00:141984, conquis. Il y a des images que l'on voudrait faire disparaître, des images que l'on voudrait
00:21arracher au regard, effacer, brûler, faire taire. Mais qu'est-ce qu'une image sinon qu'une trace ? Et
00:31qu'est-ce qu'un artiste sinon celui qui laisse des traces là où certains voudraient ne laisser que
00:36le silence ? René Vautier filmait. Il regardait le monde et il le montrait. Il ne demandait pas au réel
00:45la permission d'exister. Il le regardait en face. Et peut-être est-ce là que commence le danger de
00:52l'art ? Dans le regard. Regardez ce qui dérange. Regardez ce qui fait honte. Regardez ce que les
01:00pouvoirs voudraient garder dans l'ombre. L'artiste n'est pas celui qui rassure. Il est celui qui regarde.
01:07Celui qui doute. Celui qui questionne. Celui qui témoigne. Libre.
01:15Libre de filmer. Libre d'écrire. Libre de peindre. Libre de montrer. Alors, lorsque l'on ne peut plus
01:25répondre à l'œuvre, on s'en prend à l'œuvre. On arrache. On découpe. On renverse. On détruit. Et
01:35l'on croit, en détruisant l'image, pouvoir détruire ce qu'elle raconte. Mais une œuvre n'est pas seulement
01:41ce
01:42que l'on voit. Elle est aussi ce qu'elle fait naître dans celui qui la regarde. Une pensée. Un
01:49doute.
01:49Une colère. Une mémoire. C'est peut-être pour cela que l'art fait si peur à ceux qui veulent
01:55imposer
01:56une seule vérité. Parce qu'une image ouvre une brèche. Et dans cette brèche, quelque chose entre.
02:03Le doute. La liberté. Le réel. C'est Rano. Une œuvre exposée puis vandalisée. Des images arrachées
02:15à leur cadre. Comme si l'on pouvait arracher une idée à ceux qui l'ont vu. Comme si détruire
02:21une œuvre
02:22pouvait détruire le regard. Comme si réduire l'art au silence pouvait rendre le monde silencieux.
02:28Mais regardez. Même détruite, l'image demeure. Dans les fragments. Dans les morceaux. Dans la mémoire.
02:38Dans cette violence même qui voulait la faire disparaître. Ils ont détruit l'œuvre. Mais ils ont laissé
02:45derrière eux la preuve de ce qu'ils voulaient détruire. Alors peut-être que l'artiste ne meurt pas
02:51lorsque son œuvre est détruite. Peut-être qu'il commence précisément à cet instant à vivre dans le
02:58regard des autres. Car on peut déchirer une toile. On peut couper une pellicule. On peut briser
03:04une image. Mais on ne détruit pas ce qu'elle a déjà révélé. On ne brûle pas une vérité en
03:10brûlant
03:10son image. Et tant qu'il restera quelqu'un pour regarder. Pour créer. Pour témoigner. Alors l'art ne sera
03:19pas mort.
03:21Il résistera.
03:23Il résistera.
03:24Il résistera.
03:25…
03:28Il résistera.