marrantes.
01:38 Les deux pauvres filles, quoi.
01:39 Voilà, donc l'émission est en direct et ça commence comme ça.
01:42 Ah, c'est la sorcie ?
01:43 Allez, on y va.
01:44 On dépêche.
01:45 Je vous sers tout de suite, même, messieurs.
01:53 Oui, ben vite.
01:55 Oh, mais quel maladroit !
01:58 Oh, je m'excuse.
01:59 Oh, je m'excuse, c'est Charlie.
02:01 Et au fur et à mesure, on devient, entre guillemets, chroniqueur,
02:04 mais chroniqueur un peu rigolo, un peu marrant.
02:06 Surtout moi, parce que lui, il est très chiant.
02:07 Non, pas du tout, c'était très, très drôle avant.
02:10 Un peu le Bernard Pivot en tiguel.
02:12 Le 8 Machines, en fait, naît d'une envie.
02:15 Un directeur des variétés de divertissement qui s'appelle Thierry Bizeau
02:18 veut mettre un grand coup de pied dans la fourmilière qui est M6 à l'époque.
02:21 C'est une image, hein.
02:22 C'est une image, bien sûr.
02:23 Ça n'a jamais été fourmilière.
02:25 Une ruche, peut-être.
02:26 Oui, et de nous à qui on propose, justement, de présenter une émission.
02:30 Et on est assez catégorique sur ce qu'on veut faire.
02:33 On veut faire une émission de variété, de divertissement,
02:36 mais avec des artistes présents.
02:38 Ce qui, à l'époque, se fait un peu sur les grosses émissions de variété,
02:41 évidemment, mais les petites émissions sur les petites chaînes,
02:43 c'est beaucoup plus rare.
02:44 Et à l'époque, en plus, c'était une petite chaîne.
02:46 Petite chaîne musicale.
02:47 Nous, on arrive, donc on va sonner...
02:50 Je vais faire une micro-sieste parce que ça va être...
02:51 On va sonner aux portes des maisons de disques.
02:55 On va dire "Ah, ce serait bien d'avoir quelques artistes".
02:57 Et ils nous envoient les artistes en développement.
03:00 Et à l'époque, en développement,
03:01 il y a plein d'artistes qui deviennent des...
03:03 On a marché sur la lune, là ?
03:03 Parce que je suis...
03:04 Non, pas encore, pas encore.
03:05 J'ai perdu le fil du temps.
03:07 "Mas all in".
03:08 -T'en étais où ? -Excusez-moi.
03:13 Et là, t'es tombé enceinte.
03:14 Excusez-moi, tu vas rester longtemps ?
03:16 Oui, parce qu'il y a longtemps que je n'en ai pas eu dans les mains.
03:17 Il faut dire que j'ai...
03:19 Donc... Dis-donc...
03:20 Non, mais c'est pas rapport...
03:21 Comment s'est organisée, Charlie, le lit de machine ?
03:24 La préparation.
03:25 Il y avait-il des réunions ?
03:26 -Est-ce que tu venais ? -Bien sûr.
03:27 -Bien sûr, je venais. -A quel jour ?
03:28 -Bien sûr. -A quel jour, à quelle heure ?
03:30 Alors, il faut redire les choses quand même
03:32 telles qu'elles ont été...
03:34 -Faites ? -Faites.
03:35 Merci, parce que je cherche le mot.
03:36 Lui, au début...
03:37 Voilà, c'est moi.
03:38 Ça lui passait un peu au-dessus.
03:39 -C'est vrai. -C'est-à-dire que voilà.
03:40 Lui, la télé, c'était pas son truc.
03:42 -Je faisais du vélo. -Ouais, il faisait du vélo.
03:44 Et il me disait en gros, "Ecoute, tu sais quoi ? Tu gères."
03:48 -Donc, c'était un peu... -C'est vrai que j'étais un peu con.
03:49 Je voulais faire confiance à ce type-là, mais bon.
03:52 -C'est trop tard. -C'est l'amour, ça.
03:53 On savait quand même quel genre d'émission on avait envie de faire
03:56 et surtout, on connaissait nos capacités.
03:58 Voilà, donc il y avait évidemment des réunions
04:00 organisées autour d'un ou d'une chargée de production.
04:02 Et après, forcément, l'équipe a commencé à s'étoffer
04:04 au fur et à mesure que l'émission...
04:06 -Devenait d'un succès. -Voilà.
04:08 Dans l'émission, on a toujours mis à l'antenne ce qu'on avait tourné.
04:10 -Il n'y a jamais eu de problème. -Oui, c'est ça.
04:12 Parce qu'en fait, on n'avait pas beaucoup de matière.
04:14 Enfin, je veux dire, matière...
04:16 L'émission, on la tournait. Hop, on la diffusait.
04:18 Dans la situation d'un tournage en réel, donc il fallait y aller, quoi.
04:21 Mercredi, tournage. Samedi, diffusion, en gros.
04:24 -Diffusage, non ? -Diffusage.
04:25 -Les Top Boys. -Les Top Boys.
04:26 À un moment arrive la mode des bandes de garçons.
04:30 Il a eu une idée. On va faire une parodie d'un titre
04:35 à la façon Boys Bound.
04:36 Mais c'était juste un extrait.
04:37 -C'était juste un tout petit bout. -Je vais le dire parce que sinon...
04:39 Et là, je me...
04:41 Ah non, mais c'était pas cette histoire-là.
04:44 En fait, les Boys Bound, c'est quand même hallucinant.
04:47 Je me souviens des Worlds Apart.
04:48 Tu l'as déjà dit tout à l'heure sur France Inter.
04:50 C'est trop...
04:52 Mais c'est pas possible.
04:53 Je me souviens des Worlds Apart qui viennent à l'émission.
04:59 Vous étiez cinq à l'époque ?
05:00 -Quatre, c'est déjà pas mal. -Quatre, c'est déjà pas mal.
05:02 Et on sent qu'il va se passer quelque chose.
05:04 On sent qu'il y a un phénomène.
05:06 Donc, du coup, je me souviens, on sortait d'une émission,
05:09 on rentre dans la loge et je dis à Lulu,
05:11 "Et si on faisait une parodie ?"
05:12 Il faut bien se souvenir qu'on fait ça pour se marrer.
05:15 C'est pas un disque. On n'y pense pas une seconde.
05:18 C'était juste pour faire un truc, un gag.
05:20 Voilà, une séquence dans l'émission.
05:21 Et ça n'est que lorsque...
05:24 Je me souviens, on était à New York.
05:25 Et notre patron nous appelle en disant,
05:28 "Il y a un Dance Machine spécial Boys Bend qui va se monter.
05:32 Est-ce que vous pouvez faire quelques plateaux ?"
05:34 Et sur le coup, on dit, "Oui, bien sûr, faisons des...
05:36 -On dit, c'est payé combien ? -Comme d'hab.
05:39 On lui dit, "Tu te souviens, on a une chanson où on rigole."
05:42 Il me dit, "Non, non, le faites pas.
05:44 Les gens payent leur place.
05:46 Ils vont pas apprécier que vous vous moquiez."
05:47 -Ou ils avaient peur qu'on se moque des groupes qui venaient et qu'on accueillait.
05:50 -Et nous, comme on est un peu frondeurs, on a dit,
05:52 "On va le faire quand même." -On est un peu quoi, pardon ?
05:53 -Frondeurs. Avec un "fr".
05:55 -Ah non, c'est moi, je suis Capricorne.
05:57 On va le faire quand même. Et c'est ce qui se passe.
05:59 C'est-à-dire qu'on fait quelques plateaux,
06:01 "Vous allez bien ? Salut."
06:02 Et à la toute fin, on décide de chanter "Le feu s'abreuve"
06:05 en se disant, "On verra bien."
06:06 -Et là ? -Et là, c'est le drame.
06:08 Non, mais là, ça se passe super bien.
06:10 C'est-à-dire que le public reprend et tout.
06:12 Et ça n'est que quand on sort de scène,
06:13 le patron de Sony Music à l'époque, qui vient nous voir et qui dit,
06:15 "Bon, maintenant, il faut faire un disque."
06:17 Et je me souviens avoir appelé notre patron à l'époque en lui disant,
06:21 "Ha ha ha ! Maintenant, on va faire un disque."
06:24 -C'est vrai que tu parlais beaucoup comme ça à l'époque. -Ouais, ouais, ouais.
06:27 Et là, il nous dit, "Vous n'allez pas faire un disque avec...
06:31 Vous allez faire un disque avec nous, avec M6."
06:33 Et c'est parti comme ça.
06:34 L'écriture du "Le feu s'abrouve", ça ne s'est pas fait comme ça,
06:36 -on est petit bonhomme. -Non, au moins 15 minutes.
06:38 -Chacun. -Au moins 15 minutes.
06:39 Au bas mot, en 40 minutes, voilà, tout est réfléchi.
06:42 Je crois que la décision d'arrêter, c'était une décision commune.
06:46 Il y a plein de conjonctures en même temps.
06:48 Moi, j'habitais aux États-Unis, etc.
06:49 Donc, ça faisait 7 ans que je faisais beaucoup d'animations.
06:51 -Il venait en bateau. -Voilà.
06:53 -C'était très cher. -Pédalo, crise du disque,
06:54 -souvenez-vous. -C'est à l'époque où les gens
06:56 vont voler sur Internet les morceaux des artistes.
06:59 Voilà. Les artistes américains,
07:00 on commence à sentir qu'ils vont moins venir.
07:02 Nous, on a travaillé longtemps dans l'ombre d'animateurs connus.
07:05 Et je crois qu'on a toujours un peu la trouille de l'année de trop,
07:09 l'émission de trop, tout est trop.
07:12 On a toujours été persuadés d'un truc,
07:13 c'est que l'antenne est arrivée vraiment par hasard
07:16 et que globalement, elle serait partie de la même façon.
07:18 Une quinzaine d'années après, le groupe M6 nous a demandé
07:21 si on voulait refaire le Hit Machine, un numéro spécial,
07:23 c'était l'an dernier, en janvier aussi ?
07:26 -En février, diffusion en février. -En février, voilà.
07:28 -Et donc, nous, on s'est dit "ben oui". -On a dit oui.
07:30 On a dit oui parce qu'on trouvait que c'était un bel hommage
07:33 à rendre à Charlie et Lulu,
07:35 surtout parce que c'est ce qui nous intéresse,
07:36 au public et aux artistes, parce qu'on les aime bien,
07:39 on est restés potes avec plein d'artistes.
07:40 Quand vous faites une émission,
07:41 vous ne vous rendez absolument pas compte qu'elle va...
07:45 -Vous dire un succès. -Oui, c'est ça, marquer les gens.
07:48 Après, c'est dans la rue, c'est des années plus tard,
07:50 quand vous vous promenez, vous vous baladez,
07:51 les gens vous disent "Hit Machine".
07:54 Et on se dit "Waouh", c'est ce que je souhaite
07:55 à tous les animateurs du monde,
07:57 c'est d'avoir ce rapport avec le public qui est quand même impressionnant.
08:00 Il ne faut pas trop toucher à ça, il faut être...
08:03 Comment on dit ?
08:05 -Humble. -Voilà, un peu d'humilité.
08:07 On ne s'en rend pas compte, mais il y a plein d'artistes
08:10 qui, avant d'être artistes, étaient des téléspectateurs.
08:12 Et moi, j'ai croisé Gims, qui est venu vers moi et qui m'a dit
08:16 "Rolala, mais j'ai qu'un seul regret dans la vie,
08:19 c'est de ne jamais avoir fait le Hit Machine".
08:20 Je me dis "Il déconne".
08:22 Il me dit "Non, parce que moi, je regardais la télévision,
08:25 et après, avec Section d'Assaut, c'est pile le moment où vous vous arrêtez".
08:29 Et il me dit "Voilà, j'ai qu'un seul regret, c'est ça".
08:32 J'ai croisé Dajouk, il m'a dit la même chose.
08:33 Ça aussi, c'est très appréciable d'avoir toute cette nouvelle génération
08:37 d'artistes qui, aujourd'hui, est très connue,
08:40 ils sont tous numéro un, et globalement,
08:42 ils regrettent de ne pas avoir été là pour le Hit Machine.
08:45 Alors que moi, je n'ai pas du tout ce problème-là,
08:46 parce que je n'en connais aucun.
08:47 Parce que déjà, à l'époque, je ne les connaissais pas.
08:49 Alors là, Charlie me soufflait qui était qui.
08:51 Parce que moi, mon truc, c'est le football et le vélo.
08:53 Donc Charlie m'aidait, il me disait "Fais gaffe, c'est machin".
08:55 Je ne sais pas qui sont les gens.
08:57 - Je suis moins fort en vélo. - Oui, mais il est fort en artiste.
09:00 [Générique]
Commentaires