00:01Sous la menace de Trump, Lula abrique sa réélection pour un quatrième mandat lors des élections générales d'octobre.
00:07Mais ce principal adversaire, dont les urnes restent la famille Bolsonaro,
00:11cette fois c'est l'aîné Flavio Bolsonaro qui porte les couleurs de champs bolsonaristes.
00:16En pleine campagne électorale, les Etats-Unis, alliés de l'extrême droite brésilienne contre cela les arrange,
00:21s'imprignent au gouvernement des gauches en place.
00:23Pour comprendre six jours entre le Brésil et les Etats-Unis,
00:26Antoine Portolès, de la rubrique Monde, nous explique la situation.
00:30Et du coup, qu'est-ce que se passe actuellement entre les deux pays ?
00:33C'est un secret pour personne de dire que les deux pays sont à couteau tiré.
00:38Ce que cherche Trump depuis des années, depuis son retour notamment à la Maison-Blanche,
00:42c'est de déboulonner un à un les dirigeants de gauche du continent américain,
00:48en les remplaçant du coup par des dirigeants d'extrême droite acquis à sa cause.
00:52Et si on devait parler vraiment concrètement, sur le plan en tout cas militaire,
00:58mais aussi sur le plan économique, c'est-à-dire qu'en retour,
01:01ses dirigeants lui offrent les terres et les ressources
01:08dont Trump veut s'emparer pour sa propre politique économique aux Etats-Unis.
01:15Voilà. Donc ça, c'est pour le contexte.
01:18S'agissant de Lula, c'est plus compliqué parce que Lula, c'est quand même pas n'importe qui.
01:24Donc en fait, depuis quelques mois, il joue un peu le chaud et le froid.
01:30Soit il caresse et donc il y a une rencontre, comme ça a été le cas récemment,
01:36entre les deux dirigeants, avec une perspective d'accord notamment sur la question des terres rares.
01:43Soit il tape et quand il tape, du coup, c'est l'arme de prédilection de Donald Trump en la
01:48matière,
01:48c'est les droits de douane. Voilà.
01:51Exactement. Ce n'est pas la première fois que Donald Trump, les Etats-Unis,
01:55menace le Brésil sur le plan économique.
01:57On se tient à la famille Bolsonaro.
02:00A-t-il déjà pris des mesures similaires, notamment en augmentation des droits de douane ?
02:04Oui. Alors il y a une première vague de droits de douane qui a été décrétée il y a quelques
02:09temps,
02:09qui ne visait pas que le Brésil, mais notamment le Brésil.
02:13Et cette première vague concernant le Brésil a été intervenue au moment où l'ex-président d'extrême droite,
02:20Jair Bolsonaro, avait été condamné par la Cour suprême brésilienne pour tentative de coup d'État.
02:26Donc c'est à ce moment-là...
02:27On rappelle donc qu'il est inéligible. Il sait pour ça que c'est son fils, c'est...
02:30Tout à fait. Oui. Qu'il a désigné comme tel, comme son successeur en tout cas.
02:34Donc c'est en réaction à ça, politiquement, que des droits de douane ont été infligés au Brésil par les
02:40États-Unis.
02:40Donc on voit clairement le motif politique qui se joue derrière.
02:45Cette première salve, comme pour les autres pays, a été ensuite retoquée par la Cour suprême états-unienne, cette fois
02:53-ci,
02:53considérant que Trump, en fait, ne pouvait pas prendre seule cette décision
02:58et qu'il avait, pour ce faire, besoin de l'aval du Congrès, d'un vote du Congrès, en vertu
03:03de la Constitution états-unienne.
03:05Donc cette première salve, elle a été annulée, sauf qu'entre-temps, il y a une seconde salve qui est
03:10intervenue le mois dernier, en juillet.
03:14Cette fois-ci, au motif... Alors pareil, le véritable motif, il est politique.
03:18En tout cas, officiellement, la Maison-Blanche dit que ces 12,5% de droits de douane qui sont infligés
03:23sur de nombreux produits brésiliens
03:26le sont parce que le Brésil ne lutterait pas suffisamment, efficacement contre le travail forcé.
03:34Alors c'est vrai que c'est un vrai sujet encore au Brésil, c'est un vrai fléau,
03:39mais des politiques sont mises en place pour lutter contre, mais il y a encore du travail à faire, disons.
03:44Mais on voit bien qu'encore une fois, tout ça, c'est politique, que Trump n'en a rien à
03:48faire du travail forcé au Brésil,
03:49et qu'en réalité, c'est... Je sanctionne le dirigeant sur le continent sud-américain
03:56qui refuse de ployer le genou devant moi, devant Washington.
04:00Voilà. Donc c'est clairement politique et donc ça va continuer.
04:04Est-ce que cette nouvelle salve, là aussi, va être invalidée par la Cour suprême dans les mois à venir
04:08?
04:09Ça, on ne peut pas le dire. On peut présumer que oui, puisqu'elle est encore...
04:13Encore une fois, elle est prise de manière unilatérale par le président Trump.
04:17Mais on voit bien que ça continue, en tout cas, et qu'il va y avoir encore d'autres rebondissements
04:22en leur matière.
04:24Et en plus des temps, en plus des trompes, la famille Bolsonaro, dont les cas Flavio,
04:29il a d'autres soutiens pour cette élection, d'autres soutiens internationaux ?
04:34Oui, oui, oui. Écoute, il y en a un qui est quand même particulièrement virulent,
04:38surtout ces derniers temps, c'est Javier Milei, en Argentine,
04:43qui a ni plus ni moins accusé Lula, enfin, qui l'a insulté, carrément, on peut dire,
04:48de corrompu, de prisonnier, de voleur.
04:52Donc ça, il l'a dit à l'occasion, justement, d'un meeting en soutien à Flavio Bolsonaro au Brésil.
04:58Et puis, il a réitéré ses attaques, pas plus tard que ce week-end, en interview.
05:02Ce qui prouve qu'en fait, il n'y a pas que Trump sur le continent qui cherche à déstabiliser
05:09le Brésil.
05:10L'Argentine, qui est voisine du Brésil, joue aussi un rôle déstabilisateur.
05:14Et pour Milei, il y a un enjeu qui est économique, évidemment,
05:17parce que les deux pays ont des partenariats, des relations économiques très importantes.
05:23Et ces partenariats économiques pèsent très lourd pour l'économie brésilienne,
05:27comme pour l'économie argentine.
05:28Donc, on voit bien ce qui joue là-derrière.
05:31Milei, qui joue la même partition que Trump, il y a un intérêt derrière.
05:35Ce n'est pas juste innocent.
05:39Cette relation entre le Brésil et les États-Unis, de manière générale,
05:44cette situation tendue, si je peux utiliser bien ce mot,
05:50ça vient depuis quelques années, en 2024,
05:55afin de faire respecter ses décisions de justice.
05:58Le Brésil a bloqué le X pendant 39 jours.
06:01Vous aussi ça ?
06:02Oui, c'était en période où beaucoup de gens ont migré pour notre réseau,
06:07parce qu'ils n'avaient plus le X pendant les 39 jours, comme je le disais.
06:11En raison du réfus d'Elon Musk de s'est conformé,
06:13usant injonctions judiciaires brésiliennes,
06:16visant à supprimer des contenus jugés illégaux.
06:20Le pays de l'Amérique latine, il se traverse une période particulièrement difficile
06:24pour défendre leur souveraineté.
06:27En quoi cette résistance peut-elle influencer les autres pays de la région ?
06:34Cette résistance, elle est fondamentale.
06:36C'est-à-dire qu'aujourd'hui, quand on prend l'ensemble du continent américain,
06:40le Brésil et le Mexique sont les deux gros derniers bastions de gauche
06:46sur l'ensemble du continent.
06:47Il y en a aussi d'autres, comme le Paraguay, par exemple,
06:49mais de manière bien moindre, parce que leur poids sur ce continent n'est pas le même.
06:53Mais en tout cas, on peut dire que le Brésil et le Mexique,
06:55le Mexique de Claudia Sheinbaum et le Brésil de Lula,
06:58sont vraiment les deux derniers bastions de gauche
07:02et qui s'opposent à cette politique impérialiste de Donald Trump.
07:08C'est d'autant plus important que, comme tu le sais,
07:11beaucoup de pays en Amérique latine ces dernières années sont tombés
07:15à la faveur de l'extrême droite, qui ont emporté des scrutins.
07:20Je ne pense pas plus tard qu'il y a quelques semaines en Colombie, par exemple,
07:24ou au Pérou.
07:25Et un peu plus récemment, il y a quelques mois, au Chili aussi.
07:29Et à chaque fois, on voit bien que l'ombre de Trump a plané sur ses scrutins.
07:33Alors, est-ce qu'il a joué un rôle actif ou passif
07:37dans une forme d'interventionnisme
07:40qui aurait permis à ses leaders d'extrême droite de prendre le pouvoir ?
07:44En tout cas, on voit bien qu'il y a eu une volonté d'intervenir,
07:48un soutien économique, notamment.
07:49Voilà, tout ça est parfaitement rodé.
07:51Et donc là, maintenant que tous ces pays sont tombés
07:56aux mains de l'extrême droite,
07:58la prochaine élection, c'est au Brésil.
08:00Sauf que là, évidemment, comme je l'ai dit tout à l'heure,
08:03on parle de Lula, on ne parle pas de n'importe qui.
08:05C'est quand même un géant de la politique.
08:07C'est surtout un grand stratège politique,
08:10au-delà du fait que c'est un représentant politique
08:12qui est respecté depuis des décennies
08:15sur le continent américain,
08:18mais même plus largement au niveau du monde entier.
08:20Parce qu'il a une histoire, voilà.
08:21C'est quand même un homme qui vient du...
08:24Un homme de l'usine, un ancien ouvrier métallurgiste
08:26qui a quand même une histoire salariale, syndicale
08:30et puis politique vraiment singulière
08:32et qui a inspiré toute une génération
08:34à gauche, si j'ose dire, à travers le monde.
08:39Et donc aujourd'hui, on voit bien que c'est lui
08:41qui prend le lead de cette opposition à Trump
08:44et à cette politique impérialiste.
08:46C'est lui également qui, par exemple,
08:48sur la question du peuple palestinien,
08:49a été un des plus fervents...
08:51Enfin, oui, un des plus fervents soutiens
08:53du peuple palestinien dans la bande de Gaza
08:56face à la politique génésidaire israélienne
08:59et qui n'a pas hésité à critiquer
09:02à la fois la politique israélienne, évidemment,
09:05mais aussi le soutien états-unien à cette politique
09:08dans la bande de Gaza.
09:11Il y a d'autres exemples qui peuvent être repris.
09:14Je pense notamment à la guerre en Iran fin février,
09:16lorsque les États-Unis attaquent illégalement l'Iran
09:19au Moyen-Orient.
09:20Là aussi, Trump, Lula, s'est vraiment positionné,
09:25encore une fois, en fervent partisan,
09:27enfin défenseur de la paix, du droit international.
09:32Il a été très virulent envers Trump
09:33en disant que tout ça a été vraiment inacceptable
09:36et qu'il était temps de mettre fin
09:38à ce que lui-même appelle une sorte de jungle, en fait.
09:42C'est un terme qui émerge de plus en plus.
09:43Là, aujourd'hui, quand on voit
09:45toutes les attaques partout sur le continent,
09:49sur les continents,
09:52il se place en tout cas en protecteur
09:54du droit international et de l'ordre international
09:56tel qu'il a été défini post-Seconde Guerre mondiale,
10:00sous l'égide de l'ONU,
10:02pour mettre un terme à ces conflits
10:04et en appeler à la paix.
10:05Sa voix, elle a énormément résonné
10:06ces derniers mois sur ce sujet
10:08de l'Iran et du Moyen-Orient,
10:10mais même au-delà.
10:10Et donc, tout ça fait que Lula,
10:13il a aujourd'hui une voix qui porte à l'international
10:18sur cette thématique et cette opposition à Trump.
10:21Est-ce que sur le continent américain,
10:24cette voix, elle inspire au point
10:25qu'on puisse voir émerger une sorte de coalition
10:27anti-Trump, anti-États-Unis
10:29sur l'ensemble du continent ?
10:31Bon, pour l'instant, on n'y est pas.
10:32Mais en tout cas, je pense qu'effectivement,
10:34dans les autres pays,
10:35notamment les pays qui ont perdu récemment
10:37face à l'extrême droite,
10:38les gauches, je pense au Pérou,
10:40je pense à la Colombie,
10:41qui ont perdu récemment électoralement,
10:44je pense qu'ils voient Lula aussi
10:45comme le dernier géant
10:48qui représente cette gauche fière
10:52et partisane de la paix
10:54et de l'indépendance face aux États-Unis.
10:57Donc, ça les inspire sans doute.
10:59Maintenant, à eux aussi
11:00de porter ça aussi dans leur propre pays
11:03et de voir, est-ce qu'on va voir émerger
11:05quelque chose de l'ordre d'une coalition régionale
11:07contre toutes ces politiques impérialistes ou non ?
11:11Ça, ça reste à voir.
11:12Voilà, on n'y est pas encore, en tout cas.
11:15C'est un affaire à suivre, donc.
11:18Lors des élections d'octobre,
11:20les Brésiliens devront élire,
11:22en plus du président de la République,
11:25un gouverneur, deux députés
11:27et deux sénateurs.
11:28Cette année, les projections
11:29laissent entrevoir une hausse
11:32de la représentation des femmes
11:33et d'autres minorités au Parlement
11:35et au sein du pouvoir législatif.
11:37L'exélection se déroule les 4
11:39et les 25 octobre 2026.
11:41Merci Antoine.
11:42Merci à toi.
11:43Merci beaucoup.
11:43Sous-titrage Société Radio-Canada
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