00:03Je suis à la fois en colère, et puis moi j'ai l'impression de mal faire mon travail.
00:09Ça fait 30 ans que je suis infirmière, et vraiment, vraiment, les conditions de travail se sont dégradées.
00:16Il faut savoir tout faire, vite, vite, vite, et c'est au pas de course.
00:20Et juste le détail, maintenant que la journée de travail a diminué, on ne mange plus de la semaine.
00:25Quand on est du matin, on ne mange pas. Quand on est d'après-midi, on ne mange pas non
00:29plus.
00:30Et c'est au pas de course. Ça paraît normal.
00:33Quand on dit à nos collègues à 14 ans que tu vas t'arrêter pour manger,
00:36on dit non, je préfère rentrer chez moi. Je vais manger chez moi, parce que je n'ai pas le
00:40temps de manger.
00:41C'est le quotidien, c'est vraiment maltraité.
00:44On se dit qu'une institution où il y a des soignants, il faudrait s'occuper de que les soignants
00:49soient en forme, en bonne santé.
00:51Non, ça, ce n'est pas un problème. Ça devient juste économique.
00:57C'est une incompréhension totale.
01:00On n'arrive pas à comprendre en quoi avoir diminué, ça peut améliorer la qualité.
01:06Il y a un discours d'un côté, et puis de l'autre côté, il y a la réalité, où
01:09c'est infaisable.
01:10C'est infaisable. Par tous les bouts qu'on le prenne, en diminuant la journée de travail, en ayant moins
01:15de repos.
01:15Moi, j'ai 60 jours de comptes épargne de temps, je ne peux pas les poser.
01:23On espère une mobilisation vraiment très forte, une prise de conscience de la part de la population,
01:28parce que la population est en premier impactée.
01:30Les rendez-vous sont à deux mois, trois mois.
01:32Avec les patrons, c'est un an, voire deux ans d'attente.
01:35Dans toutes les spécialités, c'est extrêmement long.
01:37Dans les services de soins, je suis infirmière en rhumatologie à l'hôpital Henri-Mondor à Créteil.
01:43Et ça fait plus d'un an qu'on se mobilise contre la réforme Hirsch.
01:48Et on pourrait se dire, ce qu'ils voulaient nous vendre, c'était, on vous diminue certes les RTT,
01:56mais c'est pour être plus souvent au travail, comme ça, il y aura moins de remplacements.
02:00On payera moins, mais en fait, on n'est pas cons, enfin, on n'est pas dupe.
02:04Donc, il nous a fait le chantage, que je trouve vraiment odieux, de se dire,
02:10on vous supprime des RTT, mais si vous ne faites pas cet effort,
02:13et bien c'est à cause de vous qu'on va supprimer des milliers de lits.
02:16C'est le chantage. Il va falloir faire cet effort-là.
02:22Diminuer les RTT, pour nous, on pourrait se dire, bon, pourquoi pas.
02:28Mais en réalité, diminuer notre journée de travail, alors que quand on était déjà,
02:32on travaillait en 7h50, on était déjà en horaire variable,
02:36on nous dit, ben non, vous allez passer de vos RTT à 15 RTT.
02:42Mais ça nous permettait d'avoir tous les mois des RTT qui font qu'on ne coupait pas nos repos.
02:51C'est un peu difficile à comprendre.
02:52On travaille un week-end sur deux, et le week-end, les deux jours de repos qui remplacent le week
02:57-end où on travaille,
02:59sont soit le lundi-mardi, c'était soit le lundi-mardi, soit le jeudi-vendredi,
03:03et là, ils sont coupés, parce qu'on n'a pas assez de RTT pour avoir deux jours de repos
03:07d'affilée.
03:07Ce qui fait que ce sont des roulements extrêmement fatigants.
03:10Donc, sur le groupe Henri Mondor, ils ont mis en place un logiciel qui s'appelle Octave,
03:15pour mettre en place des roulements fixes, ils disent que c'est par souci d'équité
03:18pour que vous fassiez autant de matins que d'après-midi.
03:22Or, on avait trouvé un équilibre, la plupart des gens, entre ceux qui préféraient être un majoritaire du matin,
03:28majoritairement d'après-midi, et on arrivait à peu près s'organiser,
03:32même si les horaires variables, pour moi, c'est une hérésie sur le plan de la santé, pour le sommeil,
03:36on n'en parle pas du tout, et les directions nous disent, en province, ils sont déjà comme ça,
03:40donc après tout, pourquoi vous, vous n'y seriez pas ?
03:43À la paix, la majorité des hôpitaux intramuraux, Paris intramuraux,
03:47ce n'était pas un horaire variable, et les gens arrivaient à trouver un équilibre.
03:51Mais non seulement ils ont diminué, je suis désolée, c'est un petit peu long,
03:54ils ont diminué les RTT, mais en plus, sur notre groupe,
03:59ils ont avancé la journée de travail, la prise de service à 6h40, au lieu de 7h.
04:05Ce qui fait qu'on se lève encore plus tôt.
04:07Et à Mondor, on a des gens qui habitent très loin, 60 km, voilà,
04:11il y a des gens qui habitent très loin, puisque le loyer, les gens s'éloignent.
04:16Donc commencer très très tôt le matin, et finir tard le soir,
04:19alors on finit peut-être un peu moins tard sur le papier,
04:22mais on continue à faire des transmissions qui sont, pour être précises,
04:25pour que la relève puisse prendre en charge correctement les patients,
04:30on finit aussi tard.
04:32Les collectes de nuit arrivent un peu plus tôt,
04:33mais là, on a des malades de plus en plus lourds, de plus en plus hachés,
04:38polypathologiques, et ils ont supprimé aussi des lits dans les services.
04:42En orthopédie, ils ont supprimé une vingtaine de lits.
04:46Ce qui fait qu'en médecine, on se retrouve avec de la chirurgie,
04:49on a de l'orthopédie, on a de la neurochirurgie,
04:51on a obligé de faire de l'hébergement,
04:54parce qu'il n'y a pas assez de lits dans les services pour accueillir tout le monde.
04:57Et là, ça s'est vraiment aggravé depuis quelques années,
05:01et on a une polypathologie, des patients qui ont 90-95 ans,
05:08un effectif constant.
05:11Donc il faut qu'on arrive à s'organiser, mais on n'y arrive pas.
05:16Donc il y a des arrêts, on est un service où on ne s'arrête pas beaucoup,
05:18on est un petit service, mais il faut le temps où,
05:22je disais qu'il y a de plus en plus de pathologies qu'on découvre en hématologie,
05:26on a mal au dos, mais des fois, c'est des métastases de cancer.
05:29Donc des fois, c'est de l'hématologie, c'est de la cancérologie,
05:32et c'est des patients qui ont très mal,
05:34donc il faut prendre le temps avec eux pour les manipuler,
05:37et puis pour encaisser le diagnostic,
05:40et on n'a pas le temps, ce temps d'accompagnement, on n'a pas le temps.
05:43Et pour moi, c'est vraiment de la maltraitance institutionnelle
05:46qui a été programmée, et c'est insupportable, ça c'est insupportable pour nous.
05:52Donc je parlais aussi des déplacements dans les services.
05:55Depuis la mise en place des pôles en 2008,
06:00ils ont mis en place ces pôles,
06:02et donc on nous demandait d'être déplacés à l'intérieur du pôle.
06:05Maintenant, c'est des déplacements dans tout l'hôpital.
06:07Et les équipes de nuit sont les plus impactées,
06:09puisqu'elles sont moins nombreuses.
06:11Et tous les soirs, tous les soirs, il y a des déplacements.
06:14Dès que vous êtes à l'effectif,
06:15on s'est battus pour être un minimum d'infirmières.
06:19Dès qu'ils prennent leur service, on leur dit qu'il y a un coup de fil en urgence,
06:25il faut aller se déplacer ailleurs.
06:28Et voilà.
06:29Qu'est-ce que vous attendez de ce gouvernement ?
06:32Rien.
06:32Parce que c'est dans la juste continuité de la politique qu'il y avait avant.
06:36Il y avait la loi Bachelot, la loi HPST, patients, territoires.
06:40On est en plein dedans.
06:41Le mot territoire, maintenant les GHTC,
06:45la lettre T de territoire,
06:47où ils réorganisent ça.
06:49Et y compris dans les émissions comme le magazine de la santé,
06:52ils ont dénoncé en disant qu'il y a un découpage
06:55qui va à l'encontre de ce que les hôpitaux faisaient
07:00comme accord conventionnel entre eux,
07:01avec des choses qui paraissaient logiques.
07:03Mais à chaque fois qu'il y a eu des restructurations,
07:05il y a eu des fermetures de services,
07:07il y a eu des fermetures d'hôpitaux.
07:09Et pour la population, c'est insupportable.
07:12Alors je ne sais pas s'ils ont assez médiatisé,
07:15mais c'est au quotidien que les gens,
07:17surtout en province, à Paris,
07:19c'est peut-être moins...
07:23On le sent moins peut-être.
07:25Mais en province, oui, les gens doivent faire
07:27des dizaines de kilomètres avant d'accéder
07:32à des urgences, à une maternité,
07:34à un service hospitalier.
07:37Voilà, moi j'en ai encore beaucoup à dire,
07:40mais voilà, le quotidien est extrêmement difficile.
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