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Alors que la future ex ou ex future équipe Team TotalEnergies du président Jean-René Bernaudeau et de son manager général Stéphane Heulot s’apprête, mardi 10 novembre à 11h30, à dévoiler son futur sponsor titre, alors qu'une une page importante de l’avenir de la formation vendéenne se prépare donc à s’écrire, le médecin de l’équipe , le Docteur Samuel Maffari a accepté de répondre aux questions de Cyclism’Actu sur l’endofibrose de l’artère iliaque externe, une pathologie qui touche régulièrement les cyclistes de haut niveau. À travers les cas récents de Célia Géry et de Sandy Dujardin, il revient sur les symptômes, les difficultés du diagnostic, les conséquences d’une opération et les moyens de mieux accompagner les athlètes. Avec un message clair : la performance passe avant tout par la santé. Bref, Au-delà des enjeux sportifs et économiques, la santé des coureurs reste un sujet essentiel !
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00:02Bonjour Samuel, merci beaucoup de nous avoir accordé du temps pour cet entretien.
00:08Vous êtes médecin, et notamment celui de l'équipe Total Energy.
00:13Récemment, Célia Géry a annoncé qu'elle mettait un terme à sa saison après les championnats d'Europe
00:19qui vont avoir lieu ce week-end les 7 et 8 novembre.
00:22Elle va se faire opérer d'un problème à l'artère iliaque.
00:26Qu'est-ce que vous pouvez nous dire de ces pathologies et de ces affections ?
00:32Merci d'en parler déjà, bonjour.
00:34C'est un sujet qui est...
00:37Quand j'ai fait mes études de médecine, on disait que c'était une pathologie rare.
00:40Et en fait, d'exercer dans le cyclisme, je ne la mettrais plus dans la catégorie pathologie rare
00:45parce qu'en fait, c'est peut-être pas dire fréquent, mais c'est quelque chose qu'on voit régulièrement.
00:50Et en fait, je ne sais pas si j'attire le mauvais sort, mais je pense que j'ai au
00:58moins,
00:58depuis que j'exerce dans le cyclisme pro, depuis une bonne décennie là,
01:01j'ai au moins un à deux cas par an, si ce n'est plus.
01:05Donc en fait, au final, ça fait un petit effectif à force.
01:09Et du coup, c'est assez spécifique au vélo, même s'il y a d'autres sports qui sont impactés.
01:15J'exerce aussi dans le milieu de la course à pied, du trail, de la course de montagne.
01:18Et on a aussi des athlètes qui sont victimes de ça.
01:21Ça remettra peut-être un peu de perspective dans les causes qu'on peut avoir sur cette pathologie.
01:26Mais non, c'est un truc, c'est une entité qui est quand même relativement présente
01:31et à laquelle il faut penser.
01:32Et souvent, le problème qu'on a, c'est que c'est difficile à diagnostiquer.
01:35Je ne sais pas si on va revenir dessus.
01:37Et puis souvent, l'issue, c'est une opération avec des délais de reprise sportive, etc.,
01:44qui sont quand même longs.
01:45En fait, en gros, pour les athlètes, c'est une grosse demi-saison,
01:48voire une saison complète en dehors du vélo.
01:52Et ce qu'il faut comprendre, c'est que du coup, ça, c'est une pathologie qui,
01:57au repos, ne donne aucun symptôme.
01:59Une artère au repos, même si elle est très rétrécie,
02:02au repos, la demande de sang en aval, dans la jambe, elle est relativement faible.
02:07Donc, les sportifs qui ont ça, ils n'ont pas de symptômes au repos.
02:10Et puis, en fait, les symptômes, ils vont commencer à être présents
02:13quand il y a un besoin d'apport en sang qui est important dans la jambe,
02:17à l'aval de cette artère.
02:20Donc, en gros, au début, les symptômes vont s'exprimer vraiment à haute intensité.
02:24Et puis ensuite, progressivement, malheureusement,
02:26c'est une pathologie qui ne guérit pas naturellement.
02:30Alors, ça peut se stabiliser, mais généralement, ça s'aggrave avec la pratique sportive.
02:35Et puis, du coup, les symptômes deviennent de plus en plus fréquents,
02:39mais surtout de plus en plus fréquents pour des intensités de plus en plus basses.
02:43Et c'est ça qui fait prendre du retard au diagnostic.
02:45Donc, les athlètes, ils disent qu'ils ont mal à la jambe,
02:49que la jambe les brûle, que ça fait comme des picotements parfois.
02:52C'est au niveau de la cuisse, ça peut être aussi au niveau du mollet ou au niveau de la
02:55fesse.
02:56Et puis, ils décrivent aussi la sensation de, en cyclisme, on dit la jambe qui toxine.
03:01C'est un peu une expression pour dire qu'on n'arrive pas à produire un effort.
03:05On sent que la jambe, elle est faible.
03:06Ou alors, la sensation de cuissard qui serre, c'est un peu typique dans le cyclisme.
03:10Et ça, typiquement, et vraiment, s'il y a des auditeurs qui écoutent cet enregistrement,
03:17typiquement, c'est une douleur qu'on a à l'effort,
03:19surtout quand on passe un certain seuil d'intensité.
03:21Et dès qu'on revient en dessous, voire qu'on arrête l'effort, ça disparaît complètement.
03:25C'est-à-dire que c'est des gens au repos, ils n'ont pas de douleur, ils n'ont
03:28rien.
03:29Donc, c'est ce qui différencie d'une tête, d'un tendon, d'un muscle.
03:33On a aussi l'articulation de la hanche qui peut faire mal à cet endroit-là.
03:36Et là, par contre, ce n'est pas la même chose.
03:38Quand on examine les gens qui ont une endofibrose artérielle,
03:40quand on les examine au repos, on ne trouve quasiment rien, voire rien du tout.
03:44Donc, c'est ça qui est un peu perturbant.
03:46C'est ça qui rend le diagnostic, du coup, très tardif.
03:49Et il n'y a pas de problème.
03:51Oui, il y a ça.
03:53À la fois, il y a ça.
03:54Et puis, surtout, au début, ce n'est pas beaucoup embêtant.
03:57C'est vraiment quand je fais un sprint.
04:00Donc, on a des profils de coureurs que ça ne va pas trop déranger.
04:02On a d'autres coureurs.
04:03Souvent, ça dérange quand même les punchers.
04:06Les punchers qui sont amenés à répéter un peu l'exercice à haute intensité.
04:11Eux, ils vont vite être impactés dans leurs points forts.
04:13Le sprinter, il va être impacté.
04:15Mais j'ai envie de dire, le sprint pur est tellement court
04:18qu'en fait, il va être impacté sans être trop impacté
04:20parce que ça se fait à l'adrénaline.
04:22Et puis, au bout d'un certain moment aussi, il va commencer à avoir des symptômes.
04:25Le grimpeur, c'est dans des calls très difficiles, etc.
04:28Dans les fins de call, quand ça serait une arrivée en call.
04:30Donc, en fait, on a des symptômes qui, au début, on ne les relie pas à ça.
04:33C'est normal d'avoir un mal à la jambe.
04:35On ne fait pas plus d'interrogations que ça.
04:38Et puis, quand ça commence à s'aggraver, on se pose des questions.
04:41Mais ce qui fait aussi le retard diagnostique, c'est que ce n'est pas facile à diagnostiquer.
04:44Déjà, il pensait.
04:45Mais ensuite, les examens, pour le confirmer, c'est très compliqué.
04:49Dans le sens où, la même chose.
04:51En fait, si on fait des examens au repos, la plupart du temps,
04:54on ne va pas voir grand-chose sur des petites formes.
04:57Il faut ce qu'on appelle conditionner l'examen.
04:59Donc, ce qu'on fait, en fait, on va aller regarder le débit de l'artère juste après l'effort.
05:04On demande à la personne de pédaler sur un vélo jusqu'à temps qu'elle ressente les symptômes.
05:08Et à ce moment-là, on arrête l'effort.
05:10On va mesurer les pressions dans l'artère.
05:12On va regarder avec un échographe le débit de sang qu'il y a dans l'artère.
05:17Et là, juste après l'effort, on se rend compte que le débit est vachement ralenti.
05:20Je ne vais pas rentrer dans les détails des résultats des examens.
05:23Mais il y a des modifications de ces résultats.
05:26Mais si on les fait au repos, on ne voit pas grand-chose.
05:30Et puis après, on a d'autres examens qui sont parfois un peu plus techniques.
05:32On va injecter un produit de contraste pour aller voir un peu la tête de l'artère, sa longueur, etc.
05:38C'est des détails un peu techniques.
05:40Mais ce qui fait que souvent, les athlètes vont faire des examens chez leurs médecins,
05:46leurs radiologues près de chez eux.
05:47Des gens qui ne sont pas forcément experts dans cette pathologie.
05:50Et même en faisant un bon scanner, une bonne échographie au repos,
05:53on peut passer à côté du diagnostic.
05:58Est-ce que vous conseillez de consulter dès qu'il y a une douleur qui apparaît à l'effort ?
06:06Il faut pas tomber non plus dans la...
06:08Il faut pas devenir hypochondriaque.
06:10Dans le sens où...
06:11Non, mais c'est pas...
06:12Ça peut être risible.
06:14Mais dans l'équipe, là, cette année, j'en ai fait opérer un.
06:19L'année dernière, un autre dans mon équipe.
06:21Et en fait, à chaque fois qu'il y en a un qui a ces symptômes-là,
06:24je peux le garantir, il y a 3, 4, 5 coureurs dans la tête.
06:27Ils ont mal un peu à droite, à gauche.
06:29Tout de suite, pour eux, il faut aller faire les examens, etc.
06:32Ce que je conseille, c'est que dès qu'il y a un symptôme,
06:34il faut se rapprocher d'un médecin qui examine, qui pose les questions.
06:38Ou d'un professionnel de santé, un kiné.
06:40Ils sont aussi très compétents pour diagnostiquer ce genre de choses.
06:43En tout cas, pour orienter.
06:44On examine, on pose des questions.
06:47Nous, on est formé.
06:47Certains médecins du sport orientés cyclisme, on connaît bien ça.
06:51Et on arrive avec des questions simples.
06:54Cette histoire d'intensité, franchement, c'est très pertinent.
06:57Un athlète qui dit que j'ai mal au repos,
06:58puis quand je touche la manche, j'ai mal,
07:00il y a une forte chance que ce ne soit pas ça.
07:03Par contre, un athlète qui dit typiquement
07:05« Moi, quand je suis au-dessus de 320 watts, là, je toxine.
07:09Dès que je reviens à 280, je peux faire 5 heures en endurance, j'ai rien. »
07:13On a beau tout corriger,
07:15augmenter l'angle de hanche,
07:17essayer de raccourcir les manivelles,
07:19changer la biomécanique de pédalage,
07:22sincèrement, ça ne fera pas grand-chose,
07:23voire même rien.
07:25Alors, il y aurait une solution
07:26qu'il faut discuter avec l'athlète,
07:28c'est de dire
07:29« Est-ce que ta vie fait que tu peux supporter cette douleur
07:32et faire du vélo plaisir
07:34ou même du vélo compétitif, mais avec ça ? »
07:37Parce que la seule issue,
07:38ce sera d'aller déboucher le bordel.
07:40Et déboucher le bordel,
07:41c'est une intervention chirurgicale.
07:43Alors là, il y a plein de techniques opératoires.
07:45Soit on va juste déboucher l'artère,
07:46soit on va faire une dérivation sur cette artère,
07:49soit on va mettre un ballon pour la dilater.
07:52Bref, peu importe.
07:53Tout ça pour dire que c'est des opérations
07:55qui touchent une artère.
07:56Donc, ce n'est pas anodin comme opération.
07:58Et après, il y a des suites opératoires qui sont longues.
08:02Enfin, longues.
08:03Ça dépend par rapport à quoi on compare.
08:05Mais il faut se dire que globalement,
08:07le délai moyen de retour sportif au niveau antérieur,
08:11chez les pros, on est à peu près à trois mois.
08:13Ce qui n'est pas très long.
08:14Je veux dire qu'il y a un mois de rien,
08:17deux mois de réentraînement.
08:19Et après, on peut se dire,
08:20si tout va bien, si tout se passe bien.
08:22Et après, on a un niveau qui peut commencer à revenir comme avant.
08:25Puis après, il faut se réentraîner pour les compétitions.
08:27Généralement, par expérience,
08:28c'est entre quatre et six mois
08:29la prochaine compétition qui suit.
08:32Ça fait quand même un sacré trou dans l'agenda.
08:35Quatre à six mois, ça veut dire que globalement,
08:37si on prépare le Tour de France
08:39et qu'on a les quatre à premiers six mois de l'année,
08:41on ne peut pas s'entraîner pas trop.
08:43On va peut-être être au départ,
08:44mais on ne sera pas dans la meilleure de nos formes.
08:46Le bon moment, ce serait que...
08:47Là, notre effectif, il a communiqué dessus.
08:50Donc, je peux en parler.
08:50Mais Sandy Dujardin qui vient de se faire opérer.
08:53Il s'est fait opérer cet été.
08:55On va dire que dans son malheur,
08:56la chance qu'il a,
08:57c'est d'avoir pu timer l'intervention
09:00à un moment donné intéressant
09:02pour que son processus de réathlétisation
09:05se fasse en intersaison
09:06et qu'il puisse reprendre une saison,
09:08on va dire, correcte derrière
09:09sans avoir trop, trop, trop impacté
09:12sa planification de saison.
09:13On va dire ça comme ça.
09:14Mais quand ça arrive au mois de janvier, février et mars,
09:18là, c'est la fin de saison, généralement.
09:20Donc, du coup, les discussions,
09:22c'est oui avec l'athlète
09:23parce que c'est lui qui reste maître de sa santé,
09:25effectivement.
09:26Mais quand on a son aval avec le secret médical,
09:29c'est aussi une décision avec l'entraîneur.
09:31J'ai envie de dire que l'entraîneur,
09:32il va s'adapter.
09:33Mais c'est surtout une décision
09:34avec la direction sportive
09:35et avec surtout le management
09:37pour le côté contrat.
09:39Parce que si l'athlète,
09:40il est en fin de contrat.
09:41il y a des enjeux
09:42qui sont importants
09:44au niveau sportif.
09:45C'est, va retrouver une nouvelle équipe
09:46si tu viens de te faire opérer.
09:48Ce n'est pas facile.
09:50Va trouver une nouvelle équipe
09:51si tu avais des symptômes
09:52que tu as choisi
09:52de ne pas te faire opérer
09:54pour justement rester
09:55quand même médiatiquement présent.
09:57Mais qu'en même temps,
09:57comme tu ne t'es pas fait opérer,
09:59tu n'es pas à 100% de tes moyens,
10:00donc tu ne performes pas.
10:02Tu es en milieu de saison,
10:04tu viens de signer.
10:05Et puis là, en fait,
10:06tu annonces à ton équipe
10:07« Ah ben les gars,
10:08en fait, je viens de signer
10:09mais je ne vous ai pas dit
10:09que j'ai un problème d'artère
10:11et je vais me faire opérer. »
10:12Ce n'est pas très sympa
10:12pour l'employeur.
10:13Mais ça, c'est...
10:14Pourquoi je te dis ça ?
10:15Parce que c'est des choses
10:16qui sont déjà arrivées.
10:17C'est du vécu avec des athlètes.
10:19Donc non, il y a des enjeux.
10:20Là, on parle de professionnels,
10:21bien évidemment.
10:23Mais il y a des enjeux de carrière
10:24presque à certains stades.
10:26Avant qu'on fasse cet entretien,
10:28vous m'aviez dit par message
10:29que ça faisait partie
10:32de vos préoccupations.
10:33Est-ce que...
10:34En quoi est-ce que c'est préoccupant ?
10:36Est-ce que ça allait plus qu'avant ?
10:38Ou est-ce que...
10:38Là, je pense notamment
10:39à Célia Géry
10:40qui est une jeune athlète.
10:43Vous disiez que la moyenne,
10:45c'est entre 26 et 27 ans.
10:46Elle ne les a pas encore.
10:47Est-ce que c'est en ça
10:48que c'est préoccupant ?
10:52Alors, c'est préoccupant
10:53parce que c'est toujours embêtant
10:54et je suis désolé de dire ça,
10:55mais presque emmerdant
10:56d'aller opérer des gens
10:57de 24 ans d'une artère.
10:59Parce qu'encore une fois,
11:00on parle d'une pathologie.
11:01Il y en a qui se sont fait opérer,
11:02qui sont revenus à haut niveau.
11:03Il n'y a pas de problème.
11:04Mais en fait, ça reste une opération
11:05avec une anesthésie générale.
11:07Donc, ce n'est quand même pas anodin.
11:08Dans la vie de quelqu'un,
11:09ça peut mal se passer.
11:10J'ai eu des athlètes
11:11qui ont eu des complications
11:12post-opératoires.
11:14J'ai eu des athlètes
11:14qui ont mis fin
11:15à leur carrière sportive
11:16sur des récidives, etc.
11:18Donc, ce n'est pas anodin.
11:19Là, on ne parle pas
11:20d'aller opérer un ménisque
11:22dans un genou.
11:22Même si c'est aussi une opération,
11:23on va dire que globalement,
11:24les conséquences ne sont pas les mêmes.
11:26Donc, non, non, ce n'est pas anodin.
11:28Préoccupant par rapport à l'âge,
11:30ce qui est compliqué aujourd'hui,
11:31c'est que c'est des sportifs jeunes.
11:33Oui, certes.
11:34Ce ne sont pas des cyclistes jeunes
11:35par rapport à une carrière,
11:36mais ce sont des gens qui sont jeunes.
11:38Est-ce que l'âge moyen va diminuer ?
11:42En fait, je pense que oui,
11:43mais ce n'est pas l'âge moyen
11:44de la pathologie.
11:44C'est juste que je pense
11:45que maintenant,
11:45les dépistes plus vite
11:46et plus précocement.
11:48Donc, il y a moins de délai diagnostique.
11:49Donc, peut-être que statistiquement,
11:51quand on va faire des études
11:52de prévalence,
11:53on va se rendre compte
11:53qu'au lieu de 27 ans,
11:55ce sera 26 ans peut-être
11:55dans un an ou 22 ans,
11:56je n'en sais rien, 24 ans.
11:58Ce ne veut pas dire
11:58que des gens plus jeunes
12:00n'avaient pas déjà
12:00cette pathologie avant.
12:01C'est juste qu'avant,
12:02ça traînait parfois
12:03un an, deux ans, deux, trois.
12:04Moi, j'ai déjà eu des cyclistes
12:05qui me disent
12:05que j'ai ça,
12:06ça fait deux à trois saisons.
12:08Et en fait,
12:09ça les impactait tellement peu
12:11au début qu'ils n'en ont pas parlé.
12:12Mais si vraiment,
12:13on était intellectuellement poussés,
12:15on aurait pu diagnostiquer ça
12:16trois ans avant.
12:18Vous parliez justement
12:20des visites de précontrat
12:22qui ne s'appellent pas comme ça,
12:23mais globalement,
12:25comment ça se passe
12:26le suivi médical
12:27d'un coureur
12:29pendant la saison,
12:30avant, après ?
12:32Alors, tu parles
12:33de coureur professionnel,
12:34je pense.
12:35Oui.
12:38Du coup,
12:38c'est très team dépendant,
12:40très équipe dépendante.
12:41Donc ça, pour le coup,
12:43en fait,
12:43ils ont en gros deux suivis.
12:45C'est ça qu'il faut comprendre.
12:46C'est qu'il y a
12:46le suivi médical réglementaire
12:48qui est fait par les FEDE.
12:49Donc, si c'est un sportif national,
12:50c'est la FFC.
12:51Un sportif international,
12:52c'est la FFC
12:53et ou l'UCI.
12:55Donc là,
12:55il y a une réglementation
12:56de suivi
12:56avec des prises de sang,
12:58des examens cardiovasculaires.
12:59Alors, ça change un peu
13:00en fonction des années.
13:02Est-ce qu'on doit faire
13:03une échographie,
13:03un ECG, etc.
13:04Bon, bref,
13:04il y a un suivi
13:05qui est quand même réglementaire,
13:05qui est obligatoire.
13:06Et après,
13:07ils ont le suivi des équipes.
13:08Donc là, après,
13:08ça, c'est propre
13:09à chaque équipe.
13:11L'investissement,
13:12alors c'est bête,
13:13mais l'investissement budgétaire
13:15de l'équipe
13:15dans son staff médical
13:16parce qu'il y a des équipes
13:17qui sont...
13:18Enfin, moi,
13:19j'ai exercé
13:19dans deux équipes différentes
13:20qui sont certes
13:21dans la même division,
13:22mais il n'y a pas
13:23le même budget,
13:23il n'y a pas
13:24le même staff médical.
13:25Nous-mêmes,
13:26on n'est pas contractualisés
13:27de la même manière.
13:27Donc en fait,
13:28on n'a pas le même
13:28niveau d'investissement.
13:29Donc ça, ça dépend
13:30entre une équipe World Tour,
13:31une équipe Conti Pro,
13:32une équipe Conti
13:33et encore même
13:33dans les mêmes équipes,
13:35ça dépend aussi
13:36de la bonne volonté
13:37du directeur médical
13:38de l'équipe
13:39qui, lui,
13:40va ajouter
13:41à cette surveillance réglementaire
13:42des choses
13:43qui l'intéressent.
13:44Donc en fait,
13:45moi, j'ai pour coutume
13:46de dire que,
13:47pour prendre l'exemple
13:47de ce qu'on fait nous
13:48chez Total Energy
13:49Pro Cycling Team,
13:51j'ai pour coutume
13:51de dire que
13:52le suivi médical,
13:53moi, je suis un peu
13:54avec mes collègues
13:55du staff médical,
13:56en tant que médecin référent,
13:58on est un peu
13:58des super médecins généralistes
13:59du cycliste.
14:00C'est-à-dire,
14:01en fait, en gros,
14:01on va s'occuper
14:02de la santé,
14:03on est garant
14:04de la santé physique
14:05et psychique des athlètes
14:07avec le respect
14:08du secret médical
14:09et ça, c'est important
14:10parce qu'on ne va pas
14:11parler aux entraîneurs,
14:12ou directeurs sportifs
14:12sans l'accord des athlètes.
14:13Ça, c'est ultra important.
14:15Ça peut être des problématiques
14:16en lien avec le sport,
14:17mais aussi n'importe quoi d'autre.
14:20Et j'ai envie de dire,
14:23aller dans le suivi
14:23des athlètes,
14:24il y a 50%
14:25c'est de la médecine du sport,
14:2650% c'est de la médecine générale.
14:28Ça y est, je suis malade,
14:30j'ai des problèmes psychos
14:31dans ma famille,
14:32il peut y avoir
14:32tout un tas de trucs.
14:34Mais ça fait partie intégrante
14:35de la santé
14:36et de la performance
14:36parce qu'un athlète performant,
14:38c'est avant tout
14:38un athlète en bonne santé
14:39physique et psychique.
14:40Et puis,
14:42les voir régulièrement,
14:42c'est intéressant
14:43parce que le problème,
14:43c'est que nous,
14:44on fait du suivi à distance aussi.
14:46Nos athlètes,
14:46ils sont éclatés
14:47dans toute l'Europe
14:47et parfois,
14:49c'est compliqué
14:50quand ils t'appellent
14:51« je suis malade,
14:52on ne peut pas les examiner ».
14:53Donc en fait,
14:53aussi notre rôle
14:54dans le suivi,
14:54c'est de se mettre en lien
14:55avec le staff des athlètes.
14:56Et si je dois donner un conseil,
14:58même dans le milieu professionnel,
15:00mais aussi dans le milieu amateur,
15:01les athlètes,
15:02il faut qu'ils aient
15:02un kiné près de chez eux,
15:03un ostéo près de chez eux,
15:04un podologue près de chez eux,
15:06un diététicien
15:07qui contacte facilement
15:07et surtout un médecin près de chez eux.
15:09Même s'ils sont
15:10dans une équipe pro
15:10qu'un staff,
15:12en fait,
15:12nous,
15:12on se met en lien
15:12avec les staffs perso
15:13des athlètes.
15:15Et je pense que les athlètes,
15:16ils se rendent peut-être pas…
15:18Il y en a une grosse partie
15:19qui s'en rendent compte,
15:20mais en fait,
15:21ils ont à disposition des gens.
15:23Quand on redevient amateur,
15:24c'est là qu'on se rend compte
15:25que finalement,
15:26j'avais la chance
15:27d'avoir tout ça à disposition.
15:29Et quand on est amateur,
15:30il faut un peu se staffer tout seul.
15:31Le système de santé
15:32ne nous rémunère pas,
15:32nous en tant que professionnels
15:33de santé
15:34pour faire de la prévention.
15:35On est là pour les athlètes
15:36quand ils sont malades
15:37et blessés.
15:38Mais en fait,
15:38aujourd'hui,
15:38l'enjeu dans les sports d'endurance,
15:39dans le vélo,
15:40à haut niveau,
15:41mais aussi chez les amateurs
15:43et même dans la santé globale
15:44des gens,
15:45c'est en fait d'éviter
15:46qu'ils soient malades au maximum
15:47ou d'éviter qu'ils soient blessés.
15:49Et moi,
15:49c'est ce que je dis
15:50à mes directeurs sportifs,
15:52au management,
15:52quand on parle du staff médical,
15:54je leur dis
15:54mais en fait,
15:55l'argent que vous mettez
15:55dans le staff médical,
15:56oui,
15:57c'est pour qu'il soit là
15:58s'il y a un problème.
16:00Mais en fait,
16:00il faut vous dire
16:01que l'argent que vous investissez,
16:02c'est aussi pour éviter
16:03qu'il y ait des problèmes.
16:03Ça,
16:04on ne mesure pas
16:04une absence de problème.
16:06On va dire,
16:06c'est trop bien,
16:08lui,
16:08il a été performant toute l'année,
16:09il a fait top 10
16:09autour de France,
16:10c'est cool.
16:11Mais en fait,
16:12on va se dire,
16:12mais s'il en est arrivé là,
16:13c'est peut-être aussi
16:13parce qu'il n'a pas été blessé,
16:15il n'a pas été malade.
16:16Et ça,
16:16alors,
16:17ce n'est pas que les médecins,
16:17c'est l'entraînement,
16:19la psycho,
16:20ce que l'athlète
16:20a mis lui-même en place.
16:21Mais la prévention,
16:22c'est aussi quelque chose
16:24d'hyper important
16:24et je pense que les athlètes,
16:26il faut qu'ils comprennent ça.
16:26Il ne faut pas qu'ils attendent
16:27d'être blessés
16:28ou d'être malades
16:28pour se dire,
16:29tiens,
16:29je vais faire des trucs
16:29ou attendre de faire
16:30une prise de sang,
16:31d'être carencée
16:31deux semaines
16:31avant une course importante
16:32pour commencer à se poser
16:34la question
16:34de ce qu'on va faire.
16:36Je crois que ce sera
16:36le mot de la fin.
16:38J'imagine que le message,
16:39c'était un peu ça,
16:41dire aux athlètes
16:42justement de ne pas attendre
16:43d'être blessés
16:44et de prévenir
16:45qu'il vaut mieux
16:47prévenir que guérir
16:48et aussi de bien s'entourer
16:50de ce que j'ai compris.
16:52C'est exactement ça.
16:55Moi,
16:56encore une fois,
16:57je ne vais pas me faire des amis,
16:58mais il y a des gens
16:59qui sont capables
16:59de mettre 200 balles
17:00dans des galets en céramique
17:01pour gagner 1,2
17:03et encore en roulant
17:04en 46 bornes à l'heure.
17:06Et à côté de ça,
17:07ils vont dire,
17:08ça m'emmerde
17:08parce qu'il y a 10 balles
17:09de dépassement
17:10sur ma prise de sang
17:11parce que j'ai dosé
17:11la vitamine D
17:12ou à mince,
17:13je dois payer 50 balles
17:15trois fois dans l'année
17:16à un conseil diététique.
17:17Mais en fait,
17:18si tu dois prendre un truc
17:19qui est game changer,
17:21moi, je sais en tout cas
17:22où je placerai mon argent.
17:23Donc en fait,
17:24aujourd'hui,
17:24je pense qu'il faut revoir
17:25un peu les priorités.
17:26Dans le monde du haut niveau,
17:27c'est ce qu'on fait.
17:28On a l'impression
17:29qu'on a tout à disposition,
17:30que c'est tout mis sur la table.
17:32Ce n'est pas exactement comme ça.
17:33Ce sont des partenariats,
17:34il y a des choses qu'on décide,
17:36des décisions économiques
17:37et tout.
17:37Ce n'est pas non plus tout rose.
17:39Les athlètes,
17:40ils doivent aussi parfois
17:41se démerder de leur côté.
17:42Mais par contre,
17:43nous, on est là garant
17:44pour se dire
17:45attends,
17:45qu'est-ce qui est prioritaire ?
17:46Et dans le team Total Energy,
17:48ça, je remercie Jean-René
17:50par rapport à sa vision des choses.
17:52C'est de se dire
17:52non mais attends,
17:53oui, il y a beaucoup de chance
17:53mais on fait du vélo.
17:54Donc en fait,
17:55c'est quoi faire du vélo ?
17:55C'est des vélos,
17:56des assistants,
17:58des entraîneurs,
17:58des directeurs sportifs,
18:00c'est des mécanos.
18:01Et puis après,
18:01c'est quoi faire du vélo ?
18:02C'est être en bonne santé ?
18:03C'est des médecins.
18:04Et puis c'est quoi qui est important ?
18:05Est-ce qu'avoir un pistolet de massage
18:07à 500 boules,
18:07c'est important ?
18:08Ou est-ce que c'est
18:09de bien manger et bien dormir ?
18:10Quand tu regardes
18:11la littérature scientifique,
18:12en fait,
18:13la récup,
18:13c'est bien manger et bien dormir.
18:14L'adaptation au changement d'entraînement,
18:16les deux gros game changers,
18:17encore une fois,
18:18c'est bien manger et bien dormir.
18:19Au lieu de mettre
18:20des milliers d'euros
18:21dans des patches
18:22de je ne sais pas quoi machin,
18:24essaie d'optimiser
18:25le sommeil de tes athlètes
18:26et puis essaie d'avoir
18:27un camion nutrition
18:27avec des diététiciens
18:28qui font le suivi des athlètes.
18:30Donc la conclusion,
18:31c'est un athlète performant,
18:32c'est avant tout
18:33un athlète en bonne santé.
18:35Et la santé,
18:36quand on est blessé,
18:37qu'on est malade
18:38et qu'on ne peut plus faire du sport,
18:39c'est là qu'on se rend compte
18:39qu'elle peut être vite fragile.
18:41Et en fait,
18:41aujourd'hui,
18:42il faut entretenir notre santé,
18:43donc il faut la soigner
18:44quand il y a un problème,
18:45mais il faut aussi penser
18:46à la faire suivre
18:48par des gens compétents.
18:49Donc le meilleur conseil
18:49que je peux donner à tout le monde,
18:50c'est entourez-vous
18:51de gens compétents
18:52autour de chez vous
18:53et ce sera la meilleure chose,
18:55ce sera tout aussi efficace
18:56qu'un boîtier de pédalier
18:57en céramique.
18:57Ça, c'est certain.
19:00Merci beaucoup Samuel
19:01pour cet échange.
19:02Merci à toi.