00:00Dominique Rizet, je voudrais qu'on aille tout de suite à Lyon.
00:02Le maire de Lyon, Grégory Doucet, qui est en direct avec nous.
00:05Bonjour, monsieur le maire.
00:07Paris, Lyon, Marseille, Limoges, Caen, Nantes, Angers, Brest, Rennes, Poitiers.
00:12J'arrête là la liste, mais ce sont quasiment toutes les villes de France qui ont été touchées.
00:15À Lyon, il y a eu ce symbole, Place Bellecour, le feu, l'incendie de l'office de tourisme.
00:24Vous avez entendu hier le président de la République qui dit « nous serons intraitables ».
00:28Avec vous, monsieur le maire, je voudrais pouvoir essayer de commencer à répondre à ces questions.
00:32Comment ça a pu être possible ? Qui ? Pourquoi ? Et maintenant, quelle suite ?
00:37Vous avez parlé d'une tragédie, c'est votre mot.
00:4124 heures après cette tragédie, comment est-ce que vous voyez la situation ?
00:49Vous savez, actuellement, à l'heure où je vous parle, on est encore en train de récupérer la ville petit
00:55à petit,
00:56de nettoyer les dégâts. Vous avez parlé de l'office du tourisme qui a été totalement incendié.
01:01Il faut aussi avoir une pensée pour tous les commerçants, les centaines de commerçants
01:05qui ont vu leur magasin pillé, attaqué. Et là-dessus, il va falloir leur apporter des réponses très rapides.
01:12Quel type de réponse ? Lorsqu'il y a deux choses, il y a effectivement, évidemment, les pillages,
01:19les hordes, littéralement, qui, dans les rues, ont cassé et pillé.
01:23Il y a les symboles de la République. Ça a été la mairie de Limoges, bien sûr.
01:26Ça a été votre office du tourisme, un bâtiment historique au cœur de la ville.
01:31Et quand vous dites qu'il va falloir des réponses, lorsque vous avez entendu le président de la République,
01:35hier, qui a eu cette expression, il a dit « nous serons intraitables ».
01:39Et puis, il dit ensuite qu'il charge le ministre de l'Intérieur, les préfets et les maires de décider
01:45aussi.
01:45Est-ce que vous estimez que cette réponse vous donne les moyens de lutter ou pas ?
01:52Non, mais ce n'est pas une réponse. On a entendu le président de la République confier au Premier ministre,
01:57à son gouvernement, le soin d'apporter les réponses. Donc là, on a un peu procrastiné sur cette affaire.
02:04Moi, j'attends des réponses très, très concrètes.
02:06C'est la raison pour laquelle, avec le maire de Marseille et le maire de Paris,
02:09on a demandé à être reçus par le Premier ministre, par Sébastien Lecornu.
02:13Et ce qu'on demande est assez simple. Non, on n'a pas encore de date à l'heure où
02:16je vous parle.
02:17Mais ce que nous demandons, c'est que les communes, les collectivités locales,
02:22les commerçants, donc les professionnels, les entrepreneurs qui ont été victimes
02:27des dégâts causés par les pilleurs et les casseurs, puissent très rapidement bénéficier bien d'un soutien.
02:33On demande la mise en place d'un fonds de solidarité.
02:36Là, on est en train de discuter le projet de loi de finances.
02:39Il faut que dans ce projet de loi de finances, on établisse un dispositif
02:43qui permette de venir en soutien, je pense prioritairement aux commerçants,
02:47mais aussi aux communes qui ont été particulièrement touchées
02:50et qui ont vu leurs bâtiments publics attaqués, dégradés,
02:53voire, comme c'est le cas ici à Lyon, incendiés.
02:56Grégory Doucet, lorsque le ministre de l'Intérieur dit
02:58« Nous avons perdu le contrôle », estimez-vous qu'à Lyon,
03:01il y a eu des moments de perte de contrôle ?
03:02– Mais totalement, totalement.
03:07Là encore, si on a demandé, moi si je veux rencontrer le Premier ministre,
03:13c'est pour qu'il puisse établir un diagnostic et qu'il puisse nous dire
03:17pourquoi l'anticipation n'a pas été à la hauteur,
03:20pourquoi la réponse, une fois qu'on était dans le feu de l'action,
03:24n'a pas été à la fois bien proportionnée et surtout ne s'est pas portée au bon endroit.
03:28Moi j'ai rencontré dimanche matin, très tôt, beaucoup de commerçants qui m'ont dit
03:34« Je ne comprends pas, ils ont pu caillasser et piller mon magasin
03:38pendant 30 minutes, une heure, sans qu'il y ait la moindre intervention de la police ».
03:44À ça, il faut pouvoir apporter des réponses concrètes.
03:47Alors, vous avez rappelé un peu plus tôt sur Ventre Antenne
03:49que le ministre de l'Intérieur a reconnu que le dimensionnement de la réponse n'était pas approprié,
03:57dont acte, c'est un premier début de transparence,
04:01mais avouez qu'on en est loin encore, enfin on est loin d'avoir établi un diagnostic complet.
04:05D'ailleurs, je me réjouis dans une certaine mesure que le Président de la République,
04:09dans son allocution hier, ait demandé toute la lumière sur ce qui s'est passé.
04:14C'est la preuve que la demande que nous portons avec les maires de Paris et de Marseille,
04:19eh bien, elle est légitime et elle est pertinente.
04:22Il demande également à ce que les préfets, en lien avec les maires,
04:25prennent, je cite, « les décisions pour protéger nos villes ».
04:29Et à l'Elysée, on commence à faire savoir aux différents journalistes
04:33qu'il pourrait y avoir des couvre-feux, des opérations de fouilles,
04:36des interdictions de manifestement, de manifestations ou de rassemblements.
04:39Est-ce que vous vous dites, au regard aussi des prochains jours,
04:43qui pourraient être des jours de manifestations qui dégénèrent,
04:46qu'il faudra peut-être en passer par là ?
04:48Est-ce que vous, à Lyon, vous vous dites qu'il faudra des interdictions, voire des couvre-feux ?
04:55Mais, Apolline de Malherbe, la première question à se poser, c'est
04:58pourquoi y a-t-il des manifestants dans la rue ?
05:00Pourquoi les gens sont aujourd'hui en train de réclamer des politiques publiques différentes ?
05:06C'est ça, la première question à se poser.
05:08Ça fait plusieurs semaines que le mouvement lycéen a été engagé.
05:11Est-ce que les réponses du gouvernement aux lycéens sont à la hauteur ?
05:16Non.
05:17Et ensuite, on a vu arriver ce samedi des manifestants qui réclamaient des mesures pour le pouvoir d'achat.
05:23Est-ce que les réponses du gouvernement sur cette question sont à la hauteur ?
05:28La réponse est non.
05:29Il faut aussi avoir un traitement politique.
05:32Pourquoi les gens sont dans la rue ?
05:33C'est parce qu'ils attendent des réponses à leurs inquiétudes, à leurs questionnements.
05:37Et aujourd'hui, ces réponses, ils ne les ont pas.
05:40Plutôt que de regarder ce qu'on pourrait faire de plus en matière de répression et d'encadrement.
05:45Est-ce qu'on ne pourrait pas se dire, il faudrait peut-être mieux prévenir que guérir ?
05:49Et agir enfin, vraiment, concrètement, sur les attentes qui sont formulées par les manifestants ?
05:56Vous dites, il faut une réponse politique.
05:59Lorsque vous êtes revenu sur Place, Place-Bellecourt, hier, et c'est le magazine local Lyon Mag qui raconte la
06:06scène.
06:06Il dit, et je cite le magazine local,
06:09« Arrivée Place-Bellecourt pour le maire de Lyon, Grégory Doucet, et le préfet Étienne Guyot,
06:13l'élu écologiste est conspué par des Lyonnais qui lui reprochent son alliance avec LFI. »
06:21Oui, et quelle est votre question, Apolline de Malherbe ?
06:23Est-ce qu'il y a des responsabilités politiques ?
06:26C'est ce qu'a voulu pointer du doigt le Premier ministre hier.
06:29Est-ce que vous estimez qu'il y a aussi des responsabilités politiques,
06:33comme visiblement certains habitants de votre ville vous l'ont reproché ?
06:39Alors, d'abord, il y a de la colère.
06:41Il y a de la colère, il y a même eu de la peur aussi.
06:43Vous savez, moi-même, toute la journée du samedi et en soirée,
06:47enfin, je veux dire, j'ai été sur le pont avec, bien évidemment, les services de la ville,
06:52une partie de mes adjoints qui étaient aussi, pour ce qui est de celui à la sécurité,
06:58eh bien, toute la journée, derrière les images, au contact avec la police municipale
07:02pour qu'on soit le plus réactif possible, pour qu'on puisse protéger nos bâtiments publics.
07:06Nous, on voulait absolument éviter que l'hôtel de ville ne soit attaqué.
07:11Donc, on s'est mobilisés.
07:12Maintenant, vous savez, moi, j'ai vu aussi les images qui, pour certaines, ont été tournées, d'ailleurs,
07:18à l'intérieur même des bâtiments, enfin, des bâtiments ou des commerçants qui étaient attaqués.
07:21Mais moi, je n'ai pas vu de message politique.
07:24Quand on a des dizaines de crétins qui sont en train de saccager un commerce et de le piller,
07:30quand on en a plusieurs centaines qui s'en prennent à l'office du tourisme
07:33et qui s'amusent ensuite à y mettre le feu, moi, je ne vois pas de message politique.
07:37Je vois simplement des imbéciles qui s'en prennent à des biens publics ou des biens privés.
07:41Et là, je ne vois pas le lien qu'il pourrait y avoir avec un mouvement politique.
07:46Non, je pense que vouloir détourner le regard, détourner l'attention sur un autre sujet
07:51ne me semble pas à la hauteur de ce que le pays traverse aujourd'hui.
07:55Lorsqu'Emmanuel Macron ou Sébastien Lecornu demandent à ce qu'il y ait une sorte de moment
07:59où chacun doit choisir son camp, est-ce que vous estimez qu'il se trompe ?
08:03Oui, mais ce n'est pas une question de camp aujourd'hui.
08:07Il y a des mouvements sociaux qui sont en route depuis plusieurs semaines
08:12et en marge de ces mouvements sociaux, des pilleurs, des casseurs profitent de ces mouvements sociaux
08:19pour justement aller casser et piller.
08:24Je vais vous dire, si on apporte une réponse aux mouvements sociaux,
08:28si on écoute les lycéens et qu'on leur donne des réponses concrètes,
08:31si on écoute les Français inquiets et qu'on leur donne des réponses concrètes
08:34et que les manifestants n'ont plus de raison de manifester,
08:37il n'y aura pas de pilleurs et de casseurs.
08:39Ou en tout cas pour pouvoir s'occuper des pilleurs et des casseurs, ça sera bien plus simple.
08:43Hier à Paris, les pilleurs et casseurs, comme vous dites, étaient à nouveau présents
08:49dans tout le centre de la capitale et pourtant il n'y avait eu aucune manifestation avant.
08:53Mais Apolline de Malherme, il l'était aussi à Lyon, il l'était aussi, il l'était aussi, il l
08:59'était aussi à Lyon, figurez-vous.
09:00Cette nuit à nouveau ?
09:00Jusqu'à 1h30 du matin cette nuit, il y a encore eu des gens qui ont fait des tentatives d
09:04'intrusion dans certains magasins
09:05et heureusement que les policiers nationaux et les policiers municipaux étaient sur le pont, étaient sur le terrain pour les
09:12attraper.
09:13On a encore eu des dizaines d'interpellations hier, heureusement qu'on était là.
09:17Et on a évité la surenchère, on a évité le pire hier.
09:20Est-ce que le calme est revenu ce matin à Lyon ?
09:26Le calme est revenu ce matin à Lyon, je n'ai pas encore eu l'occasion de faire le tour
09:29du centre-ville puisque je suis avec vous présentement.
09:33Mais les informations qui me remontent sont plutôt rassurantes sur le calme.
09:39Il est très tôt ce matin, un peu plus de 8h.
09:42On sait que c'est dans la journée et en soirée qu'on a encore des risques.
09:46Moi j'ai demandé au préfet, il y a déjà 48h, de dimensionner les forces à la hauteur de ce
09:52qu'il y a à protéger.
09:54C'est-à-dire faire en sorte qu'il y ait dans l'espace public des policiers ou des gendarmes
09:59qui soient présents,
10:01qui soient prêts à intervenir rapidement parce que les casseurs et les pilleurs, eux, sont extrêmement agiles et extrêmement rapides.
10:09Donc il nous faut aussi être à la hauteur des méthodes que ces personnes emploient.
10:13Merci.
10:14Merci.