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  • il y a 20 heures
Rappelant les écrits et les combats de Jaurès, qui ont traversé les âges, Patrick Le Hyaric, directeur de l'Humanité, a commémoré le 105e anniversaire de la disparition de Jean Jaurès à Paris, ce 31 juillet 2019.

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Transcription
00:02Mesdames et Messieurs les élus, chers amis, chers camarades,
00:08Merci à chacune et chacun d'entre vous d'honorer par votre présence,
00:13comme chaque année ce rendez-vous d'hommage à Jean Jaurès,
00:18à l'endroit même où son assassin fanatisé par la propagande Chauvine
00:24l'exécuta d'une balle en pleine tête il y a tout juste 105 ans,
00:29précipitant ainsi le carnage de la Grande Guerre.
00:33Rassemblés ici, nous tissons les liens d'une histoire longue,
00:37celle des révoltes et des révolutions en France,
00:41celle de la classe ouvrière et des noces qu'elle célébra avec la République
00:46pour fortifier chacune de ses conquêtes et celle du combat pour la paix et le désarmement.
00:57Nous cultivons la mémoire des combats menés par le mouvement ouvrier
01:02dans le sillon de la Grande Révolution française
01:07et pour élargir la démocratie jusqu'aux chasses gardées de la propriété privée et lucrative.
01:14Nous le faisons en entretenant le souvenir de la vie et de la pensée de Jean Jaurès,
01:20cette admirable figure dont les écrits et les combats ont traversé les âges et les modes,
01:27léguant à la France entière et bien au-delà,
01:31l'héritage flamboyant et fertile des luttes pour la grande paix humaine,
01:37pour la liberté de conscience, l'égalité sociale et politique.
01:42Ce rassemblement permet également à chacune et chacun d'entre nous de consolider la vie
01:48posée par le mouvement ouvrier et Jaurès lui-même
01:51entre le nationalisme purulent qui aura finalement eu raison de sa vie
01:57et la solidarité internationaliste,
02:00entre la réaction et le progrès social et humain,
02:05entre l'obscurantisme et la pensée rationnelle et émancipatrice.
02:12Si Jaurès a pu faire l'objet de toutes les récupérations
02:17jusqu'aux plus absurdes et cyniques,
02:19c'est qu'il aura laissé une trace indélible
02:22dans les consciences et la mémoire populaire.
02:25Une trace aussi forte que problématique pour le parti de l'ordre
02:31et ses affidés des puissances d'argent,
02:34mais une trace aussi profonde que féconde
02:37pour tous les militants de l'émancipation humaine.
02:41Aujourd'hui, plus d'un siècle après son assassinat,
02:47les analyses de Jaurès résonnent au cœur d'une actualité brûlante et troublante
02:53de fer et de feu.
02:56La guerre aujourd'hui menace sur chacun des continents.
03:01Les forces nationalistes attisent les rancœurs,
03:05enveniment les querelles historiques, géographiques, culturelles.
03:11Misérables patriotes, l'ancien Jaurès aux nationalistes de son temps,
03:15qui pour aimer et servir la France, ont besoin de la préférer.
03:20Ces forces apparaissent désormais comme des forces de co-gestion du capital,
03:27garantissant son déploiement, tout en flattant les instincts les plus archaïques.
03:35Les coalitions des droits extrêmes et des extrêmes droits
03:39gagnent partout des positions décisives, accentuant les guerres commerciales,
03:45affaiblissant partout les protections collectives conquises par le mouvement social et ouvrier,
03:51intensifiant, comme le font États-Unis, Brésil, Autriche ou encore Hongrie,
03:58l'exploitation des deux sources de toute richesse, le travail humain et la nature,
04:04au point aujourd'hui de menacer notre humanité commune.
04:09Les guerres de croix, comme les nommait Jaurès, menacent aujourd'hui au Moyen-Orient,
04:15où le détroit d'Hormuz, chemin stratégique de l'approvisionnement mondial des hydrocarbures,
04:22fait l'objet de toutes les convoitises.
04:24Le conflit historique et civilisationnel entre l'Iran et ses voisins sunnites,
04:30des monarchies théocratiques du Golfe,
04:34a bon dos quand se joue dans les fêtes la recomposition politique,
04:39géopolitique sous l'égide des États-Unis,
04:42de ses alliés régionaux d'un Moyen-Orient,
04:45laissés en ruines après trente longues années de guerre et de déstabilisation.
04:52Les incidents s'accumulent et se répètent dans le Golfe Persil.
04:59Avant-hier, des troupes iraniennes étaient accusées de monter à l'abordage d'un tanker pétrolier japonais.
05:07Hier, le président nord-américain envoyait ses avions de chasse dans l'espace aérien iranien
05:13pour y jeter des bombes avant de se raviser.
05:16Aujourd'hui, un navire anglais et son équipage sont saisis par les autorités iraniennes
05:22au moment même où l'armée israélienne bombarde des sites iraniens en Syrie.
05:32Aucune des partis n'a intérêt à la guerre, nous dit-on, parmi les beaux parleurs des médias.
05:39Mais qui sait pourquoi et comment l'étincelle viendra allumer le brasier et nourrir le feu régional ?
05:51Qui peut prédire quand et comment s'arrêtera la volonté des faux cons nord-américains de s'adonner au fameux
06:00changement de régime, comme ils disent,
06:03dont tant de peuples ont eu à subir les conséquences ?
06:07Comment garantir que les franges les plus fanatisées du régime iranien ne profiteront pas de l'occasion pour affirmer leur
06:17position politique dans la société iranienne et alentour ?
06:22Nul doute que ce conflit autour de la rente pétrolière s'insère dans un dispositif global de guerre économique
06:34au moment où la Chine s'affirme comme l'une des principales puissances d'un monde multipolaire
06:40et réclame pour son développement des ressources énergétiques absentes de son sol.
06:46Dans ce siècle de concurrence sans limite et de surproduction, avertissait Jaurès prémonétois dès 1895,
06:56il y a aussi concurrence entre les armées et surproduction militaire.
07:02L'industrie elle-même étant un combat, la guerre devient la première, la plus excitée, la plus fiévreuse des industries.
07:11Cette phrase percute de plein fouet notre époque, une époque de tension où le capital dans l'incapacité de régler
07:21ses propres contradictions
07:22savent d'une main la demande intérieure par des mesures drastiques d'austérité imposées par des États dociles et complices,
07:31nourrissant pauvreté et précarité et multiplient de l'eau les traités de libre-échange pour dégager de nouveaux terrains de
07:40profitabilité
07:41et offrir de nouveaux débouchés à l'océan de marchandises produites dans des conditions qui heurtent les besoins sociaux et
07:50écologiques.
07:51Cette dynamique morbide du capital financiarisé a pour exact corollaire une croissance phénoménale des budgets militaires sur l'ensemble de
08:02la planète.
08:034,9% de hausse générale du budget consacré à l'armement militaire ont été constatés en 2018,
08:12essentiellement portés par l'OTAN et en son sein la puissance états-unienne.
08:18La dépense globale de défense suit cette courbe folle depuis 20 ans, dépassant largement la proportion de dépenses militaires que
08:30nous connaissions lors de la guerre froide.
08:32L'intensification de la guerre économique produit bel et bien, comme le présentait Jaurès,
08:39l'excitation de la plus fiévreuse des industries, l'industrie militaire.
08:46Le monde a aujourd'hui, sur ses bras fragiles, le poids lourd d'un arsenal militaire d'une incroyable puissance
08:54et au cœur de celui-ci, un arsenal nucléaire aux capacités dévastatrices à peine concevables.
09:01Les deux puissances nucléaires se désengagent petit à petit des traités encadrant la production d'armes.
09:09Les traités bilatéraux signés entre les États-Unis et la Russie disent « TARC » censés freiner la prolifération nucléaire
09:19qui vient d'arriver à échéance en 2021 et rien ne permet aujourd'hui de prédire leur reconduction.
09:27D'autant que la Russie vient de suspendre sa participation aux traités sur les forces nucléaires à portée intermédiaire
09:35après que M. Trump l'ait brutalement déchiré il y a plusieurs mois.
09:40Comment comprendre que les armes chimiques et bactériologiques aient pu être interdites
09:47et que perdure cette tolérance à l'armement nucléaire, lui aussi et plus encore, de destruction massive ?
09:57Il y a deux ans, 122 États ont courageusement adopté aux Nations Unies le traité sur l'interdiction des armes
10:05nucléaires.
10:06Le chemin est encore long, mais la volonté progresse pour que l'humanité renonce à ses engins d'apocalypse.
10:16Les sommes colossales englouties par l'armement nucléaire pourraient être dégagées vers les besoins humains
10:23et répondre à cet enjeu fondamental de notre temps, la lutte contre le réchauffement climatique
10:30dont nous aurons encore plus que les jours derniers à subir les terribles conséquences.
10:37Les centaines de milliards alloués à l'entretien et la modernisation du parc nucléaire
10:43pourraient abonder des fonds pour une urgente transition écologique des modèles productifs, industriels ou agricoles.
10:52L'humanité se hisserait ainsi, à hauteur des terribles enjeux auxquels elle doit faire face en conjurant les deux principaux
11:01périls qui la guettent,
11:03nourris l'un à l'autre par la guerre économique et l'exploitation capitaliste, l'affrontement nucléaire et la destruction
11:10de notre environnement.
11:12Nous disons qu'aujourd'hui, l'affirmation de la paix est le plus grand des combats,
11:19combats pour refouler dans les autres et en soi-même les inspirations brutales et les conseils grossiers de l'orgueil
11:26convoité,
11:27combats pour graver l'innominie des forces inférieures, de barbarie qui prétendent, par une insolence inouïe,
11:34« Être les gardiennes de la civilisation française », disait Jaurès dans une adresse à la jeunesse,
11:41quelques mois avant que le fracas des âmes ne vienne engloutir la civilisation européenne.
11:48« Oui, la paix est le plus grand des combats, un combat politique qui ne se satisfait pas des formules
11:58creuses ou abstraites,
11:59mais appelle à l'action, à l'unité populaire, au dépassement du système de prédation qui porte en lui,
12:08telle la nuée, l'orage meurtrier des guerres.
12:12Elle est la condition première du développement social et démocratique des sociétés,
12:18sans laquelle ne peut advenir ce que Karl Marx appelait l'évolution révolutionnaire
12:26et que, par la suite, a repris Jean Jaurès lui-même.
12:30Jaurès prévenait en effet lucide que la guerre rendrait impossible la régulière évolution sociale.
12:39« Les hommes qui poussent la volonté de paix sont les serviteurs du progrès social ».
12:46Propos prémonitoires, comme aujourd'hui, est proposé aux populations du continent
12:51comme seul projet d'avenir, celui d'une militarisation de l'Europe,
12:58elle qui attend plutôt de l'Union européenne progrès démocratique, progrès social, progrès environnemental.
13:07Chers amis, chers camarades, Jaurès avait à cœur de montrer par ses actes et ses écrits
13:16la cohérence des combats pour l'émancipation humaine.
13:20Il aura mené de front le combat pour fortifier la République et faire advenir le socialisme,
13:28pour l'unité du prolétariat et la défense du capitaine Dreyfus,
13:33pour la séparation des Églises et de l'État et la paix civile,
13:38pour sa patrie et pour la solidarité internationaliste.
13:43De cette intransigeance à allier les engagements,
13:47Jaurès eut à pâtir sa vie durant, nourrissant inimitié,
13:52rancune jusqu'à la haine de ses adversaires les plus résolus.
13:57Il y a, dans le voyage de l'esprit à travers la réalité,
14:02une part d'aventure dont il faut d'emblée accepter le risque se plaisait à dire Jaurès.
14:11Jaurès tient cette cohérence de l'enseignement du grand événement
14:15qui fit bifurquer l'histoire universelle.
14:19La Révolution française, fille des Lumières et mère du socialisme,
14:25dont la France célèbre cette année, ou plutôt devrait célébrer cette année,
14:31le 230e anniversaire, malgré le silence assourdissant de son chef de l'État.
14:40Alors que les gouvernements successifs cherchent à effacer les enseignements
14:46de cette grande rupture politique et philosophique
14:50dont le souvenir s'évanouit dans un défilé militaire du 14 juillet,
14:56rituel où l'on exhibe son armement comme dans une vente aux enchères,
15:01souvenons-nous de l'intérêt que portait Jaurès à ce que, je le cite,
15:07« La flamme tourmentée mais immortelle, que despotisme et contre-révolution
15:13s'acharneront à éteindre et qui, toujours animée, s'élargira en une ardente espérance socialiste ».
15:22Lorsqu'il s'attèle à la rédaction de ce qui restera à l'une de ses grandes œuvres,
15:27« Son histoire socialiste de la Révolution française »,
15:31Jaurès se trouve à un moment charnière de son parcours politique et intellectuel.
15:37La France vit également des moments critiques.
15:40L'affaire Dreyfus affleure dans un climat d'antisémitisme fatigue
15:46et alors que les conquêtes républicaines vacillent sous les goûts de brutoire d'une réaction qui refuse de dire son
15:55dernier mot.
15:56Tout un courant politique et idéologique s'échine à dénier aux classes populaires toute légitimité à faire l'histoire.
16:05fleurissent alors les pamphlets hostiles aux mouvements populaires,
16:10définis par les Barès, Maurras et autres Gustave Lebon,
16:15autant d'intellectuels réactionnaires alors lus et commentés
16:20comme des névroses sociales par essence chaotiques, vecteurs de désordre et de chaos.
16:28Chaurès ne singe pas l'historien perché sur son avant-teint,
16:33contemplant l'histoire en refusant d'en tirer parti.
16:36Il effectue au contraire ce geste éditorial comme un geste politique qu'il place selon ses mots,
16:43je le cite, sous le triple patronage de Plutarch, de Michelet et de Marx.
16:50Autrement dit, d'une histoire des hommes appelés aux commandes, des événements, du peuple en mouvement,
16:58qui ne peut faire l'économie d'une analyse des conditions économiques et sociales qui fondent le réel.
17:05Cette histoire est l'occasion pour Jaurès d'user des outils conceptuels
17:10puisés dans la lecture des œuvres de Marx qu'il défore dans la décennie précédente,
17:15notamment d'une théorie matérialiste de l'Histoire, encore balbutiante,
17:21mais qui trouvera au cours du XXe siècle un puissant retentissement.
17:26Bourgeoise, la Révolution française l'est assurément, constate-t-il,
17:32mais elle a fait naître des contradictions à exprimer dès l'instauration de la République en 1792
17:40que seul le socialisme pourra surmonter en redéfinissant le rôle de la propriété.
17:50Je n'ai jamais négligé l'œuvre de réforme et toujours je m'efforçais de donner à nos projets de
17:58réforme une orientation socialiste.
18:01Je n'y voyais pas seulement des palliatifs aux misères présentes, mais un commencement d'organisations socialistes,
18:08des germes de communisme semés en terre capitaliste, disait Jaurès en 1901 au moment même de la rédaction de son
18:19histoire socialiste.
18:20Pour Jaurès, si la Révolution aura signé ce qu'il appelle l'avènement de la pleine démocratie politique,
18:32elle aura tout autant révélé dans son développement, précise-t-il,
18:37l'incapacité de la bourgeoisie française à gouverner seule parce qu'elle ne peut se défendre
18:43contre les forces subsistantes du passé sans faire appel aux forces de l'avenir.
18:49La Révolution est ainsi mère du socialisme et du mouvement ouvrier, d'une part,
18:55parce que la grande lumière de l'encyclopédie a nourri la pensée socialiste héritière
19:02des audaces extrêmes du XVIIIe siècle, qui commence à pénétrer les instituteurs de la nation.
19:09Et d'autre part, parce qu'elle aura concouru à subordonner théoriquement
19:14le droit de propriété au droit supérieur de la nation, disait-il,
19:20par l'effort des classes populaires représenté par les fractions jacobines.
19:25Le mouvement ouvrier est ainsi appelé à défendre la République, en prolongeant la démocratie,
19:34à fortifier les libertés conquises, en y puisant les ressources pour gagner de nouveaux combats.
19:41« Créer la démocratie en la dépassant a été, durant un grand siècle, tourmenté et fécond,
19:48l'œuvre de la classe ouvrière, disait Jaurès.
19:51Diriger la démocratie en la dépassant et l'obliger, enfin, à se hausser au socialisme,
19:58ce sera la grande œuvre de demain, concluait-il magistralement dans son histoire socialiste de la Révolution française. »
20:08Chers amis, comment ne pas penser à ce retour d'une mémoire révolutionnaire, enfouie,
20:16quand le mouvement des Gilets jaunes s'est élargi au pays entier lors de cette irruption des colères
20:23qui a irrigué et irrigue la France, quand se sont déployés et se déploient des dizaines de mouvements sociaux,
20:32des hôpitaux aux écoles, des EHPAD à ces sites industriels sacrifiés à l'hôtel du grand monopoli mondial financier,
20:42dont les noms Alstom, Askoval, Ford, Argo Wiggin, Conforama, Whirlpool,
20:53sonnent à l'oreille comme autant de trahison.
20:57Ceux qui regardent au fond des esprits, au fond des âmes, s'aperçoivent que dans la conscience ouvrière,
21:04l'idéal révolutionnaire survit secrètement et à la moindre ouverture des événements, la lumière jaillit de nouveau.
21:13Grande leçon pour tous les gouvernements de répression, quels qu'ils soient et de quelques noms qu'ils s'appellent.
21:20Ce n'a pas été écrit hier, ceci a été écrit par Jean Jaurès.
21:25Oui, les privilèges de la noblesse furent abattus en 1789 et 1793 par la mise en mouvement de la société
21:36française.
21:37Mais ce sont désormais ceux du capital, de la finance, maintenus grâce au sacro-saint droit de propriété,
21:46sur les moyens de production et d'échange, qu'il convient de faire choix
21:51afin que la République renoue enfin avec sa promesse de liberté, d'égalité, de fraternité
22:00et prolonge ainsi le combat révolutionnaire pour, comme le disait Jaurès,
22:05les citoyens cessent d'être des cerfs dans l'entreprise.
22:11Notre gouvernement s'affirme aujourd'hui comme un gouvernement de répression,
22:18liguant autour de lui l'ensemble des classes possédant pour conjuguer le secte de l'égalité sociale et politique,
22:26les moyens déployés pour brider les mouvements sociaux,
22:32le dévoiement des doctrines du maintien de l'ordre républicaine à des fins coercitives
22:38dans les banlieues populaires, allant jusqu'à mettre un groupe d'enfants à genoux dans la cour de leur école,
22:46comme sur les ronds-points tenus par des citoyens en gilets jaunes,
22:52ou devant des entreprises, ou encore tuant une dame qui vient à sa fenêtre en Marseille voir une manifestation,
23:00ou encore cette innommable tragédie du jeune Steve qui vient danser un soir de la fête de la musique à
23:09Nantes
23:10et qu'on retrouve 38 jours plus tard dans les eaux sauvâtres de la Loire,
23:17devrait inquiéter beaucoup plus qu'il ne le fait, car il ne faut jamais s'habituer à l'intolérable
23:24et il faut réclamer sans cesse des comptes à ceux qui aujourd'hui gouvernent, car ceci est intolérable.
23:32Monsieur Macron ajoute à sa politique de défense exclusive des plus riches et des possédants
23:51et à la répression policière une attitude de mépris résolument monarchique,
23:59sacrifiant le Parlement et contournant la souveraineté populaire par la grâce d'une élection présidentielle
24:07au mode de scrutin désuet lui conférant des pouvoirs exorbitants.
24:13Les lois de restriction des libertés qui se multiplient avec le développement du capital financier et mondialisé
24:22ne sont pas sans rappeler celles qui accablèrent la France à la fin du 19e siècle sous le nom de
24:31« loi scélérate ».
24:33Votre loi, s'insurgeait Jaurès, voudra d'un regard aigu, continu, profond,
24:42surveiller constamment toutes les consciences et alors, sous prétexte d'hygiène morale,
24:49vous aurez installé dans ce pays la plus étrange des tyrannies qu'on ait jamais pu rêver.
24:57Face à ce retour sans équivoque du parti de l'ordre sous de nouveaux oripeaux,
25:08l'on comprend aisément le soin pris à terre le 230e anniversaire du soulèvement révolutionnaire
25:24qui fonda la nation française et auquel Jaurès travailla à en faire vivre l'écho dans la classe ouvrière.
25:34Chers amis, chers camarades, je ne peux terminer cet exposé sans vous parler d'un des grands combats que mena
25:47Jaurès,
25:50celui pour que vive et se développe l'humanité, celui qui lui aura coûté des heures et des années de
25:59travail acharnés et épuisants.
26:03Faire vivre un grand journal sans qu'il soit à la merci d'autres groupes d'affaires est un problème
26:10difficile, prévenait-il, dans son premier éditorial.
26:15Nous en savons quelque chose.
26:20Mais, 115 ans plus tard, le journal qu'il fonda est toujours là, vivant à l'affût de l'actualité
26:33et des luttes pour la justice sociale,
26:36le progrès humain et environnemental, offrant son regard sur les événements du monde à toutes les intelligences libres.
26:45Il le fait dans des conditions rendues extrêmement difficiles qui dépendent de multiples facteurs que je ne peux développer ici.
26:59Informer en toute indépendance en assumant le regard communiste sur l'évolution du monde est devenu une chose ardue.
27:10Mais, c'est, nous en sommes persuadés, chose ô combien essentielle, non pas seulement pour nous-mêmes, mais pour la
27:21société tout entière,
27:23pour ce peuple qui vit et qui se bat, qui a besoin du point de vue communiste pour contrer la
27:31double offensive du capital et des extrêmes-droites.
27:35À l'heure où les impasses du système capitaliste apparaissent comme autant de menaces pour la survie de l'humanité,
27:43comment concevoir que puissent disparaître les journaux « L'Humanité et l'Humanité Dimanche », la fête de l'Humanité,
27:52qui, avec rigueur, sans tronquer les faits ni abaisser le débat public,
27:59cherchent dans le mouvement même du monde les voies de l'alternative.
28:04Chers camarades, vous le savez, depuis des mois maintenant, nous alertons sur la situation de l'Humanité,
28:15qui n'est pas seulement dans une zone de turbulence ou dans quelques difficultés fatales.
28:21L'humanité, aujourd'hui, est placée devant le défi de son existence et nous devons mener un combat extrêmement compliqué.
28:33Car dès lors que nous nous sommes trouvés dans une situation dite de cessation de paiement et ennemie sous protection
28:44du Tribunal de Commerce de Beaumigny,
28:46la vie a dû totalement changer pour nous.
28:52Ainsi, nous sommes contraints, aujourd'hui, de créer les conditions de, non seulement de la mise à l'équilibre économique
29:03de l'entreprise qui porte le nom de l'humanité,
29:09mais nous allons devoir, au-delà de ça, dégager des moyens pour payer l'endettement qui s'est accumulé ces
29:19dernières années,
29:22dû pour une large part au fait que le pouvoir, à la fin du quinquennat du président Sarkozy,
29:31a décidé de réduire de 1 million l'aide au quotidien à faible ressource publicitaire que touchait l'humanité
29:39et quasiment la même somme ou une somme quasi équivalente pour d'autres confrères, notamment ceux de la croix.
29:51A partir de ce moment, nous avons été confrontés à l'obligation de faire des économies extrêmement drastiques
29:58qui apportaient préjudice au contenu de l'humanité au sens où nous avons dû réduire la pagination,
30:06au sens où nous avons dû contraindre nos journalistes à moins ou ne pas se déplacer,
30:12et ceci pendant des mois et des mois, alors que dans le quinquennat précédent,
30:17on nous avait fait la promesse d'ouvrir la possibilité d'un plan de redressement
30:24qui était tout à fait praticable, mais jamais aucun des engagements qui ont été pris devant nous
30:31n'ont été honorés, pas plus qu'aucune banque.
30:36Celle qui est aujourd'hui emprunte à la Banque Centrale Européenne à des taux négatifs,
30:42moins 0,4%, c'est-à-dire que nous sommes dans une situation quand même
30:47où il y a des gens dans ce pays qui sont subventionnés pour faire de l'emprunt
30:51et nous, nous avons été punis parce que nous voulions en faire un,
30:57parce que nous avons à cœur la liberté et le pluralisme de la presse.
31:05Et donc, la situation que nous vivons aujourd'hui est difficile.
31:09Nous avons dû faire un nouveau plan d'économie fonctionnelle extrêmement lourd.
31:15Un plan de réduction des effectifs, également très lourd,
31:20qui va coûter puisque ceci aura évidemment des conséquences
31:26pour un certain nombre de collaborateurs qui quittent l'entreprise dans les prochains jours,
31:30mais aussi pour ceux qui restent, qui forcément auront plus de travail.
31:34Et enfin, nous avons à affronter maintenant l'enjeu du remboursement de nos dettes.
31:44Et donc, nous avons tous ensemble, moi évidemment le premier,
31:50mais au fond, comme je l'ai dit à nos amis de la Société des lectrices et des lecteurs
31:56que préside mon ami Hervé Bramy, qui est bien de succédé à Nicolas de Verbrefus,
32:01je leur dis en somme, je ne suis que votre employé dans cette affaire,
32:06puisque le journal vous appartient.
32:09Il n'y a pas d'entreprise capitaliste propriétaire du journal.
32:14Les propriétaires du journal sont ses personnels,
32:18sont la Société des lecteurs et des lectrices, la Société des amis.
32:22Voilà qui sont les propriétaires du journal.
32:25Et ce que je veux vous dire, et ne prenez pas ce que je vais vous dire maintenant à la
32:32légère,
32:33occupez-vous-en de ce problème.
32:36Occupez-vous de cette question.
32:38Et ce qui a été fait depuis plusieurs mois à travers la souscription populaire,
32:45avec une collecte de à peu près 2,4 millions de mille ce soir,
32:51est d'une importance cruciale, car elle permet de maintenir notre trésorerie courante,
32:58mais elle ne permet pas d'assurer un avenir au journal.
33:02Et c'est là que des forces économiques, des forces politiques, sont en ce moment même
33:11en train de jouer et de tendre un piège,
33:18en prétextant du fait que peut-être nous ne serions pas en situation de rembourser ces dettes,
33:24et de prévoir un plan de long terme,
33:27et donc que peut-être le fruit serait mûr pour liquider l'humanité
33:32et de faire de l'humanité, de la fête de l'humanité,
33:36de l'humanité dimanche,
33:38de l'ensemble de ce que nous sommes,
33:42un outil aujourd'hui
33:45qui pourrait dévoyer et qui pourrait devenir propriété d'autres.
33:50Je profite de l'occasion de cet hommage à Jaurès,
33:53en souvenir de Jaurès et en fidélité à Jaurès,
33:59pour redire ceci simplement, calmement, mais fermement.
34:07L'humanité n'est pas à vendre.
34:10Il n'y a pas de plan de session ouvert
34:13et nous n'accepterons pas la liquidation de l'humanité.
34:18Nous allons nous battre.
34:22Nous allons nous battre tout l'été,
34:26autant que ceci sera nécessaire
34:29pour empêcher que le pire advienne.
34:32Et d'ores et déjà, certains se plaignent
34:37que nous érigeons un mur, un front suffisamment solide
34:43pour que ceci ne soit pas possible.
34:46Mais nous, nous ne voulons pas que l'humanité
34:50soit un journal de plus dans l'escarcelle
34:54de ceux qui ont déjà beaucoup de journaux et de télévisions,
34:58ceux qui ont intérêt à la démocratie, au pluralisme,
35:03à la vivacité du débat d'idées,
35:06ont intérêt, y compris parmi ceux qui sont nos adversaires,
35:12ceux qui ne sont pas d'accord avec nous,
35:15ont tout intérêt à la vivacité du débat démocratique
35:19s'ils ne veulent pas que le pire advienne sur nos sociétés,
35:23c'est-à-dire cette montée purulente de l'extrême-droite
35:27à travers le monde entier qui frappera tout le monde.
35:30Tout le monde connaît cette poésie
35:32selon laquelle ils sont venus chercher mon voisin,
35:37je n'ai rien dit, je ne le connaissais pas.
35:39Ils sont venus chercher un catholique,
35:42je n'ai rien dit, je ne le connaissais pas.
35:44Ils sont venus chercher le socialiste,
35:47je n'ai rien dit, je ne le connaissais pas.
35:49Ils sont venus me chercher,
35:51il n'y avait plus personne pour me défendre.
35:53Eh bien, ceci est toujours d'actualité.
35:56Et qu'on se le tienne pour dire,
36:01ce message vaut pour toutes celles et tous ceux
36:05qui s'acharnent en ce moment même
36:08à nous créer des difficultés
36:10sur le chemin de notre redressement.
36:13Il y a des institutions solidaires,
36:16il y a des institutions publiques.
36:20Eh bien, cette solidarité doit agir
36:23et ne pas nous laisser dans la situation
36:25où nous sommes.
36:26Les caisses solidaires sont responsables,
36:29l'Etat est responsable
36:31et il doit agir en ce sens.
36:34Un certain nombre d'entreprises privées
36:36ou de prestataires nous ont déjà dit
36:39de manière différente qu'ils étaient prêts
36:42à faire un certain nombre d'actes
36:44pour que perdure l'humanité.
36:46Eh bien, en ce moment,
36:48tout le monde doit prendre sa part de responsabilité.
36:51Les lectrices et les lecteurs le font,
36:53vous-mêmes, chacune et chacun d'entre vous,
36:56sous des formes qui vous conviennent
36:59ou qui vous agréent.
37:01Le fait, par la souscription,
37:04par la campagne d'abonnement,
37:06par la bataille autour du bon de soutien
37:09à l'humanité qui donne droit à la fête,
37:14par des actes de promotion,
37:17de partage de nos articles.
37:20Enfin, il y a différentes manières
37:21d'aider et de promouvoir l'humanité.
37:25Le personnel le fait,
37:27au prix d'un travail acharné
37:29et au prix de ce plan de réduction des effectifs
37:32que nous sommes en train de le faire
37:35avec le cœur qui s'aime.
37:38Eh bien, que tous les partenaires
37:42le fassent de la même manière,
37:44y compris l'État,
37:46sans vouloir nous faire trébucher
37:48parce que nous ne resterons pas inertes,
37:52nous ne resterons pas sans rien dire,
37:55nous ferons appel, si c'est nécessaire,
37:58à la mobilisation populaire.
37:59Un moment de cette mobilisation aura lieu
38:03au moment de la fête de l'humanité
38:06auquel il faut convier autour de vous
38:10encore plus largement.
38:12Il est bien que nous ayons plus de bons de soutien
38:16réglés comparés à l'année passée.
38:19Il est bien qu'il y ait plus de mobilisation autour de nous
38:24car, malheureusement, le Tribunal de Commerce a fait
38:29de la fête de l'humanité un des indicateurs
38:32de notre plan de redressement,
38:34alors que ceci est plutôt aléatoire,
38:37ce que nous n'avons cessé de leur expliquer.
38:41Mais, puisque les choses sont ainsi,
38:44nous allons répondre à ce défi.
38:47Nous allons faire une grande, forte, belle fête de l'humanité.
38:53L'emporte pas pour nous-mêmes seulement,
38:56mais parce que les jeunes qui se battent pour le climat,
38:59ils ont besoin d'avoir à leur disposition
39:02un grand rassemblement comme celui-là.
39:04Les travailleurs d'Ascoval,
39:06de Alston General Electric,
39:08ceux de Whirlpool,
39:10ils ont besoin d'avoir cette fête.
39:12Les enseignants, les salariés des EHPAD,
39:15des hôpitaux,
39:16ils ont besoin d'avoir à leur disposition
39:19une grande fête comme celle-là
39:21pour s'exprimer, unir leur bataille.
39:25Et la gauche en général,
39:28dans sa diversité,
39:29dans ses contradictions,
39:31dans sa complexité de débat aujourd'hui,
39:35elle a besoin de se retrouver dans un lieu
39:37aussi emblématique
39:38que celui du journal fondé par Jean Jaurès
39:42et toute cette grande histoire politique
39:44et philosophique
39:46pour se retrouver débat,
39:48se contredire et tracer des chemins,
39:51tracer de nouveaux chemins d'humanité
39:53comme s'appelle notre fête.
39:55Chers amis et camarades,
39:56en m'excusant d'avoir été un peu long,
39:59je vous remercie de votre attention
40:00et je vous souhaite un bel été.
40:02Merci.
40:04Applaudissements
40:04Applaudissements
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