00:00Tous, 5h, 7h, Europe 1 bonjour, et très bon début de matinée, Europe 1, il est 5h42, votre invité, Alexis
00:07de la Fléchère, c'est le général Bertrand Cavalier, général de la gendarmerie, expert en sécurité et en maintien de
00:13l'ordre.
00:13Bonjour mon général.
00:14Bonjour.
00:15Plus de 800 policiers et gendarmes blessés depuis le début de la mobilisation lycéenne, plus de 50 sur la seule
00:23journée, je le précise, de mardi, c'était l'acte 5 de la mobilisation,
00:2711 policiers blessés, ça devrait peut-être redescendre d'un cran, il y a les vacances de la Toussaint qui
00:33vont débuter demain soir,
00:34mais il y a aussi, on l'a tous en tête, cette manifestation samedi contre la vie chère et la
00:39hausse des carburants.
00:41Général, le bilan est quand même extrêmement lourd, ça fait un mois que ça dure, un peu plus, presque un
00:46mois que ça dure,
00:48quelle est pour vous l'image peut-être la plus choquante, qu'est-ce qui vous a le plus marqué
00:51depuis le début de cette mobilisation lycéenne ?
00:54Ce qui marque le plus, c'est quand même la généralisation de violences de haute intensité,
00:59avec notamment une hybridation, c'est quand même très nouveau, entre les modes d'action traditionnels,
01:04d'où vous rencontrez cette terre lycéens étudiants, et puis maintenant les violences dites urbaines,
01:09au travers notamment de la généralisation de l'usage, de l'utilisation d'arbres par destination,
01:14que sont les mortiers, ces engins, ces anneaux pérotechniques.
01:19Ça c'est quand même très significatif.
01:21On a des lycéens mobilisés, certains, alors c'est vrai, dressent des barricades, bloquent leur établissement,
01:27ils sont parfois masqués, ils insultent, ils provoquent.
01:31D'autres aussi se laissent entraîner par le mouvement de foule, on les voit filmer, ricaner, extrêmement excités.
01:36Et puis il y a les black blocs également, qui sont là pour le coup beaucoup plus organisés,
01:42extrêmement violents, équipés.
01:44Comment vous faites aussi, mon général, pour faire la part des choses, entre tous ces profils qui sont assez différents
01:50?
01:51Alors c'est vrai qu'une situation que rencontre les forces de l'ordre, qui est quand même complexe,
01:56puisqu'il faut discriminer, il faut aussi agir selon des principes de strict gradation, de strict proportionnalité,
02:02face à des populations composées à la fois de lycéens, d'étudiants, mais également d'activistes,
02:08voire de délinquants d'opportunités.
02:11Donc ça, ça demande quand même une très grande maîtrise.
02:13Et puis quand même dans un contexte de grande violence.
02:17Parce que là, vous avez affaire notamment à des groupes qui vont à l'assaut, qui vont à la confrontation.
02:23Alors il y a eu quand même, il faut quand même bien comprendre que depuis bientôt un mois,
02:28il y a eu des centaines d'interventions des gendarmes, des policiers,
02:31qui ont dû d'ailleurs souvent se disperser parce qu'ils doivent intervenir parfois sur des blocages,
02:37avec des gens qui sont très déterminés, qui veulent incendier, piller.
02:40Ils doivent également encadrer des cortèges.
02:42Et donc il y a une dispersion des forces qui fait que très souvent,
02:46les éléments des forces de l'ordre se retrouvent dans une sorte de rapport d'infiorité
02:49par rapport à des manifestations, des manifestants souvent violents.
02:55Tout ça rend la manœuvre quand même très complète.
02:59Alors et justement, malgré cette mobilisation des forces de l'ordre,
03:03on a vu, mon général, des lycées incendiés, des commerces saccagés,
03:07des voitures brûlées, des chefs d'établissements agressés.
03:11Il faut bien reconnaître que certains casseurs parviennent donc à leur fin.
03:15Mais on ne peut pas non plus placer un cordon de CRS ou des gendarmes,
03:21qui sont, je le rappelle, des militaires devant chaque lycée.
03:23Est-ce que les forces de l'ordre manquent aujourd'hui de moyens
03:26pour empêcher ces destructions qui font mal au cœur, il faut le dire ?
03:30Les forces de l'ordre ont des moyens, alors ça pose quand même la question
03:33des armes de force intermédiaire, parce que depuis des années,
03:36on a cessé de la enlever, ces moyens qui permettaient notamment
03:40de maintenir à distance les adversaires dangereux.
03:42Mais quand on va à cette situation-là, il faut quand même se poser les vraies questions.
03:46C'est-à-dire que vous avez une idéologie violente,
03:50vous avez une idéologie de confrontation,
03:53une idéologie qui stigmatise les forces de l'ordre,
03:56qui se répand dans une partie des diversités, des lycées.
04:00Il y a une forme d'action psychologique,
04:02structurée notamment, moi je dis les choses,
04:04par certaines voies politiques d'ultra-gauche.
04:08Et là, je crois qu'on franchit des nouveaux seuils,
04:13si vous voulez, dans la radicalisation des comportements dans ce pays.
04:17Tant de proviseurs d'hier repris, des membres des corps enseignants,
04:21là on est dans une nouvelle étape,
04:24dans une sorte d'évolution assez préoccupante de notre société.
04:29Alors vous parlez, mon général, de l'ultra-gauche,
04:31peut-être aussi, sans vraiment le dire, de la France insoumise.
04:34Je voulais d'ailleurs vous faire réagir ce matin sur Europe 1,
04:38sur ce reportage qui a été diffusé sur France 3,
04:41où l'on voit des conseils donnés aux lycéens
04:43pour se protéger des gaz lacrymogènes.
04:45Il y a aussi le syndicat de la magistrature,
04:47qui a publié des guides pratiques à destination des manifestants interpellés.
04:52Quand on est policier ou quand on est gendarme,
04:55qu'on vient de passer des heures sur le terrain
04:57à se faire cracher dessus, à se faire insulter,
05:02on doit se sentir quand même, d'une certaine manière, un peu trahi.
05:06Écoutez, ce reportage de France 3 que j'ai pu visionner
05:09est totalement inacceptable.
05:10C'est un service public qui a quasiment un appel
05:13à la confrontation avec les forces de l'ordre
05:15en donnant ce type de conseil.
05:18C'est totalement inacceptable.
05:19C'est inimaginable.
05:20Je crois que là aussi, le gouvernement devrait réagir
05:23et ceux qui ont tourné cela et accepté de le diffuser
05:26devraient être licenciés et virés du service public.
05:29C'est une honte.
05:31Maintenant, en s'agissant du syndicat de la magistrature,
05:34qui est un syndicat dont on connaît l'ADN idéologique,
05:39qui notamment a, on peut dire,
05:42a péstabilisé la justice française dans les années 80,
05:45là également, ce sont des déclarations
05:48qui ne sont pas acceptables.
05:49Et moi, je me pose une autre question.
05:51C'est comment un gendarme et un policier
05:54qui seraient donc mis en examen
05:57parce que si c'était d'un usage non cadré de la force
06:01de se retrouver devant ce magistrat,
06:02se pose un problème aujourd'hui
06:04vraiment de l'indépendance attendue
06:06de l'impartialité des magistrats.
06:08Il y a aujourd'hui des magistrats
06:10dont je pense qu'ils ne sont plus impartiaux,
06:13qui fragilisent encore l'effort de l'ordre.
06:16Il y a maintenant une défiance.
06:17Et c'est déjà que le contexte opérationnel
06:19est très lourd, très dur,
06:21sans compter toute cette propagande,
06:23ces slogans diffusés par l'ultra-gauche,
06:25par également LFI,
06:27mais également ce ressenti
06:30qu'il y a une partie de l'administration
06:31qui est hostile.
06:32Ça, c'est quand même très préoccupant.
06:34Et pourtant, pour l'instant,
06:36le gouvernement n'a pas du tout réagi
06:38à ce dont on vient de parler à l'instant.
06:41En revanche,
06:41Laurent Nunez, le ministre de l'Intérieur,
06:44sur le désarmement de la police,
06:48a fait quand même un pas,
06:48parce qu'après le drame de Lens,
06:50où un adolescent de 15 ans a perdu une main,
06:53le ministre de l'Intérieur a suspendu
06:54l'utilisation d'un type de grenade assourdissante
06:57dans le cadre donc de ce mouvement lycéen.
06:59C'est évidemment une blessure dramatique.
07:02L'enquête doit encore déterminer précisément
07:04si la grenade étourdissante a été utilisée
07:06dans les règles.
07:07Mais ces grenades étourdissantes,
07:09face à un mouvement de foule,
07:11et vous allez nous l'expliquer, mon général,
07:12avec des lycéens extrêmement remontés
07:16et une foule très compacte,
07:20elles sont primordiales
07:22pour faire reculer ces groupes
07:25très nombreux et très violents.
07:27Écoutez, on l'a vu à Sainte-Souline,
07:29lorsque des colonnes d'assaut de l'ultra-gauche
07:32sont allées au contact,
07:33ce soit extrêmement violente,
07:35avec les unités de Jean-Henri Mobile,
07:36qui avaient du mal,
07:37qui n'avaient pas ailleurs les moyens,
07:39les grenades, les dotations
07:41pour maintenir à distance ces émeutiers.
07:43C'est un vrai sujet.
07:44C'est un sujet, alors, bien entendu,
07:46je le redis plus que jamais,
07:47l'emploi des armes de force intermédiaire
07:49doit se faire dans un cadre juridique
07:51très précis, fondé sur l'incidentité,
07:54de proportionnalité,
07:55avec toujours du discernement,
07:56Mais l'enquête le dira à Lens,
07:59de toute façon, ça suit son cours.
08:01L'enquête le dira,
08:02mais observons quand même
08:03la montée en gamme
08:04de l'armement des armes
08:05par destination
08:06dont 10 posent
08:07chez les opposants,
08:08chez les activistes.
08:10Maintenant, vous avez
08:10une généralisation de mortiers
08:12de dernière génération,
08:14qui cause des traumatismes sonores
08:16très graves,
08:17des 70 décibels,
08:18des traumatismes,
08:19des dommages corporels
08:20qui peuvent brûler.
08:21Donc,
08:22toutes ces grenades
08:24ont pour objectif,
08:25toutes ces dotations,
08:27de permettre
08:27aux gendarmes et policiers
08:29de se défendre,
08:30de se protéger.
08:31Il faut qu'on soit
08:32sur une véritable inversion
08:34des choses
08:34depuis des années.
08:36Merci, Général Bertrand Cavalier
08:38d'avoir été avec nous
08:39ce matin sur Europe 1.
08:40Merci à vous.
08:40Merci à vous.