00:00Eh bien je crois que le pays se trouve aujourd'hui devant un paysage politique véritablement inquiétant.
00:05La stratégie d'Emmanuel Macron qui consistait à se choisir comme adversaire essentiel en excluant un peu les débats avec
00:11toutes les autres formations politiques
00:12et finalement les grandes questions qui peuvent agiter le pays, que ce soit en termes de pouvoir d'achat, en
00:18termes de sécurité d'emploi, en termes de services publics,
00:21tout cela au fond a été escamoté au profit de ce duel dont on peut dire finalement que c'était
00:26plutôt un duo.
00:27Finalement ça aboutit, je dirais, presque au-delà, avec un brin de cynisme, des espérances d'Emmanuel Macron
00:33puisque finalement c'est le Front National qui sort en tête de cette élection et cela avec une participation accrue,
00:39donc avec des centaines de milliers de voix en plus.
00:42Donc il y a là encore une progression du Front National en termes de voix.
00:47Cette stratégie délétère, donc d'opposer les populistes à son prétendu progressisme, ce n'est pas la seule chose.
00:54C'est aussi le fait que sa politique depuis des mois, y compris avec ce grand débat dont on sait
01:00maintenant qu'il était plutôt dilatoire,
01:03qu'il visait à gagner du temps et qui en tout état de cause ne répond pas aux attentes du
01:07pays et des Français,
01:08cette stratégie au fond a été sanctionnée par beaucoup d'électeurs et pas seulement le Front National.
01:14Le problème c'est qu'effectivement un certain nombre d'entre eux ont choisi pour sanctionner Emmanuel Macron le moyen
01:19le plus détestable,
01:20c'est-à-dire le vote pour le Rassemblement National.
01:23Alors dans ce cadre-là, je dirais que la situation est effectivement très problématique.
01:28Certes, les Verts sortent avec plutôt un bon score au-delà de ce qui leur a été donné par les
01:34sondages.
01:35Et sans doute on voit là un reflet très clair des inquiétudes qui courent partout, d'ailleurs pas seulement en
01:41France,
01:41mais concernant le climat, le réchauffement climatique et les questions environnementales.
01:46Au-delà, on constate que pour les autres formations politiques, c'est, je dirais, un paysage largement sinistré.
01:52Les Républicains sont loin de ce qui leur a été donné, à quelque chose comme 8%,
01:57et surtout à gauche, eh bien on est dans une situation véritablement difficile.
02:02Difficile parce que, effectivement, la France Insoumise, comme le Parti Socialiste avec à sa tête Raphaël Glucksmann,
02:11est à peu près à 6 et quelques pourcents.
02:14Et quant aux autres formations, dont le Parti Communiste qui est en deçà, sans doute, de ce qu'il espérait,
02:19pour les autres formations, eh bien c'est quand même véritablement, disons, une forme, non pas, peut-être pas d
02:25'échec,
02:26mais en tout cas, je dirais, d'absence de résultats tangibles qui auraient pu influer peut-être sur le résultat
02:33final de cette élection.
02:34Alors, la question qui est posée à la gauche, c'est évidemment comment ? Comment se reconstruire ? Que faire
02:39?
02:39Il n'y a pas d'autre choix, sans doute, que de tenter de se regarder une bonne fois pour
02:43toutes,
02:43ou, j'irais même peut-être plusieurs fois, dans le miroir pour se dire, bon, qu'est-ce qu'on
02:47fait et qu'est-ce qu'on fait ensemble ?
02:49Parce qu'au fond, chacune de ses forces, quelles que soient ses ambitions,
02:52n'est à même aujourd'hui de reconstituer une véritable alternative.
02:55Donc la question nous est posée.
02:57Mais ce n'est pas seulement une question qui est posée en France, elle est posée aussi en Europe,
03:00puisqu'on voit que, dans la plupart des cas, les extrêmes droites progressent,
03:04à quelques exceptions près.
03:06Et c'est une question qui nous est posée, au-delà, je dirais même, de l'Europe et des résultats
03:11politiques immédiats,
03:12c'est au fond une question véritablement civilisationnelle.
03:15Pourquoi ? Parce qu'on voit que partout dans le monde, les forces réactionnaires,
03:18les forces d'extrême droite, les forces populistes progressent,
03:22en remettant en cause un certain nombre d'acquis dans tous les pays.
03:25On pense par exemple à l'IBG aux États-Unis.
03:28Et donc, toutes ces questions-là nous sont aujourd'hui posées.
03:30Et je dirais, comme disait Aragon, quand les blés sont sous la graie,
03:34le fou qui fait le délicat,
03:35eh bien, il est temps pour la gauche de se reposer véritablement la question
03:39de la construction d'une alternative,
03:41ce à quoi, à mon avis, il devrait s'atteler le plus vite possible.