00:02Aujourd'hui, la crise économique que subit la Russie maintenant depuis trois ans,
00:07depuis le début du conflit ukrainien en 2013, la baisse du rouble, la baisse des prix des hydrocarbures
00:16fait que la Russie a connu une des crises les pires sous les trois mandats de Vladimir Poutine.
00:25Ça fait depuis une quinzaine d'années qu'on n'avait pas connu une crise économique aussi importante.
00:31Et la popularité de Vladimir Poutine vient du fait qu'il a réussi, au sortir des années Elcine,
00:38quand même plus de huit ans en pouvoir, à reconstruire une économie stable,
00:44a permis à toute une population qui n'arrivait plus à s'en sortir,
00:52les salaires étaient pour partie plus versés, les fonctionnaires touchaient une fois sur deux leurs salaires,
00:58les retraites n'étaient plus versées.
01:00Il a reconstruit tout ce maillon de l'État qui était important, tous ces services publics,
01:06qui étaient depuis la chute de l'URSS en déshérence.
01:09Il a permis à toute une population de se stabiliser et à une classe moyenne d'apparaître.
01:15Ça faisait partie du contrat social qui était fixé entre les élites et cette classe moyenne,
01:21c'est-à-dire du moment que l'économie va, on s'occupe moyennement de la politique
01:26et on lui laissait les pleins pouvoirs.
01:28Avec cette crise, déjà post-2008, lors de sa rélection en 2011,
01:34quand il passe de Premier ministre à nouveau à Président,
01:37il y a des premières contestations parce qu'on sent que le contrat est déjà rompu.
01:43notamment l'élite qui vit à Saint-Pétersbourg et à Moscou veut avoir son mot à dire
01:48sur la vie politique russe et sur les engagements qui sont pris.
01:52On sent que déjà économiquement, le pays va moins bien puisque l'économie est excessivement
01:58tournée vers les hydrocarbures.
02:00Donc dès que les hydrocarbures vont mal, il y a une partie de l'économie qui flanche
02:03et avec ça, le rouble qui dévisse au moindre risque.
02:09Donc on sent qu'il y a déjà, son élection a du mal à passer pour une partie de la
02:15population.
02:18Ensuite, deux ans plus tard, ce qui lui permet de rebondir et de redevenir populaire,
02:23c'est vraiment la crise ukrainienne et tout l'aspect international.
02:26C'est là-dessus que va s'installer son dernier mandat.
02:30C'est-à-dire sur l'Ukraine, sur la Syrie, sur l'Irak, c'est par ses postures internationales
02:38qu'il va construire sa nouvelle popularité.
02:40On peut dire là-dessus que l'attitude notamment de l'Europe et des États-Unis,
02:46quand le conflit par exemple en Ukraine éclate, les sanctions, au contraire de diminuer
02:53la popularité de Poutine, vont au contraire l'augmenter.
02:55Pourquoi ? Parce que c'est un réflexe nationaliste basique que les Russes ont toujours connu,
02:59c'est-à-dire que dès qu'on touche au chef et dès qu'il y a des discours anti
03:05-russes,
03:05plutôt que de remettre en cause la politique de son président,
03:10ils vont s'y attacher et le suivre.
03:14Donc les sanctions européennes, au lieu de fragiliser ce système Poutine,
03:17va au contraire lui permettre d'atteindre des sommets de popularité.
03:20Aujourd'hui, il a plus de 80% d'opinions favorables.
03:24C'est du jamais vu, même depuis le début de son pouvoir.
03:31La population le suit aujourd'hui sur n'importe quel sujet,
03:35alors que pourtant, économiquement, le pays n'a jamais été aussi mal.
03:39Les gens sont obligés parfois d'avoir un deuxième emploi pour survenir à leurs besoins,
03:44notamment dans les grandes vies, parce que le pouvoir d'achat est excessivement faible.
03:49Aujourd'hui, en gros, avec la chute de ruble, pour consommer la même chose qu'il y a deux ans,
03:54les gens vont dépenser deux fois plus, ce qui donne à peu près un aperçu des efforts économiques qu'il
04:00faut faire.
04:00Donc, multiplication des petits emplois, augmentation des inégalités, augmentation du chômage,
04:08augmentation de la pauvreté.
04:09Aujourd'hui, il y a énormément de Russes qui, malgré leur travail, sont pauvres.
04:16Donc, c'est une société capitaliste comme les autres,
04:20mais avec un pouvoir fort et qui semble protecteur, en tout cas pour les habitants,
04:25qui les protège en effet de la menace de l'extérieur, des sanctions,
04:30et qui se donnent petit à petit vers l'Asie,
04:32parce qu'il semble que c'est plus vers l'Asie que vers l'Europe que l'avenir se dessine.
04:38Donc, Vladimir Poutine incarne cette ambition,
04:46cette volonté, maintenant en russe, de s'affirmer sur la scène internationale,
04:49puisque pendant toutes les années 90, personne ne s'intéressait à la Russie.
04:54Ils ont pris claque sur claque, que ce soit par rapport à la construction de l'Union européenne,
04:57par rapport à l'OSCE, et il y a un certain nombre de dossiers qui n'ont jamais été réglés.
05:02Et aujourd'hui, la Russie, en gros, est dans une posture de confrontation
05:06avec ce qu'on peut appeler l'Occident, c'est-à-dire surtout les États-Unis et l'Europe,
05:10et un nombre de pays atlantistes, que ce soit des pays baltes ou des pays nordiques.
05:17Donc, il y a vraiment un jeu de confrontation qui se met en place,
05:21et dont Vladimir Poutine tire parti.
05:24On le voit aujourd'hui, puisqu'il a vraiment construit son économie aussi
05:27dans l'hypothèse d'une Troisième Guerre mondiale.
05:32Des thèses qui sont aussi d'actualité, par exemple, dans les dirigeants,
05:36chez les dirigeants européens ou au sein de l'OTAN.
05:40Et Vladimir Poutine s'en sert, comme à chaque fois,
05:42c'est-à-dire qu'il fait une espèce de contrebalancier.
05:47C'est vraiment partie de sa stratégie, c'est-à-dire qu'il réagit plus
05:49par rapport aux positions de ses adversaires.
05:52Et du coup, il développe une économie qui est sur une économie presque de guerre,
05:58avec un budget militaire qui n'a jamais été aussi important,
06:02un lobby militaro-industriel qui ne cesse de croître.
06:06Donc voilà, c'est un peu dans cette idée-là qu'il construit son futur mandat en 2018.