00:00Quand l'histoire éclaire notre actualité, c'est Arthur Chevalier qui apporte ses lumières ce matin.
00:04Je m'en fous, Arthur.
00:06Voilà ce qu'a déclaré avant-hier David Lysnard après avoir été pris à partie sur la guerre d'Algérie
00:10lors d'une émission de télé.
00:11Oui, c'était sur LCI.
00:13Alors le maire de Cannes a d'abord expliqué qu'il ne comprenait pas pourquoi il y avait des drapeaux
00:16algériens dans les manifestations.
00:18Ça, c'est le début de la conversation.
00:19Et il a ensuite été pris à partie par une étudiante proche de la France Insoumise
00:24qui lui a demandé ce qui s'était passé le 17 octobre 1961.
00:29Et alors David Lysnard s'est d'abord agacé en lâchant un « je m'en fous », vous l
00:32'avez dit.
00:33Et il a ajouté « j'étais pas né depuis il y a eu l'indépendance de l'Algérie ».
00:37Mais alors à quoi cette étudiante faisait-elle référence avec cette date du 17 octobre 1961 ?
00:41Alors un épisode dramatique, Mathieu, il faut bien l'admettre.
00:44En 1961, c'est la guerre d'Algérie.
00:46Alors évidemment, la guerre se passait en Algérie, mais ça provoquait aussi des tensions en métropole.
00:50Du coup, le 5 octobre 1961, le préfet de police de Paris, qui s'appelait Maurice Papon,
00:55ordonne un couvre-feu dans la capitale, uniquement pour les Français musulmans d'Algérie.
01:01C'était le terme à l'époque.
01:02À partir de 20h30, ça c'était le couvre-feu.
01:06Restriction des déplacements le reste de la journée.
01:08Alors je précise quand même qu'à l'époque, les Algériens étaient très surveillés et fliqués.
01:12Il y avait même une police française dédiée aux populations algériennes.
01:16Cette police, elle s'appelait la BAV, la BAV, la Brigade des Agressions et Violences.
01:20C'est méconnu ça.
01:21Et comment est-ce que vous disiez que c'était un drame ?
01:22Comment est-ce que ça virait au drame ?
01:23Alors 15 jours plus tard, le 17 octobre, 20 000 Algériens manifestent à Paris
01:27contre l'instauration de ce couvre-feu, mais aussi pour l'indépendance de l'Algérie.
01:31Alors ils viennent principalement de la banlieue, donc ils convergent vers la capitale.
01:35Là, la police va intervenir avec une très grande violence, à coup de matraque,
01:39mais aussi avec des armes à feu.
01:40Entre nous, pour le dire vulgairement Mathieu, on a tiré dans le tas.
01:43Avec des arrestations massives, 12 000 personnes environ ont été arrêtées.
01:47Et d'après la police, il n'y aura que 3 morts.
01:50Et le bilan est en fait beaucoup plus lourd, Arthur.
01:52Oui, puisqu'après cet événement, en fait, plus personne ne va parler de cette histoire.
01:55Ça devient presque un tabou français.
01:57Il faut attendre la fin des années 90, Mathieu, pour que la responsabilité de l'État soit reconnue.
02:03En réalité, le 17 octobre 1961, il y a eu énormément de morts.
02:07Alors plusieurs dizaines, peut-être plus de 100, tant le bilan est incertain.
02:12On sait aussi qu'il y a des cadavres qui ont été jetés dans la Seine par la police.
02:16On ne connaît pas les chiffres exacts, mais en gros, c'est dramatique.
02:18Petit à petit, nos présidents vont rendre hommage aux victimes.
02:21François Hollande, en 2012, a recodu, je cite, une sanglante répression.
02:26Emmanuel Macron va suivre, en 2021, en parlant de crimes inexcusables pour la République.
02:31Le 17 octobre 1961, c'est un des pires traumatismes mémoriels de la France de l'après-guerre.
02:36Depuis, évidemment, l'Algérie a obtenu son indépendance.
02:39L'histoire avance et c'est normal.
02:41Mais c'est quand même un sujet qui doit être traité avec délicatesse.
02:44Bien traiter cette date, c'est bien traiter l'histoire de France, Mathieu.
02:47Merci beaucoup pour cet éclairage, Arthur Chevalier.