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  • il y a 16 heures
Plus de 50 000 jeunes, majoritairement marocains, ont rejoint l’enclave espagnole de Ceuta. Soixante-douze d’entre eux ont perdu la vie en tentant la traversée à la nage. Les images bouleversantes ont servi de prétexte à plusieurs figures de l’extrême droite pour instrumentaliser ce drame à des fins politiques. Ce qui s’est passé soulève des questions sur l’utilisation de l’immigration comme levier de déstabilisation mais aussi sur l’attitude des autorités marocaines.

Le point avec Axel Nodinot et Isadora Cavalcanti.

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Transcription
00:01Est-ce que l'afflux massif des migrants à Ceuta est une piège tendue à l'Espagne ?
00:05Plus de 50 milliers de jeunes, majoritairement marocains, ont rejoint l'enclave espagnole de Ceuta.
00:1072 d'entre eux ont perdu la vie en tentant la traversée à la nage.
00:14Les images bouleversantes ont servi de prétexte à plusieurs figures de l'extrême droite pour instrumentaliser ces drames.
00:21Mais ce qu'il se passe soulève aussi la question de l'utilisation de l'immigration comme l'évier de
00:26déstabilisation,
00:27mais aussi de l'attitude des autorités marocaines.
00:30La situation est aussi en aubaine pour les réactionnaires.
00:33Je suis accompagnée d'Axel Noudino, qui signe la une aujourd'hui et qui va nous en parler plus.
00:38Bonjour Axel.
00:39Salut.
00:40Tout d'abord, quelle est la raison qui a déclenché cette tentative d'immigration massive ?
00:44Alors, ça part au Maroc d'une rumeur qui a été propagée sur les réseaux sociaux marocains,
00:52donc au nord du Maroc, à côté de l'enclave de Ceuta, qui est une enclave espagnole qui est sur
00:59le continent africain, au nord du Maroc.
01:02Et donc cette rumeur, elle a poussé de 50 000 à 60 000 jeunes marocains à tenter leur chance,
01:09parce qu'elle disait que la frontière était ouverte, qu'il n'y avait pas besoin de papier pour accéder
01:15à Ceuta,
01:16et donc plus tard prendre le ferry pour aller en Europe. El País, le quotidien espagnol, révèle aujourd'hui que
01:23cette rumeur était propagée sur des pages
01:27ou des comptes qui sont supprimés depuis. Donc on peut penser à des bottes.
01:32En tout cas, ça fait que 50 000 à 60 000 jeunes sont partis là-bas.
01:3672 au moins sont morts en tentant de traverser à la nage la frontière qu'on voit là entre le
01:43Maroc et l'enclave espagnole.
01:47C'était surtout de jeunes hommes, voire des enfants, en fait, des adolescents,
01:52qui partaient de la ville de Fnidec, qui est un peu plus au sud, là, sur la carte.
01:58Et trois jours après, pour la majorité d'entre eux, ils ont été raccompagnés à la frontière.
02:03Donc ça a été très vite, mais ça a suffi, comme on le verra,
02:07à ce qu'il y ait une déferlante de fake news à travers le monde, reprise par l'extrême droite.
02:15Exactement. Certains parlent d'une invasion en Europe. S'agit-il d'une ?
02:19Cette situation a suscité des réactions de l'extrême droite, comme vous avez bien parlé.
02:24Dans plusieurs pays, quels étaient les principaux commentaires ?
02:27Alors, c'était surtout des commentaires de panique, en fait, de panique raciste.
02:34Par exemple, on a Elon Musk, réputé proche de Donald Trump, l'extrême droite états-unienne,
02:40qui a partagé un passage du film World War Z.
02:44Donc, c'est une invasion de zombies au-dessus d'un mur à Jérusalem.
02:48C'était plein d'outrances comme ça, assez dégueulasses.
02:52Par exemple, il y a Itamar Bengvir, qui est ministre de la Sécurité en Israël,
02:57qui est un suprémaciste sous Benjamin Netanyahou,
03:01qui a critiqué Pedro Sanchez, qui a critiqué sa politique migratoire,
03:06qui a même ajouté que les Gazaouis pouvaient demander l'asile en Espagne.
03:11En fait, il y a eu plein de fake news.
03:13Il y a eu Georgia Meloni, qui a dit vouloir suspendre l'Espagne de l'espace Schengen.
03:21Trump, qui a instrumentalisé le truc en disant
03:24« Voilà ce qui va se passer si vous ne votez pas républicain la prochaine fois ».
03:28Donc, soit ils se sont moqués de la gauche, et de la gauche espagnole en particulier,
03:33pour ces politiques, soit ils ont instrumentalisé cette situation à leur compte.
03:38Mais en tout cas, c'est de la déshumanisation, parce qu'on parle de plusieurs dizaines de morts
03:43dans les eaux de la Méditerranée, et de jeunes hommes qui ont cru vraiment
03:49que leur vie allait pouvoir changer d'un jour à l'autre.
03:52Et finalement, ce n'était pas le cas.
03:58Après cette tentative massive d'immigration,
04:00quelle était la réaction des autorités marocaines ?
04:03Alors, c'est assez bizarre, parce que le jour même,
04:07Mohamed VI tenait son discours pour la fête du trône,
04:11qui célébrait les 27 ans, je crois, de son arrivée au pouvoir.
04:16Et il n'a pas eu un mot sur la situation qui s'est passée.
04:22Donc, voilà, il a juste parlé du progrès que faisait le Maroc
04:28d'un point de vue économique, productif.
04:31Mais c'est assez révélateur du mal-être de cette jeunesse marocaine
04:35qui, là, voulait à tout prix quitter le pays pour tenter sa chance en Europe.
04:40Il faut savoir qu'au Maroc, il y a ce qu'on appelle la génération Z,
04:44un terme qui est un peu falsifié.
04:46Donc, la Genesi 212 de l'indicatif marocain,
04:50qui manifeste depuis des mois au Maroc
04:53pour avoir plus de services publics,
04:56plus d'infrastructures, que ce soit des écoles, des hôpitaux,
04:59et plus de liberté d'expression,
05:01et qui est fortement réprimée.
05:03Là, dans l'Humanité du jour,
05:05on écrit aussi sur ce rappeur marocain
05:08qui a été libéré, c'était ce week-end, je crois.
05:12Mais il y en a d'autres qui sont encore enfermés dans les prisons marocaines
05:16pour avoir manifesté depuis novembre 2025.
05:21Et Pedro Sanchez, comment il a réagi ?
05:25Alors, il est resté assez digne face aux attaques de l'extrême droite.
05:30Après, Pedro Sanchez, tout progressiste qu'il est,
05:33reste un social-démocrate.
05:35Il a parlé d'une attaque contre l'intégrité du territoire espagnol
05:39en mettant en cause des mafias,
05:42donc des passeurs,
05:45en mettant en cause le trafic d'êtres humains,
05:46ce qui existe.
05:47Mais il a fait ça pour ne pas parler du Maroc,
05:51de la responsabilité du Maroc là-dedans.
05:54Après, il a eu une réponse sécuritaire
05:56en envoyant plus de forces de sécurité,
05:59plus d'agents sur place.
06:02Ce dimanche, il y a une barrière flottante
06:04qui a été mise en place de 500 mètres à la frontière
06:07entre Séouta et le Maroc.
06:10Donc voilà, c'était une réponse sécuritaire.
06:17Et pour finir,
06:18comment c'était la réaction de l'extrême droite française ?
06:24Comment les gens en parlent de ça ?
06:26Avant de parler de ça,
06:27peut-être qu'on peut revenir sur les raisons
06:29qui ont poussé à ça.
06:31Parce qu'en fait, Pedro Sanchez
06:34et le gouvernement espagnol de gauche,
06:36l'un des derniers d'Europe,
06:37ce sont les premiers visés par ça.
06:41Il faut savoir que déjà,
06:42les enclaves de Séouta et de Mélila,
06:45qui est un peu plus à l'est,
06:46sont toujours revendiquées par le Maroc.
06:49Alors l'histoire des enclaves,
06:52elle est un peu complexe,
06:52mais ça reste des reliquats coloniaux,
06:54quoi qu'il arrive.
06:57Et donc parmi les réponses
06:59qu'on peut apporter
07:01pour expliquer cet afflux de migrants,
07:05on peut parler de la rivalité
07:07qu'il y a entre le Maroc et l'Espagne.
07:10Le 20 juillet,
07:11Pedro Sanchez visitait l'Algérie,
07:14où il rencontrait
07:15Amdé Addelmagid Teboun.
07:17Ça faisait six ans qu'il n'y a pas été.
07:19Il faut savoir que l'Algérie,
07:19c'est le rival régional du Maroc,
07:22notamment sur le dossier du Sahara occidental.
07:24Et ça, c'est très important.
07:25Ça peut expliquer ce qu'on a vu là
07:28et les dizaines de morts.
07:30Sur le Sahara occidental,
07:32donc région qui est disputée,
07:34que les Saharaouis,
07:36c'est comme ça qu'on les appelle,
07:38tentent de faire passer de région à pays,
07:43donc d'avoir l'indépendance.
07:44Ils sont soutenus par de nombreux pays,
07:46notamment l'Algérie,
07:47par l'ONU,
07:48qui leur reconnaît le droit
07:50à l'autodétermination.
07:52Mais le Maroc ne veut pas laisser
07:53le Sahara occidental devenir indépendant.
07:57Il faut se souvenir qu'en 2021,
08:00le leader du front polisario,
08:02qui lutte pour l'indépendance du Sahara,
08:04qui s'appelle Brahim Ghali,
08:06dont je prononce mal le nom, je pense,
08:08était reçu en Espagne
08:10pour avoir des soins.
08:12À la suite de ça,
08:13le Maroc a laissé ouvrir
08:16la frontière de Ceuta, déjà,
08:18et il y a plus de 8 000,
08:19entre 8 000 et 10 000 personnes
08:21qui sont passées aussi.
08:22Donc le Maroc considère vraiment
08:24que la migration,
08:26c'est une arme diplomatique.
08:28Ce n'est pas la première fois
08:29que ça arrive.
08:32Et d'autre part,
08:33pour asseoir sa souveraineté
08:34sur le Sahara occidental,
08:36Rabat se rapproche toujours plus
08:38de Washington et de Tel Aviv,
08:40donc des États-Unis et d'Israël.
08:42En 2020,
08:44le Maroc a accepté
08:45de signer les accords d'Abraham
08:51pour participer
08:52à une normalisation
08:53des relations avec Israël.
08:55En échange,
08:57Donald Trump,
08:59c'était pendant son premier mandat,
09:00a reconnu la souveraineté du Maroc
09:02sur le Sahara occidental.
09:04Donc il y a tout un jeu comme ça
09:05qui se fait.
09:06En 2021,
09:07c'est la signature d'accords de sécurité
09:09entre le Maroc et Israël.
09:11Et puis là,
09:12il continue encore d'aller plus loin
09:14puisqu'il y a quelques semaines,
09:16voilà,
09:16c'est ce que tu as mis,
09:17cette image.
09:18C'est l'autoroute qui va de...
09:21Alors,
09:21c'est de Tiznit à Darla,
09:23je crois,
09:24a été nommé l'autoroute
09:26Donald J. Trump
09:28par le roi du Maroc
09:29Mohamed VI.
09:31Donc Trump était tout content,
09:33il a remercié
09:34le roi du Maroc.
09:35Mais cette autoroute,
09:36comme on peut le voir,
09:37elle traverse
09:39la frontière
09:40du Sahara occidental.
09:41Parce que Darla,
09:42c'est dans le Sahara occidental.
09:44Donc il y a tout un jeu comme ça
09:45qui se joue.
09:47Le Maroc,
09:47c'est aussi le seul pays d'Afrique
09:49qui a un accord
09:50de libre-échange
09:51avec les Etats-Unis.
09:53Parce que le Maroc
09:54importe beaucoup
09:55de marchandises d'Asie,
09:57des véhicules électriques,
09:58des composants électroniques
10:00qu'il revend après
10:01à l'Occident,
10:02aux Etats-Unis,
10:02grâce à ces accords
10:03de libre-échange.
10:04Donc il y a tout ce jeu
10:05qui se joue.
10:07Donc on en pense
10:08qu'il trempe,
10:08il n'est pas directement lié,
10:10il est toujours...
10:11Il est toujours là.
10:12Il est toujours en petite voile.
10:14Et là,
10:14on revient en France,
10:15donc.
10:16Oui.
10:16Comment c'était la réaction
10:17ici dans l'Hexagone ?
10:20Il y a eu d'abord
10:21la réaction
10:23de panique raciste,
10:24comme je disais tout à l'heure,
10:25comme tous les dirigeants
10:27d'extrême droite du monde.
10:29Donc il y a eu Marine Le Pen,
10:31Marion Maréchal,
10:32Jordan Bardella,
10:34qui laissaient croire
10:35dans leur publication
10:36que les jeunes Marocains
10:38étaient aux portes de l'Europe.
10:40On a bien vu
10:41que c'est sur le continent africain,
10:42donc il y a encore du chemin
10:43pour arriver
10:44sur le continent européen.
10:46Je crois que c'est Bardella
10:47qui, dans un tweet,
10:48dit qu'ils arrivent dans nos rues,
10:50ils parlent de changement de peuple.
10:52Il y a mon collègue Cyprien Cadéo
10:55qui a écrit un article,
10:57justement,
10:58dans l'humanité d'aujourd'hui
10:59sur les réactions
11:00de l'extrême droite française.
11:02Donc il analyse ce terme,
11:04changement de peuple,
11:05c'est le nouveau terme à la mode
11:06pour grand remplacement,
11:08en fait.
11:09cette panique,
11:10elle a même été instrumentalisée
11:14jusque dans les rangs
11:14des macronistes.
11:17Il y avait un député,
11:18je ne sais plus lequel,
11:18qui a dit
11:19que c'est ce qui arrive
11:19quand la gauche est au pouvoir.
11:21Parce qu'en fait,
11:22ça, c'était l'un des arguments
11:23de l'extrême droite mondiale
11:24qui reproche à Pedro Sanchez.
11:27Alors non seulement,
11:28il soutient la Palestine,
11:29il ne veut pas
11:30que les avions américains
11:31se posent en Espagne,
11:33ni que les bateaux
11:34qui contiennent des armes
11:35pour Israël
11:36s'arrêtent dans les ports espagnols.
11:37Mais en plus,
11:38il a régularisé en janvier,
11:40je ne sais plus combien
11:41de milliers de travailleurs
11:43sans papier.
11:44Et en juillet,
11:46il y a eu un décret
11:47qui interdit les reconduites
11:50à la frontière
11:51pour les personnes
11:52qui viennent de la mer.
11:53Et donc,
11:54toute l'extrême droite mondiale,
11:55y compris française,
11:56a instrumentalisé ça
11:58en disant
11:58voilà les résultats
11:59d'une politique migratoire
12:00de gauche.
12:02Après,
12:03de l'autre côté du spectre
12:04en France,
12:05le Parti communiste français
12:06et la France insoumise
12:07restent fermes
12:08sur leurs appuis
12:10puisque comme le PSOE,
12:12donc le parti de Pedro Sanchez,
12:14les partis de gauche
12:15sont favorables
12:16à des régularisations
12:17de travailleurs
12:18sans papier.
12:20Donc voilà,
12:21le PCF a dénoncé
12:22les mensonges
12:23de l'extrême droite,
12:24l'instrumentalisation
12:25de cette situation
12:27qui est horrible.
12:30Voilà.
12:30Merci pour nous parler
12:33un peu plus
12:34sur les sujets,
12:34pour nous clarifier un peu plus.
12:35Merci à toi.
12:36Et on va continuer
12:37à suivre cette affaire.
12:39Super.

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