00:00La seule solution, c'est justement plus de démocratie. Et plus de démocratie suppose un double mouvement.
00:06Le premier mouvement, celui que vous initiez, c'est-à-dire l'irruption des citoyens dans la vie politique au
00:15jour le jour.
00:15C'est-à-dire le fait de ne plus laisser les politiques entre soi, le fait d'exiger que les
00:21procédures soient plus transparentes,
00:23le fait d'exiger qu'il y ait davantage d'évaluation, de contrôle par les citoyens de leurs élus,
00:28sans être dans la suspicion, mais simplement dans un dialogue démocratique qui permet justement aux décisions qui sont prises d
00:34'être plus légitimes.
00:35Il y a ça qui est indispensable. Et le deuxième mouvement qui est indispensable, c'est qu'il faut, et
00:43c'est le paradoxe,
00:45recliver le débat politique entre la gauche et la droite. Si nous ne reclivons pas le débat politique, je m
00:50'explique.
00:53Si nous ne nous montrons pas que tout le monde n'a pas les mêmes intérêts, que selon les choix
00:58et les décisions, il y aura des gagnants et des perdants,
01:01qu'on n'est pas obligé d'être toujours perdants et que ce soit toujours les mêmes qui soient gagnants,
01:05mais que le projet politique que je porte
01:07ne fait pas les mêmes gagnants que le projet politique porté par M. Macron ou par M. Fillon ou par
01:13Mme Le Pen.
01:14C'est une évidence. Ce ne sont pas les mêmes gagnants. Mais moi, mon objectif n'est pas que les
01:19gens gagnent au détriment des autres,
01:21encore qu'au détriment de la finance, des super profits bancaires, oui.
01:29Mais ce que je veux abattre, ce ne sont pas des hommes, ce sont des systèmes.
01:33Ce sont des systèmes dont je pense qu'ils sont injustes, produisent des inégalités et des inégalités structurelles.
01:39Moi, ce qui m'intéresse, ce n'est pas de taxer les banquiers, c'est de taxer les super profits
01:43bancaires.
01:44Parce que, bon, les gens gagnent aussi. Mais ce que je veux dire, c'est que c'est le système
01:49dont moi, je pense aujourd'hui qu'il est profondément injuste.
01:52Et donc, parce qu'il y a des intérêts contradictoires dans une société, il doit y avoir des projets politiques
01:57qui s'incarnent dans un clivage
02:00qui est un clivage clair, perceptible. Et je me suis à la fois intéressé aux travaux d'Elisa Lewis et
02:07de Romain Slitin.
02:08J'ai évidemment... Je me suis intéressé aux travaux de Sandra Logier, qui a beaucoup regardé ce qui se passait
02:14dans, aujourd'hui, la France,
02:17dans Nuit debout, dans toutes ces expériences démocratiques nouvelles qui n'avaient pas de correspondance, finalement, dans notre vie politique
02:27jusqu'ici.
02:28On ne savait pas très bien à quoi tout cela ressemblait. Et tout cela chemine.
02:31Mais je vais un peu plus loin. Je me reconnais aussi dans les travaux de la philosophe Chantal Mouffe qui
02:36dit qu'il faut refaire du clivage politique.
02:38Parce que si nous ne faisons pas de clivage politique, demain, nous ferons du clivage moral.
02:42Nous dirons ce qui est vrai et ce qui est faux. Et en disant ce qui est vrai et ce
02:45qui est faux, ce qui normalement est du ressort des philosophes et des hommes et des femmes de foi,
02:49eh bien nous créerons des clivages, ces fois-ci, ou des fractures, des frontières qui seront infranchissables entre les bons
02:57et les mauvais.
02:58Et quand il n'y a plus que les bons et les mauvais, les bons font la guerre aux mauvais
03:02et vice-versa.
03:03Là où, quand on était de gauche et de droite, la démocratie régulait nos désaccords, nos conflits, nos oppositions, mais
03:11elle est régulée pacifiquement.
03:12Le jour où le clivage politique cesse d'être politique droite-gauche pour devenir moral bon et mauvais, bien et
03:19mal, vous prenez le risque que la démocratie ne soit plus en capacité de réguler ce conflit-là
03:25et que la seule manière de faire gagner la vérité contre le mensonge, ce soit la violence.