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  • il y a 7 minutes
De retour de Saint-Pétersbourg, Vadim Kamenka, reporter à l'Humanité dresse un rapide portrait politique, économique et social de la Russie d'aujourd'hui.
Près de 4 millions de Russes se sont retrouvés sans domicile fixe ces trois dernières années. Dans ce contexte de crise économique et sociale, Vladimir Poutine reste néanmoins très populaire. Persuadés qu'une troisième guerre mondiale s'annonce, les Russes sont ainsi plus de 80% à souhaiter que le Président Poutine brigue un quatrième mandat en 2018. Analyse.

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Transcription
00:02Aujourd'hui, la crise économique que subit la Russie maintenant depuis trois ans,
00:07depuis le début du conflit ukrainien en 2013, la baisse du rouble, la baisse des prix des hydrocarbures
00:16fait que la Russie a connu une des crises les pires sous les trois mandats de Vladimir Poutine.
00:25Ça fait depuis une quinzaine d'années qu'on n'avait pas connu une crise économique aussi importante.
00:31Et la popularité de Vladimir Poutine vient du fait qu'il a réussi, au sortir des années Elcine,
00:38quand même plus de huit ans en pouvoir, à reconstruire une économie stable,
00:44a permis à toute une population qui n'arrivait plus à s'en sortir,
00:52les salaires étaient pour partie plus versés, les fonctionnaires touchaient une fois sur deux leurs salaires,
00:58les retraites n'étaient plus versées.
01:00Il a reconstruit tout ce maillon de l'État qui était important, tous ces services publics,
01:06qui étaient depuis la chute de l'URSS en déshérence.
01:09Il a permis à toute une population de se stabiliser et à une classe moyenne d'apparaître.
01:15Ça faisait partie du contrat social qui était fixé entre les élites et cette classe moyenne,
01:21c'est-à-dire du moment que l'économie va, on s'occupe moyennement de la politique
01:26et on lui laissait les pleins pouvoirs.
01:28Avec cette crise, déjà post-2008, lors de sa rélection en 2011,
01:34quand il passe de Premier ministre à nouveau à Président,
01:37il y a des premières contestations parce qu'on sent que le contrat est déjà rompu.
01:43notamment l'élite qui vit à Saint-Pétersbourg et à Moscou veut avoir son mot à dire
01:48sur la vie politique russe et sur les engagements qui sont pris.
01:52On sent que déjà économiquement, le pays va moins bien puisque l'économie est excessivement
01:58tournée vers les hydrocarbures.
02:00Donc dès que les hydrocarbures vont mal, il y a une partie de l'économie qui flanche
02:03et avec ça, le rouble qui dévisse au moindre risque.
02:09Donc on sent qu'il y a déjà, son élection a du mal à passer pour une partie de la
02:15population.
02:18Ensuite, deux ans plus tard, ce qui lui permet de rebondir et de redevenir populaire,
02:23c'est vraiment la crise ukrainienne et tout l'aspect international.
02:26C'est là-dessus que va s'installer son dernier mandat.
02:30C'est-à-dire sur l'Ukraine, sur la Syrie, sur l'Irak, c'est par ses postures internationales
02:38qu'il va construire sa nouvelle popularité.
02:40On peut dire là-dessus que l'attitude notamment de l'Europe et des États-Unis,
02:46quand le conflit par exemple en Ukraine éclate, les sanctions, au contraire de diminuer
02:53la popularité de Poutine, vont au contraire l'augmenter.
02:55Pourquoi ? Parce que c'est un réflexe nationaliste basique que les Russes ont toujours connu,
02:59c'est-à-dire que dès qu'on touche au chef et dès qu'il y a des discours anti
03:05-russes,
03:05plutôt que de remettre en cause la politique de son président,
03:10ils vont s'y attacher et le suivre.
03:14Donc les sanctions européennes, au lieu de fragiliser ce système Poutine,
03:17va au contraire lui permettre d'atteindre des sommets de popularité.
03:20Aujourd'hui, il a plus de 80% d'opinions favorables.
03:24C'est du jamais vu, même depuis le début de son pouvoir.
03:31La population le suit aujourd'hui sur n'importe quel sujet,
03:35alors que pourtant, économiquement, le pays n'a jamais été aussi mal.
03:39Les gens sont obligés parfois d'avoir un deuxième emploi pour survenir à leurs besoins,
03:44notamment dans les grandes vies, parce que le pouvoir d'achat est excessivement faible.
03:49Aujourd'hui, en gros, avec la chute de ruble, pour consommer la même chose qu'il y a deux ans,
03:54les gens vont dépenser deux fois plus, ce qui donne à peu près un aperçu des efforts économiques qu'il
04:00faut faire.
04:00Donc, multiplication des petits emplois, augmentation des inégalités, augmentation du chômage,
04:08augmentation de la pauvreté.
04:09Aujourd'hui, il y a énormément de Russes qui, malgré leur travail, sont pauvres.
04:16Donc, c'est une société capitaliste comme les autres,
04:20mais avec un pouvoir fort et qui semble protecteur, en tout cas pour les habitants,
04:25qui les protège en effet de la menace de l'extérieur, des sanctions,
04:30et qui se donnent petit à petit vers l'Asie,
04:32parce qu'il semble que c'est plus vers l'Asie que vers l'Europe que l'avenir se dessine.
04:38Donc, Vladimir Poutine incarne cette ambition,
04:46cette volonté, maintenant en russe, de s'affirmer sur la scène internationale,
04:49puisque pendant toutes les années 90, personne ne s'intéressait à la Russie.
04:54Ils ont pris claque sur claque, que ce soit par rapport à la construction de l'Union européenne,
04:57par rapport à l'OSCE, et il y a un certain nombre de dossiers qui n'ont jamais été réglés.
05:02Et aujourd'hui, la Russie, en gros, est dans une posture de confrontation
05:06avec ce qu'on peut appeler l'Occident, c'est-à-dire surtout les États-Unis et l'Europe,
05:10et un nombre de pays atlantistes, que ce soit des pays baltes ou des pays nordiques.
05:17Donc, il y a vraiment un jeu de confrontation qui se met en place,
05:21et dont Vladimir Poutine tire parti.
05:24On le voit aujourd'hui, puisqu'il a vraiment construit son économie aussi
05:27dans l'hypothèse d'une Troisième Guerre mondiale.
05:32Des thèses qui sont aussi d'actualité, par exemple, dans les dirigeants,
05:36chez les dirigeants européens ou au sein de l'OTAN.
05:40Et Vladimir Poutine s'en sert, comme à chaque fois,
05:42c'est-à-dire qu'il fait une espèce de contrebalancier.
05:47C'est vraiment partie de sa stratégie, c'est-à-dire qu'il réagit plus
05:49par rapport aux positions de ses adversaires.
05:52Et du coup, il développe une économie qui est sur une économie presque de guerre,
05:58avec un budget militaire qui n'a jamais été aussi important,
06:02un lobby militaro-industriel qui ne cesse de croître.
06:06Donc voilà, c'est un peu dans cette idée-là qu'il construit son futur mandat en 2018.

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