- il y a 2 jours
Au delà de leurs dommages directs sur l'environnement ( perte de biodiversité, absorption du CO2, etc.), les incendies de forêt en Amazonie ont un impact négatif sur l'agriculture mondiale, le commerce, l'alimentation, etc. Analyse de ce phénomène-monde avec la députée européenne Michelle Rivasi.
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00:05Générique
00:11Michel Rivasi, bonjour. Je rappelle que vous êtes députée européenne des Verts Alliance Libre Europe Toujours.
00:18Les incendies de forêt en Amazonie, on en a beaucoup parlé il y a quelques jours, quelques semaines.
00:24D'abord, il y a eu d'un seul coup, on s'est passionné, tout le monde s'est passionné
00:29pour l'Amazonie et les incendies en Amazonie.
00:31Est-ce que c'était légitime, j'allais dire, ce grand mouvement qu'il y a eu à ce moment
00:35-là ?
00:35Ah ben oui, c'est légitime parce que ce qui se passe en Amazonie, ça nous concerne de près au
00:41niveau de l'Union Européenne.
00:44D'abord, il y a un problème politique.
00:47Depuis qu'il y a Bolsonaro, qui est président au niveau du Brésil, il est très proche du lobby agroalimentaire.
00:53Et des gros exploitants.
00:55Et il n'y a jamais eu autant d'incendies en Amazonie que depuis qu'il y est.
01:00Pourquoi ? Parce que, quelque part, il est complice des gros exploitants qui, par ces incendies, il y a eu
01:06plus de 80 000 incendies, c'est quand même énorme,
01:11favorisent donc la destruction de l'Amazonie.
01:13Ça, c'est avéré.
01:15Ah, ça, c'est avéré.
01:15Oui, c'est-à-dire qu'on dit l'origine, parce qu'évidemment, le problème de l'origine des incendies,
01:20c'est un problème crucial.
01:21L'origine des incendies vient des gros propriétaires terriens qui font de l'agriculture intensive et qui veulent plus de
01:28terrain pour, évidemment, faire plus d'agriculture intensive.
01:31Et plus d'élevage.
01:31Et plus d'élevage, bien sûr.
01:33Bon, donc ça, c'est une réalité.
01:35Et on sait très bien que l'Amazonie, étant une forêt, une des plus importantes au monde, participe à la
01:40captation du CO2.
01:42Or, on parle du réchauffement climatique.
01:44Plus vous allez diminuer cette forêt amazonienne, plus vous allez contribuer au réchauffement climatique, puisqu'il va y avoir énormément
01:50d'émanations du CO2.
01:51Donc, ça concerne, je dirais, la planète dans sa globalité.
01:54Mais là où ça concerne l'Europe, c'est que quand il y a l'accord, par exemple, du Mercosur,
02:00ces accords de libre-échange économique,
02:02qu'est-ce qu'il y a dans le panier ?
02:05Il y a les bovins, donc il y a l'élevage, il y a le soja.
02:11Vous voyez, il y a toutes ces cultures à base de protéines.
02:14Et qui est un grand importateur du soja ?
02:17C'est l'Europe, dont la France, d'ailleurs.
02:20Qui est un grand importateur des bovins ?
02:22C'est l'Europe, grâce à ces accords.
02:24Donc, ce qui se passe en Amazonie, ça a une répercussion sur le mode de consommation
02:31et les importations qui viendront de l'Amazonie.
02:36Et donc, nous, on dit, il faut absolument arrêter ça.
02:40D'abord, vis-à-vis de la politique de Bolsonaro,
02:43vis-à-vis quand les parlementaires vont voter le Mercosur,
02:47on leur dit, si vous votez le Mercosur, vous allez aggraver les incendies.
02:51Puisque, vous voyez, on sera d'autant plus en importation de ces produits
02:57qui entraînent les conséquences.
02:58Donc, nous, ce qu'on dit, c'est déjà, il faut que l'Europe fasse une réglementation draconienne
03:03sur la traçabilité des produits.
03:05Il faut savoir d'où ils viennent.
03:06Quand vous allez acheter de la viande bovine qui vient du Brésil, par exemple,
03:12eh bien, vous serez complice aussi de ces incendies,
03:15puisque vous allez, en fait, faire en sorte à ce que les gros exploitants
03:19vont brûler ces forêts.
03:22Ça, c'est une idée forte, une idée qui commence à se développer un petit peu dans l'opinion,
03:27que ces grands accords commerciaux, là, on parle du Mercosur,
03:31c'est-à-dire de l'accord entre l'Europe et les pays d'Amérique latine, pour faire simple,
03:35sont des accords qui ont des répercussions directes sur les pays,
03:40sur la manière dont produisent les pays,
03:42et sur les conséquences que la manière dont ils produisent peut avoir sur l'environnement,
03:46si je peux le dire, si on peut le dire comme ça.
03:47Ça a des conséquences sur l'environnement, mais immédiat.
03:51Ça a des conséquences sur la façon dont on va cultiver,
03:56donc, vous voyez, tout le développement de l'industrie, de l'agriculture,
04:00et puis ça a des conséquences sur la biodiversité.
04:02On est les premiers à dire, il faut faire en sorte que la biodiversité soit maintenue.
04:07Eh bien, là, si on brûle, il n'y a plus de biodiversité.
04:10Et je dirais aussi sur les peuples autochtones.
04:12On a reçu au Parlement des peuples autochtones,
04:16et leur territoire a été vraiment saccagé.
04:20Donc, ça a une répercussion incroyable.
04:22Et puis, en fait, il y a eu un dernier rapport qui est sorti hier des Français,
04:28plus de 100 chercheurs français,
04:29qui ont dit que les évaluations sont beaucoup plus importantes en 2100.
04:34On pense même à 7 degrés d'augmentation de température.
04:39Quand on va faire des déplacements,
04:42vous voyez, de la viande d'Amérique latine jusqu'en Europe,
04:45c'est aussi du CO2.
04:47Donc, vous voyez bien que ça va complètement à l'encontre
04:50du modèle de société qu'il faut absolument changer.
04:53Alors, ce que vous dites là veut dire très concrètement,
04:57très pratiquement, et j'allais dire très immédiatement,
04:59que les grands accords commerciaux,
05:01et là spécifiquement l'accord du Mercosur,
05:03ce sont des accords contre lesquels il faut se battre.
05:06– Ah ben, il faut se battre, il ne faut absolument pas qu'il soit ratifié.
05:08– Alors, quelles armes vous avez, j'allais dire, aujourd'hui pour ça ?
05:10Quelles armes ?
05:12– Ah ben, on en a plusieurs.
05:13D'abord, là, il faut rendre hommage quand même
05:16à notre président de la République, M. Macron.
05:17Au J7, il a dit, on ne signe pas l'accord de Mercosur,
05:22parce qu'il n'y a pas le respect de l'accord de Paris.
05:25Si on veut rester à 2 degrés, on ne peut pas faire en sorte
05:29à ce qu'il y ait un Bolsonaro, vous voyez, qui pousse aux incendies.
05:33Non, ça, c'est un premier point.
05:34Et puis, ça a fait prendre conscience aux gens
05:36de l'implication de ce qui se passe en Amazonie
05:40sur le réchauffement climatique dans sa globalité.
05:43Et ils se rendent bien compte que signer des accords comme ça,
05:47ça va ne faire qu'augmenter, qu'aggraver,
05:50et faire en sorte à augmenter une agriculture intensive
05:54qui va à l'encontre du climat.
05:56Donc, je trouve qu'il y a une prise de conscience.
05:58Alors, ce qui est dramatique, c'est qu'il a fallu voir
06:00ces images d'incendies.
06:02Mais ça a fait prendre conscience à beaucoup de gens,
06:05à beaucoup de députés européens,
06:07que ça, on va dans la mauvaise voie et dans la mauvaise direction.
06:10On ne peut pas, d'un côté, dire, il faut tout faire
06:13pour sauver le climat, et puis, de l'autre côté,
06:15signer des accords qui vont à l'encontre du climat.
06:17Voilà, il faut de la cohérence.
06:19Et ces accords, ils sont complètement incohérents.
06:22Ça, ça va aussi avec la dénonciation, en règle générale,
06:25j'allais dire, à travers le monde,
06:27des grandes cultures agroalimentaires,
06:30des modes alimentaires simplement,
06:33moins de viande, pas d'huile,
06:38qui sont par ailleurs, j'allais dire,
06:40à l'autre bout de la chaîne,
06:42nocives également pour les gens,
06:44en dehors de l'environnement, bien entendu.
06:46Mais, vous savez, quand les écologistes disent
06:50qu'il faut consommer sur place,
06:53il faut augmenter les circuits courts,
06:55quand on fait de l'élevage et qu'on valorise
06:58nos petits éleveurs,
06:59qu'ils soient français ou qu'ils soient européens,
07:02quand on veut faire une agriculture,
07:04par exemple, arrêter de faire,
07:06d'importer du soja,
07:08parce que l'importation du soja,
07:09on est le deuxième importateur du soja en Europe,
07:12et bien vous voyez bien que ça a des conséquences
07:14sur ces pays-là.
07:15Donc, on est obligé de revoir notre modèle agricole,
07:19et que si on ne revoit pas notre modèle agricole,
07:21et que si on n'est que dans le business,
07:24bien le business détruit la planète.
07:26Mais non, ça c'est un fait.
07:27Alors, pour aller contre la politique du business,
07:30il faut arrêter ces accords de libre-échange.
07:33Vous voyez, grosso modo,
07:36on importe des bovins,
07:37et en contrepartie,
07:39les Allemands vont pouvoir exporter leurs voitures
07:41et leur chimie.
07:42Bon, et bien ça, les Allemands,
07:45ils ne peuvent pas dire comme les Français, d'ailleurs.
07:47Ça, c'est des accords équilibrés.
07:49Ils sont équilibrés pour les multinationales,
07:51pour le gros business,
07:52mais ils ne sont pas équilibrés vis-à-vis de la planète.
07:54Donc, quand on demande,
07:56un, une réglementation de l'Union européenne
07:59pour savoir d'où viennent les produits,
08:00on veut responsabiliser les entreprises.
08:02Pour ça, il faut des règlements contraignants.
08:05Trois, il ne faut pas signer ces accords.
08:07Et quatre, il faut défendre les peuples autochtones,
08:09parce qu'il y a eu un rapport de la FAO
08:12qui a montré que c'est les peuples autochtones
08:15qui défendent le mieux la biodiversité
08:16et qui sont les premiers freins
08:18contre le développement des incendies.
08:21Donc, et quand j'entends Bolsonaro qui dit
08:23qu'il n'y aura pas un centimètre carré,
08:25vous voyez, pour les peuples autochtones
08:27et que c'est des peuples préhistoriques,
08:29je trouve ça incroyable.
08:30Alors, vous êtes un certain nombre de députés ici
08:33à l'avoir souligné.
08:35Tout ce que vous êtes en train de dire là
08:37suppose de la part de l'Union européenne,
08:39notamment de la part de son exécutif,
08:41parlementaire bien entendu,
08:42mais aussi de la part de l'exécutif européen,
08:44qui a une véritable volonté
08:45de parvenir aux objectifs dont vous parlez là.
08:48Qu'est-ce que vous en pensez ?
08:50Vous êtes nombreux à avoir dit
08:52mais cette commission, elle est plus libérale
08:54encore que la précédente,
08:58la présidente pareille, etc.
09:00Est-ce que c'est bien embarqué, cette affaire ?
09:03On va dire comme ça.
09:03Écoutez, il y a, je dirais, un discours
09:06et puis après, on va voir la réalité.
09:08Le discours, c'est que Ursula von der Leyen
09:11dit que c'est le climat la priorité.
09:14Très bien.
09:15Il y a M. Timmermans,
09:17qui est vice-président
09:18et qui va chapeauter tout ce qui est transport,
09:21tout ce qui est agriculture,
09:22tout ce qui est environnement, etc.
09:23C'est pas mal.
09:26Mais si en même temps,
09:28vous voyez, c'est un peu...
09:28En même temps ?
09:29En même temps, M. Macron.
09:31Il faut avoir pu le dire.
09:32On développe le marché.
09:35Ça, c'est contradictoire.
09:37Et donc, nous, on va demander la cohérence.
09:39On se bagarre justement pour faire en sorte
09:42qu'il n'y ait pas une augmentation de température
09:44au-delà des 2 degrés
09:45et si on peut 1,5.
09:47En tout cas, les derniers modèles qui sortent
09:49montrent que ça ne marche pas.
09:52Donc, il faut être beaucoup plus radical.
09:54Pour être beaucoup plus radical,
09:56il faut renvoyer ça au niveau de chaque État membre,
09:59il faut renvoyer ça au niveau de l'Europe
10:01en disant,
10:02ayons une politique vraiment volontariste
10:04pour diminuer nos émissions,
10:06pour capter davantage de CO2.
10:08Et capter davantage de CO2,
10:10c'est pas développer aussi la forêt amazonienne,
10:13c'est développer aussi la forêt
10:15au niveau de l'Union européenne.
10:17C'est faire en sorte à ce que,
10:19en 2050,
10:20il y a zéro émission,
10:22si vous voulez, de carbone.
10:23C'est ça le...
10:25Et j'ai l'impression que les gens font...
10:27Vous voyez, à la marge.
10:29On fait des trucs à la marge,
10:30mais on ne fait pas des trucs
10:32où on va changer radicalement
10:34notre mode de consommation.
10:35Il faut compter sur les citoyens aussi,
10:37tout simplement.
10:38Je veux dire, les mobilisations continuent.
10:40Comment vous sentez ça un petit peu ?
10:42En cette rentrée,
10:42vous pensez que ces mobilisations,
10:44qu'on a connues,
10:45tout de même l'an dernier,
10:46spécialement en Europe,
10:47qui sont arrivées comme ça
10:47de manière un peu abrupte
10:48dans notre paysage,
10:50les marches pour le climat, etc.
10:51On n'avait pas non plus vraiment prévu ça.
10:54Vous pensez que le mouvement continue,
10:56prend forme en cette rentrée ?
10:58On n'a pas perdu l'heure.
10:59Les jeunes nous ont beaucoup aidés.
11:01D'abord, vous voyez qu'il y a eu
11:02quand même pas mal d'écologistes
11:03qui ont été élus,
11:05mais ça ne suffit pas.
11:06On n'a pas le pouvoir
11:06au niveau de l'Europe.
11:08Mais avec la mobilisation des jeunes,
11:11avec maintenant la prise de conscience citoyenne,
11:13quand on voit les derniers sondages
11:15qui montrent qu'ils mettent
11:16l'environnement en premier,
11:18donc les gens,
11:19ils voient bien l'angoisse.
11:20Les canicules qu'on a subies cet été,
11:22ça les a pris dans leur propre chair.
11:24Quand vous étiez urbain,
11:26dans une ville comme la mienne Valence,
11:28où on avait 35 degrés à l'extérieur,
11:31que même la nuit,
11:32ça ne descendait pas,
11:33les gens se disent,
11:34on est piégés.
11:35Et ça,
11:36ça fait une angoisse sur le futur.
11:38Et ils se disent,
11:39s'il y a vraiment une priorité à faire
11:41pour que nos enfants
11:42puissent vivre demain,
11:44il faut qu'on change complètement
11:45nos modes de consommation.
11:46Et là,
11:47les gens sont prêts.
11:49C'est les politiques
11:50où il leur faut bouger,
11:52parce que ça remet en question,
11:53si vous voulez,
11:54les importations et les exportations,
11:57ça remet en question
11:58l'industrialisation de l'agriculture,
12:01ça remet en question
12:02toutes les grosses boîtes
12:03qui sont là pour faire du profit immédiat,
12:05et ça remet en question
12:06le concept de temps.
12:08Vous voyez ?
12:08C'est qu'il y a une urgence
12:10à agir dans un temps court.
12:12Après, c'est trop tard.
12:13C'est bien sûr fondamental.
12:15Cette affaire d'incendie en Amazonie
12:17a aussi permis de voir,
12:18peut-être latéralement,
12:19mais quand même,
12:20on l'a vu,
12:20qu'il n'y avait pas que l'Amazonie
12:22dans le monde
12:22qui connaissait ce phénomène.
12:25On a tous en tête
12:25cette image prise
12:27par la NASA,
12:29je crois,
12:29où on voit la Terre
12:30avec tous les foyers d'incendie,
12:31il y en a partout.
12:32Mais il y en a eu en Sibérie,
12:34il y en a eu en Suède,
12:36dans tous les pays du Nord.
12:38En Afrique.
12:38Alors en Afrique,
12:40de façon très importante,
12:41et puis en Europe aussi.
12:43Regardez au Portugal
12:44ce qui s'est passé,
12:45regardez en Espagne.
12:46Donc maintenant,
12:47les gens se disent
12:47que ça touche tout le monde.
12:49Donc vraiment,
12:50moi, si vous voulez,
12:51plus ça va,
12:52ça fait mon troisième mandant
12:53en tant que député européen,
12:54je me dis,
12:54mais je n'ai jamais autant senti
12:57l'urgence,
12:57et je n'ai jamais autant senti
12:59l'inertie de certains députés,
13:04de certains commissaires
13:05qui ne se rendent pas compte
13:07qu'on a une responsabilité du futur.
13:10Et que là,
13:11il faut peut-être les bousculer
13:12à des moments.
13:13Ce n'est pas possible.
13:14Et qu'on a besoin, là,
13:15de fonctionner ensemble.
13:17Ce n'est pas tout seul.
13:18On n'y arrivera pas tout seul,
13:19nous, les députés écolos.
13:20Il faut vraiment
13:21qu'il y ait une mobilisation
13:22et il faut maintenant que,
13:24je trouve qu'il y a une prise de conscience
13:25dans différents partis politiques,
13:27et il faut y aller ensemble.
13:28Tout le monde en parle, effectivement.
13:29Je vous remercie, Michel Révasi.
13:31On aura bien sûr l'occasion
13:32d'en reparler
13:32parce que ça va être un thème,
13:33tout de même,
13:34de cette nouvelle législature
13:35qui commence.
13:36On sent bien
13:37qu'on ne va pas pouvoir l'éviter,
13:38qu'il va falloir en parler.
13:40Merci beaucoup.
13:41Merci à vous.