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    Un Singe en hiver - Princes de la cuite

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    Jean

    par Jean

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    Film d'Henri Verneuil (1962). Scénario et dialogues de Michel Audiard, d'après un roman d'Antoine Blondin. Musique de Michel Magne.

    Un port du Calvados. Un aubergiste (Jean Gabin) retrouve dans l'ivresse ses souvenirs du corps expéditionnaire d'Extrême-Orient. Sous un bombardement de juin 1944, il décide d'arrêter de boire. Quinze ans plus tard, un client porté lui aussi sur le voyage dans les Vignes du Seigneur (Jean-Paul Belmondo) vient troubler la bonne résolution... Les deux hommes s'offriront une dernière beuverie.

    Scène avec Paul Mercey et Paul Frankeur.

    Michel Audiard a réalisé là une vraie performance. La production avait originellement prévu un film sur le monde de la pêche, avec Gabin en vedette. Tout était prêt pour le tournage, un chalutier avait été loué pour un mois. Arrivé à bord, Gabin déclara qu'il ne jouerait pas sur un bateau qui "puait le poisson" (je tiens l'histoire de Jacques Bar, qui produisit la plupart des films de Verneuil et Grangier dans les années 60). Il fut impossible de le faire revenir sur sa décision. Pour éviter le fiasco financier, on fit appel à Audiard, qui venait de lire le roman de Blondin. Le scénario et les dialogues furent écrits en une dizaine de jours, pour qu'on puisse garder les équipes techniques sur place. L'osmose entre le roman et le film est parfaite : c'est du pur Audiard et du pur Blondin.
    Audiard proposa lui-même Belmondo, encore peu connu. Gabin, qui n'aimait pas les têtes nouvelles, renâcla, mais il dut s'incliner, son caprice ayant déjà coûté très cher. L'amitié entre les deux acteurs, ensuite, n'en fut que plus solide.
    Le film, comme le livre, est une ode à la poésie (très relative) de la soûlographie. Pour avoir connu Blondin à la fin de sa vie, je peux témoigner, sans rien contester de son grand talent et de son culte de l'amitié, que ses cuites de fin de journée n'avaient rien de poétique.