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  • il y a 1 semaine
Lecture, écriture ou proximité avec les écrivains, la littérature entre très souvent en interaction avec le pouvoir. Charles de Gaulle, François Mitterrand ou encore Emmanuel Macron s'inscrivent dans le sillage d'une tradition française du président lettré. Outil de séduction politique qui dépasse les clivages, la littérature entreprend de révéler les qualités personnelles des dirigeants. Ce qui compose la bibliothèque présidentielle peut-il éclairer une vision du monde ? Leurs goûts littéraires révèlent-ils des contradictions intimes ? Les Français attendent-ils encore de leur président qu'il soit un homme de culture ?Pour en débattre, Ali Baddou reçoit Étienne de Montety, journaliste, directeur du Figaro littéraire et directeur de l'ouvrage collectif « Dans la bibliothèque de nos présidents » (éd. Tallandier) ; Nathalie Saint-Cricq, journaliste et éditorialiste politique sur France Télévisions ; et Christophe Barbier, journaliste et éditorialiste politique.

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Transcription
00:00:01Paris partirisée et Paris libérée.
00:00:08Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l'avortement.
00:00:11Vous n'avez pas, M. Mitterrand, le monopole du cœur.
00:00:14Qui s'aime la misère récolte la colère, c'est ce qu'ils ont aujourd'hui.
00:00:16La justice française ne sera plus une justice qui tue.
00:00:26How dare you !
00:00:28Je pense que si je n'avais pas été absorbé par ma vie politique,
00:00:33j'aurais aimé consacrer partie de ma vie à construire une œuvre littéraire.
00:00:40En avais-je le talent, j'en avais en tout cas le goût.
00:00:43Mais ce qui m'a manqué, c'est l'unité de l'esprit.
00:00:47Le téléphone qui vous déchire l'oreille, la visite impromptue.
00:00:52Il faut l'unité de l'esprit.
00:00:55Bonsoir et bienvenue sur la chaîne parlementaire.
00:00:58Débat doc ce soir.
00:00:59Mitterrand, une autre vie possible, écrit par Mazarin Pinjot et Catherine Aventurier,
00:01:04réalisé par Catherine Aventurier.
00:01:06Il est le seul président de la Vème République à avoir posé,
00:01:09pour son portrait officiel devant une bibliothèque, un livre à la main,
00:01:13une vingtaine d'ouvrages, des discours comme des exercices de style,
00:01:17plus de 1200 lettres à Anne Pinjot.
00:01:20François Mitterrand n'a jamais cessé d'écrire.
00:01:23Et si sa vraie vie avait été ailleurs ?
00:01:25Dans la littérature, c'est ce portrait tout en archive,
00:01:28écrit et dit par sa fille Mazarin Pinjot, que vous allez découvrir.
00:01:32Et puis nous ouvrirons le débat, les présidents et la littérature,
00:01:36une passion française, avec les journalistes Nathalie Saint-Cricq,
00:01:40Étienne de Montetti et Christophe Barbier.
00:01:43Débat doc, c'est parti.
00:01:50Je suis chaque jour stupéfait de rencontrer des passants qui me disent
00:01:56« Ah, mais comment, mais vous lisez des livres ? »
00:02:00Comme si un homme politique, étant l'opinion publique,
00:02:02une sorte de robot spécialisé pour gérer les affaires du pays,
00:02:06étant bien entendu que je suis convaincu que s'il n'était que cela,
00:02:09il les irait formal.
00:02:12Ça l'amuse, mon père, cet étonnement, lui qui a passé sa vie à lire.
00:02:16Mais il va plus loin.
00:02:18Un homme politique qui ne lirait pas,
00:02:20en réduisant la politique à de la simple gestion,
00:02:23serait également un mauvais gestionnaire.
00:02:29La photographie officielle prise par Gisèle Freund en 1981
00:02:33le montre devant une bibliothèque, un livre à la main.
00:02:37Mon père lui aurait dit « Tenez compte que je suis un écrivain
00:02:40avant d'être un homme politique. »
00:02:43La bibliothèque, c'était pour lui un espace à la fois charnel et spirituel.
00:02:49Il a choisi pour moi, qui devait pourtant passer inaperçu,
00:02:52le nom d'une bibliothèque, la Bibliothèque Mazarin, en face du Louvre.
00:02:58Alors oui, bien sûr, la bibliothèque n'est pas un simple décor
00:03:02et l'ouvrage entre ses mains est plus qu'un symbole.
00:03:05C'est son identité.
00:03:17J'ai longtemps hésité à écrire ce documentaire.
00:03:20En général, je refuse ce genre de propositions
00:03:23à cause du mélange des genres.
00:03:25Mon père est mon père.
00:03:27Je n'ai pas grand-chose à dire sur le président.
00:03:30Mais sur l'homme de lettres,
00:03:32moi qui ai consacré ma vie à écrire,
00:03:35j'ai toujours pensé que mon travail d'écrivain
00:03:38n'héritait pas de l'ambition littéraire souterraine de mon père.
00:03:42Mon écriture plonge ses racines dans le secret dans lequel j'ai vécu,
00:03:45dans l'interdiction de dire.
00:03:50La vraie raison qui a fini par me convaincre est ailleurs.
00:03:53L'abandon de la langue, le mépris de la culture
00:03:57sont à mon sens directement liés à la crise de la démocratie.
00:04:01Alors oui, rappeler que mon père a toujours tenu ensemble
00:04:05les lettres et la politique,
00:04:07c'était urgent et nécessaire.
00:04:16Est-ce que vous ne croyez pas qu'il est contradictoire
00:04:18de rechercher une certaine paix intérieure
00:04:20et de briguer des responsabilités nationales ?
00:04:23Non, au contraire.
00:04:25Au contraire, je ne crois pas qu'on puisse être un grand homme politique
00:04:28si l'on n'est pas d'abord
00:04:32ou enfin connaisseur de soi-même.
00:04:39Aurait-il pu, aurait-il dû choisir entre les deux ?
00:04:43C'est une question qu'il s'est posée.
00:04:46Et si la littérature avait été sa vie,
00:04:49ça aurait changé la mienne.
00:04:59J'aime écrire.
00:05:01Je pense que si je n'avais pas été absorbé par ma vie politique,
00:05:05j'aurais aimé consacrer partie de ma vie
00:05:09à construire une œuvre littéraire.
00:05:12En avais-je le talent ?
00:05:14J'en avais en tout cas le goût.
00:05:15Mais ce qui m'a manqué, c'est l'unité de l'esprit.
00:05:19Le téléphone qui vous déchire l'oreille,
00:05:22la visite incomptue,
00:05:25il faut l'unité de l'esprit.
00:05:29Mon père a eu plusieurs vies tout en restant fidèle à chacune.
00:05:33L'équation semble impossible
00:05:34et pourtant, il pouvait être ainsi morcelé
00:05:38en maintenant son unité,
00:05:40multiple et fidèle.
00:05:42Je me suis souvent demandé où se loger le noyau,
00:05:45celui qui permet de tout tenir ensemble
00:05:47sans se fragmenter soi-même.
00:05:48La réponse est Jarnac.
00:05:51L'enfance.
00:05:53Le silence.
00:05:59Je grandis sous le ciel mouillé d'Aquitaine.
00:06:02Notre maison était posée au bord de la Charente,
00:06:06sur la rive du droit coutumier.
00:06:08Je vous épargnerai le lot classique des souvenirs.
00:06:12Un mur sous le soleil.
00:06:14La liberté à porter des jambes et de l'imagination.
00:06:19Ribérac et Optère sont l'une et l'autre riveraine d'une belle rivière.
00:06:23La Drône.
00:06:25Observation qui n'a aucun intérêt pour mon récit,
00:06:27je les note simplement pour le plaisir d'écrire ces noms.
00:06:33Comme chez Proust, les noms contiennent un monde.
00:06:37Celui de l'enfance.
00:06:38Celui des rêves.
00:06:40Pour mon père, c'est évident,
00:06:42la littérature s'enracine dans son paysage natal.
00:06:45Il y a un lien de parenté.
00:06:47Peut-être même que son paysage avait besoin d'être écrit
00:06:49pour exister au-delà de lui.
00:06:52Tout ce qui est en moi se rattache à Jarnac.
00:06:57Je suis charentais,
00:06:59je n'ai pas de naturel tellement bavard.
00:07:01J'aime bien me taire.
00:07:03Et c'est vrai qu'il y a une forme de discrétion charentaise
00:07:06dont j'ai pris ma part.
00:07:17Cette atmosphère,
00:07:19on la retrouve dans ses romans du 19e et du début du 20e siècle
00:07:22qu'il lisait et consignait dans un petit carnet.
00:07:26Tous ces romans où une discrète campagne française
00:07:29abrite des familles bourgeoises,
00:07:31rivées à la terre et aux saisons,
00:07:32aux rites religieux qui scandent le temps.
00:07:37La lecture y est une distraction,
00:07:39parfois une évasion.
00:07:40Les soirées sont longues,
00:07:42on parle peu.
00:07:47Son père, Joseph, mon grand-père,
00:07:50était silencieux.
00:07:51Sa mère, Yvonne, ma grand-mère,
00:07:53était une catholique fervente,
00:07:55mais humaniste,
00:07:56issue d'une tradition républicaine.
00:07:58Elle devait sans doute élever la voix
00:08:00au milieu de ses huit enfants.
00:08:02À 16 ou 17 ans,
00:08:04quand je suis arrivé à Paris,
00:08:05je me sentais provincial,
00:08:08content de l'être
00:08:09et un peu déchiré de perdre mes racines.
00:08:15Je ressens si fort cette déchirure matinée d'excitation.
00:08:19Il oublie de dire
00:08:20« À 19 ans, il a perdu sa mère,
00:08:23morte à 55 ans.
00:08:25Et sa mère,
00:08:26c'est jarnac. »
00:08:29On confond vite les lieux
00:08:30et les gens qu'on aime.
00:08:31D'ailleurs, il le dit,
00:08:33et c'est étonnant,
00:08:34car lorsque j'écris ces lignes,
00:08:35je n'ai pas encore entendu
00:08:36l'archive suivante où il dit
00:08:37« J'ai vécu dans le pays de ma mère. »
00:08:45Avant de mourir,
00:08:46elle s'était assurée
00:08:47de recommander mon père
00:08:48à François Moriac
00:08:49lorsqu'il est monté à Paris.
00:08:50« Nous avions déjà
00:08:52notre grand écrivain régional,
00:08:53comme je l'ai écrit
00:08:54avec un peu
00:08:57un tondi de méchanceté
00:08:58un peu plus tard
00:08:59qui était François Moriac.
00:09:01Je dois dire que
00:09:02j'ai été très marqué
00:09:04par le mystère Frontenac,
00:09:06par surtout le vipère.
00:09:09Je l'ai compté. »
00:09:14Moriac a compté,
00:09:16tout comme la figure de Robert,
00:09:18son oncle prodige,
00:09:19mort à 19 ans
00:09:20d'une maladie
00:09:21au lycée Henri IV.
00:09:22Mon père a voulu suivre ses pas
00:09:24et préparer le concours
00:09:25de l'école normale supérieure.
00:09:29Arrivé à Paris,
00:09:31il a changé d'avis,
00:09:32préférant découvrir la vie
00:09:34que s'enfermer
00:09:34dans une bibliothèque.
00:09:38C'est dans ce lycée
00:09:39que j'ai préparé
00:09:40le même concours.
00:09:41Et je dirais
00:09:42que d'une certaine manière,
00:09:44j'ai réparé
00:09:44ce léger manquement
00:09:45à la mémoire familiale,
00:09:47raison profonde
00:09:48de la joie de mon père
00:09:49lorsque j'ai été reçue
00:09:50à Normale Supérieure.
00:10:051930.
00:10:06Les stars à Paris
00:10:07s'appellent Cocteau,
00:10:08Gide,
00:10:09Aragon.
00:10:10Les jeunes provinciaux,
00:10:11férus de littérature,
00:10:12montent à la capitale
00:10:14dans l'espoir
00:10:14de les rencontrer.
00:10:15Ils ne se rendent pas
00:10:16à des concerts
00:10:17pour hurler dans la fosse,
00:10:18n'accrochent pas
00:10:19des posters de rockers sexy
00:10:20sur les murs
00:10:21de leur chambre,
00:10:22comme je l'ai fait
00:10:22adolescente.
00:10:23Ils ne likent pas
00:10:24des youtubeurs
00:10:25comme mes enfants
00:10:25sur leur écran.
00:10:26Ils se rendent
00:10:27à des congrès littéraires.
00:10:31Le congrès
00:10:32de la pensée française
00:10:33s'est réuni à Paris
00:10:34groupant savants,
00:10:35écrivains
00:10:36et artistes français,
00:10:38parmi lesquels
00:10:38le poète Louis Aragon
00:10:40qui a réclamé
00:10:40de nos écrivains
00:10:41des œuvres dignes
00:10:42des héros
00:10:43de notre peuple
00:10:43et M. François Mauriac,
00:10:45le célèbre romancier.
00:10:47Au service de la paix,
00:10:49est-il pour la pensée française
00:10:50de plus noble ambition ?
00:10:57La littérature,
00:10:59dans la bouche d'Aragon,
00:11:00doit mener à la politique.
00:11:01Elle propose
00:11:02un récit collectif.
00:11:04La politique sans récit
00:11:06est devenue de la gestion,
00:11:07qui ne fait plus rêver personne.
00:11:10Mon père, jeune homme,
00:11:11a beaucoup rêvé.
00:11:13Et ce rêve,
00:11:14il le devait aux écrivains.
00:11:16La révélation,
00:11:17elle est venue
00:11:18à travers la NRF.
00:11:20La revue.
00:11:21Là, tout d'un coup,
00:11:22je suis entré dans un monde
00:11:23qui m'a ébloui.
00:11:24Alors, c'était
00:11:25l'arrivée de Gide,
00:11:26c'était l'arrivée
00:11:26de Martin Dugar,
00:11:28c'était l'arrivée
00:11:28de Stamberger.
00:11:33Quand j'étais étudiant
00:11:34à Paris,
00:11:36je rêvais d'aventure.
00:11:37Je ne pensais pas
00:11:38à la politique,
00:11:39mais, d'une certaine manière,
00:11:41je me voyais
00:11:42en homme de pouvoir.
00:11:49En 1965,
00:11:50mon père se présente
00:11:51contre le général de Gaulle.
00:11:56Il est moins connu,
00:11:58député de la Nièvre,
00:11:59on ne le prend pas au sérieux.
00:12:03Leur inimitié
00:12:04remonte presque
00:12:04jusqu'à leur première rencontre,
00:12:06en 1943,
00:12:08à Alger.
00:12:09De Gaulle veut fusionner
00:12:10des mouvements de résistance,
00:12:12de prisonniers de guerre.
00:12:13Mon père s'y oppose.
00:12:15Et le général
00:12:16finit par lui donner congé
00:12:17froidement.
00:12:20Je n'ai pas toujours été opposant
00:12:22à De Gaulle
00:12:22quand De Gaulle était
00:12:23le chef de la résistance
00:12:25et le mainteneur
00:12:26de la France.
00:12:28Je me suis séparé de lui
00:12:29quand il est devenu
00:12:30le chef d'un parti
00:12:31et d'un parti de droite,
00:12:32c'est-à-dire
00:12:33qu'il ne correspondait pas
00:12:34à mes opinions politiques.
00:12:36Il faut prendre les choses
00:12:37comme elles sont
00:12:38car on ne fait pas
00:12:39de politique
00:12:40autrement que
00:12:41sur des réalités.
00:12:43Bien entendu,
00:12:43on peut sauter
00:12:44sur sa chaise
00:12:45comme un cabri
00:12:46en disant
00:12:46l'Europe, l'Europe, l'Europe,
00:12:48mais ça n'aboutit
00:12:49à rien
00:12:49et ça ne signifie rien.
00:12:51Le choix à faire.
00:12:54Il est entre
00:12:55le général De Gaulle
00:12:56et moi.
00:13:02Mitterrand dit des choses
00:13:04terribles sur De Gaulle
00:13:06et en 1963,
00:13:07il se met à écrire ça
00:13:08et il écrit un livre
00:13:09qui est un pamphlet
00:13:10d'une violence incroyable
00:13:12et le meilleur livre
00:13:13de Mitterrand.
00:13:16La personnalité
00:13:18du général De Gaulle,
00:13:19libérateur de son pays,
00:13:2014 ans avant
00:13:21d'en devenir dictateur
00:13:23et riche de tant d'attraits
00:13:24qu'elle survivra
00:13:25à son oeuvre
00:13:26finalement assez mince.
00:13:30C'est un style
00:13:31de grand pamphétaire.
00:13:32C'est écrit
00:13:32en pensant
00:13:34à Châteaubriand
00:13:34dans les mémoires
00:13:36d'Outre-Tombe
00:13:36vis-à-vis de Bonaparte
00:13:38et Hugo écrivant
00:13:39sur Napoléon le Petit.
00:13:41Il a les deux références
00:13:42en tête.
00:13:43On est en plein 19e
00:13:44au niveau du style
00:13:46et il dénonce
00:13:48qui ?
00:13:48Un homme
00:13:49qu'il juge
00:13:49être un homme
00:13:50du 19e.
00:13:55Thierry Clermont-Tonnerre,
00:13:57mon éditeur,
00:13:58trouve certains passages
00:13:58un peu durs
00:13:59et craint la saisie.
00:14:00Ce qui ferait d'ailleurs
00:14:02un drôle de scandale
00:14:03que je ne cherche pas.
00:14:04Je veux bien polir
00:14:05les passages incriminés
00:14:07mais pas modifier
00:14:08leur sens.
00:14:13Y compris
00:14:14sur la qualité littéraire,
00:14:15les critiques
00:14:16opposent De Gaulle
00:14:17à mon père.
00:14:18On sent que ce n'est pas
00:14:19un style naturel.
00:14:20Ni l'un ni l'autre
00:14:21on est sans Proust
00:14:22ou Céline,
00:14:22c'est clair.
00:14:23Et ce n'est pas
00:14:23leur ambition d'ailleurs.
00:14:25Je pense que leur ambition
00:14:27était très vaste
00:14:27et qu'ils auraient volontiers
00:14:28été aussi Proust et Céline.
00:14:31Ça n'est pas totalement faux.
00:14:33Non qu'ils aient voulu
00:14:34l'un comme l'autre
00:14:34être les plus grands écrivains,
00:14:36quoique,
00:14:37mais enfin,
00:14:38marquer leur temps
00:14:39par leur plume,
00:14:40en plus de leurs actions,
00:14:41ne leur aurait pas des plus.
00:14:43De ce point de vue,
00:14:44je pense qu'il est
00:14:45à la hauteur de De Gaulle,
00:14:47c'est-à-dire quelqu'un
00:14:48qui est tout le temps
00:14:50en train de rapporter
00:14:51le présent
00:14:52à un certain ailleurs
00:14:53qui est celui des livres.
00:14:54Et il se promène
00:14:55avec cette bibliothèque,
00:14:56ce qui lui donne
00:14:57presque un air absent,
00:14:58l'absence qu'ont
00:14:59les rêveurs
00:15:00nourris de lettres,
00:15:01nourris de grandes lectures.
00:15:10Il y a toute
00:15:11une donnée littéraire
00:15:14qui, moi,
00:15:15m'attire.
00:15:16Absolument.
00:15:16comme la lumière
00:15:19dans la nuit
00:15:20avec tous ces insectes autour.
00:15:22C'est la dimension de l'espace.
00:15:24Et il me semble
00:15:25que cette dimension
00:15:27littéraire
00:15:28est nécessaire
00:15:29au-delà de la littérature
00:15:31et nécessaire
00:15:32à la politique,
00:15:32c'est-à-dire à la vie
00:15:33des hommes
00:15:34dans la société d'aujourd'hui.
00:15:35Ils étouffent,
00:15:36ils manquent d'air.
00:15:41La politique exige l'action,
00:15:43la décision,
00:15:44l'urgence.
00:15:44Pas d'opposition ?
00:15:45Elle se nourrit de l'actualité.
00:15:47La littérature
00:15:49et ce pas de côté,
00:15:50ce chemin de traverse,
00:15:52cet autre monde
00:15:53qui exige un temps pour elle,
00:15:54un temps à elle.
00:15:59Ces deux temporalités
00:16:01sont contraires.
00:16:02Mon père aimait bien
00:16:03les contraires.
00:16:04Il aimait surtout
00:16:05être maître de son temps.
00:16:09Dans le secret
00:16:10de sa pièce à Latch,
00:16:11une grange
00:16:11transformée
00:16:12tout à la fois
00:16:13en chambre,
00:16:13bureau,
00:16:14lieu d'isolement
00:16:15et de souvenir,
00:16:16il continue
00:16:17son parcours étonnant.
00:16:21Je sais que je travaille mieux
00:16:22quand je laisse
00:16:23la parole
00:16:23et l'action
00:16:24à la porte,
00:16:25à chacun sa drogue.
00:16:27La mienne
00:16:28est le silence.
00:16:30Comme il se doit,
00:16:31je l'aime,
00:16:32je le crains.
00:16:33Mais sans lui,
00:16:34je perds
00:16:35ce sens subtil
00:16:36qui permet
00:16:37de communiquer
00:16:37avec l'âme
00:16:38des choses.
00:16:40Les perceptions
00:16:41s'usent vite.
00:16:42Trois mois de Paris
00:16:44et je m'embrouille
00:16:45dans les odeurs
00:16:46de la forêt.
00:16:47C'est le signal
00:16:48d'alerte.
00:16:50Lorsque je ne reconnais
00:16:51plus la démarche
00:16:51de la nature,
00:16:53je suis prêt
00:16:54d'ignorer
00:16:54celle des hommes.
00:17:05Mon père n'est pas
00:17:06un citadin.
00:17:07Il vit à Paris,
00:17:08il en aime les rues,
00:17:10l'atmosphère.
00:17:11Mais son fond
00:17:12est tissé de campagnes,
00:17:13pas de mer,
00:17:14pas de hautes montagnes,
00:17:16de campagnes
00:17:17austères
00:17:17et discrètes.
00:17:18mais dont la présence
00:17:19est entêtante.
00:17:23Quant à moi,
00:17:24je regrette parfois
00:17:25qu'il ait été
00:17:26si silencieux,
00:17:27qu'il ne m'ait pas
00:17:27plus parlé de lui,
00:17:29de ses craintes,
00:17:30de ses tourments.
00:17:31Il a eu besoin
00:17:32de me conseiller
00:17:32des livres
00:17:33qu'il racontait
00:17:34mieux que lui-même.
00:17:35Dominique de Frementin,
00:17:37Le Rouge et le Noir,
00:17:38tout Stendhal,
00:17:39Madame Bovary
00:17:40et tant d'autres.
00:17:41Je les revois
00:17:42en forme à poche
00:17:43et moi,
00:17:44les lisant allongé
00:17:45dans l'herbe grasse
00:17:46en Auvergne.
00:17:49Je lui avais déjà dit
00:17:50que je voulais devenir écrivain.
00:17:52Alors,
00:17:53il me donnait à lire
00:17:54ce qui avait fait naître
00:17:55chez lui le même désir.
00:17:56La porte étroite
00:17:57de Gide,
00:17:58par exemple.
00:17:59Il savait que ce livre
00:18:00allait me toucher au cœur.
00:18:02Pourquoi ?
00:18:03Je l'ignore.
00:18:04Nous n'en avons qu'à peine parlé.
00:18:06C'était une évidence.
00:18:07Voilà tout.
00:18:09Une autre manière
00:18:10de dialoguer.
00:18:14Trône au-dessus
00:18:15de mon bureau
00:18:15une photo de Gide,
00:18:17prise par Gisèle Freud,
00:18:18comme pour veiller
00:18:19sur mon écriture.
00:18:21Après tout,
00:18:22mon père n'a jamais
00:18:23pu lire mes livres,
00:18:24mais il est là,
00:18:26quelque part.
00:18:34Je n'ai jamais lu non plus
00:18:35in extenso
00:18:35ses propres ouvrages.
00:18:37J'ai feuilleté
00:18:38la paille et le grain
00:18:39ou l'abeille et l'architecte,
00:18:40mais j'ai beaucoup
00:18:41de mal à le lire,
00:18:42comme si sa langue écrite
00:18:44n'était pas celle
00:18:44de mon père,
00:18:45pas celle non plus
00:18:46du président,
00:18:47mais d'un homme
00:18:48que je ne connais pas
00:18:48tout à fait.
00:18:50Et j'aurai l'impression
00:18:51de trahir mon père
00:18:52en découvrant cet homme.
00:18:54D'ailleurs,
00:18:55je déteste lire
00:18:56les livres
00:18:57qu'on a écrits sur lui.
00:18:59Peut-être qu'avec le temps,
00:19:00je rouvrirai
00:19:01la paille et le grain.
00:19:05François Mitterrand,
00:19:06quand nous nous sommes vus,
00:19:08vous m'aviez dit
00:19:09« On vous savait,
00:19:10ça ne sera pas
00:19:11un best-seller »
00:19:12puisque aucun de mes livres
00:19:13n'a jamais été
00:19:14un vrai best-seller.
00:19:15Celui-là en est un.
00:19:16Depuis qu'il est sorti.
00:19:16Je suis très étonné.
00:19:18Est-ce que ça vous fait plaisir ?
00:19:20Oui,
00:19:21oui,
00:19:21ça me fait plaisir.
00:19:22Je pense,
00:19:23peut-être une part
00:19:24de vanité,
00:19:25je ne pense pas
00:19:26dans la mesure
00:19:29où les vanités,
00:19:32disons,
00:19:32je suis devenu
00:19:34très exigeant
00:19:34pour en avoir.
00:19:37Plus de 100 000 exemplaires.
00:19:40Les autres livres
00:19:41stagnaient à 30 000,
00:19:4240 000,
00:19:43ce qui est déjà
00:19:44un exploit
00:19:44au regard des chiffres
00:19:45d'aujourd'hui.
00:19:48Écrire était sa manière,
00:19:50pudique et limitée,
00:19:51de se dévoiler
00:19:52à ses électeurs.
00:19:54Comment définir
00:19:55cette ouvrage ?
00:19:55Est-ce que c'est une chronique,
00:19:56des notes,
00:19:57un journal ?
00:19:58C'est entre la chronique
00:20:00et le journal.
00:20:01Chronique,
00:20:01forcément,
00:20:02parce que je suis
00:20:03un responsable politique,
00:20:05j'écris de temps à autre
00:20:07dans l'hebdomadaire
00:20:08du Parti Socialiste
00:20:09qui s'appelle Unité
00:20:10et je suis donc amené
00:20:11à commenter l'actualité.
00:20:12Ce sont des chroniques.
00:20:13Et puis,
00:20:14c'est devenu aussi
00:20:15un peu un journal,
00:20:16mais ce n'est pas
00:20:16un journal intime.
00:20:18J'aurais dans ce cas-là
00:20:18encore beaucoup
00:20:19d'autres choses à dire.
00:20:20Sûrement.
00:20:22Mon père se méfiait
00:20:24des journaux intimes.
00:20:25Déjà,
00:20:26en 1938,
00:20:28il était critique,
00:20:29presque virulent
00:20:29lorsqu'il les évoquait,
00:20:31répondant à une enquête
00:20:32de la revue Montalembert.
00:20:35On sait bien
00:20:36qu'une personne réelle
00:20:37n'a pas grand-chose
00:20:38à nous apprendre
00:20:39sur ce qu'elle est.
00:20:40On écrit donc
00:20:41les aveux de quelqu'un d'autre,
00:20:43plus pur,
00:20:44plus noir,
00:20:45plus vif,
00:20:46plus sensible
00:20:47et même plus soi
00:20:49qu'il n'est permis.
00:20:50Car le soi
00:20:51a des degrés.
00:20:54J'adore cette idée
00:20:55énigmatique
00:20:56que le soi
00:20:56a des degrés,
00:20:57en fonction des autres
00:20:58qui vous lisent,
00:20:59qui vous jugent,
00:21:00qui vous entourent.
00:21:02Le moi social
00:21:03est différent
00:21:03du moi littéraire,
00:21:04par exemple.
00:21:06Pour mon père,
00:21:07l'intime se trouvait
00:21:08moins dans l'écriture
00:21:09que dans la lecture.
00:21:12La France et sa géographie
00:21:14étaient ce qu'il avait
00:21:15de plus intime.
00:21:16Enfin,
00:21:16ce qu'il pouvait dire
00:21:17publiquement
00:21:18de plus intime.
00:21:20Vous écrivez ceci,
00:21:21l'âme de la France,
00:21:22inutile de la chercher,
00:21:23elle m'habite.
00:21:24Qu'est-ce que c'est
00:21:25que cette âme de la France ?
00:21:26J'ai une connaissance
00:21:28physique de la France,
00:21:29un amour physique de la France.
00:21:32Voilà,
00:21:33je n'ai pas besoin
00:21:34qu'on me parle,
00:21:35qu'on me fasse des leçons
00:21:35sur l'amour de la France.
00:21:37La France, pour moi,
00:21:38c'est moi.
00:21:39c'est moi,
00:21:40sous certains aspects.
00:21:41Le saule, là,
00:21:42le long de petites rivières,
00:21:44le coton qui s'élève
00:21:45comme ça,
00:21:46les espèces d'arbres,
00:21:47bref,
00:21:48je suis,
00:21:48moi-même,
00:21:49je me sens
00:21:50partie prenante
00:21:51de la géographie
00:21:51de la France.
00:21:53Alors voilà,
00:21:53c'est tout,
00:21:53ce n'est pas très intellectuel,
00:21:54ça, hein ?
00:21:55Mais à partir de là,
00:21:56on peut peut-être
00:21:56avoir des idées.
00:22:10sans doute parce que
00:22:11ces paysages
00:22:12étaient adéquats
00:22:13à sa plume
00:22:13qui pouvait en épouser
00:22:14les moindres nuances,
00:22:16elle avait fait
00:22:16ses gammes en charonte
00:22:17et la charonte
00:22:19rendait à tous
00:22:19les autres paysages français,
00:22:21particulièrement
00:22:22ceux du centre,
00:22:23leurs secrets.
00:22:32Vézelay,
00:22:33Vézelay,
00:22:34Vézelay,
00:22:36Vézelay.
00:22:38Connaissez-vous
00:22:38plus bel Alexandrin
00:22:39de la langue française ?
00:22:41J'en ai mieux aimé
00:22:42Aragon.
00:22:44Aujourd'hui,
00:22:44j'y suis revenu
00:22:45d'instinct.
00:22:50Mon père y allait souvent
00:22:51avec ma mère.
00:22:52Moi-même,
00:22:53j'avais été
00:22:54de certains voyages.
00:22:55J'étais petite,
00:22:56je m'en souviens à peine.
00:22:58Et franchement,
00:22:59un enfant ne comprend rien
00:23:00à cette relation érotique
00:23:01aux vieilles pierres
00:23:02et aux champs d'herbes sèches.
00:23:04Pourtant,
00:23:05j'ai la même
00:23:05avec mes lieux à moi.
00:23:11Mon père était adepte
00:23:13des cérémoniaux
00:23:14qui scandaient
00:23:14sa propre durée.
00:23:16Vézelay,
00:23:17Solutré,
00:23:18il répétait les gestes,
00:23:20les voyages
00:23:20dans des lieux
00:23:21qu'il connaissait par cœur,
00:23:22comme si ce rythme
00:23:23assurait une permanence.
00:23:27Solutré,
00:23:28c'était Daniel.
00:23:29Pour le reste,
00:23:31caché aux journalistes
00:23:32et aux caméramens,
00:23:33c'était ma mère.
00:23:39Ah, viens m'aider,
00:23:40mon âne.
00:23:42Je redoute la nuit,
00:23:44j'étouffe.
00:23:45Tu n'es pas là.
00:23:47Oh, âne,
00:23:49comment peut-on détruire
00:23:50un tel lien ?
00:23:52Je n'ai plus de pays
00:23:53si tu es loin de moi.
00:24:09Voilà maintenant
00:24:10qui s'annonce
00:24:11comme le phénomène
00:24:12d'édition de cet automne.
00:24:14Jeudi prochain,
00:24:15Gallimard va publier
00:24:161218 lettres d'amour
00:24:17écrites par François Mitterrand.
00:24:19Des lettres adressées
00:24:21à Anne Pinjot.
00:24:21Une relation restée clandestine
00:24:23pendant 34 longues années.
00:24:25Des pages qui éclairent
00:24:27d'un jour nouveau
00:24:27la personnalité
00:24:28de l'ancien président.
00:24:30Anne Pinjot,
00:24:30vous avez choisi
00:24:31de publier
00:24:32l'ensemble
00:24:33des lettres
00:24:34et des messages
00:24:35qu'il vous a adressés
00:24:37de 1962
00:24:38jusqu'à
00:24:40quasiment à sa mort.
00:24:41C'est un événement
00:24:41considérable
00:24:42à la fois d'un point de vue
00:24:43littéraire
00:24:44et d'un point de vue
00:24:45historiographique.
00:24:46Je ne sais pas
00:24:47si j'ai bien fait.
00:24:48Je ne sais pas.
00:24:49Il fallait mieux
00:24:50attendre
00:24:50une publication
00:24:52posthume.
00:24:54Il savait
00:24:54que je conservais
00:24:55tout
00:24:55par métier
00:24:57et par nature
00:24:58mais
00:24:59est-ce qu'il voulait
00:25:00que ce soit publié ?
00:25:01Toujours
00:25:02je me pose la question.
00:25:05Lire ce qui m'a précédé
00:25:07me met mal à l'aise.
00:25:08Ça n'est pas censé
00:25:09me concerner.
00:25:11Certes,
00:25:12la lecture en est fascinante,
00:25:13les lettres magnifiques.
00:25:15C'est d'ailleurs leur beauté
00:25:16qui me sert d'armure.
00:25:18Je les appréhende
00:25:19comme une œuvre
00:25:20pour ne pas avoir
00:25:21à les lire
00:25:21comme la correspondance
00:25:22entre mes parents.
00:25:24J'embrasserai ta main
00:25:26très doucement.
00:25:28Tu ne sauras pas
00:25:29d'où vient cette caresse.
00:25:31Ton rêve
00:25:31t'aura mené
00:25:32dans les hautes herbes,
00:25:33sur les pentes
00:25:34que tu aimes,
00:25:36parmi les grands oiseaux.
00:25:38Je voudrais
00:25:39que tu souries
00:25:40à la beauté,
00:25:41à l'harmonie.
00:25:43Je retiendrai
00:25:44mon souffle.
00:25:46Nous ne serons
00:25:47plus seuls,
00:25:48mon âne.
00:25:59Ces lettres
00:26:00rétablissent une vérité
00:26:01qu'on ignorait légitimement,
00:26:02le rôle de ma mère.
00:26:05Souvent,
00:26:05on me demande
00:26:06s'il m'arrivait
00:26:07de voir mon père,
00:26:08si son absence
00:26:09n'était pas trop douloureuse.
00:26:11Je le voyais tout le temps.
00:26:13Et l'histoire
00:26:13dont je viens
00:26:14est si riche,
00:26:16si tumultueuse,
00:26:17si secrète,
00:26:19que je ne suis pas
00:26:19je n'ai fait qu'atterrir
00:26:20au milieu.
00:26:27Vous avez choisi
00:26:28de publier
00:26:29Corollet,
00:26:30le journal
00:26:31qu'il a rédigé
00:26:32pour vous,
00:26:33jour après jour,
00:26:34de 1964
00:26:35à 1970.
00:26:37Ce sont des feuillets
00:26:38quotidiens
00:26:39où il a mêlé
00:26:40à la fois
00:26:41un récit manuscrit
00:26:42de ses activités
00:26:42avec divers découpages
00:26:44de journaux,
00:26:45de photographies variées
00:26:46qui sont d'une richesse
00:26:47à peu près
00:26:49insondables.
00:26:53Nous partirons de bonne heure,
00:26:54enfin, vers 9h.
00:26:56Je pense que nous pourrons
00:26:57saluer au passage
00:26:58la maison d'enfance
00:26:59de Colette
00:27:00et celle de Jules Renard,
00:27:02le village de Romain Roland,
00:27:04les belles vallées
00:27:05de la cure
00:27:06et du cousin
00:27:06avant d'aborder
00:27:07le Morvan.
00:27:09Peut-être aussi
00:27:10le village de Giraudoux
00:27:11et d'Alain Fournier.
00:27:16Au fond,
00:27:17sa seule vraie autobiographie,
00:27:19il l'a construite
00:27:20par collage.
00:27:21Le journal propose
00:27:22sa vision du monde
00:27:23et de lui-même
00:27:24à travers cet art
00:27:26du montage
00:27:26cher à Brecht.
00:27:28Journaux découpés,
00:27:30cartes postales,
00:27:31annotations,
00:27:32mises en relation
00:27:33d'éléments différents
00:27:34qui créent des raccourcis
00:27:35et du sens.
00:27:37L'intime est contourné
00:27:38en même temps
00:27:39que livré.
00:27:41On est souvent frappé
00:27:42en lisant ces lettres
00:27:44qui sont splendides
00:27:45d'invention,
00:27:45d'imagination,
00:27:46qui sont des œuvres
00:27:48littéraires
00:27:48pour beaucoup d'entre elles.
00:27:50On est frappé
00:27:51de voir que souvent
00:27:52il donne le sentiment
00:27:53de se regarder lui-même
00:27:54vous aimer.
00:27:56Peut-être.
00:27:57Mais à la fin,
00:27:58je lui reprochais
00:27:58ces lettres
00:27:59trop belles.
00:28:04Reprochée, pourquoi ?
00:28:06Parce que je trouvais
00:28:07que c'était
00:28:09que la vie
00:28:09ça aurait été mieux.
00:28:13Mais
00:28:19Tout le paradoxe est là.
00:28:22Vivre,
00:28:23c'est mieux.
00:28:25Mais l'écrit demeure.
00:28:29Alors tout le monde sait,
00:28:31je crois que vos adversaires
00:28:32politiques le reconnaissent aussi,
00:28:33que vous écrivez très bien.
00:28:34Mais j'ai été,
00:28:35j'ai eu la curiosité
00:28:36de mettre le nez
00:28:37dans des ouvrages
00:28:37assez anciens de vous,
00:28:38notamment sur la Chine,
00:28:39tout ça.
00:28:40Et je me suis aperçu
00:28:40que vous écrivez
00:28:41de mieux en mieux.
00:28:43Je voudrais savoir pourquoi.
00:28:44Mon père n'aimait pas
00:28:45qu'on lui fasse la leçon,
00:28:46y compris Pivot
00:28:47lorsqu'il lui dit
00:28:48qu'il écrit de mieux en mieux.
00:28:49Ça l'agace,
00:28:50ça se sent.
00:28:52Qu'est-ce qui se passe ?
00:28:52D'abord, écrire bien,
00:28:53qu'est-ce que ça veut dire ?
00:28:54Ensuite,
00:28:54bon, j'accepte,
00:28:55et on ne va pas se lancer
00:28:57dans une discussion incidente.
00:28:59Ensuite,
00:28:59j'écris de mieux en mieux,
00:29:01c'est vous qui le dites.
00:29:01Oui, non,
00:29:02mais je prends ça
00:29:02très bien sur moi.
00:29:03Enfin,
00:29:04enfin,
00:29:04je pense que si c'est vrai,
00:29:07c'est peut-être vrai,
00:29:08c'est parce que je suis
00:29:09de plus en plus libre.
00:29:10Vous dites vous-même
00:29:11que vous ne sauriez être
00:29:12un écrivain d'imagination ?
00:29:14Oui, je pense,
00:29:14je pense,
00:29:15parce que comme j'écris des livres,
00:29:17on dit que je suis écrivain,
00:29:18je pense que je sais écrire,
00:29:20enfin, à ma manière.
00:29:21Si je m'étais mis à la tête
00:29:22d'écrire un roman,
00:29:22par exemple,
00:29:24non,
00:29:24je pense que je n'aurais pas
00:29:25eu l'imagination romalesque.
00:29:29J'aime ce qui est écrit,
00:29:30la langue,
00:29:32la philologie,
00:29:33la grammaire.
00:29:34La vraie littérature
00:29:36n'est,
00:29:36je le crois,
00:29:37de l'exactitude du mot
00:29:39et de la chose.
00:29:40Je préfère celui
00:29:41qui sait dire exactement
00:29:42ce qu'il a vu et ressenti
00:29:44à celui qui vaticine
00:29:46en forçant sur ses impressions.
00:29:53Papa.
00:29:54Vous savez,
00:29:55il n'y a pas de poésie.
00:29:57Plus grande
00:29:58que l'exactitude des termes.
00:30:01Il n'y a pas de poésie
00:30:02plus grande
00:30:02que l'exactitude des termes.
00:30:04Je ressens de façon très forte
00:30:06cette idée d'exactitude
00:30:07qui pour moi également
00:30:08est un tyran.
00:30:09C'est très difficile
00:30:10d'être exact,
00:30:11de trouver le mot juste,
00:30:13le bon rythme.
00:30:14Il faut une exigence,
00:30:15de la patience
00:30:16et entraîner son cerveau
00:30:18comme un muscle
00:30:18pour qu'il apprenne
00:30:19à être précis.
00:30:20Cela a quelque chose
00:30:21à voir avec le désir
00:30:22de maîtrise.
00:30:23C'est un corps à corps
00:30:24avec la langue.
00:30:28Tout le reste,
00:30:28c'est du bavardage
00:30:30ou de l'excitation mentale.
00:30:41Il m'a dit un jour
00:30:43qu'il aimait
00:30:43la précision de Pascal,
00:30:46le côté pointu et fort
00:30:49de Chateaubriand
00:30:50et puis le souffle
00:30:51de Tolstoy.
00:30:56Vous raturez beaucoup ?
00:30:57Beaucoup, oui.
00:30:59Je ne sais pas de ceux
00:30:59qui écrivent d'un G
00:31:01des pages admirables.
00:31:02Vous devez souffrir.
00:31:03Je ne sais pas si j'écris
00:31:04des pages admirables
00:31:05mais je souffre toujours beaucoup.
00:31:06Mais qu'est-ce qu'il emporte
00:31:07dans cet acte d'écrire ?
00:31:08C'est la souffrance
00:31:09ou le désir ?
00:31:10Non, nous n'exagérons rien.
00:31:11C'est difficile, c'est dur.
00:31:13Je suis très, très, très attentif.
00:31:16Je suis très critique
00:31:17à l'égard de moi-même.
00:31:19Je ne dis pas du tout
00:31:20que ce que je publie
00:31:22me contente absolument.
00:31:24Mais s'il n'existe pas
00:31:26un certain rythme intérieur
00:31:29traduit par mon langage écrit,
00:31:31alors je ne publie pas.
00:31:37Trop critique envers lui-même
00:31:39pour se lancer en littérature ?
00:31:41Trop de figures tutélaires ?
00:31:43Trop d'admiration ?
00:31:45Sa vanité d'auteur, dit-il,
00:31:47avec une forme de modestie
00:31:48qui ne va pas tout de même
00:31:50jusqu'à risquer l'édition.
00:31:52Pour quelqu'un qui a fait du risque
00:31:53sa profession, c'est drôle d'apprendre
00:31:56que la publication représente
00:31:57le plus grand danger.
00:31:58Et l'on peut reprocher
00:31:59beaucoup de choses à mon père,
00:32:01mais pas le manque de courage.
00:32:03S'agissait-il alors de courage
00:32:05que d'écrire et de publier ?
00:32:08Ou d'un respect religieux ?
00:32:10Que risquait-il au fond ?
00:32:15Lorsqu'un critique littéraire sérieux
00:32:17s'intéresse à moi
00:32:18et relève un imparfait du subjonctif en trop,
00:32:22je me dis, bon vieux,
00:32:23mais c'est un imparfait du subjonctif,
00:32:26qu'est-ce que j'ai été de le mettre là ?
00:32:28C'est vrai, c'est ridicule.
00:32:30Et ça me morfond pendant une heure
00:32:31parce que je pense qu'il a raison.
00:32:33Je me dis, mais comment est-ce que
00:32:33je n'ai pas eu, moi, assez de maîtrise
00:32:35pour ne pas me rendre compte tout seul ?
00:32:37Ça m'ulcère, ça.
00:32:39Cinglant homme politique,
00:32:41il redevient vulnérable quand il écrit.
00:32:50La France, c'est son peuple !
00:32:54Nous allons gagner !
00:32:57Un président, ça doit parler.
00:32:59C'est un métier étrange après tout.
00:33:01Il faut prendre des décisions et parler.
00:33:06Parler, si on sait faire,
00:33:09c'est souvent plaire.
00:33:10Mais parfois, il faut dire,
00:33:12sans fioriture,
00:33:13dire la vérité,
00:33:15y compris quand elle met en péril une élection.
00:33:17Je suis contre la peine de mort.
00:33:20Et je n'ai pas besoin de lire les sondages
00:33:23qui disent le contraire.
00:33:25Une opinion majoritaire est pour la peine de mort.
00:33:29Eh bien moi, je suis candidat à la présidence de la République
00:33:31et je demande une majorité de suffrage aux Français.
00:33:35Mais je ne la demande pas dans le secret de ma pensée.
00:33:39Je dis ce que je pense,
00:33:41ce à quoi j'adhère,
00:33:42ce à quoi je crois,
00:33:44ce à quoi se rattachent mes adhésions spirituelles,
00:33:48ma croyance,
00:33:50mon souci de la civilisation.
00:33:52Je ne suis pas favorable à la peine de mort.
00:33:56Je ne suis pas favorable à la peine de mort.
00:33:59C'est déjà un acte.
00:34:00C'est promettre de l'abolir une fois au pouvoir.
00:34:03Quand une promesse est suivie des faits,
00:34:05ce qui n'est pas toujours le cas en politique,
00:34:07elle montre que le langage porte cette puissance
00:34:09de transformer le réel.
00:34:11Puis à d'autres moments,
00:34:13la langue doit être séductrice
00:34:14ou seulement persuasive.
00:34:16La maîtriser est utile.
00:34:19Pour écrire ses discours,
00:34:21mon père avait choisi un écrivain,
00:34:23Eric Orsena,
00:34:24ce qui ne l'empêchait pas de tout remanier.
00:34:26C'est vrai que parfois,
00:34:27il vous renvoyait vos discours
00:34:29avec des petites annotations.
00:34:29Sans arrêt, sans arrêt, sans arrêt.
00:34:32Et puis à chaque fois,
00:34:34enfin très modestement,
00:34:35je jouais un peu avec lui.
00:34:38Parce que, par exemple,
00:34:40il n'aimait pas le mot
00:34:42« il est bon pour la France », etc.
00:34:44Il préférait « il est juste ».
00:34:45Donc pour le mettre un tout petit peu en colère,
00:34:47je mettais « bon »
00:34:47et c'était rayé, comme ça.
00:34:525, 4, 3, 2, 1.
00:34:57François Mitterrand est élu président de la République.
00:35:00Mitterrand !
00:35:02Mitterrand !
00:35:04Mitterrand !
00:35:05Mitterrand !
00:35:06Mitterrand !
00:35:07Mitterrand !
00:35:08Mitterrand !
00:35:14Mitterrand !
00:35:19Mitterrand !
00:35:26Mitterrand !
00:35:27Mitterrand !
00:35:41Mitterrand !
00:35:43On a souvent l'impression que vous cherchez à maintenir une certaine distance.
00:35:48Mais si je n'étais pas à distance, qu'est-ce qui resterait de moi ?
00:35:55Ma vie intérieure, elle apparaît à travers ce que j'en écris,
00:36:00mais je jugerais vulgaire, inutile et finalement malsain.
00:36:05Tout comportement qui chercherait à plaire au plus grand nombre
00:36:11par un besoin irrépressible, détalé, le vrai et le faux.
00:36:22Mon père déjouait sans cesse la connaissance qu'on prétendait avoir de lui.
00:36:29De quoi alimenter la fiction.
00:36:32Jamais il n'utilisa sa vie privée pour plaire.
00:36:35Il fit quelques concessions, bien sûr.
00:36:37On n'est pas à président sans donner un peu de soi, un peu d'image de soi.
00:36:41Et ce qu'on montre permet de cacher le reste.
00:36:44Aujourd'hui, on troque la littérature pour l'image.
00:36:47Il a toujours préféré la première.
00:36:51Bonsoir, le projet du candidat Mitterrand.
00:36:53Il s'agit d'une lettre que le président a écrite de sa main.
00:36:56Elle sera publiée demain matin sous forme d'encart publicitaire
00:36:59dans plusieurs journaux de province et plusieurs quotidiens parisiens.
00:37:05J'ai choisi ce moyen, vous écrire,
00:37:08afin de m'exprimer sur tous les grands sujets
00:37:10qui valent d'être traités et discutés entre Français.
00:37:13Sortes de réflexions en commun.
00:37:16Comme il arrive le soir autour de la table en famille.
00:37:19Je ne vous présente pas un programme au sens habituel du mot.
00:37:24Un programme, en effet, est l'affaire des partis.
00:37:27Pas du président de la République ou de celui qui aspire à le devenir.
00:37:35Face à la montée en flèche de la communication,
00:37:38face à l'appauvrissement de la langue politique,
00:37:41la lettre aux Français résiste.
00:37:44Les Français préfèrent encore qu'on s'adresse à leur intelligence
00:37:47plutôt qu'à leurs affects.
00:37:49Mais ce sont les derniers temps où la maîtrise de la langue
00:37:51est l'outil politique par excellence
00:37:53et où savoir écrire est perçu comme une vertu
00:37:56plutôt que comme une bizarrerie.
00:37:59L'évolution des médias va nécessairement transformer
00:38:02la manière de s'adresser à un public.
00:38:04La télévision arrive,
00:38:06il faut parler devant une caméra,
00:38:09les phrases doivent être plus courtes,
00:38:10faciles à comprendre.
00:38:12Le texte est lu, sur prompteur,
00:38:15à la façon d'un acteur.
00:38:20Mon père a du mal à endosser le rôle.
00:38:22Il est mal à l'aise, il surjoue.
00:38:25Ça va lui prendre un peu de temps
00:38:26de quitter les habits du tribun
00:38:28qu'il portait encore en 1965.
00:38:32Ce dialogue qui commence aujourd'hui entre nous,
00:38:37vous, Françaises et Français,
00:38:39qui cherchez en conscience où se trouve le devoir,
00:38:43qui vous interrogez sur ce qu'il convient de faire
00:38:46pour la France,
00:38:47le 5 décembre prochain.
00:38:50Et moi, candidat unique de la gauche
00:38:53à la présidence de la République,
00:38:55qui vous demande de m'écouter
00:38:57et de comprendre pourquoi
00:38:58je fais appel à vous.
00:39:05Mon père est moins bon devant une machine
00:39:07que devant des militants socialistes.
00:39:09Il retrouve sa superbe dans le débat,
00:39:11où c'est la joute qui domine.
00:39:14Permettez-moi juste de vous dire
00:39:16que ce soir,
00:39:18je ne suis pas le Premier ministre
00:39:20et vous n'êtes pas le président de la République.
00:39:22nous sommes deux candidats à égalité
00:39:27et qui se soumettent au jugement des Français.
00:39:31Seuls qui comptent.
00:39:33Vous me permettrez donc de vous appeler M. Mitterrand.
00:39:35Et vous avez tout à fait raison,
00:39:37M. le Premier ministre.
00:39:40Monsieur,
00:39:41Monsieur, si vous voulez bien...
00:39:42Quand je regardais le match,
00:39:43enfant,
00:39:44devant la télévision,
00:39:45avec ma mère,
00:39:47j'étais tétanisée.
00:39:48Comme les autres,
00:39:49je n'en connaissais pas l'issue.
00:39:51Mais elle aurait des conséquences trop grandes.
00:39:54Politique, sans doute,
00:39:55mais ça m'était égal.
00:39:57C'était surtout l'ombre de la peine,
00:39:59de l'humiliation,
00:40:00de l'impuissance
00:40:01qui planait au-dessus du débat.
00:40:03Mon père pourrait être mis K.O.
00:40:05Pour les autres,
00:40:07c'était un jeu.
00:40:08Pour moi,
00:40:09c'était un supplice.
00:40:13Alors bien sûr,
00:40:14je préfère revoir des conversations
00:40:16comme celles avec Marguerite Duras.
00:40:18C'est drôle,
00:40:19c'est intense.
00:40:20La violence est mise à distance.
00:40:25Je vais vous parler de l'Afrique.
00:40:27Oui, aujourd'hui.
00:40:28Je voudrais que vous me parliez de l'Afrique.
00:40:33Vous voulez que je vous parle
00:40:34de sa géographie ?
00:40:36De votre amour de l'Afrique ?
00:40:38De votre jardin ?
00:40:39C'est une question comme ça.
00:40:41Vous embrassez toujours l'univers.
00:40:43Oui.
00:40:44Vous embrassez toujours l'univers ?
00:40:46J'adore.
00:40:47Et elle se marre.
00:40:48Il faut quand même prendre
00:40:49un chemin pour y pénétrer.
00:40:51Il faut un chemin pour y pénétrer.
00:40:54Toujours le sens de la répartie.
00:40:56C'est une autre forme
00:40:57de maîtrise de la langue.
00:40:58L'attention au bon moment
00:41:00pour le bon mot.
00:41:01Là encore,
00:41:02l'exactitude
00:41:03du verbe
00:41:04et du timing.
00:41:05Oh là là, timing.
00:41:06Il n'aurait pas aimé.
00:41:08Il reprenait ses collaborateurs
00:41:10s'ils utilisaient
00:41:10des anglicismes faciles.
00:41:13C'est un François Mitterrand
00:41:14parfaitement à l'heure,
00:41:16parfaitement exact,
00:41:17contrairement à la légende,
00:41:18qui a inauguré
00:41:19le deuxième salon du livre
00:41:20au Grand Palais ce matin.
00:41:22C'est l'univers entier
00:41:23de la littérature
00:41:24qu'il aimait
00:41:24et pas seulement
00:41:25le contenu des livres.
00:41:27Cela ne va pourtant pas de soi.
00:41:29On peut aimer un livre
00:41:30sans aimer celui
00:41:31qu'il écrit.
00:41:32Les écrivains sont parfois
00:41:33décevants.
00:41:34Ils ressemblent souvent
00:41:35peu à leurs livres.
00:41:36Mais lui,
00:41:37il lisait
00:41:38et rencontrait
00:41:39les écrivains
00:41:40dont il avait aimé les livres.
00:41:42Certains sont devenus
00:41:43des amis.
00:41:44Benoît de Groult,
00:41:45Paul Guimard,
00:41:46Blondin
00:41:46et toujours
00:41:47Marguerite Duras.
00:41:49Je suis Mitterrandienne.
00:41:51Ah.
00:41:52Oui.
00:41:54C'est pour la personne
00:41:55de Mitterrand.
00:41:56Pourquoi ?
00:41:56Parce que Mitterrand
00:41:57est un bon écrivain ?
00:41:58Parce que c'est une personne
00:41:59à part entière.
00:42:01Il n'a rien derrière.
00:42:03Il n'a pas l'argent
00:42:04derrière.
00:42:08Et il n'a pas d'idéologie.
00:42:11En tout cas,
00:42:12il la contourne tellement
00:42:12l'idéologie que ça ne...
00:42:15C'est son grand art, ça.
00:42:17J'adore Marguerite Duras.
00:42:19On a toujours peur
00:42:20de ce qu'elle va dire.
00:42:21C'est une sorte de seigneur,
00:42:23de la personne.
00:42:28De sa personne,
00:42:29il est seigneurial,
00:42:30je trouve.
00:42:36Qui pourrait dire ça
00:42:37d'un président de gauche
00:42:38sans le condamner,
00:42:40sinon Marguerite Duras,
00:42:41qui fut son amie
00:42:42et notre voisine
00:42:43rue Saint-Benoît ?
00:42:46Mon école primaire
00:42:47jouxtait quasiment
00:42:48son immeuble.
00:42:48Je ne la rencontrais
00:42:49pourtant jamais.
00:42:51Il paraît cependant
00:42:52qu'un jour,
00:42:53tandis qu'il discutait
00:42:54avec elle dans la rue,
00:42:55je me précipitais
00:42:56dans ses bras
00:42:57en l'appelant Papa.
00:42:59Il me prit contre lui
00:43:00et m'embrassa,
00:43:01sans rien dire,
00:43:03ni démentir.
00:43:07Peut-être reste cela,
00:43:08être seigneurial.
00:43:16Il vient de jeûner ici
00:43:17tous les trois mois à peu près.
00:43:18Oui.
00:43:18On dit en tête de tête là.
00:43:20On parle de la vie.
00:43:21On parle jamais politique,
00:43:22je crois.
00:43:23Jamais ?
00:43:23Non, pratiquement pas.
00:43:25Oui.
00:43:25On parle de la vie,
00:43:26on parle de...
00:43:27Il parle de l'histoire,
00:43:28il y a une érudition.
00:43:30énorme.
00:43:31Il vous parle de vos livres ?
00:43:32Non.
00:43:34Il en parle vaguement,
00:43:36il sent que ça me gêne,
00:43:37ça me gêne aussi,
00:43:39on ne parle pas de nos livres.
00:43:40Mais il les lit ?
00:43:42Je crois, oui.
00:43:43Il a fait ça.
00:43:43Oui, je crois qu'il les lit.
00:43:45Oui, lui, il me dit quand même une phrase de dessus.
00:43:49Elle est tellement étonnante.
00:43:50On ne comprend rien à ce qu'elle dit.
00:43:52D'ailleurs, mon père le disait en rigolant.
00:43:54Il est spécialisé sur une culture qui va de 1910 à 1950,
00:44:01si vous voulez, spécialement.
00:44:03Elle raconte des trucs chous
00:44:04et tout à coup, elle dit qu'il est spécialiste de 1910.
00:44:07Un truc hyper précis.
00:44:09Pas tout à fait vrai, pas faux non plus,
00:44:11dont on se demande d'où ça sort.
00:44:14Et puis, il a tout lu ou pas.
00:44:21Plus tard, j'avais rencontré Garcia Marques à Paris.
00:44:25Il était bien l'homme de son oeuvre.
00:44:27Solide, carré, rire et silence.
00:44:30Je n'emploie pas ce mot pour étonner.
00:44:33Sous la luxuriance de l'image
00:44:34et la prodigieuse fête du Verbe,
00:44:37c'est tant un désert de silence
00:44:39comme en s'est inventé la forêt tropicale.
00:44:44Et puis, au-delà des écrivains,
00:44:46il aimait les livres dans leur matérialité.
00:44:49Il les collectionnait,
00:44:51recherchait les éditions rares.
00:44:53Les bouquinistes, les librairies spécialisées
00:44:55dessinent des routes très incarnées,
00:44:58presque autant que les champs en race campagne.
00:45:04Il a utilisé le pouvoir qui était le sien
00:45:07pour protéger le livre, les auteurs
00:45:09et les librairies indépendantes.
00:45:12Petits libraires spécialisés,
00:45:13gros libraires, grande surface.
00:45:15Dans quelques jours,
00:45:16tous les vendeurs de livres
00:45:17devront appliquer le régime du prix unique.
00:45:19Il n'existera qu'une possibilité
00:45:20de ristourne maximale de 5%.
00:45:23Je pense aussi qu'au point de vue
00:45:25de la production littéraire,
00:45:27ça favorisera les petites maisons d'édition.
00:45:30Donc ça favorisera aussi,
00:45:32dans notre point de vue,
00:45:33les petites librairies
00:45:34qui, bien,
00:45:35y vont à tenir le tout.
00:45:38Il faut le rappeler,
00:45:40la culture n'est pas un luxe.
00:45:41C'est un choix de société.
00:45:46Parce que ce que permet la culture,
00:45:48c'est d'être libre.
00:45:50La liberté,
00:45:51ça n'est pas le libre-échange.
00:45:53Et ça n'est certainement pas
00:45:54à l'économie de définir ce terme.
00:45:55La liberté,
00:45:57c'est celle qui offre le choix.
00:45:59La multiplicité des chemins.
00:46:01La possibilité du rêve.
00:46:04La voie de l'imaginaire.
00:46:11Il me semble que l'homme,
00:46:13dans la conquête de sa liberté,
00:46:16son affranchissement progressif,
00:46:18sa maîtrise du monde,
00:46:21le développement de son esprit,
00:46:23est porteur d'un message
00:46:25qui le dépasse.
00:46:31S'il était enraciné,
00:46:33mon père puisait dans ses forces telluriques
00:46:35quelque chose qui ressemble au sacré.
00:46:42Il se disait agnostique,
00:46:43mais s'était obsédé
00:46:45par ce grand mystère qu'est l'après.
00:46:48Il a mis toute son énergie,
00:46:49toute sa passion
00:46:50à infléchir l'histoire des hommes,
00:46:52mais la question de la mort,
00:46:55ce sur quoi on ne peut rien,
00:46:57restait son obsession.
00:46:59Il était fasciné par la Bible et Jaurès,
00:47:02le ciel et la terre.
00:47:12À Latsch, la soirée se prolonge.
00:47:16Autour de moi, on parle de la vie,
00:47:18de la mort,
00:47:19les origines du monde,
00:47:20de l'existence de Dieu,
00:47:22de l'au-delà et du néant.
00:47:25Dans les deux camps,
00:47:26bataille ferme.
00:47:27Des deux côtés,
00:47:29quelle certitude.
00:47:30On démontre,
00:47:31on décide,
00:47:32on tranche.
00:47:34J'écoute
00:47:34et pense que décidément,
00:47:36j'aime ceux qui se posent des questions
00:47:38et me méfie de ceux qui trouvent.
00:47:47Avec le président,
00:47:48j'ai très souvent parlé,
00:47:49je n'ai jamais,
00:47:51jamais,
00:47:51jamais dit un mot de politique.
00:47:53Et toujours,
00:47:54toujours,
00:47:54toujours,
00:47:55j'ai parlé de Dieu.
00:47:56C'est à la fois moi
00:47:57qui suis heureux
00:47:59de lui parler de Dieu
00:48:00pour voir s'il répondra
00:48:01et lui qui est heureux
00:48:03de m'entendre parler de Dieu
00:48:04parce que,
00:48:04à ses yeux,
00:48:05je suis un spécialiste
00:48:06de la question de Dieu
00:48:07puisque je suis professeur
00:48:07de philosophie.
00:48:09Alors,
00:48:09nous sommes des complices
00:48:11l'un l'autre.
00:48:12Moi,
00:48:13pour le catéchiser
00:48:15et lui,
00:48:16pour être instruit.
00:48:17Alors,
00:48:17en général,
00:48:18dans la conversation,
00:48:20il m'a dit,
00:48:20mais,
00:48:22la religion,
00:48:24c'est de l'absurdité.
00:48:36Mes chers compatriotes,
00:48:39c'est la dernière fois
00:48:40que je m'adresse à vous
00:48:41pour des vœux
00:48:42de nouvelle année
00:48:43en ma qualité
00:48:44de président de la République.
00:48:48Les vœux,
00:48:49c'est le cauchemar.
00:48:51Écrire un texte
00:48:52destiné à être lu,
00:48:54adressé à des millions
00:48:55de Français,
00:48:56mais en réalité
00:48:57à une caméra.
00:48:59Il les écrivait
00:49:00pendant les vacances de Noël
00:49:01que nous passions souvent
00:49:02à l'étranger.
00:49:02Une fois,
00:49:04nous nous sommes amusés
00:49:05à écrire chacun des vœux.
00:49:07Des amis autour de la table,
00:49:08ma cousine,
00:49:10moi,
00:49:10de faux vœux
00:49:11pour rire.
00:49:18Pour les derniers,
00:49:19nous n'avons pas joué.
00:49:21Mon père malade,
00:49:23en guise de vœux,
00:49:24faisait ses adieux.
00:49:27Je venais d'avoir 20 ans.
00:49:28Il allait mourir
00:49:29un an plus tard.
00:49:31Que peut-on alors souhaiter ?
00:49:33L'an prochain,
00:49:35ce sera mon successeur
00:49:36qui vous exprimera ses vœux.
00:49:38Là où je serai,
00:49:41je l'écouterai.
00:49:42Le cœur plein de reconnaissance
00:49:44pour le peuple français
00:49:45qui m'aura si longtemps
00:49:47confié son destin
00:49:49et plein d'espoir en vous.
00:49:53Je croise aux forces de l'esprit
00:49:55et je ne vous quitterai pas.
00:49:59Madame, Monsieur, bonjour.
00:50:01Un télégramme laconique
00:50:02du secrétariat
00:50:03de l'ancien président
00:50:04de la République
00:50:04annonce à l'instant
00:50:05la mort de M. François Mitterrand.
00:50:11J'étais ce petit garçon
00:50:13qui rêvait à la vie des autres
00:50:15et pas à la sienne,
00:50:18qui pleurait à la mort des autres,
00:50:21mais n'imaginait la sienne
00:50:23que comme une fête
00:50:24dont chaque détail
00:50:25était minutieusement réglé.
00:50:42Cette photo est volée.
00:50:44Elle a fait la une de Paris Match
00:50:46qui s'embarrasse assez peu
00:50:47de la corde et concernée,
00:50:49en l'occurrence de la famille,
00:50:51puisque mon père gît là,
00:50:52sur son lit de mort
00:50:53et qu'il n'a pas eu son mot à dire.
00:50:57L'ironie est cruelle,
00:50:58car le photographe
00:50:59a sans doute plus pensé
00:51:00au prix qu'il allait en tirer
00:51:02qu'à la longue tradition
00:51:03dans laquelle elle s'inscrit,
00:51:05celle des gisants
00:51:05d'hommes de lettres,
00:51:08Hugo, Proust, Cocteau.
00:51:13Moi, j'étais en colère,
00:51:16mais ma mère,
00:51:17spécialiste du XIXe siècle,
00:51:19y a trouvé une cohérence.
00:51:29Neuf mois avant sa mort,
00:51:31il avait inauguré
00:51:32la Bibliothèque de France,
00:51:33en bord de Seine,
00:51:35dans cette ancienne friche
00:51:36du XIIIe arrondissement.
00:51:39Ces quatre livres ouverts
00:51:40sur un jardin
00:51:41sont le symbole même
00:51:42de cet homme,
00:51:42pour qui la littérature,
00:51:44mais la nature aussi,
00:51:46étaient source de vie.
00:51:52Moi, je me souviens,
00:51:53mais c'était au début,
00:51:54que je préparais mes examens
00:51:56à l'école du Louvre,
00:51:56alors je me disais,
00:51:57mais au fond,
00:51:58la seule chose
00:51:59que laisse le pouvoir,
00:52:01ce sont les bâtiments.
00:52:03C'est comme ça
00:52:04que ça s'écrit.
00:52:05Et là, j'ai senti
00:52:06que le courant passait.
00:52:08Vraiment,
00:52:09tout son règne,
00:52:11ça a été quand même
00:52:11pour affirmer.
00:52:17La grande bibliothèque
00:52:19est comme une inscription
00:52:19à même la ville.
00:52:21Lui qui émet tant
00:52:22les noms propres,
00:52:23le voilà sur le plan
00:52:24du RER,
00:52:25sur la plaque d'un quai,
00:52:27sur le nom
00:52:28d'une bibliothèque.
00:52:30Parce qu'au point de vue
00:52:31de l'architecture,
00:52:32c'est impressionnant
00:52:33ce qui a été fait.
00:52:34et c'est tout à fait
00:52:35remarquable.
00:52:36Comme dans ses lettres,
00:52:37bien avant d'être élu,
00:52:38il raconte,
00:52:39c'est pas né en un jour,
00:52:40c'est une espèce
00:52:41de longue maturation.
00:52:43Comment rester ?
00:52:44Comment créer ?
00:52:46Et l'architecture,
00:52:48c'est le plus noble des arts
00:52:49pour créer,
00:52:49pour rester.
00:52:54Quatre livres monumentaux
00:52:56accueillent des livres.
00:52:57La bibliothèque se nomme
00:52:59François Mitterrand,
00:53:00à quelques kilomètres
00:53:01de la bibliothèque Mazarine.
00:53:04Nous sommes réunis
00:53:06par la scène.
00:53:15Mitterrand,
00:53:16une autre vie possible
00:53:17écrite par Mazarine Pinjot
00:53:18et Catherine Aventurier,
00:53:20réalisée par Catherine Aventurier,
00:53:22lecteur insatiable,
00:53:24ami de Sagan,
00:53:25de Duras,
00:53:25de Garcia Marquez,
00:53:27auteur d'une œuvre abondante.
00:53:29François Mitterrand
00:53:30s'est voulu écrivain
00:53:31autant comme d'État
00:53:32dans le sillage de De Gaulle,
00:53:33peut-être,
00:53:34de Georges Pompidou.
00:53:35Mais que reste-t-il aujourd'hui
00:53:37de cette figure
00:53:38du président lettré
00:53:39ou écrivain ?
00:53:40On en débat
00:53:41avec Étienne de Montéti.
00:53:42Bonsoir.
00:53:43Bonsoir.
00:53:44Vous êtes écrivain vous-même,
00:53:46journaliste,
00:53:46directeur du Figaro littéraire.
00:53:48Vous avez enquêté
00:53:49et dirigé
00:53:50dans la bibliothèque
00:53:51de nos présidents.
00:53:51C'est aux éditions Talandier.
00:53:53Nathalie Saint-Cricq,
00:53:54bonsoir.
00:53:54Bonsoir.
00:53:54Et bienvenue,
00:53:55journaliste éditorialiste politique.
00:53:57Votre dernier roman,
00:53:58La Petite Mère,
00:53:59est publié
00:54:00aux éditions de l'Observatoire.
00:54:02Christophe Barbier,
00:54:03bonsoir.
00:54:03On vous doit un livre
00:54:05Les Derniers Jours
00:54:06de François Mitterrand
00:54:07et vous êtes vous aussi
00:54:08passionné de politique
00:54:09et de littérature.
00:54:11C'est le cas d'ailleurs
00:54:11à vous trois.
00:54:13Avant de parler
00:54:13du cas spécifique
00:54:14de François Mitterrand,
00:54:15qu'est-ce qui fait
00:54:16cette passion française
00:54:18ou est-ce une exception française
00:54:19Nathalie Saint-Cricq ?
00:54:21Les présidents,
00:54:22écrivains,
00:54:23lecteurs,
00:54:24amoureux de la littérature.
00:54:26Oui, alors j'ai l'impression
00:54:27qu'il y en a eu beaucoup
00:54:27mais qu'il y en a eu un spécialement.
00:54:29C'était François Mitterrand
00:54:30et les autres par la suite.
00:54:31Alors on a l'habitude
00:54:32de dire que c'était mieux avant
00:54:33et que ce n'était pas exactement
00:54:34la personnalité des présidents
00:54:35qui ont suivi
00:54:37étaient tous amoureux
00:54:39de la littérature
00:54:40mais l'a cité peu,
00:54:42l'ont lu de façon assez,
00:54:45comment dire,
00:54:46épisodique
00:54:47et lui c'était vraiment
00:54:48une exception.
00:54:49Mais il le dit
00:54:49quand il dit
00:54:50sans le téléphone qui déchire.
00:54:51il le dit
00:54:52c'est-à-dire que
00:54:53quand il demande l'unité
00:54:54on a eu
00:54:55alors Giscard d'Estaing
00:54:56c'était un autre genre
00:54:57il a essayé lui
00:54:58c'était avant
00:55:00il a essayé d'écrire
00:55:01et puis il a écrit
00:55:01après son mandat
00:55:02mais on est rentré
00:55:03dans l'agitation
00:55:03Il est même devenu romancier
00:55:04avec un livre de passage
00:55:05et puis il est entré
00:55:06à l'académie française.
00:55:07A partir de 2007
00:55:08on rentre un peu
00:55:10dans l'agitation
00:55:11avec Nicolas Sarkozy
00:55:13François Hollande
00:55:13ne s'intéresse pas vraiment
00:55:14à la littérature
00:55:14à l'histoire
00:55:15d'ailleurs il y a une photo célèbre
00:55:17on le voit lire
00:55:18l'histoire pour les nuls
00:55:19une photo de vacances
00:55:21et après on a l'impression
00:55:22qu'ils aiment ça
00:55:23qu'ils en parlent
00:55:24mais ça n'est pas aussi présent
00:55:25dans l'envie
00:55:26les discours de François Mitterrand
00:55:27il y avait 74 allusions
00:55:28et moi pour l'avoir suivi
00:55:30quand il était
00:55:31même le soir de Maastricht
00:55:32où il a décollé
00:55:34le nom l'emportait
00:55:36et quand il a atterri
00:55:37le oui avait gagné
00:55:39il n'a eu de communication
00:55:40avec personne
00:55:40il lisait
00:55:41donc si vous voulez
00:55:42le temps
00:55:43pour un président
00:55:44c'est quelque chose
00:55:44quand même extrêmement important
00:55:45et lui il faisait partie
00:55:46de notre époque
00:55:47Christophe Barbier
00:55:48oui le seul dans la colonne vertébrale
00:55:50et la littérature
00:55:50c'est François Mitterrand
00:55:51De Gaulle c'est bien sûr l'armée
00:55:53Giscard c'est les chiffres
00:55:54évidemment le polytechnicien
00:55:56Pompidou est peut-être celui
00:55:57qui s'approche le plus
00:55:58de cette passion littéraire
00:55:59mais c'est aussi l'homme
00:55:59de la banque
00:56:00c'est aussi l'homme
00:56:01de l'administration
00:56:02Mitterrand c'est vraiment
00:56:03toute une vie consacrée au livre
00:56:04lecteur, écrivain
00:56:06bibliophile
00:56:07la collection
00:56:08les achats de livres
00:56:09les relures
00:56:10il prêtait une grande
00:56:11grande attention
00:56:12donc oui
00:56:13tous les aspects du livre
00:56:15font partie de la vie de Mitterrand
00:56:16Jusqu'à ce monument
00:56:19qu'est la bibliothèque
00:56:20François Mitterrand
00:56:21même question
00:56:22cette exception française
00:56:24d'où vient-elle
00:56:25et est-ce qu'elle vous surprend ?
00:56:26Je pense qu'elle vient
00:56:27de quelque chose
00:56:29qui est l'école normale
00:56:30pour les uns
00:56:31la faculté des lettres
00:56:33pour les autres
00:56:34ils sont tous
00:56:35les enfants
00:56:36des humanités
00:56:37qu'on apprenait
00:56:38au début du siècle
00:56:39qui fait que spontanément
00:56:40leur culture politique
00:56:42est nourrie
00:56:43de l'humanisme
00:56:44pourtant le seul élève
00:56:46de l'école normale
00:56:47des présidents
00:56:47de la 5ème république
00:56:48c'est Georges Pompidou
00:56:49c'est Georges Pompidou
00:56:50en effet
00:56:51mais Mitterrand
00:56:51a fait l'école
00:56:53des sciences politiques
00:56:53ou la faculté de droit
00:56:55la faculté de droit
00:56:56le général de Gaulle
00:56:58son père était professeur
00:56:59à Saint-Cyr d'Histoire
00:57:01il me semble
00:57:02qu'ils arrivent
00:57:03à la politique
00:57:04avec les humanités
00:57:06Jean Jaurès
00:57:07est normalien
00:57:07Edouard Hériau
00:57:08est normalien
00:57:09et après la guerre
00:57:10tout le personnel politique
00:57:12va passer par l'ENA
00:57:12donc avec une dimension
00:57:14beaucoup plus technique
00:57:14beaucoup plus fonctionnelle
00:57:16de la politique
00:57:16c'est la bascule
00:57:17il me semble
00:57:18que c'est la bascule
00:57:19et puis la politique
00:57:20rentre aussi dans un autre ère
00:57:21où peut-être la poésie
00:57:22a moins de place
00:57:23il y a également
00:57:24le rôle médiatique
00:57:26François Mitterrand
00:57:27se plaint d'un temps
00:57:27divisé par le téléphone
00:57:29aujourd'hui
00:57:29quelle est la vie
00:57:30d'un homme politique
00:57:31est-ce que
00:57:32à force de matinales
00:57:33de grandes émissions
00:57:34de ce rythme de fou
00:57:36est-ce qu'un homme politique
00:57:37a encore le temps
00:57:38raisonnablement
00:57:38de consacrer
00:57:40à la lecture
00:57:41François Mitterrand
00:57:42j'en finis par là
00:57:42dans ses lettres
00:57:43à Anne Pinjou
00:57:45est en promenade permanente
00:57:46en automobile
00:57:48il est conduit
00:57:48par Georges Dahan
00:57:49si ma mémoire est bonne
00:57:50qu'est-ce qu'il fait ?
00:57:51il visite les villes
00:57:52avec leurs églises
00:57:54et leurs monuments
00:57:54et puis il lit en voiture
00:57:56aujourd'hui
00:57:57je pense que
00:57:57et il visite
00:57:58les maisons d'écrivains
00:57:59également avec
00:57:59Robert Ballinter
00:58:00et Elisabeth Ballinter
00:58:01et il prend
00:58:02et il arrive en retard
00:58:03parce que c'est pas un problème
00:58:05et il prend l'hélicoptère
00:58:06et il va chez Hans Jünger
00:58:08en Allemagne
00:58:09ou chez Michel Tournier
00:58:09dans la vallée de Chevreux
00:58:11ou chez Jean Guitton
00:58:12dans ce temps-là
00:58:14qu'ils réussissent
00:58:15à se préserver
00:58:15et aujourd'hui
00:58:16c'est certainement
00:58:17très difficile
00:58:18dans ce temps-là
00:58:18les écrivains ont
00:58:19toutes leurs places
00:58:19ils ont toutes leurs places
00:58:21ça faisait partie
00:58:22de cette culture
00:58:23des morts du passé
00:58:24et de la mémoire
00:58:24il y avait la place
00:58:25en effet il n'y en a plus
00:58:26beaucoup qui font ça
00:58:26aujourd'hui
00:58:27il y a des politiques
00:58:28qui continuent à prendre
00:58:29du temps pour écrire
00:58:30Bruno Le Maire
00:58:30en est un exemple
00:58:31Bayrou n'en était pas loin
00:58:32pour certains aspects
00:58:33mais ça n'a pas la même dimension
00:58:35Alain Juppé et Bayrou
00:58:36je pense à Bayrou
00:58:37parce qu'ils s'envoient
00:58:38des textos
00:58:38parfois en latin
00:58:39ils s'envoient des textos
00:58:40en latin
00:58:41mais ce sont des textos
00:58:42c'est une espèce
00:58:44de compromis
00:58:45entre l'énarchie
00:58:47qui considère
00:58:47que livre
00:58:48c'est pas
00:58:48Alain Juppé
00:58:50école normale
00:58:50oui
00:58:51il y a les deux
00:58:52il y a les deux
00:58:52et François Bayrou
00:58:53a toujours été
00:58:54un amoureux de lettres
00:58:55donc il y a un petit reste
00:58:56mais ça ne se voit pas
00:58:57dans leur livre
00:58:58et il n'arrive plus au sommet
00:58:59exactement
00:59:00Xavier d'Arcos
00:59:01lui c'était le grec
00:59:02ça ne se voit pas
00:59:02vraiment dans leur livre
00:59:04c'est des livres intéressants
00:59:05mais on ne se dit pas
00:59:06le dernier livre d'Alain Juppé
00:59:08ou même la biographie
00:59:09d'Henri IV
00:59:10par François Bayrou
00:59:11ça dénoterait
00:59:12une culture
00:59:13un style
00:59:14qui appartiendrait
00:59:14complètement à la littérature
00:59:15c'est autre chose
00:59:16et on voit bien
00:59:17ce qui entre
00:59:18de communication politique
00:59:19dans ces livres
00:59:20et ça pour François Mitterrand
00:59:21par exemple
00:59:22ce serait absolument impossible
00:59:23c'est vrai que la performance
00:59:24de la communication
00:59:24par l'image
00:59:25Sarkozy
00:59:25Hollande
00:59:26Macron
00:59:26ils ont gagné avec ça
00:59:27ils ne sont pas allés chercher
00:59:28dans le référentiel littéraire
00:59:30le dernier qui a tenté
00:59:30mais qui a échoué
00:59:31c'est Raymond Barr
00:59:32Raymond Barr
00:59:33quand il est revenu en 88
00:59:34avec le Comte de Lille
00:59:35avec le Parnasse
00:59:36a essayé d'apparaître
00:59:37comme un homme de lettres
00:59:38pour essayer de gagner
00:59:40face à un Chirac
00:59:41qui à l'époque
00:59:41n'était pas réputé
00:59:42pour être un homme de culture
00:59:43et encore moins de livres
00:59:44ça n'a pas pris
00:59:45sur la France
00:59:46de la fin des années 80
00:59:47alors ce qui est intéressant
00:59:48c'est
00:59:48alors il y a
00:59:49le président
00:59:50qui est un écrivain
00:59:51ou l'homme politique
00:59:52est un écrivain
00:59:53il y a ceux pour qui
00:59:54on écrit des livres
00:59:55qu'il signe
00:59:56et qui pourtant
00:59:57se vendent parfois
00:59:58à des centaines
00:59:59de milliers d'exemplaires
01:00:01et puis il y a ceux
01:00:02qui mettent en scène
01:00:03leur découverte
01:00:04leur rapport nouveau
01:00:05à la littérature
01:00:06c'est le cas de Nicolas Sarkozy
01:00:08on n'a pas parlé de lui
01:00:08depuis le début
01:00:09c'est vrai qu'il
01:00:11a véritablement
01:00:12mis en scène
01:00:13sa découverte des livres
01:00:14grâce au Figaro
01:00:15et à une collection
01:00:16de livres
01:00:18de classiques
01:00:18préfacés par Jean Dormesson
01:00:19ça a incarné
01:00:21la mutation
01:00:22de son personnage
01:00:23c'est-à-dire
01:00:24dans ce septennat
01:00:25dans ce quinquennat
01:00:26être moins dans la mobilité
01:00:27sabre au clair
01:00:28et un peu plus
01:00:29dans la réflexion
01:00:30et le poser
01:00:30ça a incarné aussi
01:00:31la mutation
01:00:32de sa vie privée
01:00:32puisque c'est avec
01:00:33Carla Bruni
01:00:34qu'il a posé
01:00:34ce personnage
01:00:35de culture
01:00:35le cinéma
01:00:36d'art et d'essai
01:00:37les livres
01:00:38donc ça lui a permis
01:00:39d'aller
01:00:39vers une sorte
01:00:40d'apaisement personnel
01:00:41et peut-être
01:00:42d'autres manières
01:00:43de convaincre les électeurs
01:00:44non plus l'énergie
01:00:44de l'université
01:00:46malgré tout
01:00:47ça a coïncidé
01:00:47avec un durcissement
01:00:48de sa politique
01:00:49ah oui
01:00:49mais ça a raté surtout
01:00:50c'est-à-dire que
01:00:51ça n'a pas suffi
01:00:52à convaincre les électeurs
01:00:54que ce président
01:00:55avait ouvert
01:00:56une nouvelle dimension
01:00:56et qu'il fallait
01:00:57le garder à l'Elysée
01:00:58et celui qui est arrivé
01:00:59en disant
01:00:59moi je serai le président
01:01:00normal
01:01:01François Hollande
01:01:02l'a battu
01:01:02et ça je pense que
01:01:03ça en dit beaucoup
01:01:04des limites
01:01:05de ce
01:01:05non pas ce simulacre
01:01:07parce que c'est sincère
01:01:07chez Sarkozy
01:01:08mais des limites
01:01:09de cette mutation
01:01:10inachevée
01:01:10trop tardive
01:01:11de Sarkozy
01:01:12en homme de livres
01:01:13en homme de culture
01:01:15ont toujours eu un complexe
01:01:16vis-à-vis des écrivains
01:01:17ils rêvent
01:01:19alors ils essaient
01:01:19de s'en approcher
01:01:20le plus possible
01:01:20souvent comme vous l'avez dit
01:01:22avec un succès
01:01:23très relatif
01:01:24mais il y a l'idée
01:01:25que comme ils veulent
01:01:27toujours rester dans l'histoire
01:01:28ils se disent que si par hasard
01:01:30c'est pour ça que Nicolas Sarkozy
01:01:31en a eu assez
01:01:32de passer pour quelqu'un
01:01:33vous savez après la polémique
01:01:34sur la princesse de Clèves
01:01:35il a voulu redorer son blazant
01:01:38et il lit vraiment
01:01:38quand on lui pose des questions
01:01:39et il avait fait une émission
01:01:42Bibliothèque Médicis
01:01:43où vraiment
01:01:43manifestement
01:01:44c'était pas du chiquet
01:01:45mais
01:01:47ils essaient tous
01:01:48de se donner
01:01:49une
01:01:50enfin l'impression
01:01:51au public
01:01:52d'être des intellectuels
01:01:54mais pourquoi Nathalie
01:01:55il y a le complexe
01:01:55de l'intellect
01:01:56pourquoi Nathalie Saint-Cricain ?
01:01:57en France
01:01:57comme je vous le disais
01:01:58tout à l'heure
01:01:58il y a quand même
01:01:59il y a la nostalgie
01:02:01de toutes ces politiques
01:02:02qui étaient
01:02:03d'une immense culture
01:02:04peut-être parce qu'ils avaient
01:02:05le temps
01:02:05qu'ils avaient fait
01:02:06du grec
01:02:06du latin
01:02:07qui étaient des gens
01:02:09extrêmement impressionnants
01:02:10ça se ressentait
01:02:10dans les discours
01:02:11qui étaient tenus
01:02:13à l'Assemblée
01:02:13et ils se disent
01:02:15que pour être un homme complet
01:02:16un homme admirable
01:02:17ou un gentilhomme
01:02:19il faut laisser une trace
01:02:21en ayant une oeuvre
01:02:22pas disparaître
01:02:23on n'a rien fait
01:02:24comme certains veulent
01:02:25un musée
01:02:25un grand
01:02:27un bâtiment
01:02:28ils veulent une oeuvre
01:02:29et chacun s'y essaie
01:02:30et ce n'est pas toujours
01:02:31une réussite totale
01:02:32Etienne de Montétier
01:02:33le temps politique
01:02:34s'est accéléré
01:02:37à coup de petites phrases
01:02:38à coup d'événements
01:02:39qui en chassent un autre
01:02:40et il me semble
01:02:41que les hommes politiques
01:02:42sont
01:02:42comment dirais-je
01:02:44attirés par la littérature
01:02:45qui est le temps long
01:02:46qui est le temps
01:02:48respectable
01:02:48de la durée
01:02:49de la profondeur
01:02:51et qui sont attirés
01:02:53par cet univers
01:02:54qui semble-t-il
01:02:55ou pense-t-il
01:02:56peut leur donner
01:02:56une sorte d'assise
01:02:57un certain ancrage
01:02:58mais évidemment
01:02:59c'est un prix à payer
01:03:00un temps à consacrer
01:03:01qu'ils n'ont pas
01:03:02donc ils essayent
01:03:03de faire illusion
01:03:04j'en veux pour preuve
01:03:05plusieurs campagnes
01:03:06de ces dernières années
01:03:08présidentielles
01:03:09qui ont été suivies
01:03:10par un écrivain
01:03:10Yasmina Reza
01:03:12qui accompagnait
01:03:12Nicolas Sarkozy
01:03:13Libre ravageur d'ailleurs
01:03:14Absolument
01:03:15ils prennent le risque
01:03:16que l'écrivain
01:03:17dise ce qu'il a vu
01:03:18et entendu
01:03:18et c'était aussi
01:03:20pour dans ces campagnes
01:03:21qui sont effrénées
01:03:23à voir un écrivain
01:03:24qui peut-être
01:03:25espère-t-il
01:03:26donnera un peu de poids
01:03:27à cette aventure folle
01:03:29Si on revient
01:03:29à François Mitterrand
01:03:30ce qui est très frappant
01:03:31c'est que pour lui
01:03:32son meilleur livre
01:03:33est un livre
01:03:34qu'on ne lit plus aujourd'hui
01:03:36le coup d'état permanent
01:03:37au moment
01:03:38où le général de Gaulle
01:03:40invente
01:03:41l'élection du président
01:03:42de la République
01:03:43au suffrage universel
01:03:44avec l'article 16
01:03:45c'est un article écrit
01:03:46avec une plume acide
01:03:48extraordinaire
01:03:49C'est un livre extraordinaire
01:03:51C'est un pamphlet
01:03:52c'est d'une concision
01:03:53d'une agressivité
01:03:54absolument incroyable
01:03:55c'est écrit
01:03:55sans reprendre son souffle
01:03:57c'est d'une beauté
01:03:58d'écriture
01:03:58que peut-être
01:03:58il n'a pas atteinte après
01:04:00et c'est un livre
01:04:01qui aujourd'hui encore
01:04:01garde son efficacité
01:04:03destructrice
01:04:03contre de Gaulle
01:04:04mais encore plus
01:04:05contre Michel Debré
01:04:06C'est un livre de 64
01:04:07et on voit bien
01:04:08que dans cette offensive-là
01:04:10commence à apparaître
01:04:11le Mitterrand conquérant
01:04:13de 65 la présidentielle
01:04:14et de la suite
01:04:15c'est plus du tout
01:04:16l'homme de la 4ème République
01:04:17le Florentin
01:04:18avec ses circonvolutions
01:04:19c'est l'homme de la 5ème
01:04:20il y a un objectif
01:04:21c'est l'Elysée
01:04:21et il faut donner l'assaut
01:04:22c'est très très très éloquent
01:04:24je pense que c'est aussi
01:04:25ce livre-là
01:04:25qui le guérit
01:04:26de l'attentat de l'Observatoire
01:04:27et de cette polémique
01:04:28qui a failli l'engloutir
01:04:29ça c'est un livre
01:04:30vraiment fondateur
01:04:31ailleurs après
01:04:32il a écrit des livres
01:04:33qui sont des compilations
01:04:34de chroniques
01:04:34de ces chroniques
01:04:35dans l'unité
01:04:36journal du Parti Socialiste
01:04:37la paille et le grain
01:04:38la paille et l'architecte
01:04:39c'est très beau
01:04:39mais c'est une
01:04:41manière de subsumer
01:04:42comme ça
01:04:43ce qu'il a écrit
01:04:43pour des journaux
01:04:44et puis après
01:04:45ça va être des livres
01:04:45de confidences
01:04:46d'entretien
01:04:47avec des tas d'interlocuteurs
01:04:48de radio
01:04:49de presse écrite
01:04:50des étrangers
01:04:50Elie Wiesel
01:04:51Georges-Marc Benhamou
01:04:52mais on ne retrouvera
01:04:53jamais plus Mitterrand
01:04:54seul à la plume
01:04:55dans une cavalcade pareille
01:04:57dans une correspondance
01:04:58avec Anne Pinjot
01:05:00alors là pour le coup
01:05:01c'est très frappant
01:05:02parce que c'est
01:05:03bon des textes
01:05:04qui n'auraient pas dû
01:05:06être publiés
01:05:07par principe
01:05:07c'est une correspondance privée
01:05:09c'est le choix libre
01:05:10d'Anne Pinjot
01:05:11de l'avoir fait
01:05:12mais on ne peut pas
01:05:13ne pas se dire
01:05:14peut-être que Mitterrand
01:05:15se disait
01:05:16comme tous les grands hommes
01:05:16un jour peut-être
01:05:17ma correspondance privée
01:05:18ne viendra publique
01:05:19dans 50 ans
01:05:20dans 100 ans
01:05:21c'est arrivé
01:05:21pour tous les grands hommes
01:05:22par ailleurs
01:05:23quand on dit Mitterrand
01:05:23homme de lettres
01:05:24c'est peut-être comme ça
01:05:25qu'il faut l'entendre
01:05:26les lettres que j'écris
01:05:27les chroniques de l'unité
01:05:28c'est des lettres aux électeurs
01:05:29c'est des lettres aux militants
01:05:30aux chers militants
01:05:31voilà ce qu'il faut penser
01:05:32alors c'est pas des lettres d'amour
01:05:33mais ce sont des lettres
01:05:34entre lui et le peuple de gauche
01:05:36la lettre aux français
01:05:36la lettre aux français
01:05:37qu'on va retrouver en 88
01:05:38et les lettres à Anne Pingeot
01:05:40alors là on est dans l'intimité
01:05:41même s'il y a aussi beaucoup
01:05:42de ses visions de la France
01:05:43et de sa manière
01:05:45d'aborder un pays
01:05:46comme on aborde une femme
01:05:47il est définitivement
01:05:49du 19ème
01:05:49et ça n'est pas Tarte
01:05:51c'est des recens sous
01:05:52et il collectionnait d'ailleurs
01:05:54les ouvrages
01:05:54et les éditions originales
01:05:55du 19ème siècle
01:05:56des romans du 19ème siècle
01:05:58et du 20ème
01:05:58et paraît-il
01:05:59enfin même plus que paraît-il
01:06:01il avait été frappé
01:06:02par la correspondance
01:06:03de Clémenceau à Marguerite
01:06:04qui était son dernier amour
01:06:05alors François Mitterrand
01:06:06a battu le record de Clémenceau
01:06:07qui en 3 ans
01:06:08a écrit 770 lettres
01:06:09là c'est 1200
01:06:10mais il y a
01:06:12cette espèce
01:06:13de romantisme
01:06:15de
01:06:17mais c'est pas plat
01:06:19c'est pas gentillé
01:06:20il y a des choses
01:06:21un petit peu plus costaudes
01:06:22si j'ose dire
01:06:23mais c'est effectivement
01:06:24quelqu'un
01:06:24qu'on n'imagine pas
01:06:25quand on l'a suivi
01:06:27et quand on a suivi la politique
01:06:28on n'imagine pas
01:06:29avec cette espèce
01:06:30de côté
01:06:31qui est carrément
01:06:32presque
01:06:33des chevaliers
01:06:34dans le temps
01:06:35c'est assez étonnant
01:06:36d'avoir le
01:06:37l'opposition entre les deux
01:06:38Etienne de Montetti
01:06:38il y a un président
01:06:39qu'il faut citer
01:06:40parce que lui
01:06:41pour le coup
01:06:41c'est essayé
01:06:42à la forme romanesque
01:06:43et ils sont rares
01:06:44voire
01:06:46il n'y a pas de président
01:06:47qui a écrit de roman
01:06:48à part Valérie
01:06:49Giscard d'Estaing
01:06:51un roman
01:06:52qui avait fait sourire
01:06:53je ne sais pas si ça a été
01:06:54un succès de librairie
01:06:55le passage
01:06:56je ne sais pas si vous l'avez
01:06:58beaucoup fait sourire
01:06:59le filmur littéraire
01:07:00l'a érenté à l'époque
01:07:01c'est un livre
01:07:03qui a fait sourire
01:07:04mais surtout
01:07:05qui lui a permis
01:07:06peut-être
01:07:06d'entrer à l'académie française
01:07:07je ne sais pas
01:07:09mais c'était un homme de chiffres
01:07:10il était passé
01:07:11lui aussi
01:07:12par
01:07:13par Polytechnique
01:07:14par Polytechnique
01:07:15Elena
01:07:15il était capable
01:07:16de réciter un budget
01:07:17par coeur
01:07:18et sans notes
01:07:19devant l'Assemblée nationale
01:07:20le pouvoir à la vie
01:07:21et deux français sur trois
01:07:22le pouvoir et la vie
01:07:23notamment ses mémoires
01:07:23c'est de grande qualité
01:07:24c'est très bien
01:07:25d'écriture d'essayiste
01:07:26mais dès qu'il va vers l'immédiat
01:07:27mais le roman
01:07:28alors là
01:07:29il est même au passant
01:07:30il est même au passant
01:07:31il est même au passant
01:07:32il est même au passant
01:07:32il est même au passant
01:07:32c'était son jardin secret
01:07:34et l'homme public
01:07:34qu'il était
01:07:35l'extraordinaire machine intellectuelle
01:07:36qu'il a été
01:07:37avait cette espèce
01:07:38de blessure affective
01:07:39il avait envie d'écrire des romans
01:07:40il écrit le passage
01:07:42qui effectivement
01:07:43ne vaut pas
01:07:44c'est un passage
01:07:45qu'il ne faut pas emprunter
01:07:46il avait écrit
01:07:47la princesse
01:07:48et le président
01:07:48qui est évidemment
01:07:49l'expression d'un fantasme
01:07:51d'un homme
01:07:52béat d'admiration
01:07:53devant la princesse Diana
01:07:54oui Lady Di
01:07:55le meilleur est peut-être
01:07:56sur la grande armée
01:07:57quand il imagine
01:07:57que Napoléon a gagné en Russie
01:07:58c'est une uchronie
01:08:00et là on retrouve
01:08:01d'abord le militaire
01:08:02le polytechnique
01:08:02puis l'histoire
01:08:03là je trouve que c'est un peu plus
01:08:04dur quand même sur le passage
01:08:05parce qu'on s'est tous focalisés
01:08:07évidemment
01:08:07comme on est des journalistes
01:08:09très bêtes
01:08:09sur des scènes
01:08:11pas de sexe
01:08:12parce qu'on en était
01:08:12vraiment très loin
01:08:13mais une espèce de
01:08:14Lady Chattery du pauvre
01:08:15il y avait quand même
01:08:15des scènes érotiques
01:08:18romantiques
01:08:18Pierre-Louis
01:08:19on n'en est pas là
01:08:20mais c'est vrai
01:08:22que lui aussi
01:08:22n'a pas parti
01:08:23à une autre époque
01:08:25vous êtes très charitable
01:08:26non
01:08:27je trouve pas mal
01:08:28d'essayer de faire l'effort
01:08:29de faire quelque chose
01:08:30qu'on ne sait pas faire
01:08:31et je sais qu'on avait
01:08:32la dent dure
01:08:33parce qu'on avait aussi envie
01:08:34de la voir
01:08:35et que
01:08:35c'est vrai qu'on a ricané
01:08:37tous en lisant des passages
01:08:38à haute voix dans les rédactions
01:08:39pour se moquer Giscard
01:08:40bon
01:08:41mais sur le fond
01:08:42c'était pas indigne
01:08:44c'était pas indigne
01:08:45il était plus passionnant
01:08:47quand il parlait de Tolstoy
01:08:48ou de Confucius
01:08:48quand il livrait son imagination
01:08:50romanesque
01:08:51qui était un peu adolescente
01:08:52alors partons du premier
01:08:53d'entre eux
01:08:54Charles de Gaulle
01:08:54Charles de Gaulle
01:08:55lui il est publié
01:08:56dans la Pléiade aujourd'hui
01:08:57ce qui est quand même
01:08:57la reconnaissance ultime
01:08:58pour quelqu'un
01:09:00qui prend la plume
01:09:00c'est un grand écrivain
01:09:02c'est un grand écrivain
01:09:02c'est un grand mémorialiste
01:09:03par le style
01:09:04mais il n'a pas eu
01:09:05le prix Nobel de littérature
01:09:07comme Churchill
01:09:08non
01:09:08il ne l'a pas eu
01:09:10même si être dans la Pléiade
01:09:11c'est sans doute
01:09:12ce qu'il y a plus près
01:09:12du Nobel
01:09:13c'est possible
01:09:13l'a-t-il cherché
01:09:15je ne sais pas
01:09:16je ne sais pas ce que le Nobel
01:09:16représentait pour lui
01:09:17mais quand même
01:09:18ses mémoires
01:09:18sont non seulement
01:09:19évidemment un témoignage
01:09:21mais aussi quelque chose
01:09:22de très agréable à lire
01:09:22stylistiquement
01:09:23alors c'est très classique
01:09:24on est du côté de Chateaubriand
01:09:25on n'est pas du côté
01:09:26de François Sagan
01:09:27c'est évident
01:09:27mais il y a quand même
01:09:28cette force là
01:09:29et puis il y a chez De Gaulle
01:09:31la force de sa bibliothèque
01:09:33et dans la bibliothèque de De Gaulle
01:09:35au coeur de sa bibliothèque
01:09:36il y a Corneille
01:09:37et cette France corneilienne
01:09:38elle est incarnée par De Gaulle
01:09:40c'est-à-dire le Cid
01:09:40et le je sauve la France
01:09:41le courage
01:09:43et oui
01:09:43là où Pompidou
01:09:45ça sera Racine
01:09:46que fait Pompidou
01:09:47pendant la seconde guerre mondiale
01:09:48pendant que les autres résistent
01:09:49ou sont à Londres
01:09:49il écrit une préface
01:09:51d'une édition critique
01:09:52de Britannicus
01:09:53et plus tard
01:09:54dans son anthologie
01:09:55de la poésie française
01:09:56vous avez je crois
01:09:57cinq extraits de Corneille
01:09:58assez mineurs
01:09:58et beaucoup plus de pages
01:10:00consacrées à Racine
01:10:01donc une passion
01:10:01pour la tragédie
01:10:02oui
01:10:03et surtout une passion
01:10:04pour Racine
01:10:05et donc cette introspection
01:10:07du héros
01:10:07le héros qui doute
01:10:08de lui
01:10:09de son destin
01:10:09alors que pour De Gaulle
01:10:11le héros c'est Corneille
01:10:12il ne doute pas
01:10:13il passe à l'attaque
01:10:14il conquiert
01:10:15il libère
01:10:15il sauve
01:10:15c'est la phrase
01:10:16les hommes tels qu'ils sont
01:10:17tels qu'ils devraient être
01:10:18devraient être pour Corneille
01:10:20et tels qu'ils sont pour Racine
01:10:21exactement
01:10:21avec une intériorité
01:10:22qu'on montre
01:10:23et on a ces deux France-là
01:10:25derrière ces deux présidents
01:10:26qui se sont succédés
01:10:27avec la filiation
01:10:29et aussi quand même
01:10:30l'antagonisme final
01:10:31entre les deux
01:10:31bien sûr
01:10:32Etienne de Montétier
01:10:32et puis chez Pompidou
01:10:33dans son anthologie
01:10:34il y a aussi toute la littérature
01:10:35il faut rappeler
01:10:36qu'il a publié une anthologie
01:10:37de la poésie française
01:10:38qui est extraordinaire
01:10:39qui est un recueil
01:10:40de textes absolument somptueux
01:10:42Absolument
01:10:43et avec beaucoup
01:10:44de poètes modernes
01:10:44c'est-à-dire qu'on sent
01:10:45que Pompidou
01:10:45à la différence de De Gaulle
01:10:46dont effectivement
01:10:47la bibliothèque monte son goût
01:10:48pour Corneille
01:10:49mais il faut aussi parler
01:10:50de Barès quand même
01:10:50qui a été le grand maître
01:10:51de tous ses écrivains
01:10:53et notamment
01:10:54du général De Gaulle
01:10:54et sa passion
01:10:55pour la terre française
01:10:56pour les paysages français
01:10:58c'est Barès
01:10:58chez Pompidou
01:11:00dans son anthologie
01:11:01on voit
01:11:01tout son penchant
01:11:03pour la modernité
01:11:04par exemple
01:11:04Éleard est très présent
01:11:05dans l'anthologie de Pompidou
01:11:07C'est ce que j'allais vous dire
01:11:08c'est-à-dire que
01:11:09son goût
01:11:09pour les arts plastiques
01:11:11contemporains
01:11:11finalement se retrouve
01:11:13aussi d'une certaine manière
01:11:14dans son rapport
01:11:15à la littérature
01:11:16Absolument
01:11:16Il est à la fois
01:11:17extrêmement classique
01:11:18avec Racine
01:11:18et très moderne
01:11:19avec Éleard
01:11:21avec Apollinaire
01:11:22avec des poètes
01:11:23contemporains
01:11:24que le général De Gaulle
01:11:24n'a certainement jamais lu
01:11:25Alors il y a De Gaulle
01:11:27Pompidou
01:11:28Mitterrand
01:11:29Sarkozy
01:11:29on en a parlé
01:11:30Il en manque un
01:11:31Valéry Giscard d'Essain aussi
01:11:32mais celui qui est très
01:11:35On n'a pas beaucoup parlé
01:11:35de François Hollande
01:11:36On n'a pas beaucoup parlé
01:11:37de François Hollande
01:11:37justement j'allais vous le dire
01:11:38en fait
01:11:38parce que François Hollande
01:11:40est-ce qu'il a le même rapport
01:11:41à la littérature
01:11:42qu'aux autres ?
01:11:43Je n'ai pas l'impression
01:11:43ce n'est pas quelqu'un
01:11:44qui lit énormément
01:11:45Les autres on pouvait
01:11:46alors je ne les ai pas tous connus
01:11:47mais il y en a certains
01:11:47quand même
01:11:48qui étaient capables de réciter
01:11:49c'est-à-dire
01:11:49si vous commenciez
01:11:55et on en a eu
01:11:56pendant 10 minutes
01:11:57C'est-à-dire que c'est des gens
01:11:58C'est-à-dire qu'il connaît
01:11:59qu'il est habité
01:12:00C'est comme nous
01:12:02certains de nous petits
01:12:03ont appris
01:12:05on est capables
01:12:06de citer trois poèmes
01:12:07de Verlaine
01:12:08de Rimbaud
01:12:09Comme Christophe Barbier
01:12:10par exemple
01:12:10qui a je ne sais pas
01:12:12combien de milliers
01:12:12de vers dans la tête
01:12:14L'âge venant
01:12:14ça s'efface pas mal quand même
01:12:16C'est vrai que
01:12:18je n'ai jamais entendu
01:12:19un discours de François Hollande
01:12:20où il jouait
01:12:21avec des références littéraires
01:12:23et Emmanuel Macron
01:12:24Non la seule chose
01:12:25dont on se souvienne
01:12:25c'est une anaphore
01:12:27qui est quand même
01:12:27une forme d'écriture
01:12:29assez faible
01:12:29assez pauvre
01:12:31Moi président
01:12:31Un livre très important
01:12:33Très important ?
01:12:34Mais oui
01:12:34un livre qu'il n'a pas écrit
01:12:35Un président ne devrait pas dire ça
01:12:37Mais oui
01:12:38mais c'est pas lui
01:12:38qui l'a écrit
01:12:39Non
01:12:39C'est un livre
01:12:40qu'il a écrit à l'oral
01:12:41en le racontant
01:12:42à ceux qui l'ont écrit
01:12:43à deux journalistes
01:12:43et ça s'est retourné
01:12:44contre lui
01:12:45Et c'est ça
01:12:45qui est quand même
01:12:46assez incroyable
01:12:47chez Hollande
01:12:47C'est la manière dont
01:12:48C'est une forme
01:12:48de suicide politique
01:12:49Exactement
01:12:50Le livre est un boomerang
01:12:51et c'est une forme
01:12:55C'est un quinquennat
01:12:55C'est le livre
01:12:56de Varil-Lyri Trerweiler
01:12:57qui dit beaucoup
01:12:58de l'intimité des politiques
01:12:59des puissants
01:13:00de l'inhumanité
01:13:01Merci pour le moment
01:13:01Mais qui n'est pas
01:13:02de la littérature
01:13:03Il y a un truc qui m'a échappé
01:13:04Non mais l'univers du livre
01:13:06est un univers
01:13:06qui a nuit
01:13:07à François Hollande
01:13:09Mais tienne Montetti
01:13:10on va parler aussi
01:13:11d'un autre président
01:13:12alors pour le coup
01:13:13qui est toujours en exercice
01:13:14mais Emmanuel Macron
01:13:15quel est son rapport
01:13:16à la littérature ?
01:13:18On sait qu'il est cultivé
01:13:19ceux qui l'ont rencontré
01:13:21beaucoup de journalistes
01:13:22mais également
01:13:23des intellectuels
01:13:24disent qu'il est capable
01:13:26de citer par cœur
01:13:27des tirades
01:13:28de pièces de théâtre
01:13:30par exemple
01:13:31Mais pourtant
01:13:32on n'a pas le souvenir
01:13:33d'un Emmanuel Macron
01:13:34écrivain
01:13:35Il a écrit un livre
01:13:36Révolution
01:13:37Je ne sais pas
01:13:37qui l'a lu
01:13:38je ne sais pas
01:13:38s'il s'est vendu
01:13:39mais il n'a pas
01:13:41en tout cas encore
01:13:42manifesté
01:13:43un rapport intime
01:13:44puissant
01:13:45à la littérature
01:13:46Non en effet
01:13:47c'est probablement
01:13:47à cause de sa carrière
01:13:49fulgurante
01:13:49avec beaucoup
01:13:50d'activités
01:13:51C'est probablement
01:13:51son jardin secret
01:13:52on prétend qu'il aurait écrit
01:13:53un roman
01:13:54qu'il garde soigneusement
01:13:56caché
01:13:56Alors ça c'est une rumeur
01:13:57justement
01:13:58il faut la raconter
01:13:59parce qu'elle est assez extraordinaire
01:14:00Il a raté l'école normale
01:14:02donc il a un rapport
01:14:03avec les humanités
01:14:03qui est un petit peu douloureux
01:14:05je pense certainement
01:14:05pour lui
01:14:06Il a fait beaucoup savoir
01:14:08qu'il avait été
01:14:08sur quelques travaux
01:14:09de Ricœur
01:14:10un assistant
01:14:11du philosophe Ricœur
01:14:12donc c'était aussi
01:14:13pour asseoir l'idée
01:14:14que la littérature
01:14:15ou les humanités
01:14:16ne lui étaient pas étrangères
01:14:17Mais ce roman secret
01:14:18ce roman caché
01:14:19il existe ?
01:14:20Personne ne le sait
01:14:21ça s'est dit
01:14:22il ne dément pas
01:14:23parce que c'est bien
01:14:25C'est une oeuvre
01:14:26de jeunesse
01:14:27ou de grande adolescence
01:14:28Quand on l'imagine
01:14:30et quand on le voit physiquement
01:14:31quand il a 19 ans
01:14:32on imagine
01:14:33qu'il ait très bien pu
01:14:34écrire des choses
01:14:35assez romantiques
01:14:36assez échelolées
01:14:37C'est apparemment
01:14:37un roman sur un conquistador
01:14:39Il y a quelque chose
01:14:40de l'ordre de l'épopée
01:14:41de Cortès
01:14:42Et puis avec je crois
01:14:43je crois que c'est Cortès
01:14:44parce que c'est celui
01:14:45qui remonte après
01:14:46et qui va aller coloniser
01:14:47ce qui deviendra la Californie
01:14:48le sud de la Californie
01:14:49Donc il y a aussi
01:14:50ce pont
01:14:51Le plus grand des conquistadors
01:14:52Ce pont avec la Silicon Valley
01:14:53et la Start-up Nation
01:14:54ça faisait un sens
01:14:55ce roman
01:14:56pour ce qui est devenu
01:14:57après le président
01:14:58Mais est-ce qu'on le lira
01:14:59un jour ?
01:15:00J'en doute
01:15:01Il faut voir si dans six mois
01:15:03Emmanuel Macron
01:15:03se dirige vers des activités lucratives
01:15:06ou s'adonne à la littérature
01:15:07parce que ça nécessite
01:15:08de discrétion
01:15:10et qu'on fait écrire
01:15:11l'un n'empêche pas l'autre
01:15:12je suis cynique peut-être
01:15:13mais qu'est-ce qui fait
01:15:15que les mémoires des présidents
01:15:17se vendent souvent très bien ?
01:15:18Si on songe par exemple
01:15:19aux mémoires de Jacques Chirac
01:15:21si on songe
01:15:22à ceux de Nicolas Sarkozy
01:15:24ce sont des succès
01:15:25de librairies invraisemblables
01:15:27alors qu'en général
01:15:28aucun de ces présidents
01:15:30sortis de l'Elysée
01:15:31ne raconte véritablement
01:15:33les arcanes du pouvoir
01:15:34Ce sont des livres
01:15:35assez plats
01:15:36Ça marche toujours quand même
01:15:37le dessous des cartes
01:15:38Qu'est-ce qui s'est dit
01:15:39en tête à tête
01:15:40entre Sarkozy et Poutine
01:15:41entre De Gaulle et Churchill
01:15:42Dans la lignée
01:15:43de ces mémoires de guerre
01:15:44mémoires d'espoir
01:15:45de Charles De Gaulle
01:15:46on se dit toujours
01:15:47là il y aura quelque chose
01:15:48Et puis je crois
01:15:48que le deuxième phénomène
01:15:50c'est que les présidents
01:15:51qui font leur mémoire
01:15:52ils les vendent
01:15:53ils vont à la télé
01:15:54ils font des salons du livre
01:15:55et donc on vient voir
01:15:56l'animal politique
01:15:57on vient se faire dédicacer
01:15:58et ça je pense que ça garde
01:15:59une certaine fascination
01:16:00l'homme ou la femme de pouvoir
01:16:02par rapport aux citoyens
01:16:03par le truchement du livre
01:16:04et de la signature
01:16:05Mais il balance de plus en plus
01:16:06Au cours du temps
01:16:07Ils balancent de plus en plus
01:16:08C'est pour ça aussi
01:16:09que c'est tentant
01:16:11parce que même pour
01:16:13quelques pages
01:16:14ou une centaine de pages
01:16:14dont on se fiche éperdument
01:16:16parce qu'on l'a déjà entendu
01:16:1620 fois
01:16:17et que ça n'a aucun sens
01:16:18quelques vacheries
01:16:19et notamment dans le premier
01:16:20dans le premier Sarkozy
01:16:21ou dans le deuxième
01:16:23tome de Sarkozy
01:16:24il y a un certain nombre
01:16:25de choses
01:16:25qui sont assez savoureuses
01:16:26sur François Fillon
01:16:27sur la façon dont il considère
01:16:29l'opportunité
01:16:29Moi j'ai droit à une fois
01:16:30dans le temps des tempêtes
01:16:31contre moi
01:16:32Ah contre vous
01:16:33Ah oui oui
01:16:33Je suis assez honoré
01:16:35Votre postérité est assurée
01:16:37Oui c'est un bel honneur
01:16:38Et Emmanuel Macron
01:16:39s'il écrivait
01:16:40ne serait-ce que ses mémoires
01:16:41il était peut-être un peu jeune
01:16:42la façon dont il parlerait
01:16:43de ses différents premiers ministres
01:16:44ça mériterait le coup
01:16:46ça donnerait envie de le lire
01:16:47Oui bien sûr
01:16:47Mais il avait qu'une prof de français
01:16:49il ne faut pas oublier quand même
01:16:50Emmanuel Macron
01:16:51sa épouse est prof de français
01:16:53donc c'est un univers
01:16:54qu'il considère
01:16:55que ça donne un supplément d'âme
01:16:56la littérature
01:16:57Sa grand-mère aussi
01:16:58sa grand-mère était professeure
01:17:00et il a une culture
01:17:01qui est celle de ses aînés
01:17:03en effet de son épouse
01:17:04et aussi de sa grand-mère
01:17:06une culture classique
01:17:07mais un petit peu datée
01:17:08littérairement
01:17:09A quoi ça sert au fond
01:17:11est-ce qu'aujourd'hui
01:17:11les français attendent toujours
01:17:13de leur président
01:17:14qu'il soit cultivé lettré ?
01:17:16Il y en a un
01:17:17qui a cultivé le mystère
01:17:19Jacques Chirac
01:17:20par exemple
01:17:21sur sa passion
01:17:22pour les arts premiers
01:17:23mais également
01:17:23pour des romans
01:17:25de l'extrême-orient
01:17:28la culture russe
01:17:30il n'en parlait
01:17:31jamais publiquement
01:17:32Il s'est préservé
01:17:33mais quand il a commencé
01:17:34à le faire savoir
01:17:35donc dans sa campagne
01:17:36de 94-95
01:17:37moi je pense que ça lui a
01:17:38beaucoup servi
01:17:39ça lui a donné une profondeur
01:17:41une épaisseur
01:17:41une humanité
01:17:42et le fait qu'il ait gardé secret
01:17:43on s'est dit
01:17:44cet homme devait souffrir
01:17:45pour se préserver
01:17:46comme ça
01:17:46une vie intérieure
01:17:47loin du personnage public
01:17:49qu'on lui prêtait
01:17:49je pense que c'est important
01:17:51encore aujourd'hui
01:17:52regardez quand Marine Tondelier
01:17:53s'en mêle un peu
01:17:53dans les présidents
01:17:55de la république
01:17:55ou quand un politique
01:17:56fait des fautes de français
01:17:58les gens n'aiment pas
01:17:59on aime être représenté
01:18:01par quelqu'un
01:18:02qui traîne derrière lui
01:18:03tout le patrimoine
01:18:03de la culture
01:18:04Encore quelques temps
01:18:05parce qu'il y a effectivement
01:18:06une forme de révérence
01:18:07vis-à-vis de la culture
01:18:08vis-à-vis des gens
01:18:09qui ont fait des études
01:18:11on peut se demander
01:18:12si c'est quelque chose
01:18:13qui perdurera
01:18:13au sens où
01:18:14à partir du moment
01:18:14quand vous tapez
01:18:15Madame Bovary
01:18:16vous avez l'histoire
01:18:17et que vous n'êtes pas besoin
01:18:19vous pouvez très bien
01:18:19faire comme si vous aviez lu
01:18:21sans l'avoir lu réellement
01:18:22peut-être que ça ne sera pas
01:18:23dans l'ordre des choses
01:18:24dans l'ordre du respect
01:18:25et de l'admiration
01:18:27mais pour l'instant
01:18:27ça dure encore un petit peu
01:18:29Je pense qu'on est ambivalents
01:18:30parce qu'on veut
01:18:31que les hommes politiques
01:18:32soient efficaces
01:18:33qui s'adonnent complètement
01:18:34à leur tâche
01:18:35de ministre
01:18:36ou de dirigeant
01:18:37j'en veux pour preuve
01:18:39Bruno Le Maire
01:18:39qui publie un roman
01:18:40alors qu'il est à Bercy
01:18:41après tout
01:18:42écrire un roman
01:18:43plutôt que de faire du jogging
01:18:44sur les quais de la Seine
01:18:45Il le fait aussi
01:18:45Il le fait peut-être aussi
01:18:47après tout
01:18:47pourquoi pas
01:18:48comme son mentor
01:18:49Dominique de Villepin
01:18:49qui écrivait des livres
01:18:51de 700 pages
01:18:52tout en étant un batignon
01:18:53Tout le monde est tombé
01:18:54sur le dos
01:18:55de Le Maire
01:18:56sans lire le roman
01:18:57comme si
01:18:57c'était une manière
01:18:59de tromperie
01:18:59Les gens ont lu quand même
01:19:00quelques extraits
01:19:01Oui toujours les mêmes
01:19:02et qui n'étaient pas les bons
01:19:03savoureux
01:19:03On a reproché au ministre
01:19:05d'avoir une part de lui
01:19:06qui échappait au temps politique
01:19:08et qui était quelque chose
01:19:09qui lui appartenait
01:19:10et j'ai trouvé ça très sévère
01:19:11en me disant
01:19:12moi je suis assez content
01:19:13qu'un ministre
01:19:13après on le jugera
01:19:14sur ses résultats
01:19:15etc
01:19:16ait le droit d'avoir
01:19:17un temps pour lui
01:19:18où il écrit des romans
01:19:19ou de la poésie
01:19:20ou ce qu'il souhaite
01:19:20Je pense qu'il est meilleur ministre
01:19:22quand il a écrit quelques pages
01:19:23avant de retourner
01:19:24dans ses dossiers
01:19:24Ah oui je suis persuadé
01:19:25Là les autres
01:19:25ne doivent pas être très bons
01:19:26Non il y a un truc
01:19:27que dit François Mitterrand
01:19:28dans le documentaire
01:19:29qui est très intéressant
01:19:29en disant
01:19:30on ne peut pas faire de la politique
01:19:31sans avoir un récit
01:19:31C'est-à-dire que si simplement
01:19:33la politique
01:19:33c'est de prendre telle loi
01:19:34tel truc
01:19:34Ça c'est intéressant
01:19:35Et c'est vrai que lui
01:19:38il avait
01:19:39Chaque président doit présenter
01:19:41une forme de roman national
01:19:42Sans mentir
01:19:43Alors le roman national
01:19:44c'est pas de dire aux gens
01:19:45vous aurez la retraite à 60 ans
01:19:46le SMIC à 5000 euros
01:19:47mais c'est simplement
01:19:49puisqu'on est
01:19:50avec un suffrage
01:19:51l'élection du président
01:19:53au suffrage universel
01:19:54c'est comme ça
01:19:55le président doit être incarné
01:19:57il doit nous dire quelque chose
01:19:58Si c'est pour nous dire
01:19:59un catalogue de mesures
01:20:00ça passe pas
01:20:01Et François Mitterrand
01:20:01j'ai écouté une fois
01:20:03plusieurs fois
01:20:03les discours de Mitterrand
01:20:04j'avais trouvé ça sublime
01:20:06et à la fin on m'a dit
01:20:06mais de quoi il a parlé
01:20:07Je me suis dit
01:20:07c'est pas très bien
01:20:08Il a parlé du cycle du bois
01:20:10des arbres
01:20:10de la forêt
01:20:11C'était beau
01:20:12On avait envie de
01:20:13on aimait la nature
01:20:14mais en résumé
01:20:15j'étais absolument infoutue
01:20:16de dire ce qu'il avait dit
01:20:17Merci infiniment
01:20:18à tous les trois
01:20:19C'était passionnant
01:20:20Les présidents et la littérature
01:20:22une passion française
01:20:24Je vous retrouve demain
01:20:25sur l'ATCP

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