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  • il y a 12 heures
Des affrontements, des tirs de mortier et de flashballs, des arrestations... La colère lycéenne se trouve fréquemment réduite à ces scènes de violence. Mais derrière les images, il y a des visages, des voix et des revendications que l'on entend moins.
De Toulouse à la Bretagne, en passant par la Seine-Saint-Denis, nous sommes allés à la rencontre de ces lycéens, parfois un peu perdus, mais bien décidés à ne pas être réduits à « la génération flemme ». Des jeunes qui réclament, au contraire, « davantage d'école ».
Au plus près des mobilisations, nous avons aussi rencontré des adultes engagés, parfois abasourdis par la réponse policière.
Une immersion dans un conflit social qui raconte aussi une génération qui se sent oubliée.

Un reportage de Céline Crespy, Hélène Bonduelle et Clément Perrouault
Durée magazine : 26' / Durée débat : 30'
Production : LCP-Assemblée nationale

"En immersion", le nouveau magazine de reportage de la rédaction de LCP s'intéresse aux grands dossiers d'actualité qui font débat à l'Assemblée national et dans la vie quotidienne des Français, qu'ils concernent la santé, la sécurité, l'emploi, le grand âge ou les combats politiques. À travers des reportages au plus près des hommes et des femmes qui vivent et façonnent ces enjeux - qu'ils soient simples citoyens, personnels soignants, entrepreneurs, ou élus - « En immersion » donne du sens à l'actualité législative, politique, économique et sociale.
Pour prolonger la réflexion, certains numéros donneront lieu à un débat en prime, le vendredi soir à 21h, afin d'approfondir les questions soulevées par le reportage.
"En immersion" : au plus près de la vie des français.

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News
Transcription
00:00Générique
00:07...
00:14Bienvenue en immersion, votre rendez-vous magazine sur LCP,
00:19au plus près des préoccupations des Français.
00:21Dans ce numéro, retour sur une crise que personne n'a vue venir,
00:25la mobilisation des lycéens.
00:27Nos équipes se sont rendues à Toulouse, à Lagnon, à Épinay-sur-Seine
00:31pour comprendre leurs revendications
00:33et s'intéresser aux regards que portent leurs familles,
00:36leurs professeurs, leurs proviseurs sur leurs mouvements.
00:40Colère lycéenne, la nouvelle lutte des classes,
00:42c'est un reportage signé Céline Crespi, Hélène Bonduelle, Clément Perrault
00:46et l'ensemble des équipes d'LCP.
00:48...
00:51Des blocus qui dégénèrent ?
00:53C'est sans doute ce que vous avez le plus vu de la colère lycéenne.
00:58Pourtant, derrière ces images spectaculaires,
01:01cette révolte est inédite.
01:03Qui sont ces jeunes ?
01:05Que veulent-ils ?
01:06Pourquoi protestent-ils ?
01:08Pendant une longue période, à la rentrée,
01:10il n'y avait pas d'eau tout court au lycée.
01:11L'année dernière, j'avais eu pas de France d'Espagnol
01:13pendant plusieurs mois.
01:14Moi, j'ai fréquenté un lycée privé
01:16et aussi un lycée public.
01:17On voit toute la différence entre lycée privé et public.
01:20De Toulouse à Lagnon, en passant par la Seine-Saint-Denis,
01:23nous les avons rencontrés.
01:25Le problème, c'est que si on ne bloque pas,
01:26il n'y a personne qui nous écoute.
01:29Nous avons aussi rencontré des adultes engagés dans le mouvement.
01:33Mets-la pas de morsier, sinon on n'arrivera pas à Paris.
01:37Des adultes, parfois abasourdis par la réponse policière.
01:55Nous avons donné la parole à cette jeunesse un peu perdue
01:59qui veut plus d'école
02:01et qui veut être autre chose que la génération flemme.
02:04On ne sait pas ce qu'on veut faire.
02:07On a le bac à la fin de l'année.
02:08On n'a pas de prof.
02:10En fait, on a envie de montrer aussi qu'on est une génération.
02:12On ne se laisse pas faire.
02:13On n'est pas fainéants, comme on dit.
02:15Depuis longtemps, on attend.
02:17On se dit, putain, quand est-ce qu'il y aura quelque chose
02:18qui va se passer ?
02:19Quand est-ce que ça va le retour des mouvements sociaux ?
02:22En immersion, dans une révolte lycéenne symptomatique
02:26d'une génération qui se sent oubliée.
02:44C'est à Créteil, en région parisienne, que tout a commencé.
02:49C'est donc en région parisienne
02:52que nous avons décidé de plonger dans cette révolte des lycées.
02:57à Épinay-sur-Seine, en Seine-Saint-Denis,
02:59un des départements les plus pauvres de France,
03:02un de ceux qui compte le plus grand nombre de jeunes aussi.
03:08Il est 7h30.
03:09Les élèves de Jacques Fédère
03:11occupent déjà l'entrée de leur établissement.
03:17Nassim et Nawel sont en terminale
03:20et ils ont des messages à faire passer à l'éducation nationale.
03:28On est à 35, 35 et 36 dans une salle.
03:31C'est beaucoup.
03:32Dans des petites salles.
03:34Des fois, on n'a même pas assez de chaises pour s'asseoir.
03:36Il n'y a pas assez de mulasses pour s'asseoir.
03:38Donc on est obligé d'aller dans une salle voisine
03:40pour trouver si il y a une chaise.
03:41En été, même pendant le bac de français,
03:44on était en train de suffoquer.
03:45On n'arrivait pas à se concentrer.
03:47Et le chauffage, parce qu'on est en hiver,
03:49dans certaines salles, il n'y a pas de chauffage.
03:51Ça veut dire qu'il fait très, très froid, il caille.
03:54L'éducation nationale a un vrai problème
03:55avec les conditions des élèves,
03:57mais aussi les conditions des professeurs.
03:58Les professeurs, ils ne sont pas remplacés.
04:01Et par exemple, l'année dernière,
04:02je n'avais pas de prof d'espagnol pendant plusieurs mois.
04:05Et donc j'ai vu cette année des lacunes en espagnol.
04:10Ici, dans l'académie de Créteil,
04:12les trois quarts des lycées manquaient de professeurs
04:15à la rentrée dernière.
04:20Mais ce n'est pas tout.
04:23On en a marre de ne pas construire !
04:28On en a marre du 8 ans, 18 ans !
04:35Difficile de porter ses revendications,
04:37alors que la tension commence à monter.
04:42Les policiers se rapprochent
04:43et lancent des fumigènes.
04:46Ce sont alors les professeurs
04:48qui rentrent en action.
04:49N'avancez pas, n'avancez pas !
04:51N'avancez pas, oui !
04:52Venez, venez, venez, venez !
04:53Si vous vous séparer,
04:54pour aller tout seul devant,
04:55c'est là, ça va être.
04:56C'est des masques.
04:58Marisa, la documentaliste syndiquée,
05:01veut protéger ses élèves.
05:03Faites attention quand même.
05:05Là, les élèves découvrent.
05:06Je pense que c'est une découverte aussi pour beaucoup.
05:08Il y en a qui ont la peau qui brûle,
05:11les yeux, mais aussi la peau qui brûle.
05:13Donc, il faut se prouver du masque.
05:21Dans la foule,
05:23deux jeunes se mettent à tirer au mortier.
05:30Les policiers, eux,
05:33sortent les flashballs.
05:38deux élèves sont blessés.
05:43Une élève blessée à l'œil,
05:44un élève blessé à l'épaule.
05:45On n'a pas du tout envie
05:46qu'il y ait un troisième ou une troisième.
05:48Donc là, on a juste envie,
05:48c'est qu'il n'y ait plus du tout de violence.
05:53Il y a une exaspération.
05:54Il y a aussi le fait que, pour eux,
05:55la police, elle est toujours très présente.
05:57Ils sont contrôlés, souvent, arrêtés, etc.
06:00Ce qu'on aimerait, nous,
06:01c'est qu'ils puissent exprimer leurs revendications
06:04sans que ça explose en affrontement, quoi.
06:07Le député France Insoumise
06:09de la circonscription
06:10est venu glisser, lui aussi,
06:12quelques conseils aux lycéens.
06:15Les tiers de mortier,
06:16ça ne leur fait pas peur.
06:17Au contraire, ça leur permet
06:18d'utiliser des images.
06:19Tous les lycées, aujourd'hui,
06:20sont en train de bouger.
06:21Les facs commencent à bouger.
06:22Ça, ça leur fait peur.
06:23C'est le nombre que vous êtes
06:24qui leur fait peur.
06:28Il y a déjà deux blessés.
06:30Alors que les esprits commencent à s'apaiser,
06:33un incident va terroriser la foule.
06:38Une camionnette vient de foncer dans les jeunes.
06:41Le conducteur repart.
06:43Il n'a, a priori,
06:45rien à voir avec le mouvement.
06:48Les lycéens, choqués,
06:50craignent que les policiers
06:51n'interviennent pas.
06:56Le député calme le jeu.
07:00Ils ont pris la plaque
07:01d'immatriculation.
07:03Ils l'ont filmée.
07:04Ils vont les larguer.
07:04Ils vont rien faire.
07:06Ils vont rien faire.
07:08Ils vont rien faire.
07:12Aucun autre incident
07:13n'aura lieu ce jour-là.
07:15La présence des adultes
07:17y est sûrement pour quelque chose.
07:27A l'autre bout de la France,
07:29en Bretagne,
07:30une chef d'établissement
07:32est persuadée
07:33qu'elle ne peut laisser
07:34les lycéens seuls
07:35avec leurs protestations.
07:38Bon, toujours rien, ça va ?
07:40Pas question pour elle
07:41de revivre les scènes
07:42d'il y a quatre jours.
07:44Un blocus organisé au lycée
07:45a dégénéré.
07:48Désormais,
07:49Madame l'improviseur
07:51veille au grain.
07:52Nous, on improvise
07:54un chaque jour
07:54depuis jeudi.
07:55Ça a commencé jeudi
07:56dans notre établissement.
07:57Le premier jour,
07:58ça a démarré
07:59à peu près normalement.
08:00On s'est trouvés
08:02avec des jeunes
08:04et des pancartes,
08:05des revendications
08:06légitimes, ciblées.
08:08Et puis, petit à petit,
08:09dans la matinée,
08:10il y a eu des pétards,
08:11des oeufs.
08:12Donc, ces jeunes
08:13qui revendiquaient
08:15étaient déçus,
08:16essayaient de ramener
08:17un petit peu à la raison
08:18leurs camarades,
08:18mais ça fonctionnait
08:19moyennement.
08:20Et le lendemain,
08:21le vendredi,
08:22c'est retourné plutôt
08:23vers l'extérieur
08:24avec un affrontement
08:26envers les forces
08:26de l'ordre.
08:29Ouais !
08:30Ouais !
08:31À l'Agnon,
08:32on n'avait jamais vu ça.
08:35Ouais !
08:36Ouais !
08:38Pour éviter tout dérapage,
08:41l'approviseur
08:41pousse les lycéens
08:42à s'organiser.
08:45Pour préparer le blocus,
08:46c'est la salle B009
08:49qui a été choisie
08:50en accord avec la direction.
08:54Donc, aujourd'hui,
08:55on fait une AG
08:55pour parler de l'organisation
08:57de la mobilisation lycéenne.
08:58Il va falloir vraiment
08:59faire des discours,
09:00préparer des slogans,
09:01vraiment préparer des choses
09:02pour pouvoir se faire entendre.
09:03Même dans les médias,
09:04souvent, on voit
09:05que les lycéens,
09:05ils n'ont pas d'argument
09:06et qu'ils iraient juste
09:07pour aller,
09:08pour sécher les cours.
09:09Nous, il faudrait qu'on montre
09:10qu'on ait quelque chose à dire.
09:12Oui, Marie ?
09:12Oui, mais justement,
09:13sur le fait,
09:14ça, c'est une super idée,
09:15mais il va falloir aussi
09:15qu'on fasse deux distinctions
09:17et faire attention
09:18que d'autres personnes,
09:19du genre pas les pacifistes
09:20et les casseurs,
09:21qui vont s'incruster
09:22et autres,
09:23là, il va falloir vraiment
09:24qu'on fasse attention
09:24parce que sinon,
09:25ça va finir comme...
09:25Il y aura forcément
09:26des casseurs après.
09:27Bah oui,
09:27mais du coup,
09:27il va falloir envisager...
09:28Il faudra aller,
09:29les stickers,
09:31les matins.
09:34On se sent aidé
09:35et on se sent pas non plus
09:36ignoré, quoi.
09:36On voit que la direction
09:38est avec nous,
09:39les professeurs sont avec nous
09:40et qu'on n'est pas ennemis.
09:43Marie participe
09:44pour la première fois
09:45à ce genre de mobilisation,
09:48notamment parce que
09:49ces journées sont interminables,
09:52sans grand résultat.
09:54Nous, les Français,
09:56dans les chiffres,
09:57on est le 27e
09:58d'un classement mondial,
10:00alors que les autres pays,
10:01ils font du 9h-14h,
10:03voire 9h-16h
10:05pour certains en plus tard.
10:06Ils s'en sortent très bien,
10:07ils sont dans un classement.
10:09En fait,
10:09on a envie de montrer aussi
10:10qu'on est une génération,
10:11on se laisse pas faire
10:11quand on n'est pas feignant,
10:13comme ils disent.
10:15Un discours
10:16que la majorité
10:17des parents d'élèves
10:18entend également.
10:20Eux aussi se mobilisent
10:22en face du commissariat
10:23de la ville.
10:25Ces adultes
10:26sont bouleversés
10:27par la réponse policière
10:28face aux événements
10:29de la semaine précédente.
10:37Ce genre de scène
10:40ne passe pas.
10:46C'est pas la peine
10:47de revenir sur le fait
10:48que c'est pas bien
10:49de lancer des cailloux.
10:50Par contre,
10:51la réponse,
10:51elle est juste à gerber.
10:52C'est peut-être aussi
10:53pour ça qu'on est là ce soir.
10:55Juste vous montrer ça.
10:57Ça, ça s'appelle
10:57une GR56.
11:00Ça libère
11:017 rondelles de caoutchouc
11:03qui partent complètement
11:04au pif
11:05en plastique dur
11:06et ça libère du gaz.
11:09Ça a vraiment pas lieu
11:11d'utiliser ça
11:12face à des gamins.
11:13Mais sachez que
11:15tirer à tir tendu,
11:16c'est considéré
11:17comme une arme de guerre.
11:18Et c'est pas moi
11:18qui le dis,
11:19c'est le ministère
11:19de l'Intérieur.
11:20Et c'est ce qui s'est passé
11:21jeudi et vendredi.
11:22Et donc, c'est ça
11:23qui a arraché la main
11:24d'un gamin aujourd'hui
11:25à Lens.
11:44Malgré cette réponse policière,
11:47pourquoi les lycéens
11:48ont-ils continué
11:50et le mouvement ?
11:51Combien on vous paye ?
11:52Combien on vous paye ?
11:54À Toulouse,
11:55Aïnoa doit absolument
11:57retrouver sa copine Ambre
11:58pour participer
11:59à son deuxième blocus.
12:01Laissez, laissez, laissez, laissez.
12:04Il est 7h30,
12:06tout est encore calme.
12:08On met un contre-visuel des sacs.
12:10Certains de ses camarades
12:12ont choisi d'aller en cours.
12:13Mais Aïnoa et Ambre
12:16ont des raisons
12:17de manifester
12:18leur mécontentement.
12:21Là, pendant une longue période
12:23à la rentrée,
12:23il n'y avait pas d'eau
12:24tout court au lycée.
12:25Aussi en hiver,
12:26il nous a eu l'eau,
12:26elle était glaciale.
12:28Et il n'y a pas assez
12:29de budget
12:29pour les lycées,
12:31les professeurs,
12:32du coup,
12:32les services publics.
12:33Mais moi,
12:34je trouve ça injuste.
12:378h,
12:38les grilles
12:39de l'établissement
12:39ferment
12:40et tout à court.
12:43Le ton monte.
12:46Le problème,
12:46c'est que si on bloque pas,
12:47il n'y a personne
12:48qui nous écoute.
12:49Le but,
12:49c'est pas de brûler
12:50ou de faire des choses
12:50comme ça.
12:51Les gens qui font n'importe quoi,
12:53c'est des gens à part.
12:54Souvent,
12:54ils ne se mettent plus au lycée.
12:59Les policiers surgissent.
13:02C'est la panique.
13:09Aïnoa n'en revient pas.
13:13Il y a toute la route
13:13qui est gazée.
13:14Je les ai vu,
13:15ils ont lancé un truc,
13:15je fais...
13:16Si les filles
13:20prennent autant de risques,
13:21c'est qu'elles ont une cible,
13:24Parcoursup,
13:24et le sentiment
13:25de confier leur destin
13:27à une plateforme.
13:30Ambre est en terminale générale.
13:32Depuis le début de l'année,
13:34elle en cauchemarde.
13:35Dès la rentrée,
13:36la première chose
13:37qu'on nous a dit,
13:37les profs,
13:38c'était Parcoursup,
13:39Parcoursup.
13:40Et ils nous mettent
13:41vraiment la pression
13:42et du coup,
13:43ça nous fait peur,
13:43ça nous motive pas en fait.
13:46C'est trop la pression.
13:49Enfin,
13:49c'est pas un algorithme
13:50qui va choisir
13:51ce que je vais faire plus tard.
13:55Aïnoa redoute de faire partie
13:57des laissés-pour-comptes
13:59de Parcoursup.
14:05Il faut dire qu'à la maison,
14:07cette sélection à l'entrée
14:09de l'enseignement supérieur,
14:10mise en place en 2018,
14:12a laissé des traces.
14:14C'est pas très rassurant,
14:16l'ambiance et la façon
14:17dont vous êtes traité.
14:20Milia,
14:21sa sœur de 19 ans,
14:23a obtenu son bac gestion
14:24avec mention assez bien
14:26en juin dernier.
14:27Et la sélection
14:28a été cruelle.
14:37Moi, à la base,
14:37je voulais faire
14:38un BUT Tech Deco à Toulouse.
14:40Et en fait,
14:40j'ai été prise à Tarbes
14:41pour le BUT Tech Deco,
14:42sauf que,
14:43par exemple,
14:44ils n'avaient pas du tout
14:44les moyens de payer l'appart
14:45et le logement et tout à Tarbes.
14:47Et à Toulouse,
14:47pour le coup,
14:47il y a vraiment
14:48beaucoup de monde qui demande.
14:50Donc en fait,
14:50on était tous sur les états-tendres
14:51dans ma classe.
14:52Et au final,
14:53du coup,
14:53j'ai fait un BTS
14:55commerce international
14:55dans un lycée à Toulouse.
14:57Et du coup,
14:58c'est privé, c'est ça ?
14:59Un lycée privé, ouais.
15:00Et donc le privé,
15:01c'est combien l'année ?
15:021 500 l'année.
15:03Parce que c'était 3 000
15:04les deux ans.
15:061 500 l'année.
15:07Mais c'est dans un lycée privé.
15:08Un BTS.
15:10Il y a des choix
15:10qui sont faits
15:11depuis 15-20 ans.
15:12Et le choix qui est fait
15:13depuis 15-20 ans,
15:14c'est que l'éducation
15:16et que les universités publiques
15:19soient réduites
15:19au minimum
15:20du service public.
15:21Voilà.
15:22Et après,
15:23le reste,
15:23c'est délégué
15:24à des universités
15:26et des écoles privées.
15:27On ne sait pas
15:28ce qu'on veut faire plus tard,
15:29mais pourtant,
15:29on nous promet
15:30la fin du monde
15:30dans 20 ans.
15:32C'est...
15:33Enfin...
15:34On doit faire quoi
15:35de l'info ?
15:37En Bretagne,
15:38à l'Agnon,
15:39nos lycéens
15:40sont pleins d'espoir
15:42ce mardi-là.
15:44Marie et ses copains
15:45ont réussi
15:46à s'organiser.
15:48Ils sont maintenant
15:49plusieurs centaines
15:50devant le lycée
15:51pour aller manifester.
15:57« On ne devrait pas manquer
15:58de professeurs comme ça,
15:58on ne devrait pas manquer
15:59de moyens.
16:00Donc, s'il vous plaît,
16:01un bruit pour nos professeurs
16:02qui sont là
16:03et qui nous aident
16:03et qui nous permettent
16:04de bien l'apprendre.
16:05Ouais ! »
16:07L'approviseur
16:08est même invité
16:09à prendre le micro.
16:10« Aujourd'hui,
16:12j'ai presque envie
16:13de dire qu'on est fiers
16:13de vous
16:14parce que ça se passe bien.
16:22C'est important aussi
16:23parce que s'ils sont
16:24de notre côté,
16:25c'est pas rien.
16:25Ça veut dire aussi
16:26qu'eux aussi,
16:26ils en ont marre
16:27des conditions
16:28dans lesquelles ils travaillent
16:28et qu'eux aussi,
16:30ils ont besoin
16:30de plus de budget
16:31parce que c'est
16:31le service public. »
16:34À six mois
16:35de l'élection présidentielle,
16:37les slogans
16:37prennent des allures
16:38de campagne.
16:40« Marie et les autres
16:45se sentent pousser
16:46des ailes
16:46voulant enrôler
16:47dans leur combat
16:49les élèves
16:50du lycée privé
16:51d'à côté.
16:53En vain.
16:55En revanche,
16:56Marie et les autres
16:57sont finalement
16:57rejoints
16:58par les étudiants,
17:00ceux de l'IUT
17:00et de l'école
17:01d'ingénieurs.
17:03Près de 500 jeunes
17:04mobilisés
17:05dans les rues
17:05de l'Agnon.
17:06« C'est super !
17:07Là, on est super contents ! »
17:09« Il faut que ça continue.
17:10Qu'est-ce que tu vas faire ? »
17:12« Participer.
17:13Continuer à donner
17:14des slogans,
17:15à donner nos revendications
17:17et tant que ça ne bougera pas,
17:18on continuera. »
17:19« Démission ! »
17:21Ne rien lâcher,
17:22rallier les étudiants
17:23et au-delà.
17:26À Toulouse,
17:28c'est la même histoire.
17:29Nous retrouvons
17:30à Inoa
17:31sur l'énorme campus
17:32Jean Jaurès.
17:33« Ça me fait
17:38particulièrement plaisir
17:39le fait que
17:40les étudiants
17:41du Mirail,
17:42à la fac du Mirail,
17:43ils nous soutiennent
17:44car c'est une fac
17:46qui est connue
17:47pour être très engagée
17:49dans tout ce qui est
17:49politique,
17:50blocus. »
17:54Ce soir-là,
17:55une âgée
17:56s'improvise.
17:57Les étudiants
17:58sont remontés.
17:59En deux ans,
18:00plus de 50 000 places
18:02ont été supprimées
18:03dans tout l'enseignement
18:04supérieur français.
18:06« Oui, partout ! »
18:07« Oui, partout ! »
18:08Nous y rencontrons
18:10un jeune lycéen
18:11à la chevelure colorée.
18:13C'est Charlie.
18:15« Bonjour à tous,
18:17on m'entend bien ? »
18:18« Oui ! »
18:20« Génial ! »
18:21« Moi, je suis lycéen,
18:22je viens de Saint-Cernin
18:23et c'est trop trop génial.
18:24Les âgés,
18:25l'organisation
18:26entre les différents lycées,
18:27les différentes facs,
18:28les étudiants lycéens
18:29et on peut tous se féliciter
18:30d'avoir réussi
18:31à faire quelque chose comme ça.
18:34Et... »
18:40Charlie a 15 ans,
18:41il est en première
18:42avec un an d'avance.
18:44Très bon élève,
18:45il a le sentiment
18:46d'être un privilégié
18:48dans son lycée
18:49de centre-ville.
18:51« Je connais Elie ! »
18:53« Euh... »
18:54« Et tu connais Xavier aussi ? »
18:55Pourtant,
18:55comme Aïnoa,
18:57il y a chez lui
18:58une forme de ras-le-bol
18:59et pour s'organiser,
19:01une arme redoutable.
19:04Les réseaux sociaux.
19:05« Lundi la semaine dernière,
19:08du coup,
19:09je sors des cours,
19:10je suis un peu fatigué
19:11et je vois que ça a des bas graves
19:12devant le lycée
19:12et avec des potes qui disent
19:14« Ouais, apparemment,
19:14ça bloque demain ! »
19:15« Ouais, ok, trop bien ! »
19:16Et du coup, instantanément,
19:17on crée des groupes Insta,
19:18on crée des groupes Signal
19:20et on s'organise
19:21à aller très très vite
19:22et en fait,
19:22je pense qu'on attendait juste
19:23que le bon moment
19:24pour se révolter
19:25et pour parler de tout ce qui...
19:27tout ce qui nous révoque
19:28en fait dans ce système. »
19:31« Comme les lycées,
19:32les universités
19:33semblent au bord du craquage.
19:35En une décennie,
19:36les dépenses par étudiant
19:38ont baissé de 10%
19:39en France.
19:41L'État
19:42consacre
19:43sept fois plus d'argent
19:44à payer les retraites
19:45qu'à investir
19:46dans l'éducation
19:47des jeunes.
19:52Mardi 6 octobre,
19:54c'est le grand jour
19:55au lycée Fédère
19:56d'Épinay-sur-Seine.
19:57On prépare
19:58la grande manifestation
20:00organisée
20:00à l'appel
20:01des syndicats d'enseignants.
20:07On écrit
20:08en gros
20:09pour que ce soit visible
20:10qu'on puisse se regrouper
20:10derrière.
20:11Très gros Fédère.
20:12« Ça remplit toute la... »
20:13« Pas tout,
20:13la moitié Fédère. »
20:14Et en dessous,
20:15on marquera un slogan,
20:16on trouve un slogan
20:16avec les élèves.
20:19« Même combat,
20:20même voix. »
20:21« Même combat ? »
20:21« Même voix. »
20:27« Mais à quelques mètres
20:28de l'atelier pancarte,
20:30d'autres jeunes ont opté
20:32pour un autre moyen d'expression.
20:34« Tu as trouvé ta mère d'ici,
20:35tu as à faire quoi ? »
20:36« Stop, la boule, la boule ! »
20:38« Arrête, oui ! »
20:38« Merde, là, c'est bon, là,
20:40ça suffit, ça va, là. »
20:43« Il y a des jeunes
20:44qui s'expriment en brûlant.
20:45Bon, c'est pas moi,
20:47forcément ma méthode,
20:48mais je comprends.
20:48Je comprends.
20:50Mais il faut qu'il y ait aussi
20:51un moyen d'expression autre
20:53et qu'on exprime
20:54nos revendications.
20:56Pour rejoindre Paris,
20:58le cortège doit aller
20:59à la gare.
21:01Des policiers sont postés
21:03sur le trajet.
21:05« Les élèves passent derrière ! »
21:06Les profs,
21:07accompagnés de syndicalistes
21:09cheminots,
21:10tentent d'encadrer
21:11la marche à venir.
21:12« Là, on va en manif.
21:14On veut être nombreux.
21:15Si vous faites tous arrêter
21:16avant la manif, c'est mort.
21:17OK ?
21:18On est d'accord ?
21:20Là, il faut qu'on arrive
21:21à Paris.
21:22OK ?
21:23Mais là, pas de mortier.
21:24Sinon, on n'arrivera pas
21:25à Paris. »
21:27Le cortège démarre enfin.
21:33Mais les tirs de mortier
21:34tant redoutés
21:35vont éclater.
21:37Marisa,
21:38la documentaliste,
21:39prend les choses en main.
21:55Bon an, mal an,
21:56le cortège parvient
21:58jusqu'à la gare
21:58d'Épinay-sur-Seine.
22:01Nassim et Nawel
22:02sont de l'expédition
22:05direction gare du Nord.
22:07Pour eux,
22:08aller de la Seine-Saint-Denis
22:09à Paris est symbolique.
22:12Ces jeunes
22:12ont le sentiment
22:13d'être des oubliés
22:14de la République.
22:16On est un peu reculés
22:18par rapport
22:19à la capitale.
22:21Et des fois,
22:22on se sent un peu rejetés
22:23de tout ce qui se passe
22:23à Paris.
22:24Et le fait d'aller
22:24ensemble à Paris
22:26pour parler des situations
22:27qui nous touchent,
22:27nous, au 93,
22:28et ailleurs,
22:29dans les autres lycées,
22:30c'est très symbolique
22:31et c'est beau,
22:32je le trouve.
22:34Et politique,
22:35à Paris,
22:36c'est bien
22:37parce que c'est là
22:37où il y a le lieu
22:38de pouvoir,
22:38où ils concentrent le pouvoir.
22:40Donc ça permet
22:41de revancher nos droits
22:42plus facilement.
22:44Enfin,
22:45ils arrivent à Paris
22:46et retrouvent
22:47leurs camarades
22:48de lutte.
22:53Un cortège massif
22:55s'élance
22:56pour une marge
22:56de 5 km
22:58jusqu'à la place
22:59de la nation.
23:03Nassim et Nawel
23:03sont calés
23:04dans la foule.
23:06Leurs profs
23:07ne sont jamais loin.
23:10C'est aussi
23:11à nous
23:11de vous accompagner
23:13là-dedans,
23:13même si on les laisse
23:14aussi faire.
23:14C'est cool, quoi.
23:16Il y a aussi
23:17des parents,
23:18il y a des étudiants,
23:18etc.
23:19C'est trop beau
23:19de voir que tout le monde
23:20se rassemble pas.
23:24Les slogans
23:24des lycéens
23:26dépassent largement
23:26le cadre scolaire.
23:29L'extrême-droite
23:30et la police
23:30sont de tous
23:32les refrains.
23:36L'ambiance
23:37se tend
23:38et les gaz
23:39lacrymogènes
23:39sont utilisés.
23:59La foule se retrouve
24:01bloquée
24:01par les forces
24:02de l'ordre.
24:04Nassim et Nawel
24:05préfèrent quitter
24:06les lieux
24:07avant que les violences
24:08n'éclatent.
24:14Maintenant qu'on a manifesté,
24:16on espère que le gouvernement
24:17va entendre notre voix
24:17et qu'il va faire
24:19des actions concrètes
24:20et pas que des promesses.
24:23Justement,
24:23le gouvernement,
24:24ils disent
24:25oui,
24:25on va faire ça,
24:26on va faire ci.
24:27Sauf qu'à la fin,
24:28on se retrouve avec rien
24:29que des promesses
24:29dans le vide.
24:35à Toulouse,
24:37ce sont 200 000 voix
24:38qui veulent faire
24:39entendre leur slogan.
24:44Au son du refrain
24:45des Gilets jaunes,
24:48à quelques jours
24:49du 8e anniversaire
24:50du début du mouvement,
24:52la fronte lycéenne
24:53pourrait bien prendre
24:54de l'ampleur.
24:57Charlie est de la partie,
24:59évidemment.
25:05Concrètement,
25:06est-ce que vous,
25:07les lycéens,
25:08vous n'avez pas peur
25:08d'être récupérés ?
25:09Parce que là,
25:09ça y est,
25:10il y a des syndicats,
25:11il y a peut-être
25:11des partis politiques.
25:13Oui,
25:14après,
25:14on a un cortège
25:15qui est lycéen,
25:16mais après,
25:17à un moment ou un autre,
25:18il fallait que les luttes
25:19convergent
25:19et qu'on se retrouve
25:20avec plein d'autres personnes.
25:21C'est normal
25:21après que les travailleurs,
25:23les profs,
25:24les différents syndicats
25:26nous rejoignent,
25:26même s'ils vont faire attention
25:27à reconnaître
25:29que ça,
25:29c'est un combat
25:30pour l'éducation.
25:33Si le slogan préféré
25:34d'Aïnoa
25:35est celui-ci,
25:37finalement,
25:38la jeune lycéenne
25:39nous laissera
25:40avec un dernier message
25:41plutôt touchant
25:43envers d'autres fonctionnaires
25:44de l'État.
25:49Pour les profs,
25:49les profs,
25:50ça reste des humains,
25:51ils ne sont pas
25:51assez bien payés,
25:53alors que,
25:54ils ont des têtes
25:56de cons
25:5624 heures sur 24
25:57à devoir leur faire apprendre
26:00les cours qu'ils ont,
26:01même si,
26:02parfois,
26:02même eux,
26:03ils n'aiment pas le cours.
26:04Pour moi,
26:05ils se sacrifient pour nous
26:06pour que nous,
26:06on ait après
26:07une meilleure vie.
26:09Du coup,
26:09moi,
26:10j'aime bien les profs.
26:11Il y en a,
26:12je ne m'entends pas avec eux,
26:12mais j'aime bien.
26:14Voilà.
26:17le mouvement lycéen
26:18cristallise peut-être
26:20le malaise
26:20de toute une génération
26:21qui perd confiance
26:23en l'avenir
26:24et qui compte bien
26:26se faire entendre.
26:27l'ipote,
26:28on n'aie
26:30de toute une génération
26:31qui perdient,
26:32on y a
26:32de toute une génération
26:35qui perdient
26:35on n'aie
26:36quelles de la génération

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