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  • il y a 6 jours
Elle n'ira pas passer ses vacances sur le yacht de Vincent Bolloré. Sophie Taillé-Polian se bat contre la mainmise des milliardaires sur les médias. Ancienne socialiste, elle a rejoint le parti Génération.s et siège au groupe Ecologistes à l'Assemblée.

Pourquoi s'engage-t-on en politique ? Comment tombe-t-on dans le grand chaudron de l'Assemblée ?
Clément Méric, dans un entretien en tête à tête de 13 minutes, interroge un parlementaire sur les personnalités, les évènements - historiques ou personnels - qui l'ont conduit à choisir la vie publique.
Car on ne naît pas politique, on le devient !

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Transcription
00:00Elle n'ira pas passer ses vacances sur le yacht de Vincent Bolloré.
00:03Mon invité se bat contre la mainmise des milliardaires sur les médias.
00:07Ancienne socialiste, elle a rejoint le parti Génération
00:10et elle siège au sein du groupe Les Écologistes à l'Assemblée.
00:28Bonjour Sophie Taillet-Pollian.
00:29Bonjour Clément-Méric.
00:30Vous faites partie de ces députés qu'on identifie assez facilement à leur combat politique.
00:35En l'occurrence, le vôtre, c'est la défense du pluralisme de l'information
00:38et la lutte contre la concentration des médias entre les mains de quelques milliardaires.
00:43Nous ne pouvons rester immobiles face à la concentration croissante des entreprises médiatiques
00:48et à ses effets constatés sur le pluralisme.
00:52Je le dis à tous les tenants de l'international réactionnaire.
00:57Le problème du paysage audiovisuel français, ce n'est pas le service public.
01:04Le problème du paysage audiovisuel français, ce sont vos amis milliardaires
01:11qui mènent une stratégie bien ordonnée pour instiller et faire grandir dans l'opinion publique française
01:17des valeurs anti-républicaines.
01:20Alors cette prise de parole, c'était au mois de février 2026,
01:23le jour où vous défendiez votre proposition de loi
01:25contre la constitution de monopoles économiques dans les médias d'information.
01:29Vous visez Vincent Bolloré, vous vous êtes battu contre le renouvellement
01:34des licences, des fréquences de TNT, de C8 et de CNews.
01:38Mais un milliardaire de gauche qui mettrait la main sur des journaux, des radios, des télévisions
01:42et qui en ferait des médias d'opinion, est-ce que cela vous mobiliserait tout autant ?
01:46C'est même tarif pour tout le monde.
01:48Pour moi, c'est une question de principe.
01:49Et le fait d'éviter une trop grande concentration dans les médias,
01:54c'est un principe qui est fondamental pour la démocratie.
01:57Donc bien évidemment, on a la droite, l'extrême droite qui ont mené une stratégie d'obstruction
02:04et empêché le texte d'être adopté.
02:07Son article 1, là quand même, était, me disait
02:10« Ah mais vous feriez la... »
02:11Non, ce n'est pas vrai, je ne fais aucune différence.
02:13Et justement, le texte qu'on proposait, il visait à mettre en place une procédure
02:16pour éviter tout type de concentration.
02:19Ce ne sont pas les bons et les méchants.
02:21Il y a la question de la concentration, puis il y a la question du pluralisme.
02:24Par exemple, Radio Nova, qui est détenue par Mathieu Pigasse,
02:28est-ce que cette radio respecte le pluralisme pour vous ?
02:30Alors, il n'y a pas les mêmes obligations entre la télévision et la radio.
02:36Il y a toujours eu des radios d'opinion, je peux vous en citer.
02:39Vous avez toujours eu Radio Courtoisie,
02:42vous avez toujours eu des radios plus marquées à gauche,
02:45ou souvent d'ailleurs des radios juste musicales, etc.
02:47C'est vraiment spécifique à la TNT.
02:50Et c'est la raison pour laquelle je me bagarre.
02:54pour faire en sorte que ces news, notamment, respectent ce pluralisme interne,
02:58c'est-à-dire que toutes les opinions y soient représentées,
03:00toutes les opinions qui rentrent dans le cadre légal,
03:03pas le racisme qui n'est pas une opinion et qui est un délit.
03:06Mais c'est vraiment spécifique à la TNT.
03:08C'est ça que les gens, souvent, ne savent pas.
03:11Alors, il y a les médias, mais il y a aussi les réseaux sociaux
03:13qui peuvent être une forme de médias.
03:15Vous luttez contre les milliardaires qui achètent des médias.
03:17Et en même temps, j'ai vu que vous continuez à poster des messages
03:19sur le réseau social X détenu par Elon Musk.
03:23Est-ce que ce n'est pas un peu contradictoire ?
03:25Écoutez, on peut choisir, effectivement, de boycotter.
03:31Personnellement, je boycotte ces news.
03:32Donc, effectivement, c'est une question que je me suis posée.
03:37Mais dans la mesure où les postes que je fais ne sont pas trafiqués
03:42et où je peux, par ce média, toucher quand même un certain nombre de gens
03:46et que ma parole soit la mienne, que je la maîtrise,
03:51même si je sais bien que les algorithmes sont trafiqués
03:54à l'aune de l'orientation d'Elon Musk, même si, même si, même si, je continue.
03:58Est-ce que ce combat que vous menez pour le pluralisme,
04:01contre la concentration des médias entre les mains de quelques milliardaires,
04:04a pu vous valoir des représailles sous une forme ou une autre ?
04:08Beaucoup de messages haineux, ça, c'est sûr.
04:10Après, j'ai une certaine chance, par rapport à tout un tas d'autres militants,
04:15c'est qu'en tant que députée, j'ai une équipe.
04:18Je dis souvent, on est une bonne députée,
04:21parce qu'en réalité, le travail des députés, c'est un travail collectif avec une équipe.
04:25Et le rôle de votre équipe, c'est de faire un peu tampon avec tout ça ?
04:27Ah oui, c'est eux qui regardent mes réseaux sociaux.
04:29Et vraiment, quand il y a des choses, ils m'avertissent et on voit ce qu'on fait.
04:32Mais c'est comme ça que je me protège,
04:34parce que sinon, bon, les insultes pleuvent, évidemment.
04:38Malheureusement, je ne peux que regretter que les réseaux sociaux
04:42ne soient pas régis par les mêmes lois que dans la rue.
04:46C'est un espace public, on ne devrait pas pouvoir y faire n'importe quoi.
04:49Il y a autre chose qui ressort sur vous,
04:51dans les portraits qui ont été faits de vous dans la presse.
04:54C'est un côté médiatrice, conciliatrice.
04:58En 2022, le groupe écologiste vous avait d'ailleurs chargé des relations
05:01avec le reste de la NUP.
05:03Est-ce que parler de deux gauches irréconciliables, ça vous agace ?
05:07Ou est-ce que ça correspond à une certaine réalité pour vous ?
05:10Malheureusement, c'est une réalité qui est construite.
05:14Elle est construite d'une part par la droite,
05:17parce que la droite, c'est bien que si la gauche est désunie,
05:20elle a toute l'attitude de gagner, droite et extrême droite.
05:23Et puis elle est construite aussi à gauche par certains qui veulent être hégémoniques.
05:28Mais la gauche, aujourd'hui, telle qu'elle est construite,
05:33l'hégémonie conduite à l'échec, ou la tentative d'hégémonie conduite à l'échec.
05:37Donc oui, j'aimerais bien qu'on se parle de manière un peu plus tranquille
05:42et un peu moins par médias interposés.
05:44Et malheureusement, aujourd'hui, ce n'est pas le cas.
05:46Mais alors, si on veut parler des petites phrases qui font du mal à gauche,
05:52moi, je me suis penché sur votre compte Twitter.
05:55Vous êtes aujourd'hui la porte-parole de François Ruffin,
05:57dans la perspective de la présidentielle.
05:59Alors, je suis tombé sur ce message qui visait Raphaël Glucksmann.
06:04Jamais François Ruffin ne s'est assis au premier rang des meetings de Nicolas Sarkozy.
06:07Jamais il n'a milité à alternative libérale.
06:09Jamais il n'a conseillé un dictateur géorgien.
06:13Vous n'êtes plus très médiatrice, conciliatrice ou très d'union de la gauche,
06:16quand vous faites ça.
06:18Mais en fait, quand Raphaël Glucksmann refuse que la primaire socialiste soit ouverte,
06:25d'abord ouverte à plusieurs candidats qui représentent plusieurs familles de la gauche,
06:31et ouverte aux gens aussi, par un scrutin censitaire où il faut mettre 15 euros,
06:37oui, ça m'énerve parce que...
06:39On sort du terrain des idées, on arrive sur des attaques plus personnelles.
06:43Parce que je vois que tout cela nous conduit.
06:48Et là, si le train continue sur ses rails, c'est Marine Le Pen à l'Elysée.
06:54Après, c'est des attaques sur les actions réalisées.
06:59Ce n'est pas des attaques personnelles au sens où j'attaquerais sa personnalité, sa vie, etc.
07:04Mais c'est un bilan.
07:06Non, vous savez, il faut juger les gens non pas sur les paroles, mais sur les actes.
07:10C'est ce qui me semble le plus essentiel.
07:11Les paroles sont importantes, mais si elles ne sont pas en cohérence avec les actes,
07:15alors là, il y a un problème.
07:16On va remonter un peu aux sources de votre engagement.
07:18Comment ça s'est fait ?
07:19À quel moment vous vous êtes dit, il faut que je me lance, il faut que j'y aille ?
07:24En fait, moi, je ne me suis jamais dit, il faut que je me lance, il faut que j'y
07:26aille.
07:28J'ai toujours été très, très débatteuse, un peu peut-être d'ailleurs ennuyeuse pour mes copines dès l'école.
07:36Et après, je suis arrivée à la fac et j'ai adhéré à l'UNEF-ID, à un syndicat étudiant.
07:42Et puis, je suis restée au fond, je suis une fille hyper timide au départ.
07:46Donc, être un député, pour moi, c'est quand même un peu une violence qui s'exale.
07:50Et puis, petit à petit, j'ai fait des choses, de plus en plus de choses, mais je ne me
07:54suis jamais dit...
07:54Ça ne s'est pas fait par un environnement familial, les parents...
07:56Ah non, du tout, il n'y a personne qui milite chez moi, vraiment, du tout.
07:58Un arrière-grand-père instituteur laïque, peut-être, qui me donne foi dans la République.
08:04Mais sinon, non, pas du tout.
08:06Alors, vous avez d'abord milité au PS, après l'UNEF-ID.
08:10C'est sous les couleurs du PS que vous avez été élue adjointe au maire de vie de juif en
08:142008,
08:14conseillère régionale puis sénatrice en 2016.
08:17Et puis, en 2018, vous avez quitté le PS. Pourquoi ?
08:20Parce qu'au lendemain du Congrès, qui avait suivi ce désastreux quinquennat de François Hollande,
08:26j'ai trouvé qu'en fait, les leçons n'étaient pas tirées.
08:29Et que, finalement, vous savez, il y a une forme de maladie qui consiste à considérer
08:34que l'union au sein d'un parti est plus importante que le message politique ou l'orientation politique.
08:40Donc, ça devient le plus petit dénominateur commun.
08:42Vous disiez, je suis une femme de conciliation. C'est vrai.
08:45Mais je trouve aussi qu'il ne faut pas que se mettre d'accord,
08:50que ce soit équivalent à mettre les problèmes sous le tapis.
08:53Vous êtes donc une ancienne socialiste, aujourd'hui membre de Génération.
08:56C'est le parti qui a été créé par Benoît Hamon.
08:58Oui.
08:59Mais vous siégez au sein du groupe des écologistes.
09:01Avec les autres collègues de Génération.
09:03Et vous soutenez François Ruffin, qui, lui, est à la tête du parti Debout.
09:07Est-ce que tout cela est vraiment lisible pour les électeurs ?
09:10Est-ce qu'il ne faudrait pas simplifier l'offre politique à gauche ?
09:12Ah, mais c'est totalement illisible. Je veux dire, il y a un truc évident.
09:15C'est que tous ces petits partis, dont personne ne connaît le nom, sont absolument...
09:21Enfin, on est hors sujet, là, collectivement.
09:23Et je ne jette la pierre à personne.
09:25Mais qu'est-ce qui vous empêche d'adhérer aux écologistes ou à LFI ?
09:28Je ne sais pas.
09:29Il y a un moment donné où il faut, évidemment, qu'on se rassemble avec des partis puissants.
09:34Alors pourquoi vous n'adhérez pas aux écologistes ou à LFI ?
09:36Vous savez, à LFI, il n'y a pas de démocratie interne.
09:39Et alors ça, moi, je ne peux pas fonctionner comme ça.
09:43Je ne peux pas accepter un cadre comme celui-là,
09:46où finalement, on vote pour ou contre un texte.
09:48Enfin, voilà, donc ça n'est pas envisageable pour moi.
09:53Et puis, c'est une orientation aussi avec laquelle je suis en désaccord
09:57parce que je considère qu'elle nous mène dans le mur.
10:00Non, moi, je voudrais un rassemblement de petits partis
10:05qui, et les écologistes ne sont pas très nombreux,
10:06ce n'est pas un gros parti, comme on disait dans le temps,
10:10dans l'histoire de la gauche, un parti de masse.
10:13C'est-à-dire, à la fois, qui allient un nombre important
10:17d'adhérents et d'adhérentes, qui permettent leur formation,
10:21qui permettent un débat, finalement, en prise avec la société,
10:24parce que le nombre, et qui permettent un débat démocratique interne,
10:28comme ça, on règle nos problèmes entre nous,
10:31et après, boum, on avance, unis dans l'élection.
10:33C'est ça que je voudrais, moi.
10:35Donc, un petit parti plutôt qu'un autre,
10:37bon, finalement, tout ça n'est pas à la hauteur du moment.
10:39Vous êtes passée, donc, d'un parti à l'autre,
10:41mais aussi d'une chambre à l'autre.
10:42Vous avez été sénatrice et ensuite députée.
10:45Est-ce que c'est un choix délibéré, de votre part ?
10:47En fait, j'avais envie d'être en proximité avec les gens.
10:53Et le Sénat ne le permet pas ?
10:54Et le Sénat, vous êtes élue par des grands électeurs.
10:57Pour le coup, dans mon département, le Val-de-Marne,
11:0047 maires et conseillers municipaux.
11:03Et, finalement, vous êtes les représentants de représentants,
11:07donc il n'y a pas de lien direct.
11:08Et c'est vrai que le travail de député,
11:10il est aussi vraiment très important et intéressant
11:14parce que vous êtes parmi les interlocuteurs des administrés
11:19pour essayer de résoudre leurs problèmes, etc.
11:21Moi, j'ai une personne dans mon équipe
11:23qui est à plein temps là-dessus,
11:26sollicitée pour un problème avec la CAF,
11:28un problème avec la préfecture,
11:30un problème des classes...
11:31On a besoin d'être en lien avec vos électeurs.
11:33On est très en lien.
11:34Et donc, ce qui fait qu'on a une vision du terrain
11:36qui est, à mon avis, très passionnante et utile.
11:39On arrive à la fin de l'émission.
11:40C'est donc l'heure du quiz de La Politique et moi
11:43avec des phrases que vous allez devoir compléter.
11:46De Georges Marchais, je retiens...
11:49J'explique juste que vous êtes élue
11:51dans l'ancienne circonscription de Georges Marchais.
11:54Et de Marie-Claude Vaillant-Couturier aussi.
11:57C'est qui est très honorable
11:59et dont je tire grande fierté.
12:03Le bilan globalement positif
12:05qui me semble problématique
12:08puisque Georges Marchais s'exprimait
12:10sur le bilan de l'URSS.
12:12Si on m'invite sur le plateau de CNews,
12:14alors vous avez déjà répondu à cette phrase,
12:16mais donc vous boycottez CNews
12:18tout en plaidant pour le pluralisme
12:21sur l'antenne de CNews ?
12:22Moi, je leur dis garantissez
12:24la maîtrise de l'antenne,
12:26c'est-à-dire notamment que les invités
12:28puissent finir une phrase.
12:30C'est juste ça, en finir une
12:32et être respectés dans leurs opinions.
12:35Ce n'est pas du tout le cas à CNews.
12:37Il y a plein de moments
12:39où des personnes de gauche sont venues
12:41et ont vraiment été attaquées de toutes parts
12:44sans pouvoir terminer leur argumentation.
12:47Moi, sinon, il n'y a aucun problème.
12:49J'aime le débat
12:50et je veux confronter mon point de vue
12:53à toutes ces et ceux qui le souhaitent.
12:56Mais voilà, il y a des limites.
12:58Enfin, quand je chante dans ma cave ?
13:00Je chante.
13:01Je chante fort.
13:02Et donc vous allez dans la cave ?
13:04Donc je vais...
13:05J'ai un sous-sol...
13:07Dédier ?
13:08C'est votre famille qui...
13:09Bien sûr que non, pas dédié.
13:10Mais ce serait mieux au sous-sol.
13:12Mais oui, vous savez,
13:13quand vous chantez de l'opéra,
13:16si vous chantez pas fort,
13:19ça marche pas.
13:20Donc il faut vraiment mettre du truc.
13:21Mais justement,
13:23c'est quasiment un sport, en fait.
13:26Ce chant-là,
13:27il faut y aller à fond,
13:28sinon ça sert à rien.
13:29Merci beaucoup, Sophie Taillé-Pollian,
13:31d'être venue dans La Politique et moi.
13:32Merci.
13:34Sous-titrage Société Radio-Canada

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