- il y a 2 jours
Après plus d'un mois de colère des lycéens, le président de la République va recevoir ce vendredi 23 octobre les organisations lycéennes à l'Élysée pour "écouter les revendications", selon la présidence. Il se rendra ensuite auprès des forces de l'ordre à 24 heures des manifestations du 24 octobre, particulièrement tendues après les violences de la semaine dernière.
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00:00On va en parler avec notre invité ce soir. Bonsoir Alain Boer.
00:03Bonsoir.
00:04Professeur émérite de criminologie et auteur de ce livre « Il faut sauver nos enfants »,
00:08le livre noir de la pédocriminalité en France.
00:11Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation.
00:15Orléans, c'est là que vont se concentrer les tensions demain ?
00:19C'est l'endroit où devraient se concentrer les tensions.
00:22Comme chacun sait, ce n'est pas parce que c'est le point le plus visible que ça serait le
00:26seul.
00:26D'ailleurs, la plupart des préfets prennent des mesures anticipatrices d'une assez grande sévérité
00:34et des mesures souvent inédites, en tout cas depuis une vingtaine d'années.
00:39Gilets jaunes, acte 4 mis à part peut-être.
00:43Donc oui, c'est l'endroit où il y a le plus grand risque et la plus grande concentration de
00:49risques,
00:50mais ce n'est pas le seul.
00:51Est-ce que les effectifs dont vient de nous parler Laurent Nunez vous semblent suffisants ?
00:573 000 policiers et gendarmes pour sécuriser cette manifestation d'opposants à Orléans ?
01:01Il y a un préfet d'une grande compétence, d'une grande technicité et d'une grande expérience à Orléans,
01:07Hugues Moutou.
01:07Donc je crois que s'il avait eu besoin de plus d'effectifs, il en aurait pris plus,
01:11même si samedi, tous les effectifs possibles et imaginables ont été mis sur le terrain,
01:18avec notamment beaucoup d'unités qui n'ont aucune idée de ce que c'est que le maintien de l
01:22'ordre,
01:23dont j'espère qu'elles seront affectées à autre chose.
01:26Et puis une sorte de retour, comme je le disais dans la journée,
01:31d'une sorte d'adaptabilité et de flexibilité, ce que j'appelais la doctrine l'allemand,
01:37qui est, on s'adapte aux réalités et en fonction des événements,
01:41on utilise tous les moyens disponibles, y compris ceux qui n'existaient pas,
01:44comme la Brave M, qui n'existe qu'à Paris,
01:48mais dont la question devrait se poser généralement,
01:50de donner aux forces de police une plus grande mobilité
01:53et de s'adapter aux techniques des manifestants.
01:56Je raconte souvent, Georges Clémenceau, devenant ministre de l'Intérieur,
01:59convoquant ses troupes très tôt au ministère, il n'y avait pas grand monde,
02:02tout le monde arrive un peu en panique, en train d'essayer de finir de se remettre la cravate,
02:06et après dix minutes d'écoute de ce qui se passe dans le pays,
02:10Georges Clémenceau dit la phrase suivante,
02:11alors je ne sais pas si elle est apocryphe ou vraie, mais elle est jolie,
02:14donc vous souhaitez que, messieurs les criminels en véhicule automobile
02:18avec des armes à feu sont poursuivus avec des gendarmes à cheval et avec des sabres
02:21et ils s'arrêtent aux frontières de chaque département.
02:23Oui, monsieur le ministre, vous proposez donc que je demande à messieurs les criminels
02:26de s'adapter à ma police.
02:27Bah oui, monsieur le ministre, je vais faire l'inverse.
02:30Sorti, brigade du Tigre.
02:31On est dans à peu près la même configuration, c'est-à-dire qu'après chaque désastre sécuritaire
02:36en matière de maintien de l'ordre ou de quoi que ce soit,
02:38on crée l'outil qui permet de répondre aux désastres qui viennent d'avoir lieu
02:41et pendant un temps, ça marche.
02:44Sauf qu'il faut apprendre de l'évolution des autres.
02:46Les adversaires ne passent pas leur temps à refaire la même chose
02:49pour que cette fois-ci, vous gagniez la bataille.
02:51Donc potentiellement, ce que vous appelez les adversaires...
02:54Ça répond à l'opération du 17 octobre.
02:57Si le 17 octobre se reproduisait le 24 octobre comme le 17 octobre,
03:01ce qui est en train de se produire est de nature à résoudre une partie importante
03:06des problèmes qui ont été rencontrés le 17.
03:08Mais le 24, c'est demain.
03:10Est-ce qu'il est possible, justement, que le scénario du 17 se répète ?
03:16On verra demain.
03:18Comment se sont-ils adaptés ?
03:20Vous disiez, les adversaires généralement s'adaptent
03:22et savent que derrière, en l'occurrence,
03:24les autorités vont renforcer le dispositif ?
03:26Le ministre vient de vous donner des détails assez impressionnants
03:29puisqu'il dit qu'il y aura une sorte de précaution très en avant.
03:37C'est-à-dire, en fait, ça s'appelait contrôle des trains,
03:40contrôle des postes de péage, contrôle des voitures,
03:43contrôle des individus, y compris à 10, 20 ou 30 kilomètres d'heures.
03:47Tout ça, ça s'appelle acte 4 des gilets jaunes.
03:49C'est comme ça que la crise, le paroxysme de la crise,
03:54a été in fine résolu par une transformation extrêmement rapide
03:58des méthodes dans ce qu'a voulu mettre en place le préfet Lallemand
04:03ou l'ancien directeur central des CRS, Philippe Clémann,
04:06des gens qui ont rétabli la mobilité.
04:09C'est-à-dire que pour l'instant, vous avez une sorte de...
04:10On a demandé aux forces mobiles d'être statiques,
04:14ce qui est exactement l'inverse de ce pourquoi elles ont été créées.
04:17C'est comme si vous demandiez à tous vos journalistes reporteurs d'images
04:19de faire du plateau.
04:20Et pourquoi on leur a demandé ça, alors, si c'est absolument pas la fonction d'origine ?
04:23Parce qu'il faut avoir des effectifs suffisants.
04:25Comme la police n'a pas été mieux traité que les autres services publics,
04:28vous avez moins de policiers par section,
04:31moins de sections par compagnie et moins de compagnie sur le territoire.
04:34Donc à la fin, vous n'avez plus les moyens de faire du maintien de l'ordre.
04:36Donc vous sous-traitez le maintien de l'ordre
04:38à ceux dont ce n'est pas le métier.
04:40Et peu à peu, vous vous trouvez face à des débordements
04:43quand la crise devient trop importante.
04:46Vous l'avez eu avec les Gilets jaunes, évidemment,
04:49des travailleurs pauvres qui manifestaient le week-end,
04:52qui étaient nouveaux puisqu'ils n'avaient aucune pratique de la manifestation
04:54et ils débordaient le cadre classique.
04:57Tout le monde a oublié la génération Naël de 2023.
04:59C'est comme si ça n'avait pas eu lieu.
05:00C'est très, très étonnant.
05:02Je le rappelle de manière systémique,
05:04entre les Gilets jaunes et aujourd'hui,
05:05il y a eu 50 000 émeutiers, un milliard d'euros de dégâts,
05:09des milliers de bâtiments brûlés,
05:10d'une génération de gens très jeunes,
05:12dont une partie très importante de lycéens, de collégiens,
05:15et pas seulement, et d'exclus du système scolaire,
05:17qui a quand même ravagé le pays dans des endroits
05:19qui n'avaient pas vu une violence urbaine de leur histoire récente.
05:22Et qu'est-ce qui vous fait dire qu'on l'a oublié, ça ?
05:24Parce que, chère madame, vos collègues journalistes,
05:27comme les policiers et les responsables politiques,
05:29ont zappé ce moment, tous.
05:31Et quand je dis, vous savez,
05:32il y avait Génération Noël en 2030,
05:34regardez, ah oui, maintenant que vous le dites,
05:35je m'en rappelle, c'est très, très étonnant,
05:37c'est l'événement le plus gigantesque
05:39que ce pays ait connu en termes de maintien de l'ordre,
05:42et tout le monde la zappait.
05:4368, oui, 86 un peu,
05:45les gilets jaunes beaucoup,
05:46et Génération Noël pas du...
05:47Or Génération Noël, c'est ce qui change tout
05:50dans la relation de l'usage de la violence nihiliste
05:54comme affrontement avec la police
05:57qui dépassent très largement les quelques black blocs
05:59dont tout le monde parle.
06:00Je veux dire, il y a juste un moment
06:02où il faut retomber sur terre,
06:03relire le passé et s'en servir pour le comprendre.
06:05Il n'y a pas eu de retour d'expérience sur Génération Noël.
06:08Rien, nib, zéro.
06:09Ni chez les policiers, ni chez les politiques.
06:11Donc, on n'a pas tiré les leçons,
06:12Antoine Oberdorf,
06:13et on se retrouve dans la situation
06:15dans laquelle nous sommes aujourd'hui.
06:16Oui, je suis absolument d'accord là-dessus
06:17avec Alain Bauer.
06:18Je me souviens avoir couvert cet été 2023,
06:22ce début de mois de juillet 2023,
06:24notamment à Nanterre, autour de la cité Pablo Picasso,
06:28où certains confrères reportèrent de guerre,
06:31ce que je ne suis pas,
06:32disaient qu'au fond,
06:33ils avaient vécu une nuit d'une intensité comparable
06:35à ce qu'ils pouvaient connaître par ailleurs.
06:39Effectivement, à l'occasion du 17 octobre,
06:41on a, à juste titre,
06:44pointé la ville de Limoges comme une ville martyr.
06:46Les images du Béffroi, évidemment,
06:48nous ont saisi tous d'effroi,
06:50et c'est bien légitime.
06:52Simplement, je tiens à rappeler
06:53qu'à l'été 2023,
06:54la ville martyr, c'était Montargis.
06:57Et que je me souviens parfaitement
06:58d'avoir déambulé dans l'allée commerçante
07:00de Montargis avec le maire de l'époque,
07:02Benoît Dijon,
07:03et des commerçants qui venaient le voir,
07:05certains pour l'invectiver,
07:07l'interpeller,
07:08un peu des scènes comparables
07:10à celles que l'on a pu voir du côté de Lyon
07:11avec Grégory Doucet,
07:13et d'autres qui avaient le sentiment
07:15que le ciel leur était tombé sur la tête
07:18et qui avaient tous cette même remarque
07:19de dire,
07:20mais qu'est-ce qu'on leur a fait ?
07:22Parce qu'ils avaient vu dans leur commerce
07:23arriver des jeunes cagoulés,
07:26de Montargis,
07:27ou d'ailleurs,
07:28parfois même des environs de Paris,
07:30qui s'étaient coordonnés,
07:31je vous le donne en mille,
07:32avec Snapchat,
07:33ou d'autres réseaux sociaux,
07:35mais prioritairement avec Snapchat,
07:36et effectivement,
07:37on a le sentiment
07:37qu'aucun retour d'expérience
07:39n'a été fait de toute cette époque,
07:41alors même que les ingrédients étaient là.
07:44Il y a donc les suites de cette affaire Naël,
07:48il y a les gilets jaunes
07:49qui sont toujours là.
07:51Je voulais revenir sur le dispositif quand même,
07:53parce que là encore,
07:54Laurent Nunez a refait un point ce matin,
07:56il est extrêmement important,
07:5870 000 policiers et gendarmes mobilisés,
08:01les unités d'élite comme le RAID,
08:03le GIGN et la BRI,
08:05viendront en renfort sur le terrain,
08:08les militaires de la force sentinelle
08:09seront sur des points fixes,
08:11comme des ambassades,
08:12on envoie même les militaires
08:14pour sécuriser la manifestation demain,
08:16c'est pas anodin ?
08:17Non, je crois qu'il faut arrêter de dire ça,
08:19les militaires ne sécuriseront pas la manifestation.
08:21Ils sécuriseront les bâtiments.
08:23Oui, mais c'est pas la même chose.
08:24La précision est un élément important.
08:25C'est important.
08:26Oui, voilà.
08:28Donc non,
08:28ils sont là pour aider des forces de police
08:32statifiées à revenir sur le terrain,
08:35ni la BRI, ni le GIGN,
08:37ni le RAID ne savent gérer des manifestations
08:39et la seule fois où c'est arrivé,
08:40ça s'est très mal passé,
08:41ils s'en souviennent et ils ne veulent pas.
08:43C'était passé à Marseille,
08:44un certain nombre d'entre eux
08:45sont encore mis en examen
08:46du fait de la gestion erratique
08:49de ce qui n'est pas gérer un forcené
08:51enfermé chez lui
08:53ou un tueur se baladant à trappe,
08:56mais une manifestation.
08:58Voilà.
08:58Donc quand on ne sait pas,
08:59on ne fait pas.
09:00Et c'est le drame d'ailleurs
09:01du maintien de l'ordre à la française
09:02que d'avoir sous-traité à du génité
09:03pas formé,
09:05équipé d'armement qu'ils ne connaissent pas
09:07et qu'ils ne comprennent pas,
09:08gérer des amateurs de la manifestation
09:11avec des amateurs du maintien de l'ordre.
09:12Ça crée beaucoup de blessés
09:13et beaucoup de dégâts.
09:14C'est une haine anti-policière
09:17d'autant plus forte
09:17qu'elle ne concerne pas
09:19les unités de maintien de l'ordre
09:20qui sont, elles, prêtes à subir beaucoup
09:23et en général subissent beaucoup,
09:25mais à avoir cette espèce de
09:27qu'est-ce que je dois faire,
09:28comment ça marche, etc.
09:29Il y a un enjeu aujourd'hui
09:31de reprofessionnaliser le maintien de l'ordre.
09:34C'est ce que j'appelle le moment l'allemand
09:36comme il y a eu un moment Grimaud
09:37ou un moment Paolini
09:39après les émeutes de 1986.
09:42Là, j'y étais, je peux dire
09:43que je ne peux pas raconter ça de l'intérieur.
09:45Mais ces moments-là,
09:46ils sont essentiels à l'adaptation
09:48du maintien de l'ordre.
09:48Le maintien de l'ordre
09:50que nous avons actuellement
09:52n'a pas vu ce qui s'est passé
09:54depuis les Gilets jaunes.
09:55Donc, il est inadapté
09:57et en quantité et en qualité
09:59et en formation et en organisation.
10:01C'est comme ça.
10:02Donc, c'est un peu inquiétant.
10:04Vous êtes en train de dire
10:04que les unités qui sont déployées demain
10:06ne sont pas adaptées à la situation.
10:08Ni l'OREN, ni le GIGN, ni la BRI
10:09puisque c'est là-dessus
10:10que vous me posez la question.
10:11On n'est pas encore moins Sentinelle.
10:12Vous vous y allez fort.
10:13Les amateurs du maintien de l'ordre.
10:15Bien sûr, puisqu'ils ne sont pas formés
10:16au maintien de l'ordre.
10:17C'est comme si vous décidiez
10:19de m'interroger sur le patinage artistique.
10:20J'aurais peu de choses à vous dire.
10:22Mais donc, comment l'interpréter ?
10:24On envoie des personnes
10:26qui ne sont pas formées
10:27au maintien de l'ordre ?
10:27On envoie ce qu'on a
10:28parce qu'on n'a pas grand-chose
10:30à mettre devant,
10:30qu'on n'a toujours pas compris
10:31ce qu'était l'interaction
10:34entre de la manifestation jeune
10:36plutôt sympathique
10:37et plutôt joyeuse.
10:39Moi, j'étais à Angoulême le 17.
10:41Il y avait 4 000 manifestants.
10:42Vous voyez, Angoulême,
10:4340 000 habitants,
10:444 000 manifestants,
10:4510 % de la population.
10:46Vous imaginez ?
10:46Il ne s'est rien passé.
10:47Rien.
10:48C'était joyeux, sympathique.
10:50On se déambulait dans la rue,
10:51vous avez des selfies.
10:52Il y avait le salon du livre.
10:53Tout ça, c'est un peu bizarre.
10:55Mais voilà.
10:55Je reviens à Paris.
10:57Je constate l'état
10:58d'un autre monde,
11:00un autre univers.
11:01Et donc, voilà.
11:04Donc, il faut adapter
11:05ce qu'est une manifestation
11:06jeune lycéenne
11:07et plutôt joyeuse
11:08et pas très violente,
11:09ou peu.
11:10Une population de casseurs
11:12venus de toute l'Europe
11:13parce que c'est la tradition
11:14de les mêmes vont à Milan,
11:15à Bologne ou ailleurs
11:16et ils iront ailleurs
11:17s'il y a besoin
11:18ou à Orléans demain.
11:20Un, eux,
11:22ils sont des professionnels
11:23de la casse
11:24et ils sont face en général
11:25à des CRS et des gens
11:26mobiles professionnels
11:27du maintien de l'ordre.
11:28Disons qu'entre deux,
11:29ils se reconnaissent.
11:30C'est un duel
11:31ou un tournoi.
11:31Voilà, c'est réunion habituelle
11:33de gens qui se connaissent.
11:34Et puis, vous avez
11:34une troisième catégorie
11:35qui est le pilleur
11:36qui lui vient
11:38parce que les casseurs
11:39prennent le dessus
11:40sur le maintien de l'ordre
11:41ou parce qu'ils n'ont pas
11:42anticipé l'ampleur
11:43d'une manifestation
11:44dont je rappelle
11:45que s'il y a 3 à 5 000 casseurs,
11:47il y avait quand même
11:48500 à 800 000 manifestants.
11:50Quand on sous-estime
11:51le nombre de manifestants,
11:53qu'on sous-estime
11:53le nombre de casseurs
11:54et qu'évidemment,
11:55on ne voit pas les pilleurs
11:56qui ne peuvent apparaître
11:57que si les deux épisodes précédents
11:59se sont coagulés
12:00et que les uns se servent
12:01de la masse de manœuvre
12:02de la manifestation,
12:03on est débordés.
12:05C'est tout.
12:05Ce n'est pas que le renseignement
12:06n'a rien vu.
12:07Il a tout vu
12:08et tout sous-estime.
12:09Enfin, pas les pilleurs
12:09parce que ça,
12:09ça ne se voit qu'après.
12:11Et puis, vous avez
12:11une troisième catégorie
12:12dont on ne parle pas beaucoup
12:13mais qui sont très importantes
12:14qui sont ceux
12:14qui ont mis le feu
12:15dans les lycées,
12:16qui sont en général
12:16les petites mains
12:17désœuvrées du narcotrafic
12:18exclues du système scolaire
12:20qui sont venues se venger.
12:21Quand vous rajoutez ça au reste,
12:23vous êtes face à
12:24une nouvelle forme de violence
12:26et donc ça nécessite
12:27une nouvelle force
12:28de maintien de l'ordre.
12:29Et qui parmi ces 4 catégories
12:31que vous venez de citer
12:32sont susceptibles
12:33de revenir demain,
12:35selon vous ?
12:36Alors, moi je crois
12:37qu'il y aura
12:37beaucoup de manifestants
12:38puisque les chiffres donnés
12:39par les services de police
12:40et de renseignement
12:40donnent beaucoup de manifestants.
12:41beaucoup à Orléans
12:42mais on en annonce
12:43beaucoup à Paris
12:44et ailleurs.
12:45Donc, il y a encore
12:46des manifestants.
12:46C'est-à-dire que le creux
12:47de la vague n'est pas arrivé.
12:48On n'est pas au paroxysme.
12:49Je crois que le paroxysme
12:50c'est le 5 novembre.
12:51Pour vous,
12:52ça sera le paroxysme
12:54de ce grand mouvement social ?
12:55La tradition de ce type
12:56de mouvement,
12:57c'est 10 jours.
12:58C'est 10 jours.
12:59C'est comme ça.
13:00On ne sait pas pourquoi
13:00c'est comme ça
13:01mais factuellement,
13:02c'est à peu près comme ça.
13:03Il y a des hauts,
13:04des bas, des machins.
13:05Là, on est entre deux.
13:06Vous aviez une phase
13:07le 17 octobre.
13:07Un peu inattendue
13:09du point de vue
13:10des services de renseignement.
13:11Beaucoup plus
13:12par les gens
13:13du mouvement social
13:14qui disaient
13:14mais t'as vu
13:14les réseaux sociaux,
13:15t'as vu le niveau
13:16de rage, de haine,
13:18le nombre de points.
13:19Alors, il y a eu
13:19beaucoup d'enfumage aussi.
13:22Il y a eu des faux points
13:23de rendez-vous
13:24pour diluer aussi
13:26la présence policière
13:26ou la présence gendarmique.
13:28Il y a un jeu
13:29du chat et de la souris
13:30et même un peu plus.
13:31Il y a des vrais professionnels
13:32de ça désormais
13:33sur les réseaux sociaux
13:35parce que les services
13:36en ce moment n'ont pas été
13:36hors des réseaux sociaux
13:37mais ils ont été submergés
13:39par le nombre de points
13:40du réseau social
13:41au-delà du désormais
13:42fameux Bismillah
13:43et les ténèbres
13:44qui restera
13:46dans notre histoire
13:47collective commune
13:48sur cette question.
13:49Et puis, vous avez
13:50la deuxième partie
13:51qui est le creux.
13:52C'est-à-dire,
13:52tout le monde a anticipé
13:53les vacances.
13:54Bon, il n'y a pas de vacances.
13:55Tout le monde a anticipé
13:55que les jeunes ne reviendraient pas.
13:57Ils ne sont pas partis.
13:58Et puis, il y a le moment
14:00où tout va se regrouper.
14:01C'est-à-dire,
14:02toutes les organisations,
14:03elles, sont prêtes
14:03à un 5 novembre massif.
14:05Pourquoi ?
14:05Parce que quand il n'y a pas
14:06de réponse sociale
14:07à un mouvement social,
14:09la réponse autoritaire
14:10ou sécuritaire
14:11ne suffit pas.
14:13Et de ce point de vue-là,
14:14vous avez vu
14:15combien les chefs de parti
14:16hier à Matignon
14:17sont ressortis
14:18extrêmement déçus.
14:20Nous verrons
14:21ce que donne
14:22l'entrevue d'Emmanuel Macron
14:23avec les organisations lycéennes.
14:24En ce moment ?
14:25C'est en ce moment même.
14:26Mais c'est tellement tardif,
14:27en réalité,
14:28qu'ils leur donneraient
14:29l'abrogation de Parcoursup
14:31et les 10 milliards
14:32que demandent
14:33ces organisations lycéennes.
14:34Peut-être que ça suffirait
14:35à éteindre la colère,
14:36mais simplement
14:37la colère lycéenne.
14:38Le problème,
14:39c'est que l'incendie
14:40n'ayant pas été
14:40circonscrit à temps,
14:42eh bien,
14:42il s'est répandu.
14:43Quant à l'aspect sécuritaire,
14:46on voit combien
14:46Laurent Nunez,
14:48au fond,
14:48fait tapis
14:49en envoyant
14:50absolument
14:51toutes les forces disponibles.
14:53mais on le sait,
14:54y compris dans le récit
14:55qui a été fait
14:55de la journée du 17 octobre,
14:57que l'engagement
14:58de certaines unités
14:59d'élite de la police nationale
15:00comme le RAID
15:01de certaines forces spéciales
15:04ne réjouit pas,
15:05n'enchante pas
15:06les premiers concernés.
15:07La semaine dernière,
15:08du côté de Bordeaux,
15:10lorsqu'il s'est agi
15:11pour le RAID
15:11de sécuriser
15:12la résidence
15:12de la préfète
15:13de Bordeaux,
15:15il n'était pas ravi.
15:16Et on a même appris
15:17dans les récits
15:17qui ont été faits
15:18de cette journée
15:19qu'il y avait eu
15:20un réel bras de fer
15:21entre d'un côté
15:22la place Beauvau
15:23et le cabinet
15:23de Laurent Nunez
15:24et de l'autre
15:25le commandement du RAID.
15:27Effectivement,
15:27le RAID
15:28et certaines personnalités
15:29du RAID
15:30avec qui on a pu échanger
15:31qui nous disent
15:32qu'ils n'ont absolument
15:33pas envie
15:33d'aller
15:35dans ces manifestations.
15:37Quel est le risque ?
15:38Vous disiez
15:38que c'est totalement inadapté,
15:40que ce n'est pas leur métier.
15:42Le risque,
15:42c'est Marseille.
15:43Quatre policiers du RAID
15:45mis en examen
15:47parce qu'ils ne sont pas
15:49adaptés au maintien de l'ordre.
15:50C'est un métier,
15:50le maintien de l'ordre.
15:52On ne fait pas
15:52le maintien de l'ordre
15:53avec n'importe quoi,
15:54n'importe qui et n'importe comment.
15:56L'anticriminalité,
15:56c'est un métier.
15:57L'antiterrorisme,
15:58c'est un métier.
15:59Le maintien de l'ordre,
16:00c'est un métier.
16:00C'est fait par des gens
16:01qui savent le faire.
16:01Donc, des risques de dérapage.
16:03Y compris, des fois,
16:04ça devient parfois insultant
16:06pour certains fonctionnaires,
16:08pour certains agents
16:09qui ont le sentiment
16:10d'être traités au fond.
16:10Un peu, vous savez,
16:11comme les 3000 réservistes
16:14professeurs
16:15que l'on a envoyés au front,
16:16que Édouard Jeffrey
16:17a envoyés au front.
16:18Vous avez, par exemple,
16:19des témoignages
16:21de policiers
16:21qui sont dans la police
16:22aux frontières
16:23et qui ont été
16:25réquisitionnés
16:25pour faire des mixtions.
16:27Alors, évidemment,
16:28ils ne seront pas exposés
16:30sur les zones
16:31les plus sensibles
16:32où il s'agira
16:32de faire du maintien de l'ordre.
16:33Mais néanmoins,
16:34ils sont réquisitionnés
16:34pour faire des choses
16:35qu'ils ne savent pas faire.
16:37Comme si, eh bien,
16:39un bleu était échangeable
16:40avec un autre bleu,
16:41qu'importe s'il est
16:42dans l'administration, etc.
16:44Et de ce point de vue-là,
16:46sans préjuger
16:46du scénario de demain
16:48que je souhaite
16:48le plus favorable possible,
16:49bien sûr,
16:50et le plus tenu,
16:51mais c'est mal vécu
16:52par les premiers concernés,
16:54encore une fois.
16:55Vous êtes inquiet,
16:56malgré tout,
16:57pour demain.
16:57J'ai bien compris
16:58que vous lisez
16:58le 5 novembre,
16:59c'est l'autre.
17:00c'est écrit et c'est indiqué.
17:01Mais la mobilité,
17:03l'hypermobilité
17:04des groupes de la casse,
17:05ce n'est pas les manifestants,
17:07les groupes de la casse.
17:07Les groupes de la casse,
17:08c'est je vais me fixer
17:09un objectif symbolique
17:11remarquable.
17:12Imaginons qu'un bâtiment public
17:13soit protégé
17:15par les gens
17:15de police secours
17:17ou de la police aux frontières
17:18ou de ce que vous voulez
17:20et qu'il décide
17:21de se faire celui-là.
17:24Que se passera-t-il ?
17:25Il se passera
17:27soit une bavure,
17:28au sens de l'usage
17:30de « j'ai plus rien »,
17:32des policiers
17:33qui racontent
17:34qu'ils renvoyaient
17:36aux manifestants
17:38et aux casseurs
17:39les projectiles
17:39que ceux-ci leur envoyaient
17:40parce qu'ils n'avaient plus
17:41de munitions.
17:42Vous imaginez le niveau...
17:44Donc, il suffit
17:44que quelques chauffeurs
17:45sont dans des véhicules
17:47de police vides.
17:48Ils sont vides
17:49parce que les policiers
17:50sont ailleurs.
17:51les casseurs
17:52choisissent cet objectif
17:53qui devient viral
17:55d'un point de vue
17:56des camions de police
17:57qui fuient.
17:58Sauf que dedans,
17:59il y a 5 camions,
18:00un chauffeur par camion
18:01poursuivi par 50
18:03ou 60 personnes.
18:04Que vouliez-vous donc
18:05qu'ils fassent d'autres ?
18:06Ils pouvaient laisser
18:07les camions,
18:08au moins,
18:08ils en ont sauvé
18:094 sur 5.
18:10Vous voyez ce que je veux dire ?
18:11Vous avez cette difficulté immense
18:13qui est qu'on ne peut pas faire
18:16n'importe quoi
18:17à des policiers
18:17en fonction du fait
18:19qu'ils sont policiers.
18:20Ils ont tous des métiers,
18:21des fonctions
18:22et des capacités.
18:23Alors, soit on dit
18:23que les primo intervenants
18:25en matière de terrorisme
18:25peuvent intervenir
18:26en matière de terrorisme,
18:26on les a tous reformés
18:27grâce à la vision formidable
18:29de ce policier
18:30de la sécurité publique
18:31intervenant au Bataclan
18:32et ne suivant aucune
18:33des instructions
18:34qui lui sont données,
18:35c'est-à-dire abattant
18:36les terroristes
18:36pour sauver des centaines
18:37de personnes.
18:38Et tout le monde dit
18:38bravo,
18:39donc on réforme.
18:40On réforme le schéma
18:41d'intervention théorique.
18:42Ce qu'on n'a pas fait
18:43après la génération d'A.N.,
18:44il va falloir le faire maintenant.
18:46Alors là,
18:46c'est une sorte
18:47de grand bricolage général
18:48avec des gens
18:49qui connaissent leur métier.
18:50Contre à moi,
18:51je suis beaucoup moins critique
18:52sur le préfet de police de Paris.
18:54Je suis beaucoup plus confiant
18:55sur le préfet de police,
18:56pardon,
18:57le préfet de région,
18:58préfet d'Orléans
18:59parce que ce sont
19:00de grands professionnels
19:00qui ont connu
19:01dans leur métier
19:02et dans leur expérience précédente
19:03des cas qui,
19:04mais après,
19:05on peut toujours être submergé par
19:06et puis le drame,
19:08Malik Ousekine
19:09qui est le syndrome général
19:11du maintien de l'ordre
19:12en France depuis 1986
19:13sont des éléments
19:14qu'il faut prendre en considération
19:15parce que tous ceux
19:16qui vous expliquent
19:16qu'il saurait mieux faire
19:18et qu'il n'y a qu'à tirer
19:19dans le tas,
19:19je les attends sur votre plateau
19:20le lendemain où il y a trois morts,
19:22dont deux étudiants.
19:23Vous évoquez le préfet de police
19:25de Paris
19:26en qui vous dites
19:27que vous avez confiance.
19:28C'est quand même surprenant,
19:30cette consigne
19:31qu'il a passée aux commerçants.
19:33Il leur dit,
19:34bien sûr,
19:35vous pouvez compter sur nous,
19:37mais quand même,
19:38je vous conseille
19:38d'avoir recours notamment
19:39à des agents de sécurité privés.
19:42Ça, c'est un aveu d'impuissance
19:44quand même.
19:44Connaissez-vous l'évolution
19:45du nombre d'agents de sécurité privés
19:46en France depuis 20 ans,
19:47madame ?
19:48Non.
19:48Très bien.
19:49Ils ont doublé.
19:51Il n'y a pas eu spécial
19:52ou quoi que ce soit.
19:53Il y a simplement un retrait
19:54des forces publiques de sécurité
19:56au bénéfice de la sécurité
19:57depuis 1990.
19:59Ça a commencé dans les aéroports.
20:00Vous voyez beaucoup de policiers
20:01dans les aéroports ?
20:02C'est une chose
20:02de souveraineté essentielle.
20:03Ensuite, dans les ports maritimes,
20:05puis dans les gares,
20:06puis sur la voie publique,
20:08devant un certain nombre
20:09de magasins.
20:10Puis, il y a eu les attentats.
20:12Et chaque fois,
20:14avez-vous eu une augmentation
20:15massive du nombre
20:16d'agents publics ?
20:16Non.
20:18Même plutôt une baisse,
20:19parce que la RGPP
20:20est passée par là,
20:21la réduction du temps
20:21de travail est passée par là.
20:23Bref, depuis 1990,
20:25nous acceptons gentiment
20:27que, quand le préfet de police,
20:28avec beaucoup d'honnêteté,
20:30parce qu'il faut au moins
20:31lui reconnaître l'honnêteté,
20:32de dire, écoutez,
20:33voilà, je fais ce que je peux
20:34avec ce que j'ai.
20:35Et donc, pour le reste,
20:37barricatez-vous,
20:38parce que je ne suis pas capable
20:39de gérer l'intégralité
20:40de cette ville aussi concentrée
20:42et aussi peu mobile
20:43avec mes forces,
20:44face à des hordes
20:45de pilleurs et de casseurs,
20:47dont j'espère éventuellement
20:48qu'ils seront ailleurs.
20:49Moi, je trouve ça plutôt honnête.
20:51C'est triste à dire.
20:52C'est honnête,
20:53mais c'est un peu effrayant.
20:54Je suis un tenant
20:55de l'ordre républicain.
20:56Je suis plutôt clémenciste
20:57sur cette question.
20:58Mais telle est la réalité.
21:01Moi, je préfère qu'il dise ça
21:02plutôt que tout va bien,
21:03Madame la Marquise,
21:04parce que personne n'y croira.
21:05Au moins, nous ne lui ferons pas
21:07le procès du mensonge
21:09et d'éviter de voir le réel.
21:11Mais il est déjà
21:11en train d'anticiper
21:12des forces de l'ordre
21:13absolument débordées
21:14et en sous-nombre.
21:15et il est en train de dire,
21:16effectivement,
21:17et c'est une réalité.
21:18Vous avez raison.
21:19Le principe de réalité
21:20gagne toujours.
21:23Est-ce que c'est,
21:26Mélanie Vecchio,
21:29cette demande, donc,
21:31du préfet de police de Paris
21:32d'avoir recours
21:34à des agents
21:36de sécurité privée ?
21:38Il y a aussi des commerçants
21:39qui commencent à dire,
21:40moi, je vais me défendre
21:41moi-même.
21:42Je vais faire de la légitime,
21:44enfin, de l'autodéfense.
21:46Est-ce que c'est légal ?
21:47Est-ce que jusqu'où ça peut aller ?
21:50Alors, c'est totalement encadré.
21:52En fait, on ne peut pas
21:52se promener comme ça
21:53avec une arme de catégorie
21:55qu'on appelle de catégorie D,
21:56c'est-à-dire des armes non létales.
21:57On peut les acheter
21:58en libre-service, bien évidemment,
21:59si on est majeur,
22:00mais le port et le transport
22:02dans l'espace public
22:03est interdit.
22:04On peut les avoir chez soi,
22:05on peut les avoir
22:06dans son commerce,
22:07puisque c'est considéré
22:08comme être chez soi
22:09à l'intérieur de son commerce.
22:11En revanche, pour l'usage,
22:13il faut qu'il y ait
22:14un motif légitime.
22:15Ce motif légitime,
22:16c'est un danger imminent
22:18et grave sur son intégrité physique
22:20et il faut évidemment,
22:21c'est les motifs
22:22de la légitime défense,
22:22une proportionnalité.
22:24Donc voilà,
22:25tout ça est extrêmement
22:26bien encadré.
22:27Il y a des sanctions
22:28si jamais l'usage
22:30de manière non légale est fait,
22:33c'est-à-dire,
22:34je crois que c'est un an de prison
22:35et 15 000 euros d'amende.
22:36Tout ça est très bien réglementé,
22:38c'est-à-dire qu'on ne peut pas
22:39faire n'importe quoi
22:40avec les armes
22:41dont on peut disposer.
22:43Alors qu'on apprend à l'instant
22:45que je vous parlais
22:46de l'entrevue
22:47d'Emmanuel Macron
22:47avec les lycéens,
22:48les représentants lycéens
22:50à la sortie de leur rencontre
22:51qu'ils appellent leurs camarades
22:53à continuer à se mobiliser.
22:55Signe sans doute
22:55qu'ils ont été déçus
22:57par la réponse
22:58du chef de l'État
23:00qui n'a pas dû manquer
23:00de leur faire
23:01une forme de numéro de charme
23:02mais qui n'a pas suffi
23:04à calmer tout ce petit monde
23:06qui est de toute façon
23:07chauffé à blanc.
23:08Pas de réponse politique.
23:09Sauf s'il leur a fait
23:10le cours habituel
23:11du « je veux vous apprendre
23:11à comment s'en passer ».
23:13C'est aussi possible.
23:15Il ne faut pas sous-estimer
23:16cette option.
23:17Pas de réponse politique
23:18pour l'instant.
23:19En tout cas,
23:19ce qui satisfasse
23:20les manifestants.
23:23Potentiellement,
23:24des annonces lundi
23:26de la part du chef de l'État.
23:28Comment vous analysez
23:29cette stratégie ?
23:31Si c'en est une...
23:32Ça s'appelle « pourrissement »
23:33en français courant.
23:34C'est assez classique.
23:36La France,
23:36c'est un pays étrange
23:37où on ne négocie pas
23:38quand on peut.
23:39On attend que ça soit
23:40vraiment dur
23:41pour que ça se ponctait
23:41que c'est sérieux
23:42donc que ça casse.
23:43Et à ce moment-là,
23:44on lâche à peu près
23:44deux fois plus
23:45que ce qu'on aurait pu
23:46négocier préalablement.
23:47Mais notre pays
23:48a mille ans de jacquerie.
23:49J'ai peur qu'il ne change pas
23:52tout de suite.
23:53D'ailleurs,
23:54on parlait avec Antoine Oberdorf
23:55il y a quelques semaines
23:56de l'option
23:57d'un troisième tour social
23:58après présidentiel.
23:59Et comme il l'a écrit
24:00dans un très bon papier
24:01de l'opinion,
24:02il dit que c'est la première fois
24:03que le troisième tour
24:04est avant le premier.
24:05Parce que la crise sociale,
24:07elle est là.
24:08Le problème,
24:08ce n'est pas la casse,
24:09c'est la crise.
24:10S'il n'y a pas de crise,
24:11il n'y a pas de casse.
24:11Ça marche dans ce sens-là.
24:13Et donc,
24:14quand vous avez 600
24:15et 800 000 personnes
24:16dans les rues,
24:16c'est que vous avez
24:16un souci qui concerne
24:18des agriculteurs,
24:19des pompiers,
24:19des infirmiers,
24:20des enseignants,
24:22au-delà des lycéens,
24:23des collégiens
24:24et des autres.
24:26Et donc,
24:27il y a un sujet
24:27et aucune réponse
24:28n'étant apportée à rien
24:29pour des raisons budgétaires
24:30évidentes,
24:31j'ai compris,
24:32mais il n'y a aucune réponse
24:33même pas symbolique
24:34du genre,
24:34faisons un Grenelle,
24:36faisons des états généraux
24:37de n'importe quoi.
24:38Ça ne satisferait pas
24:40non plus les manifestants.
24:40C'est un début.
24:41C'est un début
24:42parce que c'est genre
24:43on vous écoute,
24:43on vous entend.
24:44Là, c'est
24:44on va vous parler un jour,
24:46on laisse attendre
24:47avant de vous parler,
24:49on ne vous parle pas,
24:50in fine,
24:50on vous parle
24:51pour rien vous dire.
24:52Vous avez l'exemple
24:53terrifiant
24:54de l'allocation
24:54du président de la République
24:55dimanche dernier.
24:56Ou il n'a rien dit
24:57selon vous ?
24:58Vous avez entendu
24:59quelque chose ?
24:59Vous espériez-vous ?
25:00j'avais le son
25:01sur mon télévision.
25:02Vous espériez-vous
25:03qu'il annonce
25:04l'état d'urgence ?
25:05Qu'il annonce
25:06ce qu'il veut.
25:06Je ne suis pas
25:07le président de la République
25:08et je pense que
25:09ça aurait été
25:09une bonne réponse
25:10au problème
25:11qu'il venait de rencontrer
25:12et qu'il aurait d'ailleurs
25:13pu lui donner
25:13les moyens
25:14dont il se prévaut
25:16sans la couverture juridique
25:17qu'il a décidé lui-même
25:18de ne pas prendre
25:19en disant
25:19je vais interdire
25:20toutes les manifestations
25:21au pouvoir
25:21qu'il n'a pas
25:22qui l'amène
25:23à être envoyé
25:23devant les institutions
25:24judiciaires
25:25sur le thème
25:25mais qui t'est pour dire ça
25:26puisque tu t'es empêché
25:28d'avoir ce pouvoir
25:29que la Constitution
25:30te donne.
25:31Donc il y a quand même
25:32un sujet
25:33très compliqué
25:34dans la posture
25:35du président de la République
25:36qui d'ailleurs
25:36dans certains endroits
25:38semble donner directement
25:39les ordres aux préfets
25:39et je rappelle
25:40qu'il y a encore
25:40un premier ministre
25:41et un ministre de l'Intérieur
25:42qui connaît assez bien
25:43son travail
25:44puisqu'il a été à la fois
25:44DGSI,
25:45coordinateur de renseignement
25:46et préfet de police
25:47donc je pense qu'il sait
25:47il n'a besoin de personne
25:49pour apprendre le métier
25:50et donc il y a un sujet
25:51aujourd'hui
25:52de je fais tout
25:54et l'inverse
25:54ça ressemble un peu
25:55à la dissolution
25:56c'est-à-dire on a l'impression
25:56qu'on dissout
25:57l'Assemblée Nationale
25:58et on dissout la République.
26:00Qu'est-ce que ça aurait changé
26:01de mettre en place
26:02cet état d'urgence
26:02concrètement sur le terrain ?
26:03D'avoir tous les pouvoirs
26:04qui lui permettent
26:05de faire ça
26:05et même plus
26:06d'anticiper les manifestations
26:08de faire de la police administrative
26:10qui permet d'assigner
26:12chez soi des gens
26:14de les convoquer au commissariat
26:15pour une visite touristique
26:16de plusieurs heures
26:17de contrôler les frontières
26:19enfin d'avoir tous les moyens
26:20dont il essaye aujourd'hui
26:21de se donner
26:22sans le cadre juridique
26:23ce qui est quand même compliqué.
26:24Et d'ailleurs
26:25cette position
26:26du chef de l'État
26:27elle suscite l'indignation
26:29notamment de la gauche
26:30puisqu'on apprend
26:30ce soir
26:31c'est une information
26:32qui vient de tomber
26:33que les différents partis de gauche
26:35là c'est rare
26:36ils sont tous unis
26:37la France insoumise
26:37les socialistes
26:38les écologistes
26:38déposent un référé liberté
26:40devant le Conseil d'État
26:42mettant en cause
26:45les déclarations
26:45et les consignes
26:47manifestement
26:47selon eux
26:48attentatoires
26:49à la liberté de manifester
26:50du chef de l'État
26:50et notamment
26:52le fait
26:52qu'il s'arroge le droit
26:53au fond
26:53de considérer
26:54quelles seraient
26:55les organisations légitimes
26:56ou illégitimes
26:57à organiser des manifestations
26:59puisqu'on rappelle
27:00que seules les manifestations
27:01organisées à la demande
27:02des syndicats
27:03sont autorisées
27:04demain
27:05absolument
27:06ça vous choque
27:06cette disposition
27:08du président de la République ?
27:09c'est n'importe quoi
27:10j'ai commencé
27:10à faire du droit constitutionnel
27:12dans ma vie
27:12il aurait zéro
27:13zéro
27:15il redoublerait même pas
27:16et c'est le chef de l'État
27:19qui à l'Élysée
27:20explique la constitution
27:21au président de la République ?
27:23je demande
27:24c'est vraiment une interrogation
27:26il fait l'article 16
27:28il raconte tout ce qu'il veut
27:28article 16
27:29la loi de 55
27:30lui donne
27:31d'autres pouvoirs
27:32au gouvernement
27:33plus qu'à lui
27:34qui auraient pu lui permettre
27:35de faire une interprétation
27:36assez libre
27:37mais là
27:37d'où ça sort ?
27:39je veux dire
27:40je suis étonné
27:41que seuls les partis de gauche
27:42aient fait le référé à liberté
27:45l'intégralité
27:45de la classe politique
27:46devrait faire un référé à liberté
27:47sur le président de la République
27:49hors du champ
27:50que lui donne la constitution
27:51en appliquant
27:52notamment l'article 16
27:53ou des éléments
27:54de la loi de 1955
27:56n'a pas à dire
27:57ce qu'il a dit
27:57il y a un président de la République
27:58qui a écrit un livre
27:59qui s'appelle
27:59je n'aurais pas pu dire ça
28:00ou quelque chose qui ressemble
28:02lui il ne devrait pas dire
28:03beaucoup de choses
28:03on l'a écrit pour lui
28:04de ce qu'il raconte
28:04voilà c'est ça
28:05nos confrères
28:06l'homme et d'avé
28:07non mais il y a un vrai sujet
28:09ça remet en cause
28:10l'état de droit ?
28:12c'est un tentatoire
28:13à l'état de droit
28:13c'est le contraire
28:14de l'état de droit
28:15c'est à dire
28:16pour tous ceux qui pensent
28:17que le président de la République
28:19s'imagine en monarque
28:21non républicain
28:22il lui donne
28:23du grain à moudre
28:24il ferait mieux
28:25de rense-trentrer
28:26l'article 16
28:27est fait pour ça
28:27il l'applique
28:28l'idée de
28:29je le fais sans le faire
28:30voilà
28:31en même temps
28:32est devenu l'entre-deux
28:32l'entre-deux
28:33c'est très douloureux
28:34il le fait parce qu'il sait
28:35qu'il n'a pas les moyens
28:36de sécuriser
28:37toutes ces manifestations
28:38ça ne change rien
28:39l'article 16
28:39avec ou sans moyens
28:40au moins il a le cadre
28:41juridique nécessaire
28:42je suis vraiment
28:44extrêmement surpris
28:45que quelqu'un
28:46qui est aussi intelligent
28:47qu'Emmanuel Macron
28:48soit entré dans cette espèce
28:49de roue libre générale
28:50qui depuis dimanche
28:51ne ressemble plus à rien
28:53qu'est-ce que vous incluez
28:54dans la roue libre ?
28:55est-ce que les couvre-feux
28:56vous semblent justifier ?
28:57non mais les couvre-feux
28:58me semblent justifier
28:58mais eux ils sont pris
28:59par des préfets
28:59dans un cadre réglementaire
29:01ou à la demande de maire
29:02avec un contrôle
29:03du tribunal administratif
29:04tout ça me paraît
29:04rien à dire
29:05c'est je décide
29:07qui a le droit de manifester
29:08qui m'ennuie un peu
29:09qui devrait vous ennuyer
29:10autant que moi d'ailleurs
29:11Antoine Oberdorf
29:12non mais ce qui est frappant
29:14c'est de voir
29:15combien le sentiment
29:16de panique
29:16et d'improvisation
29:17au sommet de l'État
29:18saute aux yeux
29:21lorsque Emmanuel Macron
29:23dit que seules
29:24les organisations légitimes
29:26pourront organiser
29:27les manifestations
29:27je veux dire
29:29c'est tendre le bâton
29:30pour se faire battre
29:30par la justice administrative
29:32évidemment que
29:33on sait bien
29:35que des interdictions
29:36de manifester
29:36trop larges
29:38disproportionnées
29:39seront immédiatement
29:40cassées par la justice
29:41administrative
29:42et que ce soit
29:43le chef de l'État
29:44le principal émetteur
29:45est absolument désastreux
29:47prenons un exemple
29:48le maire de Lyon
29:49par exemple
29:50le maire de Lyon
29:51qui pour autant
29:52maire écologiste
29:53Grégory Doucet
29:53a longtemps été réticent
29:54à l'installation
29:55dans sa commune
29:56de caméras de vidéosurveillance
29:58néanmoins
29:58sous le coup des événements
29:59on regarde ce qui s'est passé
30:00le 17 octobre
30:01le maire de Lyon
30:01accepte parfaitement
30:02les mesures de couvre-feu
30:03qui sont mises
30:05dans sa ville
30:05en revanche
30:06le maire de Lyon
30:07à la sortie de son rendez-vous
30:09avec Sébastien Lecornu
30:11hier
30:11a immédiatement dit
30:12que les interdictions
30:13de manifester trop larges
30:15qui étaient prises
30:16sur sa ville
30:17allaient donner lieu
30:18à une discussion
30:19assez serrée
30:20entre lui
30:20et son préfet
30:23en fait
30:23c'est ce sentiment
30:24de cacophonie
30:25qui me frappe
30:26et qui d'ailleurs
30:27boucle et reboucle
30:28avec les lycéens
30:29parce que quand vous
30:30vous avez un Sébastien Lecornu
30:31qui est censé
30:31avec son ministre
30:32de l'éducation nationale
30:33Edouard Geffrey
30:33faire des annonces lundi
30:35être l'interlocuteur
30:36des lycéens
30:37mais que dans le même temps
30:38le juge de l'État
30:39le chef de l'État
30:40juge opportun
30:41de griller la politesse
30:42de son premier ministre
30:43qui de toute façon
30:44dévitalisé
30:44et complètement démonétisé
30:45auprès des lycéens
30:46pour les recevoir aujourd'hui
30:47et les décevoir tout autant
30:48que l'aurait fait son premier ministre
30:50mais juste
30:50vous sortez de là
30:51vous avez mal à la tête
30:52aux oreilles
30:52mais vous n'avez rien compris
30:54il n'y a pas
30:54il n'y a pas le début
30:55de la queue
30:56d'une issue politique
30:59et la conséquence
31:01de tout ça
31:01c'est cette violence
31:03c'est ce qui nous a frappé
31:04le week-end dernier
31:05c'est cette extrême violence
31:07on a tous été choqués
31:09par ces images
31:10de casseurs
31:11qui n'hésitaient pas
31:12à s'en prendre physiquement
31:13à des pauvres commerçants
31:14qui essayaient de défendre
31:15leur boutique
31:17c'est aussi
31:18de la violence
31:19à l'égard
31:20des pompiers
31:21qui étaient caillassés
31:22quand ils essayaient
31:23d'intervenir pour porter secours
31:25vous vous dites
31:26qu'elle ne vous a pas étonné
31:28non j'étais
31:28il y a 20 ans
31:29un peu moins que ça
31:30chez Natacha Polony
31:31un soir pour expliquer
31:32que les agressions
31:33contre les pompiers
31:34devenaient un sujet
31:35de préoccupation majeure
31:36parce que c'était
31:37la première fois
31:37que ça arrivait
31:38parce que l'idée
31:39qu'on tape les policiers
31:40qui tutoyaient tout le monde
31:41qui étaient racistes
31:42xénophobes etc
31:43apparaissait comme une sorte
31:44d'élément normal
31:45après tout
31:46on est deux bandes différentes
31:47sur un même territoire
31:48mais les pompiers
31:49les infirmières
31:50les postiers
31:51les gaziers
31:51l'intégralité du service
31:53public commençaient
31:53à être agressés
31:54réponse
31:56réponse rien
31:57oui bah on fait avec
31:58et donc le retrait
31:59progressif de l'état
32:00de l'ensemble des territoires
32:01a amené des gens
32:03à être en première ligne
32:04sans aucune protection
32:06de l'état
32:06puisqu'ils se retiraient
32:08alors c'est pas
32:08qu'il n'y avait pas
32:10de zone
32:10de non-droit
32:11il y avait des zones
32:12où la présence
32:13des policiers
32:13était en elle-même
32:15un élément
32:15extrêmement compliqué
32:16puisqu'ils devaient
32:17s'auto-protéger
32:18par d'autres policiers
32:18qui protégeaient
32:19des pompiers
32:20qui venaient éteindre le feu
32:22mais ce processus-là
32:23moi il y a 20 ans
32:24quand j'ai écrit ça
32:24j'ai ressorti mon papier
32:26de 1999
32:26qui s'appelait
32:28Orange Mécanique
32:29publié à l'époque
32:30par Le Monde
32:30au moment où ce journal
32:32publie encore
32:32des papiers réalistes
32:33bon bah voilà
32:34c'est un peu dur
32:35oui pourquoi
32:37je sais pas
32:38c'est un tac
32:39au journal Le Monde
32:41le journal Le Monde
32:42est une institution
32:42qui vaut ce qu'elle vaut
32:43et qui vit au rythme
32:44de son temps
32:45et qui de temps en temps
32:46oublie la réalité
32:47oui je le dis
32:47pourquoi
32:48pas un problème
32:48d'ailleurs je suis prêt
32:49à m'en expliquer
32:49avec eux un jour
32:55comment ça va se solder
32:56est-ce que vous pensez
32:57que ça peut durer
32:58on est à l'actuel 2
33:00vous vous dites 10 jours
33:01pas plus loin
33:01ah non je dis que
33:03l'habitude c'est que
33:04le mouvement de ce type
33:06depuis
33:06ça dure
33:07ça peut durer plus longtemps
33:09parce que vous avez
33:09des répliques
33:10tout ça
33:11ne s'éteint pas
33:12s'il n'y a pas un on off
33:13mais le moment paroxystique
33:16avec 2 ou 3 phases
33:17de poussée
33:18en 2005
33:20en 1986
33:21en 1968
33:22c'est une dizaine de jours
33:23et vous avez une sortie politique
33:24avec le Grenelle
33:28les états généraux
33:29la conférence
33:30le matignon
33:31ce que vous voulez
33:33même ça
33:33ça n'est pas sur la table
33:34vous vous rendez compte
33:34le purement symbolique
33:35qui ne coûte rien
33:37réunissons-nous tous ensemble
33:38et parlons de l'avenir de l'école
33:40faisons une convention lycéenne
33:42à la place d'un convention
33:43rien
33:43un moratoire sur parcours sup
33:44même un moratoire
33:46parce que la question de parcours sup
33:47c'est pas dire que c'est formidable
33:48c'est qu'est-ce qui remplace parcours sup
33:49cette question n'est pas posée
33:50c'est parcours sup ou rien
33:52il n'y a pas de débat sur
33:54mais comment on fait
33:54s'il n'y a plus parcours sup
33:55ce qui sera un bon débat
33:57que j'ai moi-même
33:57avec mes étudiants
33:58en disant
33:59vous êtes déjà là
34:00mais comment on fait
34:01s'il n'y avait pas eu parcours sup
34:03parce qu'il y a une partie
34:04des étudiants
34:05qui ont réussi à entrer
34:07grâce à parcours sup
34:08je veux dire
34:08ça n'est pas qu'une calamité
34:10c'est opaque
34:12incompréhensible
34:13stressant
34:13d'une manière
34:14très importante
34:15moi je vois beaucoup de parents
34:16qui viennent me raconter
34:18que le parcours
34:19a quand même été un peu brutal
34:20complexe
34:20et donc je pense
34:21qu'il y a des améliorations
34:22indiscutables à voir
34:23pourquoi on n'a pas
34:23la conférence parcours sup
34:25entre syndicats lycéens
34:26syndicats enseignants
34:27et ministres des syndicats
34:28qu'est-ce qui l'empêche
34:29franchement
34:30depuis un mois
34:31un mois
34:31d'avoir même proposé ça
34:33et on verra ce qui ressort
34:35de cette réunion
34:36non
34:36j'ai passé l'âge maintenant
34:38à l'Elysée
34:39donc avec les organisations syndicales
34:40merci beaucoup
34:41Alain Bauer
34:42d'avoir répondu à nos questions
34:43je rappelle
34:43le titre de votre
34:44merci à vous
34:44merci à vous