00:01Est-ce que l'afflux massif des migrants à Ceuta est une piège tendue à l'Espagne ?
00:05Plus de 50 milliers de jeunes, majoritairement marocains, ont rejoint l'enclave espagnole de Ceuta.
00:1072 d'entre eux ont perdu la vie en tentant la traversée à la nage.
00:14Les images bouleversantes ont servi de prétexte à plusieurs figures de l'extrême droite pour instrumentaliser ces drames.
00:21Mais ce qu'il se passe soulève aussi la question de l'utilisation de l'immigration comme l'évier de
00:26déstabilisation,
00:27mais aussi de l'attitude des autorités marocaines.
00:30La situation est aussi en aubaine pour les réactionnaires.
00:33Je suis accompagnée d'Axel Noudino, qui signe la une aujourd'hui et qui va nous en parler plus.
00:38Bonjour Axel.
00:39Salut.
00:40Tout d'abord, quelle est la raison qui a déclenché cette tentative d'immigration massive ?
00:44Alors, ça part au Maroc d'une rumeur qui a été propagée sur les réseaux sociaux marocains,
00:52donc au nord du Maroc, à côté de l'enclave de Ceuta, qui est une enclave espagnole qui est sur
00:59le continent africain, au nord du Maroc.
01:02Et donc cette rumeur, elle a poussé de 50 000 à 60 000 jeunes marocains à tenter leur chance,
01:09parce qu'elle disait que la frontière était ouverte, qu'il n'y avait pas besoin de papier pour accéder
01:15à Ceuta,
01:16et donc plus tard prendre le ferry pour aller en Europe. El País, le quotidien espagnol, révèle aujourd'hui que
01:23cette rumeur était propagée sur des pages
01:27ou des comptes qui sont supprimés depuis. Donc on peut penser à des bottes.
01:32En tout cas, ça fait que 50 000 à 60 000 jeunes sont partis là-bas.
01:3672 au moins sont morts en tentant de traverser à la nage la frontière qu'on voit là entre le
01:43Maroc et l'enclave espagnole.
01:47C'était surtout de jeunes hommes, voire des enfants, en fait, des adolescents,
01:52qui partaient de la ville de Fnidec, qui est un peu plus au sud, là, sur la carte.
01:58Et trois jours après, pour la majorité d'entre eux, ils ont été raccompagnés à la frontière.
02:03Donc ça a été très vite, mais ça a suffi, comme on le verra,
02:07à ce qu'il y ait une déferlante de fake news à travers le monde, reprise par l'extrême droite.
02:15Exactement. Certains parlent d'une invasion en Europe. S'agit-il d'une ?
02:19Cette situation a suscité des réactions de l'extrême droite, comme vous avez bien parlé.
02:24Dans plusieurs pays, quels étaient les principaux commentaires ?
02:27Alors, c'était surtout des commentaires de panique, en fait, de panique raciste.
02:34Par exemple, on a Elon Musk, réputé proche de Donald Trump, l'extrême droite états-unienne,
02:40qui a partagé un passage du film World War Z.
02:44Donc, c'est une invasion de zombies au-dessus d'un mur à Jérusalem.
02:48C'était plein d'outrances comme ça, assez dégueulasses.
02:52Par exemple, il y a Itamar Bengvir, qui est ministre de la Sécurité en Israël,
02:57qui est un suprémaciste sous Benjamin Netanyahou,
03:01qui a critiqué Pedro Sanchez, qui a critiqué sa politique migratoire,
03:06qui a même ajouté que les Gazaouis pouvaient demander l'asile en Espagne.
03:11En fait, il y a eu plein de fake news.
03:13Il y a eu Georgia Meloni, qui a dit vouloir suspendre l'Espagne de l'espace Schengen.
03:21Trump, qui a instrumentalisé le truc en disant
03:24« Voilà ce qui va se passer si vous ne votez pas républicain la prochaine fois ».
03:28Donc, soit ils se sont moqués de la gauche, et de la gauche espagnole en particulier,
03:33pour ces politiques, soit ils ont instrumentalisé cette situation à leur compte.
03:38Mais en tout cas, c'est de la déshumanisation, parce qu'on parle de plusieurs dizaines de morts
03:43dans les eaux de la Méditerranée, et de jeunes hommes qui ont cru vraiment
03:49que leur vie allait pouvoir changer d'un jour à l'autre.
03:52Et finalement, ce n'était pas le cas.
03:58Après cette tentative massive d'immigration,
04:00quelle était la réaction des autorités marocaines ?
04:03Alors, c'est assez bizarre, parce que le jour même,
04:07Mohamed VI tenait son discours pour la fête du trône,
04:11qui célébrait les 27 ans, je crois, de son arrivée au pouvoir.
04:16Et il n'a pas eu un mot sur la situation qui s'est passée.
04:22Donc, voilà, il a juste parlé du progrès que faisait le Maroc
04:28d'un point de vue économique, productif.
04:31Mais c'est assez révélateur du mal-être de cette jeunesse marocaine
04:35qui, là, voulait à tout prix quitter le pays pour tenter sa chance en Europe.
04:40Il faut savoir qu'au Maroc, il y a ce qu'on appelle la génération Z,
04:44un terme qui est un peu falsifié.
04:46Donc, la Genesi 212 de l'indicatif marocain,
04:50qui manifeste depuis des mois au Maroc
04:53pour avoir plus de services publics,
04:56plus d'infrastructures, que ce soit des écoles, des hôpitaux,
04:59et plus de liberté d'expression,
05:01et qui est fortement réprimée.
05:03Là, dans l'Humanité du jour,
05:05on écrit aussi sur ce rappeur marocain
05:08qui a été libéré, c'était ce week-end, je crois.
05:12Mais il y en a d'autres qui sont encore enfermés dans les prisons marocaines
05:16pour avoir manifesté depuis novembre 2025.
05:21Et Pedro Sanchez, comment il a réagi ?
05:25Alors, il est resté assez digne face aux attaques de l'extrême droite.
05:30Après, Pedro Sanchez, tout progressiste qu'il est,
05:33reste un social-démocrate.
05:35Il a parlé d'une attaque contre l'intégrité du territoire espagnol
05:39en mettant en cause des mafias,
05:42donc des passeurs,
05:45en mettant en cause le trafic d'êtres humains,
05:46ce qui existe.
05:47Mais il a fait ça pour ne pas parler du Maroc,
05:51de la responsabilité du Maroc là-dedans.
05:54Après, il a eu une réponse sécuritaire
05:56en envoyant plus de forces de sécurité,
05:59plus d'agents sur place.
06:02Ce dimanche, il y a une barrière flottante
06:04qui a été mise en place de 500 mètres à la frontière
06:07entre Séouta et le Maroc.
06:10Donc voilà, c'était une réponse sécuritaire.
06:17Et pour finir,
06:18comment c'était la réaction de l'extrême droite française ?
06:24Comment les gens en parlent de ça ?
06:26Avant de parler de ça,
06:27peut-être qu'on peut revenir sur les raisons
06:29qui ont poussé à ça.
06:31Parce qu'en fait, Pedro Sanchez
06:34et le gouvernement espagnol de gauche,
06:36l'un des derniers d'Europe,
06:37ce sont les premiers visés par ça.
06:41Il faut savoir que déjà,
06:42les enclaves de Séouta et de Mélila,
06:45qui est un peu plus à l'est,
06:46sont toujours revendiquées par le Maroc.
06:49Alors l'histoire des enclaves,
06:52elle est un peu complexe,
06:52mais ça reste des reliquats coloniaux,
06:54quoi qu'il arrive.
06:57Et donc parmi les réponses
06:59qu'on peut apporter
07:01pour expliquer cet afflux de migrants,
07:05on peut parler de la rivalité
07:07qu'il y a entre le Maroc et l'Espagne.
07:10Le 20 juillet,
07:11Pedro Sanchez visitait l'Algérie,
07:14où il rencontrait
07:15Amdé Addelmagid Teboun.
07:17Ça faisait six ans qu'il n'y a pas été.
07:19Il faut savoir que l'Algérie,
07:19c'est le rival régional du Maroc,
07:22notamment sur le dossier du Sahara occidental.
07:24Et ça, c'est très important.
07:25Ça peut expliquer ce qu'on a vu là
07:28et les dizaines de morts.
07:30Sur le Sahara occidental,
07:32donc région qui est disputée,
07:34que les Saharaouis,
07:36c'est comme ça qu'on les appelle,
07:38tentent de faire passer de région à pays,
07:43donc d'avoir l'indépendance.
07:44Ils sont soutenus par de nombreux pays,
07:46notamment l'Algérie,
07:47par l'ONU,
07:48qui leur reconnaît le droit
07:50à l'autodétermination.
07:52Mais le Maroc ne veut pas laisser
07:53le Sahara occidental devenir indépendant.
07:57Il faut se souvenir qu'en 2021,
08:00le leader du front polisario,
08:02qui lutte pour l'indépendance du Sahara,
08:04qui s'appelle Brahim Ghali,
08:06dont je prononce mal le nom, je pense,
08:08était reçu en Espagne
08:10pour avoir des soins.
08:12À la suite de ça,
08:13le Maroc a laissé ouvrir
08:16la frontière de Ceuta, déjà,
08:18et il y a plus de 8 000,
08:19entre 8 000 et 10 000 personnes
08:21qui sont passées aussi.
08:22Donc le Maroc considère vraiment
08:24que la migration,
08:26c'est une arme diplomatique.
08:28Ce n'est pas la première fois
08:29que ça arrive.
08:32Et d'autre part,
08:33pour asseoir sa souveraineté
08:34sur le Sahara occidental,
08:36Rabat se rapproche toujours plus
08:38de Washington et de Tel Aviv,
08:40donc des États-Unis et d'Israël.
08:42En 2020,
08:44le Maroc a accepté
08:45de signer les accords d'Abraham
08:51pour participer
08:52à une normalisation
08:53des relations avec Israël.
08:55En échange,
08:57Donald Trump,
08:59c'était pendant son premier mandat,
09:00a reconnu la souveraineté du Maroc
09:02sur le Sahara occidental.
09:04Donc il y a tout un jeu comme ça
09:05qui se fait.
09:06En 2021,
09:07c'est la signature d'accords de sécurité
09:09entre le Maroc et Israël.
09:11Et puis là,
09:12il continue encore d'aller plus loin
09:14puisqu'il y a quelques semaines,
09:16voilà,
09:16c'est ce que tu as mis,
09:17cette image.
09:18C'est l'autoroute qui va de...
09:21Alors,
09:21c'est de Tiznit à Darla,
09:23je crois,
09:24a été nommé l'autoroute
09:26Donald J. Trump
09:28par le roi du Maroc
09:29Mohamed VI.
09:31Donc Trump était tout content,
09:33il a remercié
09:34le roi du Maroc.
09:35Mais cette autoroute,
09:36comme on peut le voir,
09:37elle traverse
09:39la frontière
09:40du Sahara occidental.
09:41Parce que Darla,
09:42c'est dans le Sahara occidental.
09:44Donc il y a tout un jeu comme ça
09:45qui se joue.
09:47Le Maroc,
09:47c'est aussi le seul pays d'Afrique
09:49qui a un accord
09:50de libre-échange
09:51avec les Etats-Unis.
09:53Parce que le Maroc
09:54importe beaucoup
09:55de marchandises d'Asie,
09:57des véhicules électriques,
09:58des composants électroniques
10:00qu'il revend après
10:01à l'Occident,
10:02aux Etats-Unis,
10:02grâce à ces accords
10:03de libre-échange.
10:04Donc il y a tout ce jeu
10:05qui se joue.
10:07Donc on en pense
10:08qu'il trempe,
10:08il n'est pas directement lié,
10:10il est toujours...
10:11Il est toujours là.
10:12Il est toujours en petite voile.
10:14Et là,
10:14on revient en France,
10:15donc.
10:16Oui.
10:16Comment c'était la réaction
10:17ici dans l'Hexagone ?
10:20Il y a eu d'abord
10:21la réaction
10:23de panique raciste,
10:24comme je disais tout à l'heure,
10:25comme tous les dirigeants
10:27d'extrême droite du monde.
10:29Donc il y a eu Marine Le Pen,
10:31Marion Maréchal,
10:32Jordan Bardella,
10:34qui laissaient croire
10:35dans leur publication
10:36que les jeunes Marocains
10:38étaient aux portes de l'Europe.
10:40On a bien vu
10:41que c'est sur le continent africain,
10:42donc il y a encore du chemin
10:43pour arriver
10:44sur le continent européen.
10:46Je crois que c'est Bardella
10:47qui, dans un tweet,
10:48dit qu'ils arrivent dans nos rues,
10:50ils parlent de changement de peuple.
10:52Il y a mon collègue Cyprien Cadéo
10:55qui a écrit un article,
10:57justement,
10:58dans l'humanité d'aujourd'hui
10:59sur les réactions
11:00de l'extrême droite française.
11:02Donc il analyse ce terme,
11:04changement de peuple,
11:05c'est le nouveau terme à la mode
11:06pour grand remplacement,
11:08en fait.
11:09cette panique,
11:10elle a même été instrumentalisée
11:14jusque dans les rangs
11:14des macronistes.
11:17Il y avait un député,
11:18je ne sais plus lequel,
11:18qui a dit
11:19que c'est ce qui arrive
11:19quand la gauche est au pouvoir.
11:21Parce qu'en fait,
11:22ça, c'était l'un des arguments
11:23de l'extrême droite mondiale
11:24qui reproche à Pedro Sanchez.
11:27Alors non seulement,
11:28il soutient la Palestine,
11:29il ne veut pas
11:30que les avions américains
11:31se posent en Espagne,
11:33ni que les bateaux
11:34qui contiennent des armes
11:35pour Israël
11:36s'arrêtent dans les ports espagnols.
11:37Mais en plus,
11:38il a régularisé en janvier,
11:40je ne sais plus combien
11:41de milliers de travailleurs
11:43sans papier.
11:44Et en juillet,
11:46il y a eu un décret
11:47qui interdit les reconduites
11:50à la frontière
11:51pour les personnes
11:52qui viennent de la mer.
11:53Et donc,
11:54toute l'extrême droite mondiale,
11:55y compris française,
11:56a instrumentalisé ça
11:58en disant
11:58voilà les résultats
11:59d'une politique migratoire
12:00de gauche.
12:02Après,
12:03de l'autre côté du spectre
12:04en France,
12:05le Parti communiste français
12:06et la France insoumise
12:07restent fermes
12:08sur leurs appuis
12:10puisque comme le PSOE,
12:12donc le parti de Pedro Sanchez,
12:14les partis de gauche
12:15sont favorables
12:16à des régularisations
12:17de travailleurs
12:18sans papier.
12:20Donc voilà,
12:21le PCF a dénoncé
12:22les mensonges
12:23de l'extrême droite,
12:24l'instrumentalisation
12:25de cette situation
12:27qui est horrible.
12:30Voilà.
12:30Merci pour nous parler
12:33un peu plus
12:34sur les sujets,
12:34pour nous clarifier un peu plus.
12:35Merci à toi.
12:36Et on va continuer
12:37à suivre cette affaire.
12:39Super.