00:00Alors Luc, vous êtes donc un grand fan de Johnny Hallyday.
00:03Comment vous pourriez me décrire l'amour que vous portez à cet artiste qu'on aime tant tous ?
00:08C'est un artiste que j'ai découvert à l'âge de 10 ans, c'est daté.
00:12La vidéo est datée le 7 mars 1974.
00:14Alors on va tout de suite la regarder cette image, ces images.
00:17En effet, c'est le jour où votre vie a basculé, votre vie artistique.
00:42Qu'est-ce que vous avez ressenti en ayant ces images ?
00:44Ça a été une révélation pour moi.
00:46Vous aviez 10 ans et est-ce que vous avez eu l'occasion de le rencontrer par la suite ?
00:50Déjà quand vous étiez enfant ?
00:52Oui absolument, parce qu'en 1976, je suis allé voir Sylvie Vartan.
00:56Mes parents aimaient Sylvie Vartan.
00:57Moi j'y suis allé dans l'espoir de voir Johnny, il n'était pas là.
01:00Par contre, j'avais une lettre pour lui.
01:02J'ai eu l'occasion, c'était au palais des congrès de Paris, d'entrer dans les coulisses.
01:05Ça a duré une trentaine de secondes.
01:06Comment vous avez eu cette occasion-là ?
01:08Je suis passé dans les coulisses.
01:09Ah, vous vous êtes faufilé quoi !
01:10J'avais 12 ans, à cette époque-là, on les s'est passé un an de 12 ans je pense.
01:13Oui, c'était plus simple.
01:15J'avais une lettre que j'ai remise entre les mains de Sylvie Vartan,
01:18qui l'a accueillie avec beaucoup de sympathie,
01:20et qui m'a dit quelque chose comme il la lira, je lui donnerai.
01:24Et quatre mois après, j'ai reçu une invitation à rencontrer Johnny dans un studio d'enregistrement.
01:30Incroyable, il l'a vraiment lu alors ?
01:31Tout à fait, il faut croire qu'il l'a lu.
01:33On était une dizaine de personnes, j'étais le seul enfant,
01:36donc je peux penser que c'est grâce à la lettre qu'il m'a invité.
01:38C'est génial !
01:40Et il est arrivé, j'étais pétrifié, je ne lui ai pas dit un mot,
01:43mais par contre j'étais en face de lui lorsqu'il a parlé à tout le monde,
01:46et il me faisait beaucoup de clins d'œil, il me caressait la tête.
01:49Vous étiez plus petit, c'est adorable !
01:51J'étais avec ma mère, je n'étais pas tout seul évidemment,
01:54et le grand souvenir que je retiens de lui, outre son humanité,
01:59c'est que j'ai réalisé qu'il faisait un métier ce jour-là,
02:02parce qu'il a parlé à ma mère, je l'ai entendu parler,
02:05et j'ai réalisé que c'était un métier.
02:07Jusque-là, pour moi, Johnny, c'était une divinité, il arrivait comme ça,
02:10je me demandais même s'il existait,
02:12et là ma mère lui pose des questions, quels sont vos projets,
02:14il répond, et là je comprends que c'est un métier passionnant,
02:16mais un métier quand même, un travail.
02:17Alors, vous avez quel âge aujourd'hui, Luc ?
02:20On ne le dit pas ?
02:2162.
02:2262, c'est-à-dire que depuis vos 12 ans,
02:26vous n'avez jamais cessé d'aimer cet artiste ?
02:28Ah non, jamais, jamais.
02:30Vous l'avez vu combien de fois sur scène ?
02:31Oh, à peu près une trentaine de fois.
02:33Oh là là !
02:33Ça paraît beaucoup, mais sur 57 ans de carrière,
02:36bon, je l'ai connu avec 4 ans de carrière,
02:37ce n'est pas tant que ça finalement.
02:39Vous en avez vu qu'ils l'ont vu des centaines de fois,
02:41mais à chaque fois, c'était un événement.
02:43Quel était le plus grand concert,
02:45le concert le plus spectaculaire, selon vous, de Johnny ?
02:48C'est quand il fête ses 50 ans au Parc des Princes en 1993
02:51et qu'il décide de traverser la foule.
02:54Tout le monde l'attend sur scène,
02:55il n'attend qu'à un hélico ou quoi que ce soit,
02:57et en fait, il traverse la foule.
02:58On a des images, je me souviens très bien de ces images.
03:00On n'avait jamais vu ça.
03:02Sur la vidéo, on voit le deuxième ou troisième jour,
03:05mais le premier jour,
03:06il n'y avait pas cette personne autour de lui,
03:08ça a dû mettre 30 minutes avant qu'il atteigne la scène.
03:11Et d'ailleurs, tout le monde avait peur pour sa sécurité,
03:13on se demandait s'il allait pouvoir faire le concert.
03:16Tellement était forte la ferveur autour de lui.
03:18Tout le monde voulait le toucher.
03:20Et c'est son entrée de scène la plus mémorable, je trouve.
03:22Alors, cette veste, comment elle est arrivée entre vos mains ?
03:25C'était une vente ?
03:26Tout de suite, j'ai flashé.
03:28Vous avez reconnu que vous l'aviez déjà vue sur Johnny ?
03:31C'est une pochette de disque de Hommage jolie Sarah.
03:34On le voit dans un film, j'ai tout donné,
03:36de François Hachenbach en 71.
03:38J'avais beaucoup, beaucoup d'images de cette veste
03:40et c'est quelque chose que je voulais par-dessus tout.
03:43Et la chance a voulu que je puisse me connecter,
03:46cliquer au bon moment et avoir cette veste.
03:48Donc, c'était un grand moment de bonheur, forcément.
03:50Et vous l'avez récupérée combien de temps après ?
03:53Alors, quelques temps après,
03:54mais il y a eu en fait une petite histoire,
03:56la grande histoire.
03:56La grande histoire, c'est celle de Johnny avec cette veste.
03:59Lorsque je suis allé dans l'hôtel des ventes,
04:02il s'avère que ce n'était pas la bonne veste.
04:04C'était une erreur.
04:05C'est-à-dire que c'était une copie ?
04:06Ce n'est pas une copie,
04:07c'était une chemise qui ressemblait à la veste,
04:10qui avait dû faire partie d'une série achetée par Johnny,
04:12mais ce n'était pas la veste.
04:14Donc, ça a été un psychodrame terrible
04:15parce que j'étais tellement persuadé de l'avoir,
04:17ce n'était pas la bonne veste.
04:19Il y avait deux solutions.
04:20Je suis remboursé, je repars, mais c'est terrible.
04:21J'ai cru l'avoir, je ne l'aurais jamais.
04:26Faitement, à retrouver à Cannes, à l'istra, j'en suis certain.
04:30Et quelques mois après, il m'a dit, je l'ai retrouvée.
04:32Il m'envoyait la photo, il avait retrouvé la veste.
04:34Et c'est pour ça, c'est une petite histoire dans la grande.
04:36Oui, ça se mérite.
04:38Là, c'est vraiment ça.
04:39On était contents, finalement, que ça se soit passé comme ça.
04:41Et vous me dites, je vis avec elle tous les jours.
04:43Vous la portez ?
04:43Non, alors, je n'ai porté qu'une seule fois
04:46parce qu'au-delà, ce serait un sacrilège, si vous voulez.
04:48Sérieusement ?
04:49Mais elle est où, alors, cette veste ?
04:50Elle est sur un portant comme ça ?
04:52Un portant, dans une arme,
04:53mais dans un apportement secondaire que nous avons.
04:55Et c'est quand on y va qu'on la voit.
04:57Mais pourquoi vous la mettez dans une armoire ?
04:59Mettez-la dans une vitrine ?
05:00Non, ce n'est pas un objet banal.
05:02De toute façon, on l'a hanté tout le temps.
05:04Mais c'est justement parce que cette veste n'est pas banale
05:06qu'on a envie de la voir exposée chez soi,
05:08comme là, on l'a fait.
05:09Comment elle a évolué, cette passion, avec le temps ?
05:11Elle s'est toujours enrichie, cette passion.
05:13Ça ne s'est jamais tarie.
05:15Encore aujourd'hui, vous avez des livres qui sortent sur Johnny,
05:18de gens qui l'ont connu de près.
05:19Bon, sa vie, on la connaît à peu près.
05:21On a des livres aujourd'hui qui sortent de gens
05:23qui l'ont vraiment connu de près,
05:24des gardes du corps, des attachés de près, des avocats.
05:26Et on apprend, l'homme qu'il était de plus en plus,
05:29ça confirme tout l'intérêt que j'ai eu pour lui.
05:32C'était un artiste hors normes, mais aussi un homme remarquable.
05:34Est-ce que votre femme est fan de Johnny ?
05:36Elle est devenue.
05:38Elle a eu le choix, surtout.
05:39Je pense que quand on a un conjoint qui est fan de Johnny,
05:42on ne peut pas ne pas aimer Johnny.
05:44Ce n'est pas possible.
05:45D'ailleurs, quand on est avec un fan de Johnny,
05:47il est dans la famille.
05:49Pas forcément dans le couple.
05:50Mais quand on est fan de Johnny, il fait partie de la famille.
05:52Oui, c'est ça.
05:53Johnny, on en parle quand même.
05:53D'ailleurs, on ne dit jamais de Johnny.
05:54On dit Johnny, on sait de qui il s'agit.
05:56Oui, c'est ça.
05:57C'est tonton de Johnny.
05:58Il fait partie de la famille.
05:59Moi, c'est peut-être un grand frère.
06:01Vous auriez pu partager l'avis de quelqu'un
06:03qui n'aimait pas trop de Johnny ?
06:04C'est impossible.
06:05Non, ce n'est pas possible.
06:06En même temps, quelqu'un qui n'aime pas Johnny,
06:08attention, je respecte tous les goûts,
06:10mais ça renseigne un peu sur la personne.
06:14C'est quelqu'un qui a un goût de bip, quoi.
06:16Sans la critiquer, elle peut aimer.
06:18Mais si elle n'aime pas Johnny,
06:19ça veut dire qu'il y a certaines contre-valeurs
06:21qu'on ne peut pas partager.
06:22Et est-ce que votre épouse a parfois été jalouse
06:24de cette passion ?
06:25Non, jamais.
06:26Mais elle aime bien Johnny.
06:27De toute façon, quand on ne connaît pas Johnny,
06:31dès qu'on le connaît, je pense qu'on l'aime automatiquement.
06:33On ne peut pas faire autrement qu'aimer Johnny.
06:35D'ailleurs, les proches disent que quand on voyait le personnage,
06:37en quelques minutes, on était conquis.
06:40Il y a des rassemblements de fans où vous allez ?
06:42Ça se vit très personnellement, très intérieurement.
06:45C'est intime, finalement.
06:47Peut-être que certains partagent des faits.
06:50Moi, c'est plutôt intime, c'est plutôt personnel.
06:52Oui, c'est ça, c'est dans votre cœur.
06:53De toute façon, je pense qu'on a tous son histoire avec Johnny.
06:55Je n'ai pas la prétention d'incarner tous les fans de Johnny,
06:58mais on a tous son histoire avec Johnny.
07:00Oui, c'est vrai.
07:00Moi, je vous parle d'une veste,
07:01quelqu'un qui a pu croiser Johnny,
07:02un regard, c'est un moment d'éternité.
07:04On se souvient tous du moment où on a appris la mort de Johnny.
07:07Vous en souvenez ?
07:08Vous étiez où, Laurent ?
07:10À l'hôpital.
07:11C'est vrai.
07:11C'était le 5 décembre 2017.
07:13Moi, je me souviens, j'étais dans ma cuisine
07:15et quand j'ai écouté, j'ai allumé la radio,
07:19j'entendais que Johnny.
07:21Et je me suis dit,
07:22qu'il passe des musiques entières à cette heure-là,
07:24c'est qu'il y a quelque chose qui s'est passé.
07:26Et j'ai pleuré.
07:27J'ai trouvé que c'était une vraie page qui se tournait.
07:29Ça m'a beaucoup émue.
07:30Et vous, alors, vous étiez où ?
07:32Moi, j'étais chez moi tôt le matin.
07:34Bon, maintenant, il y avait quand même des signes annonciateurs.
07:35On se doutait qu'on aurait sans doute voulu qu'il passe la fin d'année quand même.
07:41Mais Johnny, quand même, a quelque chose d'immortel en lui.
07:44Et il a eu une œuvre tellement considérable
07:46qu'on ne peut pas dire qu'il nous manque quelque chose artistiquement.
07:50Il y a tellement d'abombs, plus d'un millier de chansons, d'innombrables.
07:53Il est toujours là, quoi.
07:54Oui, il est toujours là.
07:55D'ailleurs, je ne peux pas dire qu'il a disparu.
07:57Il n'a pas disparu.
07:58Il est plus là que jamais, Johnny.
08:00Vous avez été au funérail ?
08:01Non.
08:02Non, vous n'en avez pas éprouvé le besoin non plus d'aller à Paris ?
08:04Oui, je travaillais ce jour-là.
08:06D'accord.
08:06Mais quand on a Johnny dans son cœur, on n'a pas besoin d'être là tout le temps.
08:10Vous l'avez regardé à la télévision ?
08:11Oui, bien sûr.
08:12Oui, tout à fait.
08:13Vous avez pensé quoi de cette descente des Champs-Elysées ?
08:16Je pensais que c'était, je ne dirais pas à la mesure,
08:19mais à la démesure du personnage.
08:20C'était totalement mérité.
08:22Et votre cœur pourrait se diviser en plusieurs artistes ?
08:25C'est-à-dire qu'outre Johnny, il y a quelqu'un d'autre avec lequel vous avez…
08:29Il y a des dizaines d'artistes que j'aime, de par le fait que je suis musicien.
08:32Mais justement, c'est parce que j'aime beaucoup d'artistes
08:35que Johnny apparaît toujours comme le meilleur pour moi,
08:38à tout point de vue, même si d'autres artistes sont absolument merveilleux.
08:40Mais lui, pour moi, il est au plus haut.
08:42Personne ne supporte la comparaison ?
08:45Non.
08:45Déjà, il a été français.
08:46Il y a beaucoup d'artistes internationaux avec lesquels on n'a pas grand-chose en commun.
08:49Mais Johnny, c'était un phénomène de société.
08:52Ce n'est pas qu'un artiste.
08:53Vous en parlez très bien.
08:54S'il y avait un autre objet que vous rêveriez de posséder,
08:58peu importe son prix d'ailleurs, vous aimeriez avoir quoi dans votre rêve ?
09:02De Johnny ?
09:03En fait, j'ai déjà une veste jean qui appartient à Johnny,
09:07mais il en a tellement eu qu'on ne sait pas laquelle c'est.
09:10Je dirais que ça, ça me suffit.
09:11Je n'ai pas besoin de plus.
09:12Le reste, c'est le ressenti quotidien.
09:15Et vous écoutez beaucoup à la maison du Johnny ?
09:17Oui, énormément.
09:18Ah oui, c'est ça.
09:18De toute façon, même quand on n'en écoute pas,
09:20on a toujours des chansons qui nous trottent dans la tête.
09:22Johnny, c'est quelqu'un qui réparait les bleus à l'âme, si vous voulez.
09:26D'ailleurs, dans une interview, Johnny explique très humblement
09:29qu'il n'est que chanteur,
09:30qu'il ne se prend pas pour autre chose qu'un chanteur.
09:32Il n'est pas chercheur, il n'est pas médecin.
09:34Si j'avais eu l'honneur de lui parler,
09:36très respectueusement, je lui aurais dit qu'il se trompait
09:37parce que je pense qu'il soignait beaucoup de gens.
09:39Pas des maladies, mais des problèmes d'humeur.
09:42C'est joli ça, ça répare les bleus.
09:44Ça peut être un médicament, un artiste.
09:46Bien sûr, bien sûr que ça peut être un médicament.
09:48Et là, ça me fait penser un peu au concept d'addiction positive,
09:52c'est-à-dire que c'est du plaisir, de la récompense.
09:55Vous voyez, il y a des choses addictives,
09:58mais pas maladives, avec plaisir, récompense
10:01et plein d'émotions positives induites par l'artiste.
10:03Vous êtes fan de qui, vous ?
10:05Moi, je suis fan de Kiss, vous savez.
10:07Ah oui, c'est vrai, Kiss.
10:08Je m'opère toujours avec Metallica, vous.
10:09J'aime beaucoup Metallica, mais je suis fan de Kiss absolu,
10:12un peu comme vous.
10:13Moi aussi, j'ai plein d'objets.
10:14C'est vrai ? C'est quoi votre objet le plus…
10:16Celui dont vous êtes le plus fier, Laurent ?
10:19J'ai une basse de Jen Simons qui est mon idole.
10:24C'est une basse en forme de hache.
10:27C'est un petit trésor.