00:01C'est un temps déraisonnable. On avait mis les morts à table, on faisait des châteaux de sable, on prenait
00:07les loups pour des chiens.
00:08Tout changeait de pôle et d'épaule. La pièce était-elle ou non drôle ? Moi, si j'y tenais
00:15mal mon rôle, c'était de n'y comprendre rien.
00:18C'est Argon dans ce beau recueil de poèmes qui s'appelle « Le roman inachevé ».
00:22Alors, effectivement, on est peut-être un petit peu dans cette situation aujourd'hui de ne plus savoir quel est
00:27notre rôle parce qu'on n'y comprend plus vraiment rien.
00:30Ou au moins, disons qu'on fait parfois semblant de ne pas comprendre. Parce que tout ce qui se passe
00:35est quand même assez surprenant.
00:37Bien sûr, on a vu la saga, le feuilleton, la série télévisée François Fillon.
00:41Mais on voit aussi, à gauche, au sein du PS, cette chose absolument étonnante où les ténors du PS s
00:50'efforcent de tuer la candidature de Benoît Hamon,
00:54tout simplement, Bertrand Delannouet, alors jusqu'à dire que son programme est dangereux.
00:59Alors, franchement, pour qualifier un candidat qui a été quand même élu à la suite d'une primaire,
01:06ben voilà que pour eux, finalement, Hamon est trop socialiste. Pour les socialistes, Hamon a un défaut, il est socialiste.
01:11Parce qu'en réalité, tous, ben, ceux-là sont en train de faire mouvement vers qui ?
01:15Ben, bien sûr, vers Emmanuel Macron, on le sait bien, mais s'ils ne le disent pas trop fort encore
01:19pour tous,
01:20c'est qu'ils ne veulent pas le marquer trop à gauche, hein, enfin, faire semblant.
01:24Parce qu'en réalité, pourquoi le soutiennent-ils ?
01:26Bien, tout simplement parce qu'effectivement, Emmanuel Macron, c'est la poursuite en démultiplier du programme du virage social-libéral
01:36accompli par, engagé par François Hollande, Emmanuel Basse.
01:40Et, au fond, ceux qui peuvent le mieux l'analyser, c'est peut-être la droite.
01:45Par exemple, Yves de Cardrel, membre éminent du MEDEF et directeur du très à droite Valeurs Actuelles,
01:52écrivait ceci dans le Figaro hier.
01:57Alors, ben, le programme de Macron est socialiste, dit-il.
02:00Mais socialiste, comment ?
02:02Emmanuel Macron a retenu un certain nombre de propositions favorables aux entrepreneurs.
02:06Certes, il a pris en compte les problèmes liés au coût du travail,
02:10en promettant une diminution de six points des charges.
02:13Sans doute, il veut réorienter l'épargne vers tout ce qui favorise le capital productif.
02:17Il suggère de ramener le taux de l'impôt sur les sociétés de 33% à 25%, etc.
02:22Autant de mesures, dit-il, qui relèvent de ce que les économistes appellent la politique de l'offre.
02:27Alors, pour Yves de Cardrel, évidemment, ce n'est pas assez.
02:28Mais, en réalité, qu'est-ce que ça veut dire ?
02:30Ça veut dire que, comme tout le monde le rend combien,
02:32le programme de Macron, au fond, est un programme très libéral,
02:35même si il est habillé, je dirais, de mesures sociétales qui peuvent séduire pour partie.
02:41Et donc, c'est un programme profondément libéral.
02:43Et le virage qui est accompli par les dirigeants socialistes, mais pas seulement eux,
02:48eh bien, tout simplement, c'est d'aller vers la droite.
02:50Alors, il est vrai que cette position, ce changement,
02:55ce changement de pôle et d'épaule, comme disait Aragon,
02:57il concerne aussi, je dirais, des anciens dirigeants responsables communistes,
03:02malheureusement, Robert Rue, Patrick Brangouzec, eh bien, après tout, c'est leur choix.
03:07Mais enfin, il y a quand même cette chose curieuse, c'est comment lutter contre l'extrême droite en en
03:12rajoutant à droite.
03:13Alors, finalement, le mieux, c'est peut-être un peu de ce que disait le psychanalyste Gérard Miller,
03:19hier, dans une tribune publiée par Le Monde.
03:22Gérard Miller qui dit, je lis,
03:26« Une élection démocratique suppose la confrontation des idées
03:30et pas la prise en compte anticipée d'un résultat aléatoire.
03:34Il n'y a rien de plus insupportable que les évidences qu'on veut nous faire gober. »
03:39Et, conclut-il, « Voilà, pour que le meilleur gagne, encore faut-il qu'il se présente
03:43et que ceux qui devraient le soutenir ne renie pas leurs convictions et engagements. »
03:48Alors, Gérard Miller a fait son choix, je dirais que peut-être nous aussi,
03:52et donc, eh bien, voilà, peut-être que le mieux pour essayer, comme disait Aragon,
03:57d'y comprendre quelque chose, c'est finalement de voter en fonction de ce qu'on pense.