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  • il y a 4 jours
Chaque année, 160 000 mineurs sont victimes de violences sexuelles en France. Ces agressions marquent durablement leur développement et leur vie d'adulte. Dans les cas d'inceste, qui représentent 81 % des situations selon la Ciivise, la violence est physique, mais aussi relationnelle. Comment faire face aux mécanismes de honte et de silenciation ? À quoi ressemble le long chemin vers la reconstruction ? Comment la société peut-elle aider les victimes ?Pour en parler, Ali Baddou échange avec Frédéric Pommier, journaliste à France Inter et auteur de Derrière les arbres, Mélanie Dupont, psychologue à l'UMC de l'Hôtel-Dieu de Paris, et Antoine Garapon, ancien juge des enfants et président de la Commission indépendante pour un périscolaire sûr.

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00:00:01Paris partyrisée, mais Paris libérée.
00:00:08Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l'avortement.
00:00:11Vous n'avez pas, M. Mitterrand, le monopole du cœur.
00:00:14Qui s'aime la misère récolte la colère, c'est ce qu'ils ont aujourd'hui.
00:00:16La justice française ne sera plus une justice qui tue.
00:00:26How dare you !
00:00:27Moi j'étais plutôt dans un milieu, on va dire, aisé, dans la banlieue parisienne.
00:00:33Donc un endroit plutôt gossu et une violence que les voisins connaissaient, l'école connaissait.
00:00:40Et je suis convaincu que ça a été pour moi, de cette manière-là, j'ai été la pro d
00:00:45'un agresseur.
00:00:47Parce que j'ai été victime, et je m'en souviens, de cinq viols, entre l'âge de 8 ans
00:00:50et 11 ans,
00:00:51par un prêtre pédocriminal qui était un grand-oncle.
00:00:53Dans des familles ?
00:00:54Quelqu'un de ma famille, il était prêtre missionnaire en Afrique.
00:00:59Mes parents avaient une chambre d'amis au premier étage.
00:01:01Moi j'étais au deuxième étage avec tous les enfants, parce que j'avais deux sœurs également.
00:01:04Et je n'ai jamais compris pourquoi mes parents le faisaient dormir dans ma chambre.
00:01:08Bonsoir à toutes et à tous et bienvenue à un débat doc ce soir autour d'un film puissant, émouvant.
00:01:15Didier, moi et les autres, les enfants du silence, c'est un documentaire de Nicolas Bourgoin.
00:01:21160 000 mineurs sont victimes de violences sexuelles chaque année en France.
00:01:26160 000, un phénomène social majeur et ravageur.
00:01:30Alors comment aider ces enfants, ces adultes ? Comment les aider évidemment à se reconstruire ?
00:01:36De quels moyens ont besoin la justice, la médecine pour ce travail de reconstruction ?
00:01:41Après le documentaire, nous ouvrirons le débat avec nos trois invités.
00:01:45Frédéric Pommier, journaliste à France Inter, auteur d'un livre majeur,
00:01:49Derrière les arbres, chez Flammarion, où il témoigne des abus dont il a été victime.
00:01:54Mélanie Dupont, qui est psychologue, membre de l'unité médico-judiciaire à l'Hôtel Dieu à Paris.
00:02:01Et Antoine Garapon, qui est lui, ancien juge pour enfants, président de la commission sur les violences dans le périscolaire
00:02:07parisien.
00:02:08On les retrouve juste après le documentaire. Débat doc, c'est parti.
00:02:28J'avais neuf ans. Aujourd'hui, j'en ai 52.
00:02:36Entre les deux, rien. Le silence. Le corps qui se ferme. La mémoire qui hurle sans faire de bruit.
00:02:45On m'appelait Gueule d'amour, Petit Blond, yeux clairs.
00:02:50J'avais cette gueule-là, celle qu'on remarque.
00:02:53Celle qui a réveillé une pulsion chez un type de 40 balais.
00:02:57Un ami de mon père.
00:03:01Un soir, il est venu de ma chambre d'enfant. Je dormais. Et plus rien n'a été pareil.
00:03:13On ne raconte pas ça. Pas dans ma famille. Pas quand on est un garçon. Pas dans un monde qui
00:03:18ferme les yeux.
00:03:21Alors on se tait. Pendant des années, on devient expert en silence. En survie.
00:03:31Et puis un jour, ça sort. Parce qu'on étouffe. Parce qu'on croise d'autres types.
00:03:36D'autres mômes devenus hommes. Cabot, c'est pareil.
00:03:39C'est pareil. Et on comprend qu'on n'est pas seul.
00:03:44Ce film, c'est pour eux. Pour nous. Pour ceux qui ont parlé. Et pour ceux qui n'y arrivent
00:03:50pas encore.
00:03:52Il est temps qu'on écoute.
00:04:20Sous-titrage Société Radio-Canada
00:04:27Didier, c'est le premier mec que j'ai rencontré.
00:04:30Il m'a chopé d'entrée avec ses yeux, son silence, sa rage droite.
00:04:34Le type voulait retrouver celui qui lui avait bousillé la vie. Rien que ça.
00:04:39Il s'est mis en route. Moi, j'ai suivi.
00:04:42Sans lui, j'écrivais rien. Je ne filmais rien.
00:04:45Après, il y a eu Arnaud.
00:04:47Autre victime. Mais pas du genre à se planquer.
00:04:50Il a redressé la tête. Il a gueulé. Il a pris le combat à bras-le-corps.
00:04:54Aujourd'hui, on l'écoute.
00:04:56Même ceux qui faisaient semblant de rien.
00:04:59Et puis, Adrien.
00:05:01Lui, ce sont les mots.
00:05:02Une lumière bancale.
00:05:04J'ai aimé ses failles.
00:05:05Sa manière de tenir. De dire que oui, on survit.
00:05:08On vit. Même cabossé.
00:05:10Pleinement.
00:05:16Didier, c'est un grand type de 65 ans.
00:05:18Une gueule de père Noël.
00:05:19Le genre de mec qu'on imagine solide, rigolard.
00:05:22Il a été agressé à 11 ans.
00:05:24Et pour ne pas sombrer, ou peut-être justement parce qu'il était en train de sombrer,
00:05:28il s'est mis en tête de retrouver son agresseur.
00:05:30Puis de le filmer.
00:05:32Ouais.
00:05:32Le filmer.
00:05:34Va savoir ce qui se passe dans une tête fracassée.
00:05:37Moi, j'ai trouvé ça dingue.
00:05:39Brillant, peut-être.
00:05:40Ou désespéré.
00:05:42Les deux.
00:05:44Ça m'est un endroit où je suis passé, repassé, retourné dans mon scooter pour arriver au moins le voir.
00:05:53Ça m'est des années, mais en fait, à mon avis, je l'ai topé.
00:05:59Tout le temps que je suis mis à Paris, parce que je suis dans le sud, je passais ici.
00:06:02Pour voir si tu le voyais ?
00:06:03Ouais.
00:06:04C'est un peu obsessionnel, mais quand je l'ai vu, là où on va y arriver, que j'ai
00:06:11pu faire une photo même de loin, j'ai su que c'était lui.
00:06:15Les images qu'il a filmées, les voilà.
00:06:18Brutes, cinglantes, glacées comme une lame.
00:06:22Chaque fois qu'il quittait son hameau dans les Cévennes, chaque fois qu'il remontait à Paris, il le traquait,
00:06:28calme.
00:06:29Comme on ferait avec une bête.
00:06:32Son agresseur.
00:06:34Le type vivait encore, marchait droit.
00:06:38Un balcon, une rue, une sortie de supermarché, Didier filmait.
00:06:43C'était son exutoire.
00:06:45Sa guerre à lui.
00:06:47Aucun mot.
00:06:48Juste ce regard à travers la caméra.
00:06:51Comme une promesse qu'il se faisait à lui-même.
00:06:54Je ne détournerai plus les yeux.
00:07:00Ce sont nos histoires qui nous ont foutu l'un devant l'autre.
00:07:02Adrien et moi.
00:07:04Deux ans déjà.
00:07:06Ça a collé tout de suite, sans prévenir.
00:07:09Aller comprendre comment des trucs un peu cradent, un peu trop lourds pour le commun des mortels,
00:07:14peuvent vous rapprocher comme ça.
00:07:16Ça fait des nœuds solides.
00:07:18Peut-être même que ça s'appelle de l'amitié.
00:07:21J'avais 13 ans, c'est en Vendée.
00:07:24Et je suis vraiment un gamin.
00:07:26Dans tout ce que ça a d'excitant.
00:07:31Parce que c'est la découverte de plein de choses.
00:07:34Tu t'élabores.
00:07:35Tu te positionnes par rapport au groupe.
00:07:38Par rapport à la masculinité aussi.
00:07:39Ça commence tout de suite.
00:07:41C'est des ambiances de vestiaires.
00:07:43En plus, on est dans des colonies de sport.
00:07:45Enfin, moi, j'étais dans des colonies de sport.
00:07:49Cet été-là, 1994, on est dans des petites chambres.
00:07:53Et ce moniteur de colonie de vacances, il va s'en prendre à moi pendant 7 jours.
00:07:58Quelque chose comme ça.
00:08:00Tous les matins.
00:08:01Avant que la cloche du réveil sonne.
00:08:05À un moment, il va s'arrêter.
00:08:07Mais il vient sonner à la maison un jour.
00:08:10On est 2-3 jours après.
00:08:11À la fin de la colonie.
00:08:13J'avais dû lui dire que j'étais seul à la maison quelques jours avec mon père qui travaillait en
00:08:17journée.
00:08:18Moi, je m'en souviens très bien parce que c'est le Tour de France, comme tous les étés.
00:08:24J'adore regarder le Tour de France.
00:08:26Et mon truc préféré, c'est de me préparer une glace à la vanille avec de la confiture d'abricot.
00:08:38Et le gars vient sonner.
00:08:41Et il veut rentrer.
00:08:43Et je lui dis.
00:08:46Il y a des ouvriers dans le salon qui font la peinture.
00:08:51Et il s'en va.
00:08:54J'ai refermé la porte.
00:08:56J'ai remonté le couloir.
00:08:59Et j'ai mangé ma glace à la vanille et à l'abricot.
00:09:07Et quand je repense...
00:09:09Bref.
00:09:11Et ça s'est arrêté 19 ans.
00:09:15Il ne s'est plus rien passé après.
00:09:27Ici, l'Écosse, l'Écosse-Nart, ce n'est pas Pagnol.
00:09:31C'est plus rude, tu veux dire ?
00:09:32Il y a un côté direct et cache là-haut.
00:09:34Il y a un peu ce caractère, un peu grande de gueule.
00:09:38Mais ça donne un caractère un peu fort.
00:09:40Même si, soi-disant, on dit, les gens qui ont vécu d'agressions sexuelles, c'était les faibles.
00:09:50Et je ne me sens pas faible du tout.
00:09:52Mes origines sont fortes.
00:10:07Je suis issu d'une famille, comme disait ma mère, et soi-disant fière de paysans et d'ouvriers.
00:10:15Ma mère était femme de ménage, mon père était manutentionnaire.
00:10:18C'est des petits gens modestes.
00:10:19Et ils essaient d'élever leurs enfants au mieux.
00:10:22Et moi, à 11 ans ou 12 ans, j'ai les pattes à roulettes.
00:10:27J'ai le vélo à 13.
00:10:28Et à 15, 16, j'ai la mobilette.
00:10:31On ne peut pas dire qu'on a été...
00:10:32Et pourtant, ils avaient des petits salaires.
00:10:47J'y vois plus clair, dans ce traumatisme, cette agression sexuelle.
00:10:52Et j'en sais à peu près les conséquences.
00:10:56Quand ça se passe en 70, je ne sais pas ce qui se passe.
00:11:00Je ne le mémorise pas, je ne l'analyse pas.
00:11:02Le pédophile fait sa perversion, son sac de boulot.
00:11:07C'est quelque chose que je me suis rappelé en psychanalyse, au bout de deux séances,
00:11:11alors que je ne connaissais rien, en disant, après une histoire d'amour,
00:11:15je ne savais plus où j'étais, et au psychanalyse, je dis,
00:11:18cette histoire, ça me touche, ça me touche.
00:11:20Il a repris la phrase, comme ça, mécaniquement, ça vous touche.
00:11:24Et là, Nicolas, 33 ans, 32, 33, je suis à Paris, je suis déjà caméraman.
00:11:33Bam ! Je vois le mec me toucher à la colonie.
00:11:37Voilà, donc là, je dis, voilà, et le nom ?
00:11:40Le nom te revient tout de suite ?
00:11:41Ah oui.
00:11:43Ça, les images, tu les as aujourd'hui ?
00:11:44Oui.
00:11:44Ces images-là ?
00:11:45Je suis dans le lit, moi.
00:11:48Lui, il lit Bob Morane.
00:11:50Il y a deux, trois gamins autour, parce que les lits étaient rapprochés.
00:11:55Et donc, il lit Bob Morane.
00:11:58Et pendant ce temps, il me touche la zigonnette.
00:12:01Il a fait tournoyer.
00:12:03Je ne sais pas comment il fait, mais les gamins qui sont là,
00:12:08on pourrait, s'ils étaient adultes et tout, ils auraient vu, ça devait bouger.
00:12:12Voilà, et ça, je m'en souviens de ça.
00:12:14Et ensuite, de suite, la 4L, il m'amène, je vois les images.
00:12:18J'avais été dans une petite maison.
00:12:19Il m'amène en 4L, je suis devant.
00:12:21Lui, il est là, il me conduit dans son studio d'étudiant.
00:12:23Donc, je monte dans la pièce, il me fait rentrer.
00:12:25Il y a un lit à gauche.
00:12:31Il est assis sur le lit.
00:12:33Je suis debout devant lui, entre ses jambes.
00:12:36Il me touche le zigi, le fait tournoyer, j'ai le pantalon baissé.
00:12:40Et il m'embrasse.
00:12:41Je vois la paume d'Adam, un nylon, des lunettes fines et très fins, très fins, très secs comme personne.
00:12:52Mais là, quand je te le dis, je pourrais le dessiner presque.
00:12:55Il me dit, il faut que tu travailles bien à l'école.
00:12:58Ça, ça m'est venu en 93-94, au moment où j'ai fait deux séances de psychanalyste,
00:13:04qui a été révélateur, qui a provoqué tout ça.
00:13:08Quand un enfant est confronté à un traumatisme indicible,
00:13:12quand il est confronté à l'horreur absolue,
00:13:14ce que représentent les violences sexuelles, les viols,
00:13:18il y a une charge d'adrénaline, de cortisol,
00:13:21qui est sécrétée par une partie du cerveau qui s'appelle l'amidale.
00:13:24Cette zone, elle se met en alerte.
00:13:26Le cerveau, il va devoir se déconnecter de tout ce qu'il ressent,
00:13:29d'atroces, d'innommables.
00:13:32Cette déconnexion, elle sert à supporter la situation,
00:13:35pour ne pas en mourir, parce qu'on peut mourir de peur.
00:13:38Le corps, il finit par supporter l'insupportable,
00:13:42mais le cerveau, lui, qui a disjoncté,
00:13:45ne permet pas à la mémoire d'encoder.
00:13:47Et donc, les jours qui suivent,
00:13:50quand cette amnésie traumatique est mise à l'œuvre,
00:13:53la victime est bien incapable de savoir ce qu'il s'est passé,
00:13:56s'il y a eu un viol, s'il n'y a pas eu de viol.
00:13:58Parfois, elle est incapable même de faire le récit.
00:14:00La victime ne peut pas se reconnaître comme victime,
00:14:02puisqu'elle n'a pas éprouvé la souffrance et la douleur.
00:14:05Enfin, elle l'a éprouvé, mais elle l'a oublié.
00:14:07Elle l'a mis dans une petite boîte noire dans son cerveau.
00:14:10Et c'est de là que naît aussi l'ambiguïté.
00:14:12C'est-à-dire que les personnes qui ne connaissent pas
00:14:14l'amnésie traumatique,
00:14:15les personnes qui ne sont pas formées
00:14:17à recueillir la parole des victimes,
00:14:18vont avoir l'impression que la victime ment,
00:14:21ou exagère,
00:14:22et que finalement, elle a bien souhaité,
00:14:24ou elle a bien suscité ce qui lui est arrivé,
00:14:26puisqu'elle n'est pas traumatisée,
00:14:27puisqu'elle n'a pas peur, puisqu'elle ne parle pas.
00:14:29En réalité, elle est désaffectée
00:14:31parce qu'elle est dissociée,
00:14:33et elle est dissociée parce qu'elle a dû se déconnecter
00:14:36au moment de l'agression et du viol
00:14:37pour survivre, juste survivre,
00:14:41au drame auquel elle était confrontée.
00:14:43L'explosion des souvenirs
00:14:46qui remontent à la surface,
00:14:47c'est vraiment pour moi une explosion,
00:14:49pas du tout une libération.
00:14:50C'est quelque chose,
00:14:51c'est un séisme de magnitude je ne sais combien.
00:14:54Au bout de combien d'années,
00:14:56les choses se sont revenues ?
00:14:57Cette explosion, ce séisme dont tu parles ?
00:14:59Les faits ont lieu l'été 1994,
00:15:03les souvenirs remontent à l'été 2013.
00:15:06Ce sont des flashs ?
00:15:07Non.
00:15:08C'est d'abord des douleurs dans les jambes.
00:15:10J'ai l'impression que j'ai des fourmis
00:15:12qui courent sous la peau.
00:15:15J'ai envie de m'ouvrir la jambe
00:15:18pour me libérer de ces fourmis.
00:15:19C'est quelque chose d'absolument insoutenable.
00:15:22Il s'avère que l'individu,
00:15:25comme moi je l'appelle,
00:15:26a commencé par s'en prendre à mes jambes.
00:15:28Il a commencé par me masser les jambes.
00:15:31C'est comme ça que j'associe les deux.
00:15:34Et puis après,
00:15:34je prends vraiment l'image d'une mosaïque.
00:15:37C'est-à-dire que c'était des touches de couleurs.
00:15:39Et tu sais,
00:15:40une mosaïque,
00:15:41quand tu es tout près,
00:15:43tu ne vois pas ce que c'est.
00:15:44C'est des petits carreaux de couleurs.
00:15:46Puis plus tu recules,
00:15:47plus il y en a,
00:15:48et plus l'image apparaît.
00:15:50Et un jour, l'image est apparue.
00:15:52Ce qui va faire mon obsession,
00:15:53c'est ce trou entre les deux.
00:15:56Qui j'étais, moi,
00:15:58pendant ces 19 ans,
00:16:00où je ne me souvenais pas
00:16:02d'un truc aussi grave.
00:16:05Si je m'étais souvenu,
00:16:06je serais devenu qui ?
00:16:08Je serais devenu quoi ?
00:16:09Je crois que ce qu'on traverse,
00:16:11quand on est agressé comme ça,
00:16:13ça relève d'un questionnement
00:16:14sur qui on est.
00:16:15Notre identité
00:16:16qui se construit à l'enfance,
00:16:18elle est fracturée.
00:16:21On est complètement lézardé.
00:16:25Donc, qu'est-ce qu'on fait ?
00:16:26C'est-à-dire que chaque fois
00:16:27que je fais un pas,
00:16:28ça grince.
00:16:29Parce que les pièces
00:16:31sont mal positionnées.
00:16:36Didier, lui,
00:16:36ne s'est pas loupé.
00:16:37Il a tout repris,
00:16:38à la rage.
00:16:39Chaque foutue seconde
00:16:41de ce jour-là,
00:16:41il l'a mâché,
00:16:43remâché.
00:16:44Là, c'est la colo.
00:16:45Le décor du carnage.
00:16:49Cette obsession,
00:16:50de retrouver des éléments
00:16:52qui permettent de...
00:16:53Je ne sais pas.
00:16:53C'est comme si je prenais par la main
00:16:55le petit Didier
00:16:56et je lui ai refait le vivre
00:16:58les choses où il était.
00:17:06On est 50 ans après.
00:17:08Putain, mais il y a les lits.
00:17:09Rien n'a changé ?
00:17:10Mais rien n'a changé.
00:17:11C'est ces lits.
00:17:13Moi, je sais qu'on avait une commande.
00:17:14Je posais mes tubes Nestlé,
00:17:16mes petits tubes Nestlé.
00:17:20Didier, lui,
00:17:22sa mémoire a tiré le rideau.
00:17:23Rideau de fer.
00:17:2530 ans sans rien.
00:17:26Nada.
00:17:27Un trou de silence.
00:17:29C'était pour le protéger,
00:17:30j'imagine.
00:17:31Le laisser respirer un peu.
00:17:33Vivre peinard.
00:17:35Loin du bruit.
00:17:38Moi, c'est pas pareil.
00:17:40J'ai jamais vraiment oublié.
00:17:42C'était là.
00:17:43Tapis quelque part.
00:17:45En boule dans un coin du crâne.
00:17:48Il suffisait d'un geste.
00:17:49D'un mot.
00:17:50Un souffle de travers.
00:17:52Et tout est revenu.
00:17:55En 25 ans, je vais boire un coup avec une copine.
00:17:57Et cette nana me raconte
00:17:58une histoire qui, en tout point,
00:18:00est proche de la mienne.
00:18:01Elle me dit ce que j'ai vécu très grave.
00:18:03J'en conclus que ce que j'ai vécu moi-même,
00:18:05il était grave.
00:18:06En miroir ?
00:18:07En miroir.
00:18:10Moi, je dormais.
00:18:11Le mec me réveille.
00:18:12Et il me réveille en pratiquant sur...
00:18:13J'avais 9 ans, donc.
00:18:16Il me réveille en plus d'une fellation.
00:18:18Et moi, je me souviens très bien de...
00:18:21De ce...
00:18:23De ce sentiment à la fois d'effroi et de terreur absolue.
00:18:29De mélange de souffrance.
00:18:33Et...
00:18:34J'allais dire de plaisir.
00:18:36Et les deux se mélangent.
00:18:37Il y a des déclics.
00:18:39En général, c'est des déclics et des événements
00:18:41qui sont très inattendus
00:18:42et donc qui sont très violents pour la victime.
00:18:44Ça va être discuter avec quelqu'un
00:18:46qui a un récit qui vient...
00:18:48Qui vient faire écho.
00:18:50Mais ça peut être quelque chose
00:18:51de beaucoup plus insidieux,
00:18:52comme une odeur,
00:18:54un lieu,
00:18:54une voix,
00:18:55un souvenir,
00:18:56des cauchemars qui sont reconvoqués,
00:18:58des liens qui se font.
00:18:59Il y a beaucoup de flashbacks
00:19:00et de révélissances
00:19:01chez les personnes
00:19:02qui vivent une amnésie traumatique
00:19:04qui se lève.
00:19:04Il y a quelque chose
00:19:05comme un voile
00:19:06qui se lève progressivement.
00:19:07Comment tu réponds à ça ?
00:19:09Ce tabou dans le tabou,
00:19:10ce qui n'est pas rare parfois
00:19:11dans les réactions sexuelles,
00:19:13que des victimes
00:19:14puissent rapporter
00:19:16avec une culpabilité absolument énorme.
00:19:18Parce que c'est encore plus insupportable.
00:19:20C'est une notion de plaisir.
00:19:22Ces explications-là,
00:19:23le plus important, je pense,
00:19:24c'est de les avoir
00:19:25de la part d'un médecin.
00:19:27Il y a des réactions physiologiques
00:19:30qui font que le corps
00:19:31réagit à une stimulation,
00:19:32une stimulation sexuelle.
00:19:33Mais ce n'est pas du plaisir
00:19:34au sens plaisir charnel, désir.
00:19:38Moi, dans les patients que je vois
00:19:39et les patients adultes,
00:19:40on peine à aborder
00:19:43cette partie du trauma.
00:19:45Parce qu'elle a été un outil
00:19:48qui s'est retourné contre eux,
00:19:50souvent.
00:19:50C'est souvent l'ultime partie
00:19:52qui vient vraiment les...
00:19:56Les desservir ou les...
00:19:58Les détruire.
00:19:59Les détruire.
00:20:00Les détruire.
00:20:01Parce qu'en fait,
00:20:01au travers de cette question,
00:20:05ils entendent
00:20:05et on entend
00:20:06et on pense que
00:20:07les autres suggèrent
00:20:09« Tu as pu prendre du plaisir,
00:20:10donc tu as souhaité
00:20:11et désiré ce qui s'est passé. »
00:20:15Moi aussi, j'ai voulu retourner
00:20:17sur les lieux,
00:20:19voir si c'était toujours là.
00:20:21Si ça ressemblait
00:20:22à ce que j'avais gardé en tête.
00:20:25Cagnes-sur-Mer,
00:20:26la Côte d'Azur,
00:20:28l'enfance.
00:20:29J'avais 9 ans.
00:20:33un immeuble un immeuble
00:20:35un immeuble un peu classe,
00:20:36façade ocre,
00:20:38des stores orangés
00:20:38qui claquaient au vent.
00:20:45Mon frère et moi,
00:20:46on rentrait à pied de l'école.
00:20:48Ça grimpait sec.
00:20:50Notre immeuble,
00:20:52son entrée en marbre,
00:20:54moi, je trouvais ça stylé.
00:20:56C'est con, hein ?
00:20:58Un hall en marbre.
00:20:59Mais j'adorais ça.
00:21:01Je me souvenais
00:21:02de presque rien, en vrai.
00:21:04Juste des bouts,
00:21:05des flashs.
00:21:06La résidence s'appelait
00:21:07les Glissines.
00:21:09Voilà.
00:21:09Ça, ça m'est revenu
00:21:10comme une gifle.
00:21:12Ma chambre,
00:21:13c'était celle de gauche,
00:21:14au quatrième.
00:21:16Volée à demi fermée.
00:21:19C'est là que c'est arrivé.
00:21:22Derrière, c'est volé.
00:21:23J'ai ton analyse,
00:21:24j'en parle à mon psy.
00:21:25Il confirme que c'est très grave.
00:21:27Enfin, il confirme que c'est...
00:21:28En tout cas, c'est pas rien.
00:21:30Et il me dit,
00:21:32il faut que vos parents
00:21:33prennent leurs responsabilités.
00:21:35Et donc, je vais voir mes parents.
00:21:36Mes parents habitent
00:21:37en région parisienne.
00:21:38Je vais les voir,
00:21:38je saute dans le RER
00:21:39et mon père vient me chercher
00:21:40et il me demande
00:21:41ce qui se passe,
00:21:41pourquoi je viens si vite
00:21:42chez eux alors que c'est pas prévu.
00:21:44Et dans la voiture
00:21:45qui nous ramène du RER
00:21:47à la maison,
00:21:47je lui raconte tout.
00:21:49Son collègue
00:21:50qui me fait ce qu'il m'a fait
00:21:53quand j'avais 9 ans.
00:21:53Je lui donne le nom, etc.
00:21:55Et j'explose dans son gout,
00:21:56je pleure dans ses bras
00:21:57et il me prend dans ses bras.
00:21:58Il était extrêmement bouleversé.
00:22:00Et en rentrant chez moi,
00:22:02chez mes parents,
00:22:03je racontais exactement
00:22:04la même histoire à ma mère.
00:22:06Et ma mère me dit cette phrase
00:22:07qui m'a hanté pendant 25 ans,
00:22:09c'est qu'elle me dit
00:22:11c'est pas vrai.
00:22:13Si ça avait été vrai,
00:22:14si ce que t'as vécu est vrai,
00:22:17tu me l'aurais dit
00:22:18quand t'avais 9 ans.
00:22:19Donc c'est pas vrai.
00:22:22et avec ma mère,
00:22:24on n'en a jamais reparlé.
00:22:26C'est presque plus dur que l'agression,
00:22:28c'est-à-dire que c'est une négation,
00:22:31un déni total de ce que j'ai vécu.
00:22:32Et c'est ma parole
00:22:33qui n'est pas prise en considération,
00:22:35etc.
00:22:36C'est vraiment la double peine,
00:22:37en fait.
00:22:38Didi n'en parle pas,
00:22:40à personne.
00:22:41Pas un mot,
00:22:42pas une plainte,
00:22:43pas même un soupir.
00:22:45C'est pas qu'il veut pas,
00:22:46c'est juste qu'il ne peut pas.
00:22:47Les mots,
00:22:48ils se bloquent,
00:22:49ils se coincent dans la gorge.
00:22:52Alors,
00:22:52il fait autrement.
00:22:54Il cherche une issue,
00:22:55une faille.
00:22:56Il tombe sur l'image,
00:22:58la photo,
00:22:59le cadre.
00:23:00À 10-11 ans,
00:23:01je fais des petites bandes dessinées.
00:23:03J'achète beaucoup de bandes dessinées,
00:23:04Spirou,
00:23:04comme tout le monde.
00:23:05Ensuite,
00:23:06à 12-13 ans,
00:23:06je découvre la photo.
00:23:07Mon père avait un appareil photo Kodak,
00:23:09assoufflé,
00:23:09là,
00:23:09au petit canacon.
00:23:10Et il le mettait dans le placard,
00:23:12il le planquait,
00:23:12parce qu'il ne voulait pas qu'on le touche,
00:23:13parce que c'est fragile,
00:23:14mais moi,
00:23:14ça m'intéressait.
00:23:25Ça,
00:23:25c'est l'art de mettre trois objets,
00:23:27un rideau,
00:23:28une fenêtre,
00:23:28et une lampe,
00:23:29et d'arriver à faire quelque chose.
00:23:31Ça,
00:23:32c'est ma chambre à l'époque.
00:23:37Dans une photo,
00:23:38tu mets deux choses
00:23:38et tu peux raconter une histoire.
00:23:41Je raconte une histoire.
00:23:45La mer,
00:23:46bon,
00:23:46la mer,
00:23:46c'est l'espace aller au loin,
00:23:48partir.
00:23:49Et c'est la solitude,
00:23:50mais une solitude forte.
00:23:52Mais devant,
00:23:53il y a un crabe,
00:23:53là,
00:23:53qui est là.
00:23:55C'est peut-être ça,
00:23:56la pédophilie.
00:24:10je me suis exprimé grâce à la photo,
00:24:12à l'image.
00:24:13Je cadrais le monde.
00:24:15j'organisais quelque chose
00:24:16pour moi qui est.
00:24:21Par rapport à la réalité
00:24:23qui est un bordel
00:24:23pas possible,
00:24:25j'ai été photographe très tôt
00:24:27et je mettais de l'ordre
00:24:28dans un cadre.
00:24:31la chambre noire
00:24:34pour avoir des idées claires.
00:24:37Un cadre,
00:24:38putain,
00:24:38enfin !
00:24:39Un truc qui borne,
00:24:40qui contient,
00:24:42qui arrête un peu le bordel.
00:24:44Il regarde à travers,
00:24:45il respire
00:24:46et doucement,
00:24:47ça bouge dedans,
00:24:48ça craque,
00:24:49ça respire aussi.
00:24:51Il pousse plus loin,
00:24:53il s'y met pour de bon.
00:24:54pas photographe,
00:24:55non,
00:24:56trop fixe,
00:24:56mais caméraman
00:24:57en mouvement dans le monde.
00:24:59Agence de presse,
00:25:01des pays entiers
00:25:02traversés à toute vitesse,
00:25:03des conflits,
00:25:04des foules,
00:25:05du sang parfois.
00:25:06Mais c'est pas ça le sujet.
00:25:08Le sujet,
00:25:08c'est lui,
00:25:09en train de foutre
00:25:10le camp de revenir.
00:25:11Une fuite,
00:25:12ouais,
00:25:13mais pas seulement,
00:25:13un métier,
00:25:15une trajectoire,
00:25:16un sens.
00:25:19J'ai quand même fait
00:25:20une carrière intéressante
00:25:21à Paris.
00:25:21On me connaît
00:25:22et j'ai fait des choses
00:25:23vraiment intéressantes.
00:25:25Tu dirais quoi,
00:25:26petit garçon,
00:25:26petit Didier de 10 ans,
00:25:27aujourd'hui ?
00:25:28Je lui dirais,
00:25:30je t'amène,
00:25:31voilà,
00:25:32c'est pas que tu te vanges,
00:25:33mais tu as existé,
00:25:34là, Didier.
00:25:36Et le petit inconscient
00:25:38du gamin de 10 ans,
00:25:39il a pu faire des photos,
00:25:40il a pu s'exprimer,
00:25:41il a des talents.
00:25:45Donc ça va ?
00:25:59L'histoire d'Arnaud
00:26:00m'a secoué.
00:26:01C'est pas la même
00:26:01que celle de Didier,
00:26:02Adrien ou moi.
00:26:04Pas à cause
00:26:04de ce qu'on lui a fait,
00:26:05non.
00:26:05Lui aussi a goûté
00:26:06à la sauvagerie,
00:26:07à l'enfance sévastée.
00:26:10Et c'est ce qu'il en a tiré
00:26:11qui m'a scotché.
00:26:12Lui,
00:26:13dès qu'il a ouvert la bouche,
00:26:14c'était tout ou rien.
00:26:17Il a pris sa douleur
00:26:18à bras-le-corps,
00:26:19il en a fait une arme,
00:26:20un truc tranchant,
00:26:21qui sert,
00:26:23un cri qui milite.
00:26:24160 000 enfants
00:26:26victimes chaque année
00:26:27de violences sexuelles.
00:26:28160 000 enfants,
00:26:30un enfant,
00:26:31toutes les trois minutes.
00:26:32Ensemble !
00:26:33Ensemble !
00:26:36Vérité,
00:26:37justice,
00:26:38réparation !
00:26:40Vérité,
00:26:40justice,
00:26:41réparation,
00:26:42prévention !
00:26:43Vérité,
00:26:44justice,
00:26:45réparation,
00:26:45Aujourd'hui,
00:26:46c'est un des types
00:26:46les plus debout,
00:26:47les plus écoutés.
00:26:48Il ne lâche rien,
00:26:50jamais.
00:26:50Le plus gros problème
00:26:51aujourd'hui,
00:26:51de manière très simple,
00:26:52il est l'absence
00:26:53de volonté politique.
00:26:54Exiger l'application
00:26:55de la Convention internationale
00:26:57des droits de l'enfant.
00:26:58N'hésitons pas,
00:26:58mobilisons-nous
00:27:00du côté des victimes.
00:27:01C'est important,
00:27:02du côté de toutes les victimes
00:27:03qui d'ailleurs aujourd'hui
00:27:03sont broyées par le système.
00:27:05Je soutiens mes frères
00:27:07et soeurs de Garaison.
00:27:10Vous êtes la honte
00:27:11et la justice ne fait rien.
00:27:14Que fait l'enseignement catholique ?
00:27:15La honte !
00:27:16Ce gant blanc,
00:27:17c'est pour les victimes
00:27:18de violences sexuelles
00:27:19dans l'Église.
00:27:20Nous ne nous lâcherons pas.
00:27:21Entendez notre colère.
00:27:23Nous rentrerons partout.
00:27:25Vous avez du sang sur les mains
00:27:26et nous ne lâcherons pas.
00:27:27J'ai été violé
00:27:28entre l'âge de 8 ans et 11 ans.
00:27:30Je ne le lâcherai pas.
00:27:33Mon géniteur était quelqu'un
00:27:34d'extrêmement violent.
00:27:35C'est-à-dire que j'ai été élevé
00:27:37comme on dit à la dure
00:27:38avec des coups, des claques
00:27:40mais aussi des actes
00:27:41de torture et de barbarie.
00:27:42C'est-à-dire que mon père
00:27:43m'apprenait, je me rappelle,
00:27:45un chausse-pied en fer
00:27:47aussi grand que ça.
00:27:48Il me mettait des coups.
00:27:49J'ai encore des traces
00:27:49aujourd'hui sur le corps
00:27:50donc je saignais.
00:27:52Et c'était une violence
00:27:52qui était connue de tout le monde.
00:27:54Donc moi j'étais plutôt
00:27:54dans un milieu, on va dire,
00:27:56aisé, dans la banlieue parisienne.
00:27:59Donc un endroit plutôt gossu.
00:28:00Et une violence que les voisins
00:28:02connaissaient, l'école connaissait.
00:28:05Et je suis convaincu que ça a été
00:28:08pour moi, de cette manière-là,
00:28:10j'ai été la pro en fait
00:28:11d'un agresseur.
00:28:13Parce que j'ai été victime
00:28:14et je m'en souviens
00:28:14de cinq viols entre l'âge
00:28:16de 8 ans et 11 ans
00:28:17par un prêtre pédocriminel
00:28:18qui était un grand-oncle.
00:28:19Dans votre famille ?
00:28:20Quelqu'un de ma famille.
00:28:21Il était prêtre missionnaire
00:28:24en Afrique.
00:28:24Mes parents avaient une chambre
00:28:25d'amis au premier étage.
00:28:27Moi j'étais au deuxième étage
00:28:27avec tous les enfants
00:28:28parce que j'avais deux sœurs également.
00:28:29Et j'ai jamais compris
00:28:31pourquoi mes parents
00:28:32le faisaient dormir dans ma chambre.
00:28:37En fait, il me présentait les choses
00:28:39donc au début
00:28:39comme une découverte de mon corps,
00:28:40etc.
00:28:41Et puis après,
00:28:41il allait jusqu'à Pulant
00:28:42en disant bien
00:28:43que ça pouvait servir aussi
00:28:44à autre chose
00:28:44et ça se transformait
00:28:46en viol en fait,
00:28:47pas en sexualité.
00:28:48Mais lui présentait bien ça
00:28:49comme de la sexualité.
00:28:50vu la violence de mon père,
00:28:52vu l'absence de réaction
00:28:53de ma mère
00:28:54qui ne me protégeait pas non plus,
00:28:55ne me protégeait pas,
00:28:57forcément,
00:28:58je n'allais pas parler
00:28:58de ce qui se passait
00:28:59en fait le soir
00:29:00à des personnes de ma famille.
00:29:01Cette culpabilité-là,
00:29:02moi, elle m'a vachement interrogé,
00:29:03cette culpabilité
00:29:04qui te pousse dans le silence.
00:29:05Est-ce que tu as réussi
00:29:06à identifier la source,
00:29:07l'origine de ça ?
00:29:09Moi, je ne l'appellerais pas
00:29:10culpabilité.
00:29:11Je l'appellerais confusion.
00:29:14Je pensais réellement
00:29:15que j'avais été consentant.
00:29:16Je pensais que c'était comme ça
00:29:17qu'on apprennait à faire l'amour.
00:29:18Encore une fois,
00:29:19si je fais le parallèle
00:29:19avec la violence que je subissais
00:29:20de mon père, déjà,
00:29:21cette sidération, je la connaissais.
00:29:23Et le fait d'être dissocié,
00:29:24je connaissais ça.
00:29:25C'est-à-dire que je me prenais
00:29:25des coups quand même à outrance
00:29:27et donc ça veut dire
00:29:28que déjà, je n'étais pas
00:29:28dans mon corps.
00:29:29Donc je vivais ni plus ni moins
00:29:31d'une autre manière
00:29:32ce que mon père me faisait subir.
00:29:33Après, dans l'après-coup,
00:29:34c'est-à-dire que quand j'ai compris
00:29:35ce qui m'était arrivé,
00:29:36je me suis dit pourquoi
00:29:36je n'ai pas réagi, etc.
00:29:38Et c'est vrai que dans un premier temps,
00:29:39de toute façon,
00:29:39je n'étais pas en état de le faire.
00:29:42Mais la culpabilité pour moi,
00:29:44elle est venue quand même
00:29:44bien plus tard.
00:29:45Elle est venue peut-être
00:29:45après 19 ans
00:29:46quand j'ai pris conscience d'eux
00:29:47où je me suis dit
00:29:47mais mince,
00:29:48j'aurais dû réagir,
00:29:49j'aurais dû machin,
00:29:49mais parce que j'ai pris conscience d'eux.
00:29:51Donc en fin de compte,
00:29:54je ne me mettais déjà plus
00:29:55à hauteur de ce qu'était
00:29:56à un enfant
00:29:56quand j'avais 19 ans.
00:30:03Bonjour à toutes et tous.
00:30:04Je fais cette vidéo aujourd'hui
00:30:05depuis Vannes.
00:30:06Vannes,
00:30:07Mouve Enfants est mobilisé
00:30:08pour être du côté,
00:30:10en soutien des victimes
00:30:11de Joël Le Square Neck.
00:30:12Vous savez,
00:30:12Joël Le Square Neck,
00:30:13c'est ce pédocriminel
00:30:15qui agissait,
00:30:16s'évissait au sein des hôpitaux,
00:30:18hôpitaux notamment en Bretagne,
00:30:19mais pas que.
00:30:20Et le procès a donc lieu
00:30:22en Bretagne, à Vannes.
00:30:23Et Vannes, on est mobilisé.
00:30:24Mais vous, aujourd'hui,
00:30:25vous avez 299 victimes,
00:30:29299 victimes
00:30:29qui sont au tribunal.
00:30:32Et vous avez plus de 50
00:30:33dont les faits sont prescrits.
00:30:34Donc on est là aussi
00:30:35pour penser à elles et à eux.
00:30:40Chaque mot qu'il balance,
00:30:42c'est une balle dans le passé.
00:30:43Un truc qu'il arrache,
00:30:45qu'il fout dehors.
00:30:46Il en a besoin.
00:30:47Parce que pour lui,
00:30:48l'histoire tourne en boucle.
00:30:50Elle revient,
00:30:50encore et toujours.
00:30:52D'abord l'oncle,
00:30:53le curé,
00:30:54puis les cousins,
00:30:56un par un,
00:30:57violent réunion,
00:30:58s'en est trop.
00:31:00Silence radio,
00:31:01trou noir,
00:31:02le corps encaisse,
00:31:03le cerveau planque,
00:31:04il oublie,
00:31:04il vit.
00:31:05Et puis à 25 piches,
00:31:06ça pète.
00:31:07Tout remonte,
00:31:08d'un coup,
00:31:09comme un déraillement,
00:31:10comme une cirée d'intérieur
00:31:11qui hurle sans fin.
00:31:13On a une maison familiale
00:31:14du côté d'Angers
00:31:16et j'étais avec deux cousins.
00:31:18On a fait des représentations
00:31:20théâtrales.
00:31:20Je me rappelle notamment
00:31:21d'une fois
00:31:21où on faisait une répétition
00:31:24et alors que je jouais
00:31:25le rôle d'une femme,
00:31:26mon cousin,
00:31:27moi j'avais 12 ans,
00:31:28mon cousin qui était l'aîné,
00:31:29donc qui en avait 15,
00:31:30m'a dit à un moment donné,
00:31:31tiens,
00:31:31je vais te montrer
00:31:32ce que je t'offrais,
00:31:32c'était une femme.
00:31:33Il m'a sauté dessus,
00:31:34son cadet m'a saisi les mains,
00:31:36il s'est mis à califourchon
00:31:37au niveau de ma gorge
00:31:40et il m'a donc mis
00:31:41son sexe dans la bouche.
00:31:42Et là, le psy me dit
00:31:43c'est un viol.
00:31:45Et moi, je me rappellerai
00:31:46tout le temps de cette séance
00:31:46en me disant
00:31:47mais attends,
00:31:47mais c'est incroyable.
00:31:49Il y a une action pénale
00:31:50qui est en cours.
00:31:51Eux reviennent
00:31:52sur le fait que
00:31:54ils reconnaissent tout
00:31:55sauf la pénétration.
00:31:56Leur stratégie, c'est quoi ?
00:31:58C'était de dire
00:31:58c'est un jeu.
00:32:05La première personne
00:32:06qui a été informée,
00:32:07c'est ma mère.
00:32:08Et ma mère dit
00:32:08oh là là,
00:32:09tu connais la violence
00:32:09de ton père
00:32:10surtout n'en parle pas.
00:32:11Ce n'est pas grand-chose,
00:32:13je ne suis pas croyant
00:32:14mais je me rappelle
00:32:15notamment des Noëls
00:32:15notamment tout seul.
00:32:16J'en ai vécu deux
00:32:18parce que justement
00:32:18exclou de la famille
00:32:19au sens où
00:32:20eux, ils préféraient avoir
00:32:21mes cousins agresseurs
00:32:22en fait à la table
00:32:24plutôt que moi.
00:32:25C'est quelque chose
00:32:25qui pour moi encore aujourd'hui
00:32:27quand Noël arrive,
00:32:28je ne peux pas dire
00:32:28qu'il n'y a pas un seul Noël
00:32:29aujourd'hui
00:32:29où je n'y pense pas.
00:32:30C'est-à-dire que
00:32:31ça a été des moments
00:32:32d'une solitude extrême
00:32:33et c'est-à-dire
00:32:34qu'à bien ressentir,
00:32:35c'est une peine supplémentaire.
00:32:40Tu vois,
00:32:41tu es dans un truc
00:32:42où c'est un déni
00:32:44de ce que tu as pu vivre.
00:32:55Réaliser qu'on a été victime,
00:32:56ce n'est pas seulement
00:32:57l'acte de violence physique,
00:33:00c'est aussi
00:33:00la non-dénonciation
00:33:02des proches,
00:33:03les adultes
00:33:04qui ne vont pas protéger.
00:33:05Les victimes sont très souvent
00:33:06rejetées de leur famille,
00:33:08rejetées de la société
00:33:08parce qu'on préfère
00:33:10ne pas les entendre
00:33:10et ne pas savoir.
00:33:11Et ça,
00:33:11c'est le deuxième drame
00:33:13pour moi
00:33:14auquel se confronter
00:33:15les victimes.
00:33:15Le courage d'aller en parler
00:33:17à des proches
00:33:18ou à des professionnels
00:33:18de santé,
00:33:19puis à sa famille
00:33:20pour après s'entendre dire
00:33:23tu l'as bien cherché,
00:33:24t'exagères un petit peu
00:33:25ou c'était il y a 20 ans,
00:33:27passe à autre chose.
00:33:27Il y a des grosses
00:33:28décompensations psychiques
00:33:30à ce moment-là.
00:33:31C'est des moments
00:33:31vraiment extrêmement violents.
00:33:33Avant d'aller mieux,
00:33:35parfois on va vraiment
00:33:35beaucoup plus mal.
00:33:46je l'ai d'abord dit
00:33:47à ma mère.
00:33:48Tu te rappelles
00:33:48le mec qui venait
00:33:49à la maison
00:33:50de la colonie du Crouset ?
00:33:52Il me touchait,
00:33:53c'est un pédophile.
00:33:55Et ma mère,
00:33:56qui est une fois,
00:33:57je veux dire,
00:33:57ma mère,
00:33:58c'est la Sainte-Vers.
00:33:59Et elle me dit
00:34:01Didier,
00:34:02allez,
00:34:03c'est bon Didier,
00:34:04t'es bien là,
00:34:05il faut oublier,
00:34:06c'est le caméraman
00:34:07et tout et tout.
00:34:08Elle réagit comme elle peut.
00:34:10Et j'attends rien
00:34:11de ma mère.
00:34:12Il y avait beaucoup d'amour
00:34:12quand elle me dit.
00:34:13Elle me dit,
00:34:13allez Didier,
00:34:15presque la vie c'est dur
00:34:15mais il faut aller au-dessus.
00:34:16Ben ouais,
00:34:17c'est une force.
00:34:18Mais elle te croit ?
00:34:19Elle me croit.
00:34:20Mais,
00:34:22allez,
00:34:23on est au-delà de ça.
00:34:24C'est tout,
00:34:25c'est aussi con que ça.
00:34:27Ma soeur,
00:34:28je n'ai jamais eu de réponse.
00:34:29Je l'ai dit à ma soeur.
00:34:30Elle me dit,
00:34:30non,
00:34:31ne me rappelle pas.
00:34:31Ah oui,
00:34:32tu ne te rappelles pas,
00:34:32est-ce que tu ne veux pas
00:34:33t'en rappeler ?
00:34:33Le lendemain
00:34:34ou le soir lendemain,
00:34:35je dis,
00:34:36bon ben,
00:34:36je passe au PA.
00:34:37Alors lui,
00:34:37il comprend mieux
00:34:38que ma mère,
00:34:39presque.
00:34:40Il me dit,
00:34:41ben,
00:34:42pourquoi tu ne me l'as pas dit ?
00:34:44Je lui aurais cassé la gueule.
00:34:48C'est mécanique,
00:34:49mais c'est la plus belle réponse
00:34:50qu'il ait pu faire.
00:34:52Je suis content.
00:34:54Le petit Didier est content.
00:35:00Nicolas,
00:35:01tu m'as dit,
00:35:01à un moment donné,
00:35:02il y avait une question.
00:35:03Pourquoi je participe
00:35:04avec toi à ce film ?
00:35:05Oui.
00:35:06Et en fait,
00:35:06je parlais aussi
00:35:07à mes parents
00:35:07qui sont enterrés là-haut.
00:35:09Et ce gars,
00:35:09ce pédophile,
00:35:10est venu interférer
00:35:12sur une certaine
00:35:13autorité parentale.
00:35:16Donc,
00:35:16la question,
00:35:17c'est,
00:35:17est-ce que tu en veux
00:35:17à ta mère
00:35:18qui n'a pas vu les choses
00:35:19et ton père aussi ?
00:35:21Non.
00:35:21Non,
00:35:22parce que
00:35:22c'était des gens
00:35:23très modestes.
00:35:24Ils faisaient confiance
00:35:25à l'autorité
00:35:26de la paroisse,
00:35:28une colline de vacances.
00:35:29Voilà,
00:35:29il n'y a pas quelque chose
00:35:30qui doit échapper.
00:35:31Avec Didier,
00:35:32c'est pas une histoire
00:35:33de pardon
00:35:34ou de rancune.
00:35:35Les parents,
00:35:36ils les aiment.
00:35:37Point.
00:35:39Ils les touchent pas.
00:35:40Ils les gardent
00:35:41dans un coin intact.
00:35:43La colère,
00:35:44elle est ailleurs.
00:35:45Elle fonce tout droit
00:35:46vers le type.
00:35:47Ce type-là
00:35:47où il agresseur,
00:35:48l'autre,
00:35:49celui qu'il traque
00:35:50depuis des années.
00:35:54Je me fous
00:35:56de retrouver ce gars.
00:35:58je sais
00:35:59que c'est incompréhensible.
00:36:02Mais
00:36:03c'est pas
00:36:05j'ai employé un terme
00:36:07mais c'est pas ma quête.
00:36:09Je comprends parfaitement ça.
00:36:10C'est pas mon os arrongé.
00:36:12Il y a un truc
00:36:12qu'on a pu se dire ensemble.
00:36:13Ouais.
00:36:16En 2016,
00:36:17j'interview
00:36:18dans mon métier
00:36:19de journaliste
00:36:19des hommes victimes
00:36:21du père Préna
00:36:22à Lyon.
00:36:23Et là,
00:36:24je suis pris
00:36:26d'une pulsion
00:36:27de publicité.
00:36:30Au sens
00:36:30de rendre public.
00:36:32Et donc
00:36:3322 ans
00:36:33après les faits,
00:36:35j'en informerai
00:36:36mes parents.
00:36:38Et après,
00:36:39je vais faire
00:36:39un post Facebook.
00:36:40Et donc
00:36:4295%,
00:36:4319%
00:36:44de mes amis
00:36:45vont l'apprendre
00:36:46de cette manière.
00:36:54Je crois
00:36:54qu'on est un peu
00:36:55radioactifs
00:36:56à partir du moment
00:36:57où on parle.
00:36:59Parce que
00:37:00on est cette espèce
00:37:01de grenade
00:37:02un peu dégoupillée
00:37:05et
00:37:07qu'est-ce qu'on fait de ça ?
00:37:08Qu'est-ce qu'on fait de ça ?
00:37:11Mon propos
00:37:11n'est pas
00:37:12de devenir un sujet.
00:37:14Mon propos,
00:37:15c'est que
00:37:16si on considère
00:37:16que je suis une grenade
00:37:17dégoupillée,
00:37:18il y en a partout
00:37:19autour de nous
00:37:19des grenades dégoupillées.
00:37:20Et donc
00:37:21il nous appartient
00:37:23à tous
00:37:24collectivement
00:37:24de les regarder.
00:37:26Nos sales histoires,
00:37:27non seulement
00:37:28on n'ose pas les raconter,
00:37:29mais en plus
00:37:30elles emmerdent le monde.
00:37:31Personne n'en veut.
00:37:32Alors on se débrouille.
00:37:34Didier le premier.
00:37:37Bonjour,
00:37:37vous êtes sur la messagerie.
00:37:39Les images datent,
00:37:40une dizaine d'années,
00:37:42une caméra bricolée,
00:37:43un collègue derrière.
00:37:44Didier épluche
00:37:45les pages blanches
00:37:45comme on gratte
00:37:46une plaie
00:37:46qui ne guérit pas.
00:37:48Un geste vieux,
00:37:49inutile peut-être,
00:37:50mais il n'a que ça.
00:37:52Ce n'est pas de votre famille.
00:37:54C'est un neveu à moi.
00:37:56C'est un neveu.
00:37:57Je sais qu'il se destinait
00:37:58à être professionnel de mathématiques
00:37:59à l'époque.
00:38:00Non, vous me faites erreur.
00:38:02Je fais erreur, là.
00:38:03Il est dans l'hôtellerie
00:38:04et il est tout à fait
00:38:05à l'opposé.
00:38:06Ça a été à une époque
00:38:07moniteur
00:38:08dans des colonies de vacances
00:38:11et des choses comme ça.
00:38:12Au revoir, merci.
00:38:13Au revoir.
00:38:16Des années à tourner en rond,
00:38:18à frapper à des portes
00:38:20où il n'y a personne.
00:38:22Des lieux fantômes,
00:38:23des souvenirs en ruine
00:38:25et toujours ce doute qui ronge.
00:38:27C'est ici ?
00:38:28C'était là ?
00:38:30Des témoins,
00:38:31tu parles.
00:38:32Des noms flous,
00:38:33des visages oubliés.
00:38:3550 ans plus tard,
00:38:36il n'y a plus grand monde
00:38:37pour confirmer quoi que ce soit.
00:38:39Il reste sa sœur,
00:38:40la seule encore en vie
00:38:42qui pourrait dire un mot,
00:38:43un truc,
00:38:43une phrase qui débloque tout.
00:38:45Mais rien.
00:38:46Silence.
00:38:48Didier attend trop.
00:38:50Elle ne sait plus.
00:38:51Elle ne veut plus savoir.
00:38:53Moi, je n'ai rien dit.
00:38:54Donc, quand tu couches,
00:38:57voilà.
00:38:58D'accord.
00:38:59OK.
00:39:02Le pédophile,
00:39:03donc tu as quand même...
00:39:04Tu vois qui c'est, hein ?
00:39:05Tu vois qui c'est.
00:39:06Là, maintenant,
00:39:07il vient descendre dans la porte.
00:39:08Et dans la rue,
00:39:09je ne reconnais pas du tout.
00:39:11Oui.
00:39:12Même pas le souvenir.
00:39:14D'accord.
00:39:15Quand tu dis,
00:39:16je vois qui c'est,
00:39:17je sais de qui tu parles.
00:39:19Ah, tu vois
00:39:20qui est venu à la maison
00:39:21à l'époque, hein ?
00:39:22Oui, oui, oui.
00:39:23Je vois le moniteur,
00:39:25voilà.
00:39:27Mais moi,
00:39:27je n'ai pas venu régulièrement.
00:39:29Je n'ai pas venu.
00:39:29Il n'y avait pas maman,
00:39:30donc tu y étais.
00:39:32Il te parlait.
00:39:33Il t'a dit des choses.
00:39:34Je suis venu à la maison,
00:39:35ma gamme.
00:39:35C'est qu'une fois
00:39:36que j'ai du souvenir.
00:39:37tu me parles
00:39:38comme si c'est quelque chose
00:39:39qui s'est passé.
00:39:39Non, je ne sais pas.
00:39:40C'est que, voilà,
00:39:41il n'y avait pas maman.
00:39:42On était tous les deux,
00:39:43ça, c'est sûr.
00:39:44Il n'y avait pas maman, non.
00:39:47Tu peux te rappeler
00:39:47ce qu'il te disait,
00:39:48comment il te parlait ou pas ?
00:39:49Non ?
00:39:50Non, ben non.
00:39:51Je sais que tu n'avais que deux ans
00:39:53de plus que moi,
00:39:54tu es encore...
00:39:55Le seul truc,
00:39:56c'est que si moi je venais,
00:39:58il me faisait partir.
00:40:00Il y a deux moniteurs
00:40:01qui sont venus.
00:40:02Il y avait un
00:40:02qui devait être espagnol,
00:40:04je crois.
00:40:05Ou italien.
00:40:06Quand il a su
00:40:06que l'autre était venu,
00:40:08il a dit où ?
00:40:08Il a dit,
00:40:09il ne faut pas qu'il vienne.
00:40:10Il dit à ta maman
00:40:10qu'il ne faut pas qu'il vienne.
00:40:11Mais après,
00:40:13je suis incapable
00:40:14de le dire.
00:40:15Tu m'as vraiment...
00:40:17C'est que c'est...
00:40:18Ça me rassure.
00:40:22Oui.
00:40:22Parce que si tu n'as pas parlé,
00:40:24c'est que le mec
00:40:24ne t'a pas donné la porte
00:40:25et la clé pour le dire.
00:40:27Donc c'est lui,
00:40:28effectivement,
00:40:28le deuxième qui savait...
00:40:30Le deuxième, attends...
00:40:31Ben oui.
00:40:33Ben oui.
00:40:34Mais c'est bien
00:40:34qu'on n'en parle, là.
00:40:36Bon sang.
00:40:37Je crois que je m'en...
00:40:49C'est surtout avec MeToo
00:40:50que j'ai la claque, là.
00:40:51C'est assez récent
00:40:52où je me dis,
00:40:52il faut que je le trouve.
00:40:53Parce que là, quand même,
00:40:54je commence à comprendre
00:40:55le dégât qu'il y a eu sur moi.
00:40:57Qu'est-ce que tu comprends ?
00:40:59Je comprends
00:41:00que ce mec
00:41:02a détruit
00:41:02une partie
00:41:03de mon évolution
00:41:04psychique
00:41:06et sexuelle
00:41:08et que c'est plus grave
00:41:09que je pensais.
00:41:10J'étais divorcé.
00:41:11Je ne me remarie pas,
00:41:12mais j'ai des histoires.
00:41:13Mais j'ai peur de m'investir.
00:41:15Je n'ai pas d'enfant.
00:41:18Je ne suis pas traumatisé.
00:41:19J'ai ma philosophie de la vie.
00:41:21Mais là,
00:41:21j'ai envie de le retrouver,
00:41:22vraiment.
00:41:23Et puis un jour,
00:41:24ça claque.
00:41:25Il le voit.
00:41:26Il le reconnaît.
00:41:28La bouche.
00:41:28La pomme d'Adam.
00:41:29C'est comme une aiguille
00:41:30dans le cœur.
00:41:31Pas d'erreur possible.
00:41:33Il me le dit
00:41:33comme on dépose une bombe.
00:41:35Alors il y va.
00:41:37Justice.
00:41:38Plainte.
00:41:38Avocat.
00:41:39Le monde en face.
00:41:40Prescrit ?
00:41:41Oui, et alors ?
00:41:43La parole des victimes.
00:41:44Ça commence à compter
00:41:45un peu maintenant, non ?
00:41:47Didier, lui,
00:41:48veut y croire.
00:41:49Oui,
00:41:50que son agresseur
00:41:50sache qu'une plainte
00:41:52a été déposée contre lui.
00:41:54Juste ça.
00:41:55Ce n'est pas grand-chose,
00:41:56quand même.
00:41:56Monsieur Dupont-Boretti
00:41:58a décidé,
00:41:59en accord,
00:42:00évidemment,
00:42:00avec l'institution judiciaire,
00:42:04de demander
00:42:05au procureur de la République
00:42:07d'accepter ces plaintes
00:42:08pour des faits prescrits
00:42:10et de les investiguer.
00:42:12Il m'a été indiqué
00:42:13qu'une enquête
00:42:14avait été engagée.
00:42:16Mon problème,
00:42:17au moment où on parle,
00:42:18c'est que je n'ai pas eu accès
00:42:20à cette enquête.
00:42:21Ce n'est pas faute
00:42:22de l'avoir demandé.
00:42:23Pourquoi ?
00:42:24C'est important.
00:42:25Parce que je voudrais
00:42:26savoir une chose.
00:42:27C'est savoir
00:42:28si, dans les investigations
00:42:30qui ont été menées,
00:42:31et je pense que c'est le cas,
00:42:33la personne
00:42:35accusée
00:42:35des faits
00:42:36par Didier
00:42:36a été entendue.
00:42:39Et si oui,
00:42:40que lui a-t-on dit ?
00:42:41Le nombre des choses,
00:42:42c'est signifiez-le,
00:42:44au gars.
00:42:44Moi, ça me suffirait presque.
00:42:46Mais c'est peut-être arrivé.
00:42:47Le pire,
00:42:48c'est que c'est peut-être arrivé,
00:42:49mais qu'on ne sait pas.
00:42:52La justice,
00:42:53elle n'a pas suivi.
00:42:55Pas de réponse.
00:42:56Pas de dossier.
00:42:57Pas de signe.
00:43:00Juste le vide,
00:43:00encore.
00:43:01Et l'attente
00:43:02qui devient fièvre.
00:43:04Il faut que ça s'arrête.
00:43:05Ce truc a trop duré.
00:43:06Ça pourrit tout.
00:43:07Ça mange tout.
00:43:09Je ne pourrais pas vivre,
00:43:10je ne pourrais pas finir
00:43:11cette histoire
00:43:12si je sais que le gars
00:43:13n'est pas au courant
00:43:14de ma plainte
00:43:14ou que je veux
00:43:15qu'un pédophiste
00:43:15sache que même
00:43:1650 ans après,
00:43:17il peut avoir
00:43:18la victime à sa porte,
00:43:20qu'il tape à sa porte.
00:43:21Je suis prêt
00:43:21à y aller physiquement.
00:43:24Même s'il refuse
00:43:25la discussion
00:43:25ou quoi que ce soit,
00:43:26finalement,
00:43:27je lui dirai quelques mots,
00:43:28je pense,
00:43:29qu'il entende.
00:43:30Et puis voilà,
00:43:31moi, je pense
00:43:32que je serai libéré.
00:43:33On tourne la page
00:43:33de le virer de ta tête ?
00:43:35Écoute,
00:43:35on ne tourne jamais la page.
00:43:36Je pense qu'on vit avec.
00:43:37Je pense que j'ai eu
00:43:38la chance,
00:43:38j'ai eu de la résilience.
00:43:39Ce n'est pas de tout le monde
00:43:40que de la résilience.
00:43:41Il y en a qui finissent
00:43:41dans la drogue,
00:43:42qui se suicident et tout.
00:43:43Il y a quand même
00:43:44des conséquences.
00:43:44En parlant,
00:43:45j'ai l'impression
00:43:46que je vivrai mieux.
00:43:53Cette journée-là,
00:43:55on l'avait en tête
00:43:56depuis des semaines.
00:43:57On s'en était parlé.
00:43:58On l'avait tourné
00:43:59dans tous les sens.
00:44:00On l'avait préparé
00:44:01comme une scène de théâtre.
00:44:03Mais on flippait.
00:44:04Grave.
00:44:05Pas dit qu'on soit prêt.
00:44:07Pas dit qu'on tienne debout.
00:44:09On savait juste un truc.
00:44:11Il allait se passer
00:44:12quelque chose.
00:44:12Un truc fort.
00:44:14Qui fait du bien
00:44:15ou qui dégomme tout.
00:44:17Sur le chemin
00:44:18au bord du canal,
00:44:19j'étais secoué.
00:44:20Comme pris entre deux feux.
00:44:22Envie que ça s'apaise.
00:44:23Peur que ça explose.
00:44:25Mais plus question de reculer.
00:44:27Vite, vite, vite, vite, vite, vite.
00:44:29Monsieur, monsieur.
00:44:31Oui, bonjour.
00:44:32Bonjour.
00:44:33On se connaît peut-être.
00:44:34Je ne me souviens pas de vous.
00:44:36On a été en colonie ensemble.
00:44:39Au cruset.
00:44:41Voilà, j'étais un gamin
00:44:42à l'époque.
00:44:43Je m'appelle Didier.
00:44:44Didier.
00:44:441970.
00:44:45Vous étiez moniteur.
00:44:47Au conflit en 1970 ?
00:44:48Oui.
00:44:49Ça ne risque pas.
00:44:50Pourquoi ?
00:44:51Parce que j'avais deux ans en 1970.
00:44:53Vous êtes né zéro ?
00:44:53Oui.
00:44:55La suite de la conversation,
00:44:56on s'en fout.
00:44:58Ça ne valait rien.
00:44:59Ce n'était pas lui.
00:45:00Je l'ai su tout de suite.
00:45:01Trop jeune,
00:45:02trop nette,
00:45:02trop à l'aise.
00:45:03Il a répondu du tac au tac,
00:45:05sans trou,
00:45:06sans peur.
00:45:07Mais Didier, lui,
00:45:08il est parti en vrille.
00:45:10Il n'a pas freiné.
00:45:11Il lui a balancé toute l'histoire,
00:45:13les détails,
00:45:14comme si ça pouvait encore servir à quelque chose.
00:45:16Comme si c'était lui, quand même.
00:45:18Le type, lui,
00:45:19il ne pigeait rien.
00:45:20Il nous regardait avec ses grands yeux,
00:45:22baumés, figés.
00:45:23Et moi,
00:45:24j'ai attrapé Didier par le bras.
00:45:25Je l'ai tiré pour qu'on s'en aille.
00:45:27Je lui soufflais à l'oreille.
00:45:28Lâche, Didier,
00:45:28c'est pas lui.
00:45:29J'aurais pu lui gueuler,
00:45:30mais j'avais plus de voix.
00:45:32J'ai attendu des mois,
00:45:33avant d'oser lui en reparler.
00:45:35C'est tellement gros.
00:45:36Je me dis,
00:45:38je suis maudit.
00:45:41Ce mec,
00:45:41il fait plus que son âge.
00:45:43C'est pas le bon,
00:45:44mais la démarche que j'ai eue,
00:45:45c'est la bonne démarche.
00:45:47Et j'y ai cru.
00:45:49La question que je te pose
00:45:49et que je me pose aussi à moi-même,
00:45:50c'est qu'on est journaliste tous les deux.
00:45:52Par rapport à ça,
00:45:53on aurait pu vérifier son âge.
00:45:54Pourquoi on ne vérifie pas ?
00:45:56Parce qu'on veut que ce soit lui.
00:46:00Oui, parce qu'on a un moment,
00:46:01il faut que ça s'arrête.
00:46:02Le cirque,
00:46:03le silence,
00:46:04les nuits à l'envers.
00:46:05On veut que ça cesse,
00:46:06que ça avance,
00:46:07que ça respire un peu.
00:46:08Marre de tourner en rond,
00:46:09de crier dans le noir,
00:46:11de recoller les morceaux
00:46:12à la petite cuillère.
00:46:15Alors moi,
00:46:15j'y suis allé,
00:46:16encore une fois.
00:46:17J'ai sauté dans un train,
00:46:19j'ai fermé les yeux.
00:46:22Direction l'enfance.
00:46:26Direction ma mère.
00:46:28J'avais tout un foutu carnet de questions
00:46:30dans la tête.
00:46:31Mais au fond,
00:46:33il n'y en avait qu'une qui brûlait.
00:46:35Pourquoi tu m'as pas crue, maman ?
00:46:38Tout bébé,
00:46:39tu avais un problème cardiaque.
00:46:41Donc tu as été très écouté,
00:46:43très gâté.
00:46:45Et que tu annonces ça à 20 ans,
00:46:49pour moi, la surprise.
00:46:51Le choc aussi, j'imagine que...
00:46:52Non, le choc aussi.
00:46:54C'est quelque chose d'odieux,
00:46:56c'est quelque chose d'impensable.
00:46:57Je me souviens que tu m'avais dit
00:46:58que ce n'était pas vrai.
00:47:00Tu m'avais dit que ce n'était pas vrai.
00:47:01Tu m'avais dit que ce n'était pas vrai.
00:47:04Tu me l'aurais dit
00:47:04quand on était tellement proches
00:47:06que tu me l'aurais dit.
00:47:07Peut-être te l'as dit.
00:47:08Je ne me rappelle plus
00:47:08de cette graine très longtemps,
00:47:10puis vieille.
00:47:11Mais peut-être te l'as dit
00:47:12parce que c'était tellement suffocant
00:47:14à 20 ans
00:47:15de dire quelque chose
00:47:16qui est arrivé devant.
00:47:18comment tu allais pu vivre
00:47:20avec ça ?
00:47:21Pour moi, la seule chose
00:47:23que je souhaite,
00:47:24c'est qu'ils s'en libèrent
00:47:25totalement
00:47:26et qu'ils vivent
00:47:27une vie normale
00:47:28et gai
00:47:29jusqu'à la fin de ses jours.
00:47:31Tu parlais d'Ile ?
00:47:32Hein ?
00:47:33Tu parlais qui, là, Ile ?
00:47:35Que mon fils ?
00:47:36Que mon Nicolas ?
00:47:37Que mon Nicolas ?
00:47:38Tu peux dire toi,
00:47:38tu peux dire moi,
00:47:39tu peux dire mère.
00:47:40Et vous en avez parlé
00:47:41après, papa ?
00:47:42Oui, on en a parlé,
00:47:44mais étant donné
00:47:45que dans ce temps-là,
00:47:46on ne pouvait pas
00:47:47faire une réclamation
00:47:49ou on pouvait pas...
00:47:50Non, il y avait
00:47:51les prescriptions, ouais.
00:47:52Il y avait les prescriptions.
00:47:52Et c'est ce qui nous a arrêtés.
00:47:54Tant que Nicolas ne sera pas...
00:47:56Maintenant,
00:47:56il va beaucoup mieux.
00:47:57Pourquoi tu fais ça ?
00:47:58Tu peux parler de moi ?
00:47:59Hein ?
00:48:00Je suis là.
00:48:01Tu veux...
00:48:01Non, mais tu veux...
00:48:03Tant que toi, mon fils...
00:48:04Oui, oui.
00:48:05Mon gamin...
00:48:06Oui, non, mais...
00:48:06Ça va te faire un douilleau plus.
00:48:08Tant qu'il croit.
00:48:09Non, mais, mon fils,
00:48:11tant que tu ne seras pas
00:48:12libérée totalement,
00:48:13toi, de ça,
00:48:15je serai toujours avec toi.
00:48:17Tu seras tout le temps
00:48:17dans mes pensées.
00:48:18Mais ce ne sont pas
00:48:19des pensées agréables,
00:48:20bien entendu.
00:48:21Dieu merci,
00:48:22tous les deux,
00:48:22nous voulons de bons moments
00:48:23autrement.
00:48:24Oh, non, mais ça va,
00:48:25je suis libéré quand même.
00:48:26Non, mais...
00:48:27Oui, oui, ça va.
00:48:28Ça va dur.
00:48:29Mais depuis que tu l'as dit,
00:48:30depuis que tu l'as...
00:48:31Depuis que...
00:48:32Oui, oui, c'est sûr.
00:48:34Mais attends, 50 ans.
00:48:36Tu vois ?
00:48:37Ben, oui, oui.
00:48:39Mais nous,
00:48:39on n'avait jamais parlé
00:48:40de plus, tous les deux.
00:48:42Moi, la parole,
00:48:43elle importe avec toi
00:48:44parce que c'est vrai
00:48:44qu'il y a eu ce moment
00:48:47de non partage,
00:48:48d'incompréhension,
00:48:48en fait.
00:48:50On n'a pas pu s'en parler
00:48:51du tout,
00:48:52on n'en a pas parlé
00:48:52jusqu'à là,
00:48:54il y a quelques mois.
00:48:55Donc, c'est quand même
00:48:56une vie de silence,
00:48:57quand même, tu vois.
00:48:58Ah oui.
00:49:00C'est important
00:49:01de raconter les choses,
00:49:01je trouve.
00:49:03D'une part,
00:49:03parce que, tu sais,
00:49:05les enfants qui témoignent
00:49:06aujourd'hui,
00:49:07encore la grande,
00:49:08très grande majorité
00:49:09ne sont pas crus.
00:49:10Moi, ce qui m'intéresse,
00:49:11c'est de savoir
00:49:12ce que vous en disiez
00:49:13à quoi on parle
00:49:13tous les deux ensemble,
00:49:14quand vous en parliez
00:49:15tous les deux.
00:49:16Mais je dois te dire
00:49:17qu'avec ton père,
00:49:18on en a peu parlé.
00:49:20Ça, c'est le tort
00:49:21qu'on a eu.
00:49:23Et tu vas croire
00:49:24qu'on en a peu parlé
00:49:24parce qu'on ne te croyait pas.
00:49:26Mais on t'a vraiment cru.
00:49:28Mais nous,
00:49:28ce qui nous a bloqués,
00:49:30c'est qu'on a dit
00:49:30qu'on ne peut plus
00:49:31rien faire maintenant.
00:49:32Lui, il va en psychiatrisse
00:49:35tout le temps.
00:49:36D'où, d'autre côté,
00:49:36on ne peut plus rien faire
00:49:37parce qu'il y a
00:49:38péremption.
00:49:39Ça a été le point,
00:49:42de dire qu'on ne peut plus
00:49:43agir.
00:49:44Et même encore maintenant,
00:49:47moi, je sais qu'il y a
00:49:48trois personnes de ce nom
00:49:49sur la Côte d'Azur.
00:49:50Si je retrouvais le prénom,
00:49:52je serais encore d'accord
00:49:53pour le voir
00:49:54et vraiment m'expliquer
00:49:56avec lui
00:49:56et lui dire
00:49:57le fait de ce qu'il a.
00:50:00Il a détruit une partie
00:50:01de la vie de mon fils
00:50:02quand il était enfant.
00:50:07Presque 35 ans
00:50:08à tourner autour du vide,
00:50:10à s'éviter dans les phrases,
00:50:11à marcher sur des oeufs
00:50:13lestés de honte.
00:50:14Sur ce sujet,
00:50:15ma mère et moi,
00:50:16c'était ça.
00:50:17Un vieux film
00:50:18muet en boucle.
00:50:20Et puis l'autre jour,
00:50:21les mots ont surgi
00:50:22comme des chiens lâchés.
00:50:23Je ne sais pas
00:50:24si ça m'a soulagé,
00:50:25mais il fallait que ça sorte.
00:50:27Il fallait qu'on se heurte
00:50:28au moins une fois
00:50:28à cette douleur
00:50:29qu'ils n'ont jamais su nommer.
00:50:31Le viol, mon viol,
00:50:32trop brutal pour eux,
00:50:34trop immense.
00:50:35Ils ont laissé le silence
00:50:36faire le boulot,
00:50:37un silence bétonné,
00:50:38le leur.
00:50:49J'ai plus de 20 ans
00:50:50de thérapie derrière moi.
00:50:51Je pense que jusqu'à mon dernier souffle,
00:50:53j'en aurais besoin.
00:50:56Moi, la peur de l'abandon,
00:50:58c'est un truc
00:50:58que j'ai trouvé presque tous les jours.
00:50:59Ça me parle.
00:51:00C'est-à-dire que moi,
00:51:00j'ai été abandonné
00:51:01par toute ma famille, etc.
00:51:03C'est quelque chose
00:51:04qui revient sans cesse.
00:51:04J'ai des moments de mal
00:51:05à faire du lien
00:51:06et même à m'attacher.
00:51:07C'est assez paradoxal
00:51:08parce que je connais
00:51:09énormément de monde,
00:51:10ce qui est vrai,
00:51:11je connais du monde
00:51:11dans le cadre de la lutte
00:51:13mais dans mon univers familial proche.
00:51:16Je compte les personnes
00:51:16sur la doigt d'une marque.
00:51:19Je ne fais pas de soirée.
00:51:20Je ne vais pas au cinéma
00:51:21avec des gens,
00:51:21je ne vais pas au théâtre
00:51:22avec des gens,
00:51:22je ne fais pas, c'est vrai.
00:51:23Mais j'en souffre réellement.
00:51:24C'est un handicap.
00:51:25La justice,
00:51:27aux politiques,
00:51:28aux instituts,
00:51:29nos parents,
00:51:30nous avons tiré
00:51:30les leçons
00:51:31de l'épreuve
00:51:32qui a été infligée
00:51:32à nos enfants.
00:51:33Est-ce qu'on peut guérir
00:51:34de ce type de trauma ?
00:51:35Le traumatisme,
00:51:37ce n'est pas une maladie,
00:51:38ce n'est pas un trouble
00:51:39de la personnalité,
00:51:40ce n'est pas une dépression
00:51:42dans laquelle tu tombes,
00:51:44que tu traites,
00:51:45que tu travailles
00:51:45et puis ensuite
00:51:46tu te relèves
00:51:47en tournant la page.
00:51:49Quand tu vis un événement
00:51:50comme aussi violent
00:51:52que ça,
00:51:53c'est une effraction à vie.
00:51:54C'est un avant
00:51:55et un après.
00:51:56C'est un nouveau chapitre
00:51:56de ton existence
00:51:57qui s'ouvre.
00:51:59Alors comment tu fais ?
00:51:59Tu travailles dessus
00:52:00pour apprendre
00:52:02à vivre avec.
00:52:03Apprendre à vivre avec,
00:52:04c'est accepter
00:52:05que le souvenir
00:52:06ne s'effacera
00:52:06jamais.
00:52:07Mais là où tu peux progresser,
00:52:09c'est travailler
00:52:09sur les flashbacks,
00:52:11les révélissances,
00:52:12c'est-à-dire arrêter
00:52:12d'avoir ces pensées
00:52:13en boucle qui reviennent,
00:52:14ces cauchemars.
00:52:15C'est arrêter
00:52:16de ressentir aussi
00:52:17violemment,
00:52:18de façon somatique,
00:52:19le viol,
00:52:20les violences,
00:52:20les signaux du corps,
00:52:22d'alerte.
00:52:23C'est arrêter
00:52:23de souffrir psychologiquement
00:52:25et j'inclus
00:52:26la culpabilité
00:52:27dedans.
00:52:28C'est retrouver
00:52:29une place
00:52:30dans la société,
00:52:31s'insérer,
00:52:32avoir confiance en soi,
00:52:33refaire confiance en l'autre,
00:52:35réussir à établir
00:52:36des liens
00:52:36qui sont des liens sains.
00:52:38Tout ça,
00:52:39on peut le faire.
00:52:39Malgré la cicatrice
00:52:41qui ne disparaîtra pas.
00:52:43Jamais.
00:52:44C'est trop violent.
00:52:47c'est un chemin
00:52:48d'acceptation.
00:52:50Et je l'ai compris
00:52:50avec toi.
00:52:52Tu as compris quoi ?
00:52:53Ouais.
00:52:54J'ai compris avec toi
00:52:55que l'acceptation,
00:52:57ce n'est pas la fatalité.
00:52:58Ce n'est pas
00:52:58du laisser aller.
00:53:01Mais c'est dire
00:53:01OK,
00:53:02ce truc est là,
00:53:04ça n'est plus
00:53:06un cadre limitant.
00:53:07Tu vois ce que je veux dire ?
00:53:09Que ce n'est pas
00:53:09quelque chose
00:53:10qui voudrait
00:53:11nous rappeler
00:53:12sans cesse à l'ordre.
00:53:13si on peut en sortir
00:53:14de ce cadre-là.
00:53:15J'éprouve
00:53:16par exemple
00:53:16de la colère ?
00:53:17Oui.
00:53:19J'éprouve
00:53:19beaucoup de colère,
00:53:20souvent.
00:53:24Vis-à-vis
00:53:25de cette société
00:53:26qui nous entoure
00:53:27et qui,
00:53:28je pense,
00:53:29ne mesure pas
00:53:30complètement
00:53:30ce dont on parle.
00:53:32Ce n'est pas
00:53:32grandiloquent
00:53:33de dire que c'est
00:53:34vraiment l'affaire
00:53:35de tous.
00:53:36Quand on voit
00:53:36les chiffres,
00:53:38tous les milieux,
00:53:40toutes les époques,
00:53:41parce que j'aimerais croire
00:53:42que c'est fini
00:53:43mais on sait
00:53:43que ce n'est pas fini.
00:53:44Comme toi,
00:53:45j'en veux au monde entier
00:53:46d'être passif
00:53:48ou pas assez concerné
00:53:50ou tourner les vidéos
00:53:52ou le regard
00:53:52par rapport
00:53:53à ces histoires-là.
00:53:53Les hommes
00:53:54qui osent parler
00:53:55permettent à d'autres
00:53:56hommes de parler.
00:53:56Oui.
00:53:59C'est quelqu'un
00:54:00qui t'a piqué
00:54:01ta vie
00:54:01sur des 30 centres
00:54:02de vie,
00:54:02tu les as piqué.
00:54:03C'est à moi.
00:54:04En plus,
00:54:05je pense que
00:54:05si on regarde,
00:54:06tu as un objet,
00:54:06c'est à moi
00:54:07et je te dis,
00:54:08il y a une partie
00:54:08de ma vie
00:54:09qui est là
00:54:09qui a un trou noir.
00:54:10Ce trou noir
00:54:10me fait chier.
00:54:12Quand on est adulte,
00:54:13on essaie de maîtriser
00:54:13sa vie
00:54:14et d'être conscient.
00:54:15Mais le petit DJ,
00:54:16il reexiste.
00:54:17Et peut-être
00:54:18que je recolle
00:54:21ce noir.
00:54:23Il met de la lumière.
00:54:25Et comme en photo,
00:54:26du noir,
00:54:26du négatif
00:54:27arrive dans le positif.
00:54:29La lumière.
00:54:32La lumière.
00:54:40La vie est belle.
00:54:45J'avais 9 ans.
00:54:46Aujourd'hui,
00:54:47j'en ai 52.
00:54:48En bouclant ce film,
00:54:49je range une partie
00:54:50de cette sale histoire
00:54:51avec les vieilles bobines
00:54:52Super 8
00:54:53dans une malle
00:54:54au fond d'un placard
00:54:55que personne
00:54:56n'ouvrira plus jamais.
00:54:59Je regarde
00:54:59le petit Nicolas
00:55:01figé dans un sourire.
00:55:03devant la caméra
00:55:04de mon père.
00:55:04Et je me dis que ouais,
00:55:06peut-être bien
00:55:06qu'aujourd'hui,
00:55:07il respire.
00:55:08Peut-être même
00:55:09qu'il est heureux.
00:55:10Enfin.
00:55:13Débat Doc,
00:55:14c'est maintenant
00:55:15Didier,
00:55:15moi et les autres,
00:55:16les enfants du silence.
00:55:18Film bouleversant,
00:55:20puissant,
00:55:20signé Nicolas Bourgoin
00:55:22sur le coup
00:55:23de ce silence.
00:55:25160 000 mineurs
00:55:27sont victimes
00:55:28de violences sexuelles
00:55:30chaque année en France.
00:55:31Un phénomène social majeur.
00:55:32Comment aider
00:55:33ses enfants,
00:55:34ses adultes également ?
00:55:36De quels moyens
00:55:37ont besoin
00:55:37la justice
00:55:38et la médecine
00:55:38pour ce travail
00:55:39de reconstruction ?
00:55:41Certains disent aussi
00:55:42de restauration.
00:55:44On ouvre le débat
00:55:44tout de suite
00:55:45avec nos trois invités
00:55:46que j'ai le plaisir
00:55:47d'accueillir.
00:55:48Frédéric Pommier,
00:55:49bonsoir.
00:55:49Vous êtes journaliste
00:55:50à France Inter,
00:55:51auteur d'un livre
00:55:52qui a été
00:55:52une véritable déflagration
00:55:54derrière les arbres
00:55:55publié chez Flammarion
00:55:57dans lequel vous avez
00:55:58raconté les viols
00:55:59que vous avez subis
00:56:00quand vous étiez enfant,
00:56:01que vous avez été victime
00:56:03de quatre hommes différents,
00:56:05l'amnésie,
00:56:06la remontée du traumatisme
00:56:07et on va en parler
00:56:08évidemment longuement
00:56:10ce soir.
00:56:11Mélanie Dupont,
00:56:11vous êtes psychologue
00:56:12auprès d'enfants
00:56:14et d'adolescents
00:56:14victimes de violences physiques,
00:56:16psychiques aussi,
00:56:17c'est important,
00:56:18à l'unité médico-judiciaire
00:56:20de l'Hôtel Dieu.
00:56:21Vous travaillez
00:56:21avec des enfants
00:56:23et des adolescents
00:56:24et vous les accompagnez
00:56:25en parallèle
00:56:25de leur parcours judiciaire.
00:56:27Antoine Garapon,
00:56:28bonsoir.
00:56:29Bonsoir.
00:56:29Vous êtes,
00:56:30je le disais,
00:56:30ancien juge des enfants,
00:56:32vous avez travaillé
00:56:32sur la réparation,
00:56:35la reconnaissance
00:56:36des abus sexuels
00:56:37dans l'Église
00:56:38et aujourd'hui
00:56:38vous présidez
00:56:39cette commission
00:56:40très importante
00:56:41sur les violences
00:56:41dans le périscolaire parisien,
00:56:43une commission indépendante.
00:56:45Vous avez travaillé
00:56:46et publié un livre
00:56:47qui a fait date
00:56:48pour une autre justice,
00:56:49la voie restaurative
00:56:51aux presses universitaires
00:56:52de France.
00:56:53Là aussi,
00:56:54vous nous direz
00:56:55ce que peut vouloir dire
00:56:56une justice réparative,
00:56:59restaurative
00:56:59et pas simplement
00:57:00qui punit.
00:57:01Frédéric Pommier,
00:57:03il y a cette chose
00:57:04très très forte
00:57:05lorsqu'on vous lit,
00:57:06c'est que vous êtes victime
00:57:08ou vous avez été victime.
00:57:09Il faut le dire au passé
00:57:10aujourd'hui d'ailleurs
00:57:11ou pas ?
00:57:14Pour pouvoir
00:57:15ne plus être une victime,
00:57:17il faut d'abord
00:57:18pouvoir avoir été considéré
00:57:19comme une victime.
00:57:20Donc vous avez été victime
00:57:22mais aujourd'hui
00:57:23on va passer
00:57:25à quoi ?
00:57:26Comment vous présenter
00:57:27ou comment le dire
00:57:28très simplement ?
00:57:29Puisque vous avez raconté
00:57:30dans votre livre
00:57:31ces stress post-traumatiques,
00:57:34on l'a vu
00:57:35dans le documentaire,
00:57:36très intense,
00:57:37les pensées suicidaires,
00:57:39la façon dont vous avez
00:57:40subi des viols
00:57:41quand vous aviez
00:57:41entre 4 et 7 ans
00:57:42par 4 hommes différents,
00:57:44vous dites que ça a
00:57:45bousillé votre vie,
00:57:47ça a bousillé votre vie.
00:57:48Donc je le disais,
00:57:49il faut le dire au passé.
00:57:51C'est compliqué pour moi
00:57:52de répondre à cette question.
00:57:54Il faut dire au passé
00:57:55les viols.
00:57:56Oui.
00:57:57J'ai été victime de viols
00:57:59quand j'étais petit garçon.
00:58:01Mais ça ne me définit
00:58:03absolument pas.
00:58:04C'est une malchance
00:58:06que j'ai eue
00:58:06comme malheureusement
00:58:08des millions
00:58:09de personnes en France,
00:58:11des femmes
00:58:12et des hommes.
00:58:15Mais quand je disais
00:58:16pour ne plus être victime,
00:58:18il faut d'abord
00:58:19avoir été reconnu
00:58:20comme victime,
00:58:21ça veut dire
00:58:21se reconnaître soi-même
00:58:23comme victime
00:58:23et éventuellement
00:58:25que les autorités compétentes
00:58:27nous reconnaissent
00:58:28comme victime.
00:58:29Ce qui est très difficile
00:58:30quand on est adulte
00:58:32parce que la plupart du temps,
00:58:33les faits
00:58:35dont on a été
00:58:37victime précisément,
00:58:38les faits qu'on a subis
00:58:39sont des faits
00:58:39qui sont prescrits,
00:58:40donc la justice
00:58:40ne nous rendra
00:58:42jamais justice
00:58:43parce que les faits
00:58:44sont trop lointains.
00:58:44Donc il faut se débrouiller
00:58:46avec ça,
00:58:46se dire oui j'ai été victime
00:58:48mais j'ai réussi
00:58:49à m'en sortir
00:58:51et ça on peut se le dire
00:58:52simplement parce qu'on
00:58:53est toujours vivant.
00:58:55Mais ça ne veut pas dire
00:58:56qu'on est sauvé,
00:58:57ça veut dire qu'on doit
00:58:58continuer à se sauver
00:58:59tous les jours.
00:59:00Donc moi ces hommes
00:59:01ils n'ont pas bousillé
00:59:01toute ma vie,
00:59:03ils ont bousillé
00:59:03mon enfance,
00:59:04oui,
00:59:05ils ont volé
00:59:06une grande partie
00:59:07de la lumière
00:59:08qui était celle
00:59:09que je portais
00:59:09quand j'étais enfant,
00:59:10il m'en reste
00:59:12aujourd'hui suffisamment
00:59:12pour tenir encore debout
00:59:14la plupart des matins
00:59:16mais c'est la plupart
00:59:17des matins
00:59:18et c'est ça
00:59:18que nous racontent
00:59:19aussi les hommes
00:59:20dans ce documentaire
00:59:21c'est que
00:59:25tant qu'on est vivant
00:59:26c'est qu'on a gagné
00:59:28mais il faut admettre
00:59:29que de ces violences-là
00:59:31on ne se remet jamais.
00:59:32Et votre livre
00:59:33il est extrêmement
00:59:33important pour ça
00:59:35et merci infiniment
00:59:36d'ailleurs
00:59:36de l'avoir écrit
00:59:38pour ceux
00:59:39qui y ont parlé
00:59:40mais pour ceux
00:59:41qui n'ont pas encore
00:59:42parlé.
00:59:43Mélanie Dupont,
00:59:43il y a 90%
00:59:45des victimes mineures
00:59:46qui ont développé
00:59:47des stress post-traumatiques
00:59:49après des agressions
00:59:51sexuelles.
00:59:52Une victime
00:59:52sur trois
00:59:53a fait une tentative
00:59:54de suicide
00:59:55et ça vous le constatez
00:59:56absolument tous les jours.
00:59:57Ah oui, tous les jours.
00:59:58Alors j'élagirais même
00:59:59peut-être
01:00:00le concept
01:00:01de stress post-traumatique
01:00:02au psychotraumatisme
01:00:04au pluriel
01:00:05parce qu'on voit
01:00:06en fait
01:00:06que ça va être
01:00:08vraiment pas que
01:00:09une classification
01:00:10comme ça
01:00:11de hypervigilance
01:00:12etc.
01:00:13On est vraiment sur
01:00:14et là la collègue
01:00:15aussi dans le documentaire
01:00:16le montre bien
01:00:17sur une pluralité
01:00:19de conséquences
01:00:20mais de la vie entière.
01:00:22Donc on est vraiment
01:00:23et en plus
01:00:23je dirais
01:00:24que le trauma sexuel
01:00:25il est avant tout
01:00:26un trauma relationnel.
01:00:29Donc c'est...
01:00:29Comment ça ?
01:00:30Expliquez-nous ça.
01:00:31Non, ça me faisait réagir.
01:00:32C'est un être humain
01:00:33qui fait ce mal-là
01:00:35à un autre être humain
01:00:36et donc on est dans
01:00:37la sphère de l'intimité
01:00:39et donc...
01:00:40C'est que j'avais l'impression
01:00:41que ça faisait éclater
01:00:42toute relation possible
01:00:43justement avec l'autre.
01:00:45C'est là où c'est
01:00:45le trauma relationnel.
01:00:46C'est là où il est trauma.
01:00:47C'est-à-dire qu'il y a du fait sexuel
01:00:48bien évidemment
01:00:48il y a des conséquences
01:00:49à ce niveau-là
01:00:50mais c'est surtout
01:00:51comment faire confiance
01:00:52surtout quand on est petit
01:00:54comment faire confiance
01:00:55après aux adultes
01:00:56et donc à d'autres êtres humains
01:00:58alors même que
01:00:59généralement en plus
01:01:00ce sont des adultes
01:01:01en qui on a confiance
01:01:02qui sont censés nous protéger
01:01:03qui nous ont agressés.
01:01:05Et d'autant que ça se produit
01:01:06très souvent dans les familles
01:01:07puisque l'écrasante
01:01:09majorité des cas
01:01:10elle se produit
01:01:11dans le cadre familial.
01:01:13Dans le cadre familial
01:01:14et dans le cadre proche.
01:01:16Les proches.
01:01:17C'est-à-dire vraiment
01:01:18effectivement
01:01:19la question de l'inconnu
01:01:20dans la rue
01:01:21pas du tout
01:01:22effectivement ce profil-là
01:01:23qui va être l'auteur.
01:01:24C'est plus de 8 victimes
01:01:26sur 10 gamins
01:01:28qui sont victimes
01:01:30oui
01:01:30de cas d'inceste.
01:01:32Alors
01:01:32l'inceste oui
01:01:34et après vraiment
01:01:35alors j'insiste
01:01:36sur la question des proches
01:01:37parce que
01:01:37après ça dépend toujours
01:01:38pareil des définitions
01:01:39qu'on a
01:01:39mais le proche
01:01:41on a parlé beaucoup
01:01:41de l'église
01:01:42on a parlé là en ce moment
01:01:43du périscolaire
01:01:44on a parlé
01:01:44toutes ces figures
01:01:45d'autorité sur l'enfant
01:01:47et qui abusent
01:01:48de cette autorité-là
01:01:50et bien évidemment
01:01:51la question familiale
01:01:52est une question centrale.
01:01:53Vous dans le cadre
01:01:54de différentes commissions
01:01:55dans lesquelles
01:01:56vous avez siégé
01:01:57vous avez énormément travaillé
01:01:58vous avez travaillé
01:01:59avec aussi des agresseurs
01:02:01il faut le dire
01:02:02en tout cas
01:02:03dans certains cas
01:02:04et notamment
01:02:04dans le cas des abus sexuels
01:02:06dans l'église
01:02:07vous l'avez constaté
01:02:08cette dimension
01:02:09Frédéric disait
01:02:11bousillé
01:02:12mais le mot est
01:02:13extrêmement puissant
01:02:15bousillé
01:02:16mais on est
01:02:17aussi là
01:02:18pour essayer de penser
01:02:19comment on peut
01:02:19se reconstruire
01:02:20et c'est d'ailleurs
01:02:21votre travail
01:02:22qui est une tâche
01:02:24gigantesque
01:02:24Antoine Garapon
01:02:25Oui alors c'est ça
01:02:26bousillé
01:02:27et notre rôle
01:02:29de la commission
01:02:29c'était de reconnaître
01:02:31qu'un crime
01:02:33avait été commis
01:02:34et de le reconnaître
01:02:35avec l'institution
01:02:36de l'église
01:02:37c'est très important
01:02:38c'est-à-dire que
01:02:3980% des prêtres
01:02:41l'agression sexuelle
01:02:43sur un enfant
01:02:44par un prêtre
01:02:44c'est le crime parfait
01:02:45il y a 30 ou 40 ans
01:02:47d'écart
01:02:48le temps que
01:02:49l'enfant devient adulte
01:02:51qu'il prenne cette décision
01:02:55aussi terrible
01:02:55de parler
01:02:56ça prend encore du temps
01:02:57et quand il parle
01:02:58l'auteur est décédé
01:03:00mais il y a une institution
01:03:01une institution
01:03:02qui assume
01:03:03sa responsabilité
01:03:04et donc
01:03:05le rôle
01:03:06de cette commission
01:03:08c'est
01:03:08comme son nom l'indique
01:03:10à la fois
01:03:10une reconnaissance
01:03:11et une réparation
01:03:12une réparation
01:03:13parce qu'il y a d'abord
01:03:14une reconnaissance
01:03:15ensuite on alloue
01:03:16une somme
01:03:17on recommande
01:03:18une somme d'argent
01:03:18et puis un geste symbolique
01:03:20un geste symbolique
01:03:21pour marquer
01:03:22pour couper le temps
01:03:23de quelle nature ?
01:03:24de plusieurs natures
01:03:25ça peut être
01:03:25revenir sur les lieux
01:03:26souvent revenir sur les lieux
01:03:28ça peut être
01:03:31faire un geste particulier
01:03:33il y a une
01:03:34une congrégation
01:03:36à offrir
01:03:38après l'acte de reconnaissance
01:03:39un stylo
01:03:40à la victime
01:03:41pour dire voilà
01:03:42maintenant
01:03:42vous pouvez écrire
01:03:43votre vie
01:03:43et ça coupe le temps
01:03:46c'est ça qui est important
01:03:47et Bousier
01:03:49oui
01:03:50apte à renaître
01:03:51à renaître
01:03:52le beau
01:03:53et Galvaudé
01:03:54à recommencer
01:03:55quelque chose
01:03:56même longtemps
01:03:57après elle s'est fait
01:03:58c'est ce qu'on a constaté
01:03:59Fédéric Pommier
01:04:00c'est quelque chose
01:04:01qui vous parle
01:04:02lorsqu'on dit
01:04:03recommencer
01:04:04essayer de
01:04:06renaître
01:04:07c'est ce qui se passe
01:04:08parce qu'il y a
01:04:09quelque chose
01:04:09de très frappant
01:04:10quand on a vu
01:04:10le documentaire
01:04:11mais c'est
01:04:12l'importance
01:04:13de ce syndrome
01:04:15de stress
01:04:17mais il y a
01:04:18également
01:04:19l'amnésie
01:04:19l'amnésie
01:04:20post-traumatique
01:04:21ce que vous racontez
01:04:22très bien
01:04:22dans votre livre
01:04:23il a fallu des années
01:04:25il a fallu un événement
01:04:27déclencheur
01:04:28pour que tout à coup
01:04:28ça remonte
01:04:29à la surface
01:04:31moi j'ai eu
01:04:32une amnésie
01:04:33traumatique
01:04:34de plusieurs dizaines
01:04:34d'années
01:04:35qui n'était pas
01:04:35une amnésie
01:04:36totale
01:04:37puisque
01:04:39j'ai
01:04:41pressenti
01:04:41assez tôt
01:04:42qu'il m'était arrivé
01:04:43quelque chose de grave
01:04:44et puis
01:04:45au cours de la vingtaine
01:04:46j'ai senti
01:04:46que ce qui s'était passé
01:04:47avait rapport
01:04:48avec mon sexe
01:04:49avec mes fesses
01:04:50avec ma bouche
01:04:50et vous dites
01:04:51d'ailleurs
01:04:51que le corps
01:04:52lui n'oublie pas
01:04:53le corps n'oublie
01:04:53absolument pas
01:04:57à l'inverse
01:04:58de ce qui a pu se passer
01:05:00avec les victimes
01:05:01que vous évoquiez
01:05:02et avec l'église
01:05:04là
01:05:04une institution
01:05:05reconnaît
01:05:06moi aujourd'hui
01:05:06je suis dans une situation
01:05:08où j'ai porté plainte
01:05:09malgré la prescription
01:05:10contre le quatrième
01:05:11de mes agresseurs
01:05:12oui
01:05:14et
01:05:15deux autres hommes
01:05:16ont témoigné
01:05:17contre lui
01:05:17tout récemment
01:05:18oui
01:05:20et aujourd'hui
01:05:20cet homme
01:05:21dit que nous sommes
01:05:21des menteurs
01:05:22et il a porté plainte
01:05:23contre moi
01:05:23pour dénonciation
01:05:24calomnieuse
01:05:25donc évidemment
01:05:26que la renaissance
01:05:27est possible
01:05:28à titre personnel
01:05:29mais pour régler
01:05:30ce genre d'histoire
01:05:31on ne peut pas
01:05:33la régler
01:05:33toute seule
01:05:34on ne peut pas
01:05:35la régler
01:05:36tout seul
01:05:36ou toute seule
01:05:37quand on est
01:05:38une victime
01:05:39au sens général
01:05:41si personne
01:05:42ne nous aide
01:05:42à le faire
01:05:43et si face à nous
01:05:44on a des affreux
01:05:45qui restent
01:05:46des affreux
01:05:46et on a des pédocriminels
01:05:48qui n'avouent
01:05:50jamais
01:05:50parce que
01:05:51c'est un crime
01:05:51inavouable
01:05:52là en l'occurrence
01:05:54cet homme
01:05:54dont je parle
01:05:55a été député
01:05:56à deux reprises
01:05:57a été maire
01:05:58d'une ville
01:05:59a été directeur
01:06:00des plus grandes prisons
01:06:00de France et d'Europe
01:06:01donc ce crime
01:06:02est inavouable
01:06:03mais c'est moi
01:06:05qui parce que
01:06:06j'ai pris la parole
01:06:06en l'occurrence
01:06:07cette parole
01:06:07en a libéré d'autres
01:06:08qui me retrouve
01:06:09aujourd'hui
01:06:09avec une plainte
01:06:11c'est insupportable
01:06:15c'est une violence
01:06:16de plus
01:06:16donc renaître
01:06:18oui
01:06:18et moi
01:06:19comme tous ceux
01:06:20qui sont encore vivants
01:06:21on renaît
01:06:21tous les matins
01:06:22mais avec
01:06:23ces violences
01:06:24successives
01:06:25qui s'ajoutent
01:06:26et qui
01:06:26certains soirs
01:06:28sont intolérables
01:06:29Mélanie Dupont
01:06:30vous
01:06:31la question
01:06:32de la croyance
01:06:33croire en la parole
01:06:34d'un enfant
01:06:35ou d'un adulte
01:06:36elle se pose
01:06:37pour vous
01:06:38il y a à peu près
01:06:38combien de personnes
01:06:39qui viennent vous voir
01:06:40chaque année ?
01:06:42Au niveau de l'UMJ
01:06:43dans sa globalité
01:06:45on est à peu près
01:06:46à 10 000 victimes par an
01:06:47après ce ne sont pas
01:06:48forcément que des faits sexuels
01:06:49pour les faits sexuels
01:06:51sur mineurs
01:06:51on est à peu près
01:06:52à 300 victimes
01:06:53à l'année
01:06:54donc c'est effectivement
01:06:55quelque chose
01:06:56où on a là
01:06:57une part importante
01:06:59et on est à Paris
01:07:01mais les autres
01:07:02services similaires
01:07:03en France
01:07:04reçoivent aussi
01:07:05bien évidemment
01:07:06ces faits-là
01:07:08je reviens
01:07:09par rapport
01:07:09à cette question
01:07:10de croyance
01:07:11c'est l'enjeu crucial
01:07:12sur la question
01:07:12des violences sexuelles
01:07:13faites aux enfants
01:07:14c'est vraiment
01:07:15l'enjeu principal
01:07:15on n'y croit pas
01:07:16on n'y croit pas
01:07:17c'est-à-dire que
01:07:17la parole d'un enfant
01:07:18déjà de manière générale
01:07:19la parole d'un enfant
01:07:20a beaucoup moins de poids
01:07:21que celle d'un adulte
01:07:22et alors en plus
01:07:23quand il révèle des choses
01:07:25qu'on n'a pas du tout
01:07:25envie d'entendre
01:07:27avec ces mots à lui
01:07:29qui des fois ne sont pas
01:07:29si clairs non plus
01:07:30pour nous adultes
01:07:31et bien on a tout de suite
01:07:33des mécanismes de défense
01:07:34qui viennent
01:07:35et qui disent
01:07:35non c'est pas possible
01:07:36tu te trompes
01:07:38donc on est vraiment
01:07:39et là dans le reportage
01:07:39on le voit bien
01:07:40par rapport à la maman
01:07:41donc c'est vraiment
01:07:41des choses qui sont
01:07:43insupportables
01:07:43intolérables
01:07:44et donc croire la parole
01:07:46d'un enfant
01:07:47c'est difficile
01:07:48et donc c'est pour ça
01:07:49que c'est aussi compliqué
01:07:50aussi pour toutes les victimes
01:07:52après pour pouvoir
01:07:53se faire entendre
01:07:53et avoir cette question
01:07:55de reconnaissance
01:07:55Antoine Garapon
01:07:56oui mais je crois
01:07:57qu'il faut qu'on invente
01:07:58une forme de justice
01:08:00pour
01:08:01qui tourne
01:08:02qui court toute la vie
01:08:04ce qui est très intéressant
01:08:05dans notre histoire
01:08:07Frédéric Pommier
01:08:07c'est que
01:08:08il y a plusieurs choses
01:08:08mais d'abord
01:08:09vous portez plainte
01:08:10il ne se passe rien
01:08:11pendant deux ans
01:08:11plus de deux ans
01:08:13et au bout de deux ans
01:08:14vous recevez
01:08:15un courrier du procureur
01:08:17qui
01:08:18qui
01:08:19qui avoue son impuissance
01:08:21mais qui vous dit
01:08:22quelque chose
01:08:22quoi
01:08:23j'ai l'impression
01:08:26qui me dit
01:08:27qu'il est contraint
01:08:28de classer l'affaire
01:08:30à cause de la prescription
01:08:31et uniquement
01:08:32de ce fait là
01:08:33mais que ceci
01:08:34ne remet pas en cause
01:08:36la crédibilité
01:08:37ni la fiabilité
01:08:38de mon récit
01:08:39et qu'il aurait souhaité
01:08:40aller plus loin
01:08:41dans ses investigations
01:08:43car
01:08:44le déni
01:08:45de la personne
01:08:46que j'accuse
01:08:47lui semble
01:08:47à l'inverse de mon récit
01:08:49pas crédible du tout
01:08:51donc effectivement
01:08:52ce courrier
01:08:53de classement sans suite
01:08:54est étonnamment motivé
01:08:56et me donne
01:08:58entièrement
01:08:59raison
01:08:59complètement
01:09:01c'est une forme
01:09:02de réponse
01:09:03reconnaissance
01:09:04réponse ou reconnaissance
01:09:05c'est une forme
01:09:06de réponse
01:09:07qui dit
01:09:08l'impuissance
01:09:08de la justice
01:09:10à me reconnaître
01:09:11comme ayant subi
01:09:12ce que j'ai subi
01:09:14parce qu'il y a
01:09:14le cas de la prescription
01:09:15ces mots qui sont très forts
01:09:17mais c'est ça
01:09:17qu'il faudrait faire
01:09:18c'est ça qu'il faudrait
01:09:19instituer
01:09:20une forme de justice
01:09:22qui ne s'amènerait
01:09:22peut-être pas
01:09:23par une peine de prison
01:09:24parce que le procès
01:09:25demande des garanties
01:09:27mais
01:09:27et puis le temps
01:09:28de la justice
01:09:30n'est pas le temps
01:09:31de la reconstruction
01:09:32individuelle
01:09:32bien sûr
01:09:33ils ne sont pas
01:09:34ils ne sont pas
01:09:35synchrones
01:09:36mais à ceux qui vous disent
01:09:37il faut punir
01:09:38il faut punir sévèrement
01:09:39et à la limite
01:09:40la punition suffit
01:09:41elle suffit
01:09:42à libérer
01:09:44celui qui a été
01:09:45victime
01:09:45d'abus sexuels
01:09:46de son choc
01:09:49ou de son trauma
01:09:49c'est pas ce que j'ai entendu
01:09:51et oui
01:09:51certains disent
01:09:52il faut punir
01:09:53mais la plupart disent
01:09:54il faut que ça soit dit
01:09:55il faut que ça soit acté
01:09:56il faut que
01:09:59la personne
01:09:59que je mets en cause
01:10:01s'explique
01:10:02au moins qu'elle s'explique
01:10:03devant la société
01:10:06en l'occurrence
01:10:06devant le procureur
01:10:07au moment de la confrontation
01:10:08que j'ai eue
01:10:09avec cet homme là
01:10:11c'est vrai que je n'attendais
01:10:12qu'une chose
01:10:13c'est que lui-même dise
01:10:14oui ça s'est passé
01:10:15pas des excuses
01:10:19on va pas rêver
01:10:21déjà dire
01:10:22oui ça s'est passé
01:10:23oui
01:10:23il aurait pu ajouter
01:10:25c'était un moment d'écarment
01:10:26je n'étais pas celui que j'étais
01:10:27mais juste dire
01:10:28oui ça s'est passé
01:10:29puisque ce qui s'est passé
01:10:30moi a été
01:10:32l'un des moments
01:10:33qui a provoqué
01:10:35des années
01:10:35de
01:10:37massacre
01:10:37bien sûr
01:10:38et je ne suis pas la seule victime
01:10:39de cette histoire
01:10:39mon entourage
01:10:40sont des victimes
01:10:42collatérales
01:10:43mes parents
01:10:43mon frère
01:10:44ma soeur
01:10:44la mère de mes enfants
01:10:45toutes les personnes
01:10:46qui m'ont approché
01:10:47et qui ont approché
01:10:50la grenade dégoupillée
01:10:51dont parlait
01:10:53Adrien Borne
01:10:53dans ce reportage
01:10:54oui
01:10:54quand on a vécu ça
01:10:56et qu'on se met à parler
01:10:57on est comme des grenades dégoupillées
01:10:59et autour
01:10:59on commence à faire peur
01:11:00mais ce jour-là
01:11:01je crois qu'effectivement
01:11:02il aurait dit
01:11:03oui ça s'est passé
01:11:05je ne sais pas
01:11:05si j'aurais connu
01:11:06une forme d'apaisement
01:11:07mais la reconnaissance
01:11:09aurait pu avoir lieu
01:11:11simplement
01:11:11dans ces mots à lui
01:11:12Léaï Dupont
01:11:13ça se passe aussi
01:11:14dans le cadre judiciaire
01:11:16c'est absolument nécessaire
01:11:18pour aider un gamin
01:11:20ou un adulte
01:11:21à se reconstruire
01:11:22ou à se réparer
01:11:24pour employer un mot
01:11:25je ne sais pas s'il est adapté d'ailleurs
01:11:27il peut
01:11:28enfin je crois
01:11:29ça c'est aux personnes
01:11:30qui ont vécu les choses
01:11:31de pouvoir le dire
01:11:32je ne suis pas sûre
01:11:33que ce soit systématique
01:11:35en fait
01:11:35ce qu'il y a
01:11:35et on le voit bien
01:11:36dans le reportage
01:11:37la complexité des situations
01:11:38la complexité des réactions
01:11:41et je crois
01:11:42bien évidemment
01:11:43que ça participe
01:11:45favorablement
01:11:45la réponse judiciaire
01:11:46mais vous vous dites
01:11:47par exemple
01:11:48que les adolescents
01:11:48qui viennent vous voir
01:11:49très souvent
01:11:50ils ne sont pas mutiques
01:11:51qu'ils parlent
01:11:52assez simplement
01:11:52bien sûr
01:11:53et donc
01:11:54il faut les écouter
01:11:55oui c'est l'ensemble
01:11:56de la société
01:11:57et des institutions
01:11:58du coup
01:11:59et en fait
01:11:59vraiment
01:12:00moi je suis psy
01:12:01donc ce qui va compter
01:12:01c'est justement
01:12:02je vous parlais de trauma relationnel
01:12:03l'objectif
01:12:04c'est de remettre de la relation
01:12:05autour de justement
01:12:07cette personne
01:12:07qui a été victime
01:12:08donc en fait
01:12:09ce qu'on va essayer de voir
01:12:10c'est déjà
01:12:10vis-à-vis de la famille
01:12:11bien évidemment
01:12:12le microcosme
01:12:13et donc comment on peut
01:12:13prendre soin de la famille
01:12:14quand elle n'est pas auteur
01:12:15mais même si elle est autrice
01:12:16voir comment on peut
01:12:17accompagner tout ça
01:12:18et après nos institutions
01:12:19comment ils peuvent
01:12:20effectivement accompagner ça
01:12:22ma consultation
01:12:23c'est la consultation
01:12:24d'aide aux victimes
01:12:25justement qui viennent
01:12:26à l'unité médico-judiciaire
01:12:27je suis en parallèle
01:12:28enfin je suis
01:12:29la consultation est en parallèle
01:12:30ce qui montre bien
01:12:31que même si la justice
01:12:32ne répond pas
01:12:33ou ne peut pas répondre
01:12:34comme la victime
01:12:35ils ont accès
01:12:36à une consultation psychologique
01:12:38ça participe peut-être
01:12:40et en tout cas
01:12:40j'aime à le présenter comme ça
01:12:41qu'ils sont reçus
01:12:42parce que la société
01:12:44les reconnaît victimes
01:12:45parce qu'ils ont accès
01:12:46à cette consultation
01:12:46et plus tôt ils viennent
01:12:47et plus tôt ils parlent
01:12:49mieux c'est
01:12:49mieux c'est évidemment
01:12:50mieux on va pouvoir
01:12:51les aider
01:12:52les accompagner en fait
01:12:53c'est surtout ça
01:12:53Antoine Garapon
01:12:54vous comme magistrat
01:12:56mais aujourd'hui
01:12:57à la tête de ces commissions
01:12:58si importantes
01:12:59vous arrivez toujours après
01:13:01donc c'est très compliqué
01:13:02de prendre l'occurrence
01:13:05avec le droit
01:13:06avec les outils
01:13:07dont vous disposez
01:13:08de prendre en charge
01:13:10ces questions
01:13:10qui sont de l'ordre
01:13:11du vécu
01:13:13du sensible
01:13:14de ce qu'on a
01:13:14de plus intime
01:13:15si vous voulez
01:13:16je sors de 8 ans
01:13:18où j'ai travaillé
01:13:18sur les violences sexuelles
01:13:21dans l'église
01:13:22et j'ai vu
01:13:23plus de 1000
01:13:25histoires
01:13:26comme la vôtre
01:13:27Frédéric Pammier
01:13:29et c'est un constat
01:13:30d'impuissance
01:13:31et en même temps
01:13:31qu'on peut faire des choses
01:13:32on peut toujours
01:13:34faire quelque chose
01:13:34c'est la bonne nouvelle
01:13:35et donc
01:13:37l'occasion
01:13:38m'a été donnée
01:13:40dans le périsculaire
01:13:41parisien
01:13:41d'intervenir tout de suite
01:13:43pour des enfants
01:13:43parce qu'on peut faire
01:13:44des choses
01:13:45pour les petits enfants
01:13:46on peut faire
01:13:47beaucoup de choses
01:13:47par la parole
01:13:48par le fait de les croire
01:13:49par le fait de les entourer
01:13:51souvent ce qu'on constate
01:13:53pour l'église
01:13:54c'est que
01:13:54il y a de l'abus sexuel
01:13:55qui est scellé
01:13:57par un refus d'entendre
01:13:58des parents
01:14:00si tu dis ça
01:14:01à ton père
01:14:01il va tuer le prêtre
01:14:02tais-toi
01:14:03parce que la mère
01:14:04est très mal
01:14:05parce que le couple
01:14:05ne s'entend pas
01:14:06pour mille raisons
01:14:06parce qu'on respecte
01:14:07trop l'église
01:14:08et donc
01:14:08du coup
01:14:12le traumatisme
01:14:13est scellé
01:14:13il est muré
01:14:14est-ce que le monde
01:14:15a changé
01:14:16est-ce que notre société
01:14:17a complètement changé
01:14:18Antoine Garapon
01:14:19tout à fait
01:14:19je pense
01:14:20et c'est le moment
01:14:20que nous vivons
01:14:21nous vivons
01:14:22un moment social
01:14:23unique
01:14:24et il faut être
01:14:25à la hauteur
01:14:25de ce qui nous arrive
01:14:27c'est MeToo
01:14:28c'est la libération
01:14:30de la parole
01:14:30c'est le fait
01:14:31que nous appartenons
01:14:32à une société
01:14:33qui se comprenne
01:14:34à travers la sexualité
01:14:35ce qui est assez nouveau
01:14:36la sexualité n'est plus tabou
01:14:37elle est au contraire
01:14:38ce qui nous définit
01:14:39et donc
01:14:40c'est une occasion
01:14:41et l'enjeu
01:14:42d'aujourd'hui
01:14:43c'est de trouver
01:14:44des nouvelles formes sociales
01:14:46trouver des nouvelles idées
01:14:47pour que
01:14:48tous ces
01:14:50millions
01:14:51de gens
01:14:52qui ont
01:14:54la violence sexuelle
01:14:55c'est un mal invisible
01:14:56pour un juge
01:14:57vous prenez
01:14:58un coup de poing
01:14:58dans le nez
01:15:00ça se voit
01:15:00il y a des conséquences
01:15:01il y a un auteur
01:15:02c'est physique
01:15:03déplacement de la cloison
01:15:04IPP
01:15:05tout ça
01:15:05on sait faire
01:15:06les violences sexuelles
01:15:08elles sont très nombreuses
01:15:09très graves
01:15:10et elles sont invisibles
01:15:11et donc
01:15:12elles ne dépérissent pas
01:15:14avec le temps
01:15:15ce que vous dites
01:15:17très bien
01:15:17donc
01:15:17c'est une obligation
01:15:19politique
01:15:20que nous avons
01:15:20ensemble
01:15:21de construire
01:15:22des formes sociales
01:15:24de justice
01:15:25de soins
01:15:27pour dépasser
01:15:29et pour soulager
01:15:29tous ces
01:15:31tous ces enfants
01:15:31du silence
01:15:32comme dit très bien
01:15:33ça fait quelques mois
01:15:34qu'est-ce que ça
01:15:34a parlé de votre livre
01:15:35vous avez quand même
01:15:36conscience
01:15:36qu'il se passe
01:15:38quelque chose
01:15:39aujourd'hui
01:15:39Frédéric Pommier
01:15:40notamment à travers
01:15:41votre témoignage
01:15:42on vient de voir
01:15:42un documentaire
01:15:43mais c'est vrai que
01:15:44ce sont autant
01:15:45de vraies déflagrations
01:15:48pour le coup
01:15:48pour la société
01:15:50tout entière
01:15:51et vous pensez
01:15:52vraiment que ça fait
01:15:53bouger les choses
01:15:54je pense que le moment
01:15:56est effectivement
01:15:57un moment
01:15:57où les choses changent
01:15:59parce que
01:16:00les paroles
01:16:02arrivent
01:16:02enfin
01:16:03ces manifestations
01:16:03qui ont eu lieu
01:16:05depuis quelques mois
01:16:06tous les lundis
01:16:07devant les tribunaux
01:16:07il s'y dit
01:16:08des choses
01:16:09très fortes
01:16:10et parfois
01:16:10ils viennent
01:16:11des gens
01:16:11qui n'avaient jamais
01:16:12été manifestés
01:16:13pour n'importe
01:16:13quelle autre cause
01:16:15moi depuis la sortie
01:16:16de ce livre
01:16:17j'ai reçu des milliers
01:16:17de témoignages
01:16:19des hommes
01:16:20des femmes
01:16:21beaucoup
01:16:22des millions
01:16:23de personnes
01:16:24vous ont entendu
01:16:25aussi en parler
01:16:26dans les médias
01:16:27la radio
01:16:27à la télévision
01:16:28et ces personnes
01:16:30de m'entendre
01:16:31ou de me lire
01:16:32comme d'entendre
01:16:33ou de lire
01:16:34d'autres témoignages
01:16:35ou d'autres récits
01:16:36romanesques
01:16:38elles me disent
01:16:39à quel point
01:16:40ça les sauve
01:16:41et à quel point
01:16:42enfin
01:16:43elles arrivent à parler
01:16:43et qu'en parlant
01:16:45à leur entourage
01:16:46elles apprennent
01:16:47que dans leur entourage
01:16:47il y a d'autres personnes
01:16:48qui ont vécu la même chose
01:16:49qu'enfin
01:16:50leurs parents
01:16:51les croient
01:16:52après avoir lu le livre
01:16:54qu'enfin
01:16:55elles ont décidé
01:16:56d'aller porter plainte
01:16:57contre leur agresseur
01:16:59même si elles savent
01:17:00que c'est prescrit
01:17:01donc qu'elles reviennent
01:17:03petit à petit
01:17:03à la lumière
01:17:04alors que jusque là
01:17:05c'était impossible
01:17:06et je pense que
01:17:07plus on sera
01:17:08à prendre la parole
01:17:09plus on sera nombreux
01:17:11à revenir à la lumière
01:17:12et à sauver des enfants
01:17:13vous parliez de la sexualité
01:17:14oui
01:17:16moi ce que je trouve intéressant
01:17:17quand vous évoquez ce mot là
01:17:19c'est qu'effectivement
01:17:19on est de plus en plus
01:17:21sans tabou
01:17:22sur la question
01:17:23de la sexualité
01:17:25mais soyons-le
01:17:26encore moins
01:17:27pour pouvoir dire
01:17:28ce qui est de la sexualité
01:17:30et ce qui n'en est pas
01:17:31et là
01:17:32les violences sexuelles
01:17:33ce sont des violences
01:17:34il y a l'homosexuel
01:17:35parce que ça se passe là
01:17:36mais ça n'est pas de la sexualité
01:17:38et très longtemps
01:17:40il y a eu un tabou
01:17:41sur ces sujets là
01:17:42parce que certains
01:17:43en ont fait de la sexualité
01:17:44des pédophiles notoires
01:17:46mais ça n'est pas de la sexualité
01:17:47c'est de la domination
01:17:49et de la violence
01:17:50et peut-être
01:17:51que plus on dira
01:17:51ce qui est de la sexualité
01:17:53consentie
01:17:54plus on pourra dire
01:17:55ça ça n'en est pas
01:17:57et là on peut parler
01:17:57et dénoncer
01:17:58Antoine Carapon
01:17:59a l'air entièrement d'accord
01:18:00Mélanie Dupont
01:18:01vous partagez le constat
01:18:02on vit un moment
01:18:03qui est historiquement important
01:18:05d'après vous
01:18:05mais comment est-ce qu'on met fin
01:18:07au cycle agresseur-agressé
01:18:09avec un très grand nombre
01:18:10de personnes
01:18:11qui deviennent agresseurs
01:18:12parce qu'elles ont
01:18:12ou après avoir subi
01:18:16je ne sais pas si c'est un lien
01:18:16de cause à conséquence
01:18:18après avoir subi
01:18:19des abus dans leur enfance
01:18:20bien sûr
01:18:21c'est ce qu'on appelle
01:18:22un peu ce cycle là
01:18:23enfin ce cycle vraiment
01:18:24pas du tout vertueux
01:18:26l'idée c'est
01:18:27on vient très bien de l'exprimer
01:18:28c'est-à-dire de pouvoir
01:18:30casser ce cycle
01:18:31donc casser ce cycle
01:18:32c'est pouvoir en parler
01:18:33pouvoir être reconnu
01:18:35mais la reconnaissance
01:18:36je l'entends
01:18:36c'est pas que judiciaire
01:18:37on est bien en train de dire ça
01:18:38donc c'est vraiment
01:18:39qu'on puisse avoir
01:18:40cette place là
01:18:41et pas tout de suite
01:18:42la réaction défensive
01:18:43de tu ne te crois pas
01:18:44tu dis des bobards
01:18:45enfin c'est pas la vérité
01:18:48donc de pouvoir avoir
01:18:49cette reconnaissance là
01:18:51on va casser
01:18:52et vous le dites très bien
01:18:53M.Pomis
01:18:54c'est-à-dire
01:18:54d'être vraiment dans quelque chose
01:18:55où on se rend compte
01:18:56qu'on est ensemble
01:18:57et qu'on ne porte pas ça seul
01:18:59parce que c'est ça
01:19:00qui est aussi désastreux
01:19:01et destructeur
01:19:02c'est la solitude
01:19:03et l'isolement
01:19:03par rapport à tout ça
01:19:04donc de pouvoir être
01:19:05force ensemble
01:19:08avec un regard sociétal
01:19:10qui n'est pas jugeant
01:19:12qui est contenant
01:19:13moi je suis psy
01:19:14donc contenant
01:19:15et qui est là
01:19:16pour assurer aussi
01:19:17la protection
01:19:17enfin ça ne peut que
01:19:19participer au fait
01:19:20qu'on interrompe
01:19:21ce cycle là
01:19:21Merci infiniment
01:19:22en tout cas à tous les trois
01:19:23il y a quelque chose
01:19:24de très frappant
01:19:25on a commencé cette émission
01:19:26en parlant de victimes
01:19:27et on termine ce débat
01:19:29avec des acteurs
01:19:31vous êtes chacun acteur
01:19:33et vous aussi Frédéric
01:19:34d'une histoire
01:19:36en train de s'écrire
01:19:37et d'une manière
01:19:38de s'emparer
01:19:40d'un sujet
01:19:40dont on se demande
01:19:42en fait
01:19:42comment on peut le résoudre
01:19:43et j'aimerais juste
01:19:45vous dire mon admiration
01:19:46mon respect
01:19:47et vous remercier
01:19:48très chaleureusement
01:19:49pour avoir pu échanger
01:19:52avec vous
01:19:52et ouvrir cette discussion
01:19:53sur ce sujet
01:19:55Frédéric Pommier
01:19:55je rappelle donc
01:19:56Derrière les arbres
01:19:57c'est publié
01:19:58chez Flammarion
01:19:59c'est indispensable
01:20:00et très important
01:20:01à lire
01:20:01pour une autre justice
01:20:03aux presses universitaires
01:20:04de France
01:20:04Merci Antoine Garapon
01:20:06merci à vous
01:20:07de nous avoir suivis
01:20:07et à très vite
01:20:08dans Débat Doc
01:20:26Merci Antoine Garapon
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