00:00Aujourd'hui, les sirènes hurlent tellement en permanence que les gens ne vont plus aux abris.
00:05Donc la seule solution dans cette ville-là, c'est de s'enfouir, la délocaliser 7 mètres sous terre.
00:11Alors je suis Manon Kérouille-Brunel, grande reporter à Paris Match.
00:14Je rentre d'Ukraine avec le photographe Alvaro Okanovas.
00:18On est parti suivre le quotidien de 4 maires, 4 élus.
00:22Ces maires, notamment celui de Mikolaïev, avaient cette formule qui résume assez bien ce grand écart permanent.
00:27On a beau avoir la moitié de nos bus qui ont été détruits par les bombardements ou mobilisés pour être
00:32envoyés au front,
00:32nos petits vieux, ils veulent que les bus arrivent à l'heure.
00:36Et donc mon travail à moi, c'est à la fois préserver les acquis du passé, réparer le présent et
00:42en plus préparer l'avenir.
00:43Puisqu'il disait assez justement, ça ne sert à rien que nos soldats combattent en première ligne
00:47si dans l'intervalle on n'a plus d'école et que nos enfants deviennent débiles.
00:51Elle, c'est Regina Karchenko, la mairesse de Zaporizhia, qui disait qu'il faut arrêter de romancer,
00:57la résilience supposée des Ukrainiens.
00:59Ils le sont, c'est évident.
01:01Mais elle rappelait et elle assumait le fait qu'aujourd'hui ils vivaient dans un état de terreur généralisé,
01:07que beaucoup s'y étaient résolus.
01:09Elle disait, j'ai conscience que ce qui fait que les familles ne partiront pas,
01:13c'est si on peut leur garantir un semblant de sécurité pour leurs enfants.
01:16Aujourd'hui, les collégiens, les lycéens, les écoliers à Zaporizhia étudient 7 mètres sous terre
01:23dans des pièces où il n'y a pas la lumière du jour, il n'y a plus de récréation,
01:27il n'y a plus de sport.
01:28C'est devenu trop dangereux.
01:29Boris Filatov, c'est le maire assez haut en couleur de Népraux, qui avait accepté de nous recevoir.
01:33Sauf qu'une heure avant, il y a eu une attaque de drone à réaction qui s'est écrasée à
01:3750 mètres de la mairie.
01:39Et on retrouve M. Filatov au pied de l'immeuble de bureau qui a été frappé à la place de
01:44sa mairie
01:45et qui était en train de grommeler en disant, c'est con, ils se sont trompés de quelques degrés.
01:49On sait qu'on est les cibles, mais il refuse de déserter, comme il dit,
01:53parce qu'on ne gère pas une ville aussi grande à coup de réunion Zoom.
01:57Le maire de Mikolaïev lui expliquait que les journées ne sont jamais assez longues,
02:01finalement, pour protéger 500 000 habitants de l'hiver qui arrivent,
02:06en même temps de gérer au quotidien les alertes, les bombardements.
02:11Il y a une paupérisation de la population ukrainienne.
02:13Puisque les Russes aussi visent beaucoup les usines, les entreprises,
02:17le cœur économique et industriel de l'Ukraine,
02:19il y a beaucoup, beaucoup de gens qui ont perdu leur emploi
02:22et qui aujourd'hui dépendent des services sociaux,
02:25de la distribution de nourriture gratuite, beaucoup plus qu'avant-guerre.
02:30Moi, je me rends en Ukraine depuis le tout début de la guerre.
02:33Je trouve que la situation a dramatiquement changé.
02:36Je suis personnellement assez inquiète pour la population ukrainienne à l'approche de l'hiver.
02:40Ce manque de missiles anti-aériens, c'est quelque chose qui va peser beaucoup sur la population notamment.
02:46Et on sait que là, l'hiver n'a pas commencé.
02:48Et que là, l'Ukraine se prépare à un des pires hivers depuis le début de l'invasion russe.
02:53Et que même la capitale Kiev est déjà plongée dans des blackouts.
02:57Sous-titrage Société Radio-Canada
02:59C'est parti.