00:00Et là aujourd'hui vous allez à quelle fréquence au cinéma ?
00:02Un peu moins parce que je vis beaucoup à la campagne
00:04mais le streaming fait que je vois les bouts de pratiquement tout
00:06mais 6 mois après.
00:07Quand j'avais votre âge, je commençais à 9h et je sortais à minuit.
00:10C'était une façon de fuir la réalité avec beaucoup d'assomption.
00:13Du cinéma de 9h à minuit ?
00:14Oui, il y avait des cinéages qui ouvraient à 10h du matin.
00:17C'était sur le trajet quand j'allais à l'hôpital et je m'arrêtais,
00:20je descendais puis j'allais voir les films.
00:21J'envoie un, j'envoie deux, j'envoie trois.
00:22Puis à 22h30 quand c'était fini je sortais et je n'avais rien foutu de la journée
00:26sauf que j'avais vu des films.
00:27Je m'étais beaucoup nourri intérieurement et j'avais complètement foiré extérieurement.
00:31Moi je vois tout, tout m'intéresse.
00:32Mais les nouvelles vagues, je la regarde avec intérêt mais avec distance.
00:35Par contre quand je vois Brasile, je suis bluffé.
00:36Je me dis, putain la vache, les mouvements de caméra, les focales courtes,
00:39ce qu'ils racontent, le récit, ce jeu entre la vision qu'a quelqu'un
00:43et comment la caméra l'aide à avoir cette vision, ça m'a toujours fasciné.
00:47Et puis quand je suis devenu un peu cinéphile, j'ai redécouvert ça chez Renoir,
00:51j'ai redécouvert ça chez Duvivier, chez Carnet,
00:53que déjà à peine le cinéma a été inventé,
00:55que déjà des gens s'en servaient comme médium émotionnel.
00:59Carnet qui n'utilise que le 32 millimètres parce que c'est l'œil humain,
01:02le 32 millimètres, donc il n'utilisait que ça.
01:03J'ai eu la chance de rencontrer Carnet, il m'avait expliqué qu'en fait il prenait que du 32.
01:06Il faisait construire des décors monstrueux, le producteur était furieux
01:09parce qu'il faisait le décor et tout, tu ne filmes que l'escalier
01:11parce qu'au 32 on ne voit pas grand-chose.
01:12Mais il voulait que ça soit très réaliste.
01:14Et toute cette façon, il y a un début pendant la chienne,
01:16il y a une caméra qui se promène dans un spectacle de marionnettes
01:19et ces trucs-là, quand je les ai découverts, je me suis dit
01:21« Ah bah oui, c'est ça que je veux faire, c'est cette façon-là que je veux raconter,
01:23je veux mélanger de la métaphore et du réalisme. »
01:26Donc ce cinéma-là m'a beaucoup frappé, beaucoup plus que La Nouvelle Vague,
01:29qui n'est pas encore aujourd'hui au nu et qui est un truc qui m'a toujours laissé un
01:32peu froid,
01:32qui souvent s'épauve techniquement, mais qui est riche en idées dites cérébrales.
01:36Mais j'adore quand la caméra stabilobosse les émotions très fortement.
01:40Ouais, ouais.