- il y a 1 semaine
Un bon candidat ne fait pas forcément un bon président, a fortiori, comme le répétait Nicolas Sarkozy quand il était à l'Elysée, dans « une France régicide à l'inconscient monarchique ». C'est peu de dire que la sacralité de la fonction n'empêche pas l'impuissance. Président, est-ce un métier impossible ?
Anna Cabana et Christophe Ono-dit-Biot en discutent avec leurs invités :
- Bernard-Henri Lévy, écrivain, philosophe, auteur de Mémoires provisoires (Olivier Nora Éditions),
- Catherine Nay, journaliste politique, prochain livre à paraître : Ce pays dont le prince est un enfant (Plon),
- Benjamin Morel, constitutionnaliste et politologue, dernier livre paru : Crise politique, crise de régime (Odile Jacob),
- Astrid Roucher, ancienne conseillère discours d'Emmanuel Macron, auteure de La plume et le Prince (Albin Michel).
Anna Cabana et Christophe Ono-dit-Biot en discutent avec leurs invités :
- Bernard-Henri Lévy, écrivain, philosophe, auteur de Mémoires provisoires (Olivier Nora Éditions),
- Catherine Nay, journaliste politique, prochain livre à paraître : Ce pays dont le prince est un enfant (Plon),
- Benjamin Morel, constitutionnaliste et politologue, dernier livre paru : Crise politique, crise de régime (Odile Jacob),
- Astrid Roucher, ancienne conseillère discours d'Emmanuel Macron, auteure de La plume et le Prince (Albin Michel).
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00:00Bonjour à tous, bonjour Christophe.
00:01Bonjour Anna.
00:02Ils sont nombreux à en rêver, certains y consacrent leur vie,
00:05ils font campagne, chutent, traversent des déserts,
00:08reviennent, rechutent, jusqu'au soir où les Français donnent à l'un d'eux
00:12l'onction du suffrage universel et les clés d'Elysée.
00:16Et là, du jour au lendemain, le président tout juste élu doit répondre de presque tout.
00:21Et le problème, c'est que contrairement au dicton,
00:23la fonction ne suffit pas à faire l'homme, il s'en faut.
00:26Président, est-ce un métier impossible ?
00:28Pour en parler, on vous a concocté un casting de choix.
00:53Bernard-Henri Lévy, bonjour.
00:55Bonjour.
00:56On est ravis que vous soyez avec nous.
00:57Vous êtes écrivain et philosophe.
00:59Vous venez de publier vos mémoires provisoires chez Olivier Nora Editions.
01:04Vous racontez votre vie à travers ce que vous y avez croisé.
01:08Vous croquez notamment avec une vraie gourmandise, une gourmandise passionnée.
01:12Tous les présidents de la République que vous avez fréquentés,
01:14c'est-à-dire en fait tous depuis François Mitterrand.
01:18Catherine Né, bonjour.
01:19Vous êtes la grande dame du journalisme politique.
01:23Vous sondez les âmes des présidents de la République depuis presque 60 ans.
01:28Vous avez consacré un livre, voire deux, à chaque président depuis Valéry Giscard d'Estaing.
01:32Vous vous apprêtez à publier un livre sur Emmanuel Macron.
01:35Ce pays dont le prince est un enfant et ça paraîtra en novembre chez Plon.
01:39Bref, vous les avez, Catherine Né, tous auscultés, excepté François Hollande.
01:44Et vous nous direz pourquoi.
01:47Astrid Roucher, bonjour.
01:48Vous avez été pendant 5 ans, jusqu'en décembre 2025, conseillère discours d'Emmanuel Macron à l'Elysée.
01:55Et c'est une expérience qui vous a inspiré.
01:57Le livre que vous venez de sortir chez Albain Michel, La plume et le prince.
02:03Benjamin Morel, bonjour.
02:05Alors, vous êtes ce constitutionnaliste et ce politologue à la clairvoyance d'un plus que précieuse pour nous tous.
02:12Vous avez notamment publié Crise politique, crise de régime chez Odile Jacob.
02:17Bienvenue à tous les quatre.
02:19Et on est très heureux, avec Christophe, de vous accueillir au Poinçon.
02:24Alors, briguer la magistrature suprême, c'est demander l'onction du suffrage universel.
02:29Et dans notre monarchie républicaine, il y a là une forme de sacralité.
02:33J'aimerais qu'on regarde les passations de pouvoir.
02:37À 9h32 précise, le cortège de trois voitures escortées par 12 motards de la garde républicaine
02:42emprunte la rue du Faubourg Saint-Honoré.
02:46La voiture de François Mitterrand pénètre dans la cour de l'Elysée.
02:51Elle s'immobilise au pied du perron où Jacques Vall accueille le nouveau président.
02:58Valérie Giscard d'Estaing, qui attend aux démarches, serre à son tour la main de François Mitterrand.
03:05Après 45 minutes d'entretien, François Mitterrand raccompagne sur le perron Valérie Giscard d'Estaing,
03:10qui quitte à pied le palais présidentiel.
03:17Alors, Bernard-Henri Lévy, dans ces images, on voit quoi ?
03:20Un homme qui prend une fonction ou un homme qui rentre dans quelque chose qui va le dépasser,
03:24et qui le dépasse à partir de cet instant ?
03:26Un homme qui a désiré éperdument l'amour de la multitude.
03:31Un désir d'amour absolument frénétique et qui, ce jour-là, est assouvi.
03:37Moi, c'est ça qui me frappe dans toutes ces images.
03:39C'est ce désir d'amour assouvi.
03:41Et c'est le rayonnement que l'on voit sur ses visages.
03:45Toute cette orchestration, c'est cela qu'elle dit,
03:48et qui rend d'ailleurs d'autant plus cruel le moment suivant,
03:51qui arrive tôt ou tard, et qui arrive toujours,
03:54qui est le moment du désamour.
03:55Le moment de la roche tarpeyenne après le Capitole.
04:00Là, ils sont tous au Capitole.
04:01Ils attendent la roche tarpeyenne.
04:03Mais ils ne veulent pas y penser, pas à cet instant.
04:05Ils y pensent.
04:06Je pense, au plus profond de moi-même,
04:09je crois qu'ils y pensent dès le premier instant.
04:11En tout cas, les plus futiles entre eux, et tous le sont,
04:14ils y pensent déjà.
04:15Alors, Catherine, est-ce qu'il faut être fou
04:17pour avoir envie de devenir président ?
04:20Sûrement, il faut avoir un grain de folie pour se dire,
04:22moi, je vais d'abord être élu,
04:24et moi, je vais gouverner la France,
04:26et je vais faire des grandes choses à la tête du pays.
04:29Ça, il le faut.
04:30Autrement, on n'y va pas.
04:31Et on sait de plus en plus,
04:33et ça devient, être président va devenir une charge
04:37de plus en plus lourde,
04:38parce que ce qui a changé aujourd'hui,
04:40c'est que vous avez perdu votre liberté.
04:43Je crois que François Mitterrand a été le dernier président
04:45qui a pu agir à sa guise,
04:47parce qu'il n'y avait pas les réseaux sociaux,
04:48parce qu'il n'y avait pas des espions partout
04:51qui rapportaient ce qu'ils faisaient.
04:53Il pouvait organiser son emploi du temps quotidien
04:56comme il le voulait.
04:57Maintenant, c'est absolument, vous êtes suivi,
04:59à la minute près.
05:00Et donc, vous êtes suivi.
05:01Et aujourd'hui, ce qui va être très difficile
05:03depuis l'arrivée d'Emmanuel Macron,
05:07c'est qu'il n'y a plus de majorité.
05:09Le président qui va être élu n'est pas assuré d'en avoir.
05:12Il n'y a plus de parti.
05:13Les partis ont tous volé en éclats.
05:15Et on s'appuie sur quoi ?
05:16C'est quand même quelque chose de très difficile.
05:18Et je crois aussi que celui qui va être élu,
05:21s'il n'est pas doté, comme l'est à la fois le président actuel,
05:26comme l'était Nicolas Sarkozy,
05:28d'une force physique surhumaine,
05:31il faut être vraiment un athlète de haut niveau.
05:35Voilà, parce que celui qui dira qu'il est fatigué
05:40va être très vite lassé, lui-même lassé,
05:45et il lassera les Français.
05:46Astrid Rouchier, vous nous faites, dans votre livre,
05:48« Entrer dans le palais »,
05:49auprès de celui que vous appelez,
05:51« Non sans malice, le prince ».
05:53On doit traiter le prince comme une personne sacrée,
05:56quand on travaille à l'Élysée ?
05:58Je pense qu'on différencie vraiment les deux corps du roi
06:00dans la théorie de Kantorovitz.
06:03On distingue vraiment la personne biologique d'Emmanuel Macron
06:06avec sa personnalité propre,
06:08et le personnage du PR,
06:11le fameux président de la République,
06:12qu'on appelle le PR,
06:13en plus avec ce terme presque incestueux du père autour de nous.
06:17Mais pour le coup, il y a une sacralité de la fonction,
06:20et le respect qu'on doit à cette personne,
06:23et d'abord le respect qu'on doit à la fonction de président de la République,
06:26d'un chef d'État élu par 69 millions de personnes.
06:28Alors vous écrivez, je cite,
06:29« Un discours princier n'est pas le lieu du micro-dosé ».
06:33Fin de citation.
06:34Est-ce que ça veut dire qu'il faut en faire des tonnes ?
06:36Ça veut dire que dans un environnement qui est tellement saturé
06:39de sentiments, de pathos, d'hyperbole,
06:42si jamais vous voulez faire entendre,
06:43vous êtes obligés, parfois,
06:45d'abandonner la nuance et la part de l'ombre,
06:47et d'exacerber les idées que vous portez.
06:51Ça veut dire de devenir grandiloquent ?
06:52D'avoir des formules fortes,
06:53d'avoir des formules très incisives,
06:54de taper du point rhétorique sur la table,
06:56sinon personne ne vous entendra.
06:58Alors on a en mémoire,
06:59alors il n'était pas président de la République,
07:01mais il mourait d'envie de l'être,
07:02Dominique de Villepin dans la bande dessinée Quai d'Orsay,
07:05et donc avec les portes qui claquent,
07:09toute cette gestuelle, au fond,
07:12qui allait autour de l'écriture des discours.
07:14Est-ce que vous avez ça en tête, vous ?
07:15– Je pense qu'Emmanuel Macron n'est plus réservé,
07:17il est plus dans la retenue,
07:18il n'est jamais vu claquer les portes,
07:21il jetait des dossiers, non.
07:23– Il n'est pas de la pasité président de la République,
07:26que l'on sache.
07:27– Oui, ça vous rassure.
07:28– Et ne risque pas de l'être, ça me rassure.
07:31– Benjamin Morel,
07:32est-ce que nous vivons dans une monarchie républicaine ?
07:35– Vous savez, la notion de monarchie républicaine,
07:37elle un peu attrape tout.
07:38Si on considère que le monarque républicain,
07:41ça devrait être Charles III,
07:43la République a été pensée comme telle.
07:45Je rappelle que la Troisième République,
07:46c'est en fait une monarchie qui a avorté,
07:48et que notre président de la Ve République,
07:49c'est l'ancêtre de cette monarchie qui aurait dû exister.
07:53Et quand on pense monarchie en France,
07:55on ne pense pas à Charles III,
07:56on pense à Louis XIV.
07:57Et là, la manière dont on conçoit la figure présidentielle
08:00est en fait très très liée au pouvoir qu'on lui prête.
08:03Qu'est-ce qui se passe à chaque élection présidentielle ?
08:05Eh bien tous, on va aller voter pour un président
08:07qui en fait n'a pas un programme présidentiel,
08:09qui a un pouvoir législatif.
08:10Et on pense qu'il va guérir les écrouelles,
08:11et qu'in fine, il va tous nous sauver.
08:13Au bout de six mois, on a compris qu'il n'allait pas nous sauver.
08:15On est très très en colère.
08:16Et comme c'est une drogue dure,
08:18on attend quatre ans et demi pour trouver le nouveau sauveur
08:20qui, cette fois-ci, c'est sûr, c'est certain,
08:23eh bien va réussir à faire ce que ses prédécesseurs n'ont pas fait.
08:26Tout à l'heure, c'était évoqué,
08:27mais pour un président qui arrive au pouvoir,
08:31c'est une longue charge.
08:32Parce qu'en fait, quoi qu'il arrive,
08:34il va décevoir.
08:35Notamment parce que depuis le début de la Vème République,
08:38ce qui faisait la puissance d'un chef d'État,
08:40tout bêtement l'État,
08:42eh bien est beaucoup plus faible.
08:43On a un État plus faible,
08:46mondialisation, européanisation,
08:47tant et si bien que l'on prête des pouvoirs au président
08:49dont il ne dispose plus,
08:51et pourtant on attend encore qu'il les exerce.
08:53Alors vous connaissez peut-être la phrase de Nicolas Sarkozy,
08:56qui lui-même la reprenait d'un autre,
08:58et qu'il répétait tout le temps quand il était à l'Élysée.
09:01Et je cite, nous sommes un peuple régicide
09:03avec un inconscient monarchique.
09:05Il disait ça pour se rassurer à l'époque.
09:07Mais est-ce qu'il a raison ?
09:08C'est en partie vrai.
09:09Moi, je suis toujours très rétif
09:11sur la notion de culture politique.
09:12En réalité, si vous prenez la 4ème ou la 3ème République,
09:15à l'époque, personne n'attendait un président sauveur.
09:18Mais ce sont des institutions qui, là-dessus,
09:20ont d'une certaine façon déformé notre mental.
09:23Jusqu'à présent, à chaque élection présidentielle,
09:25on a voté pour quelqu'un,
09:26et ce quelqu'un, au moins depuis 1965,
09:29avait une forme de pouvoir absolu.
09:31Et on pense que ça va encore marcher.
09:32Et comme on pense que ça va encore marcher,
09:34et qu'on investit tellement dans cette élection
09:36qui apparaît comme étant déterminante pour tout le reste,
09:39eh bien, in fine, en effet,
09:41on considère au bout de 6 mois
09:43que le monarque n'a pas rempli son office,
09:45et que si on lui coupait la tête,
09:47ça nous ferait du bien,
09:48et qu'après tout, pour reprendre Kertorovic,
09:50le roi est mort, vive le roi,
09:51et donc à partir de là,
09:53un autre lui succèdera,
09:54et celui-là, on y revient,
09:55eh bien, promis, il nous sauvera,
09:56jusqu'à ce qu'on veuille également lui couper la tête.
09:58– Christophe, même notre façon de parler de l'Élysée,
10:01au fond, elle traduit ce rapport sacré
10:03qu'on a vis-à-vis de la fonction du président.
10:06– Oui, sacré, monarchique,
10:07on parle du palais,
10:08on parle même du château,
10:10c'est un mot qu'on entend souvent,
10:12on dit d'un tel qu'il a l'oreille du président,
10:15ou qu'un autre n'est plus reçu,
10:18qu'un troisième est en grâce,
10:19quand d'autres seraient en disgrâce,
10:21et c'est vrai que c'est très paradoxal
10:25dans une république qui a,
10:27comme vous le rappeliez,
10:28coupé la tête du roi.
10:30Si on regarde même la cérémonie d'investiture,
10:32on a vraiment l'impression
10:33d'une cérémonie d'intronisation,
10:35avec ce tapis rouge,
10:36cette garde républicaine,
10:39la plume et le prince,
10:40avec les crinières,
10:42sabre au clair,
10:43le collier, par exemple,
10:45de grand maître de l'ordre,
10:46qui est remis au président
10:47par le grand chancelier de la Légion d'honneur,
10:49avec ce coussin de velours,
10:51on pense presque à Cendrillon,
10:52au moment où il faut essayer
10:54la pantoufle de verre,
10:56mais aussi à l'univers de la chevalerie.
10:58La passation de pouvoir,
10:59vous en parliez,
11:01Bernard-Henri Lévy,
11:02avec cet entretien aussi à huis clos,
11:04ça semble une relecture
11:05de ce fameux
11:06« Le roi est mort, vive le roi »,
11:08c'est-à-dire la continuité du pouvoir est là.
11:10On est dans un registre psychopolitique
11:14qui est celui de la monarchie.
11:15Et puis on pourrait vraiment
11:16gloser à l'infini là-dessus,
11:18donc je vais m'arrêter,
11:19mais par exemple le droit de grâce,
11:20le droit de grâce,
11:22ça relève directement
11:23de ce qui, dans la monarchie,
11:26exprimait le lien avec la divinité,
11:29où le souverain pouvait annuler
11:30une décision de justice,
11:32comme Dieu, en fait,
11:34peut l'annuler.
11:35Alors c'est une chose
11:36qui étonne beaucoup nos voisins,
11:38et pour terminer,
11:39j'aimerais citer
11:41ce philosophe Peter Sloterdijk,
11:43de l'autre côté du Rhin,
11:44philosophe allemand.
11:45on l'avait interrogé dans Le Point en 2018
11:47sur Emmanuel Macron,
11:49et il disait,
11:50Peter Sloterdijk,
11:51« De la même manière que la Russie
11:52n'a jamais cessé d'être gouvernée
11:54par un tsar,
11:55la France n'a jamais cessé
11:56d'être royaliste
11:57dans sa structure profonde. »
11:59projection jupitérienne,
12:01c'est une allusion
12:02à la tradition des rois thaumaturges,
12:04à cette idée d'une royauté clandestine
12:06qu'il faut incarner
12:07parce que ce rôle est prévu
12:08depuis le début
12:09dans le,
12:10j'aime beaucoup ça,
12:10dans le libretto
12:11de l'opéra comique
12:12qu'est l'histoire de France.
12:14Et toc !
12:15Et il ajoutait,
12:15Peter Sloterdijk,
12:17« En France,
12:17la guillotine n'est jamais loin. »
12:20Voilà.
12:20Alors Bernard-Henri Lévy,
12:21vous racontez une scène de cours
12:23formidable
12:23autour de François Mitterrand.
12:25On est en 1988,
12:27au terme du dernier grand meeting
12:28de la seconde campagne de Mitterrand.
12:30Et je vous cite
12:31« Le Président,
12:32comme c'est l'usage
12:33quand il est content de lui,
12:34qu'il a l'impression
12:34d'avoir fait un beau discours
12:36et qu'il sent l'odeur
12:37de la victoire
12:37lui taquiner les naseaux,
12:39inflige à ses courtisans
12:41rassemblés en un banquet républicain
12:43l'interrogatoire de poésie
12:44dont il est spécialiste. »
12:46Et là, vous nous racontez.
12:47« Une femme passa
12:48d'une main fastueuse »
12:49et là, Jospin reconnaît Baudelaire.
12:52« Comme je descendais
12:53des fleuves impassibles,
12:54Jack Lang reconnaît Rimbaud. »
12:56Et ça continue,
12:57il y a toujours un courtisan
12:58pour répondre au Président.
13:00Mais, écrivez-vous,
13:02« Voici que le roi,
13:03les yeux au ciel,
13:04récite des vers
13:06élégiaques et charmants
13:07que personne n'identifie. »
13:10Et c'est au bout du bout
13:11de la dernière table,
13:12je vous cite toujours,
13:13la table des secrétaires
13:15et des agents de sécurité
13:16qu'une voix timide et lointaine
13:18finit par s'élever
13:19et dans le silence de glace
13:22qui s'est abattu sur les tables,
13:24nomme le poète
13:25René Guy Cadou.
13:27Qui est ce Manant
13:28sans Pierre-le-Roy ?
13:30Qui est cet homme
13:31qui connaît mon poète
13:32des Charentes,
13:33s'émerveille-t-il
13:34qu'on m'amène
13:34c'est en ce prodige ?
13:36Là, on est vraiment
13:36dans la cour.
13:37Et le Manant,
13:38le Manant,
13:39c'est Pierre Berger.
13:40Commence alors une amitié
13:41qui ne s'arrêtera jamais
13:43jusqu'à la fin de la vie
13:44de François Mitterrand.
13:46C'est une scène géniale.
13:47Ce qui est génial,
13:48c'est que le Manant,
13:49en effet,
13:49c'est Pierre Berger,
13:50c'est-à-dire le président
13:51d'Yves Saint-Laurent.
13:53Le président d'Yves Saint-Laurent
13:54rêve depuis des années
13:56de rencontrer François Mitterrand.
13:57Comme il est mon ami,
13:59j'ai déployé
14:00toutes les entreprises possibles
14:02pour organiser ce rendez-vous.
14:03Et François Mitterrand
14:04ne voulait pas.
14:05François Mitterrand
14:06avait une méfiance instinctive
14:08pour les hommes d'argent.
14:09Il en avait deux ou trois
14:10autour de lui,
14:11André Rousselet,
14:13Roger Patrice Peulat.
14:14Il n'en voulait pas d'autre.
14:15Il avait assez d'hommes d'argent.
14:16Il ne voulait surtout pas
14:17un nouvel homme d'argent.
14:19Et rien à faire
14:20pour qu'il rencontre Pierre Berger.
14:22Et ce jour-là,
14:23en effet,
14:24il s'est dit
14:24un homme capable
14:26de reconnaître
14:28et de continuer
14:29un poème de René Guy Cadoux,
14:31celui-là mérite d'être mon ami.
14:34Et en effet,
14:34il le fait amener à lui.
14:36Et là,
14:37ils ne se sont plus quittés
14:38jusqu'à la mort de Mitterrand.
14:39Et ça,
14:40ça a dit beaucoup
14:41d'ailleurs des présidents français.
14:43Il y a tout ce que vous avez dit,
14:44bien sûr,
14:44la guillotine,
14:45l'inconscient monarchique.
14:46Il y a aussi
14:47ce rapport à la littérature
14:48que tous les présidents
14:50que j'ai connus,
14:51et en effet,
14:51depuis Giscard d'Estaing,
14:52hélas,
14:54je les ai un peu tous connus,
14:56ce rapport au livre,
14:57ce rapport à la littérature,
14:58ce désir d'être écrivain,
15:00cette idée que les écrivains
15:01sont parfois
15:02des politiques manquées,
15:03mais qu'eux,
15:03les présidents,
15:04ils sont les écrivains ratés.
15:05Ils sont les écrivains ratés.
15:06Etc.
15:07Ça,
15:08c'est une constante
15:09des présidents français.
15:10C'est encore vrai.
15:11Ah oui ?
15:12C'est encore vrai.
15:13Et regardez,
15:13on est synchroqués quand même.
15:15C'est encore vrai.
15:16Moi, j'ai vu,
15:16je raconte dans le livre,
15:19une scène,
15:20Emmanuel Macron
15:21rencontrant
15:23l'un des plus grands écrivains européens,
15:25il m'avait demandé
15:25d'organiser ce rendez-vous,
15:27qui était Salman Rushdie.
15:29Et voilà,
15:30je vois
15:32Emmanuel Macron
15:33face à Rushdie,
15:36les efforts de séduction,
15:38l'assiette du fond
15:39qu'il exerce
15:40et les efforts
15:41qu'il met en œuvre,
15:43il était passionné.
15:44Et je pense
15:46qu'Emmanuel Macron
15:47se vit,
15:48il me semble,
15:49je le connais moins
15:50que ma voisine de droite,
15:51mais il se vit lui-même
15:52comme un personnage
15:53de roman.
15:55Et il me semble
15:57que dans sa tête,
15:58il y a sûrement l'idée
15:59que rien n'est plus noble
16:00comme destin
16:02pour un homme
16:02futile d'État
16:04que de devenir un jour
16:05un grand écrivain.
16:07Astrid Rouchier,
16:08la question vous est posée
16:09par Bernard-Henri Lévy.
16:10Il y a une part de mystère
16:11autour du président
16:12et je ne suis pas sûre
16:13de pouvoir dire
16:14que je connais mieux
16:14que vous finalement.
16:15Déjà parce que j'étais trop près
16:16et paradoxalement
16:17parce que je restais assez loin
16:18parce qu'il est avec ses conseillers
16:20et avec sa cour,
16:21si on doit filer
16:21la métaphore de l'ancien régime.
16:23Il a avec cette cour
16:24très nombreuse
16:25qui l'entoure
16:25un rapport très fonctionnel.
16:26Il a 52 conseillers,
16:28il les voit toujours
16:28par 7 ou 8.
16:29Les rapports qu'on a avec lui
16:30sont toujours sous-tendus
16:32par des nécessités opérationnelles
16:33de j'ai un arbitrage
16:34à poser pendant 10 jours,
16:36j'ai une séquence
16:36pour le mois prochain,
16:37faut-il habiter telle personne
16:38ou telle personne
16:38à la rencontre des écrivains.
16:40Donc je ne sais pas
16:41si j'ai percé cette carapace-là
16:42et cette aura
16:42dont il s'est environné.
16:44Je pense que vous avez
16:44beaucoup déclaré.
16:45J'ai un autre souvenir
16:46à Camille Macron,
16:47c'est la veille
16:48des élections européennes
16:50de 2019,
16:51ou l'avant-veille,
16:52le vendredi,
16:53jour de diète électorale.
16:55On n'avait plus le droit
16:55ou le samedi
16:56d'aller à la télévision
16:57pour faire de la politique,
16:58etc.
16:58Et il invite à sa table
17:0220 ou 20,
17:03l'idée c'est des 27,
17:04il doit y avoir 18 à l'arrivée,
17:06écrivains européens.
17:07Il y avait Agnès Hélère,
17:09il y avait Georgie Conrad,
17:10il y avait des écrivains
17:12représentatifs de toute l'Europe.
17:14Et il me semble
17:15que la conversation
17:16qu'il pouvait avoir
17:16avec Vargas Llosa
17:17ou avec peut-être tel ou tel
17:21comptait peut-être
17:22presque autant pour lui
17:23à cet instant-là
17:24que le résultat des européennes
17:26qui allait tomber
17:26deux jours après.
17:27Jusqu'au livre sur les photos officielles
17:29qui avait été décrypté,
17:30le choix qu'il avait fait,
17:31les pléiades sur le bureau,
17:33il y a toujours eu ça.
17:33Mais là, ce qui était intéressant,
17:34c'est que vraiment,
17:35la France entière vibrait
17:37de cette élection européenne
17:39qui arrivait.
17:40Le sort de l'Europe
17:41se joue un petit peu.
17:42Et je vois ce président,
17:44au moins du 5ème du peuple français,
17:48s'apprêtant peut-être
17:49à recevoir celui du peuple européen
17:50parce qu'il était quand même
17:51jusqu'à aujourd'hui
17:52le plus grand des présidents européens.
17:55son bonheur ce jour-là
17:57était d'être entouré
17:58d'écrivaines
18:00et d'écrivains d'Europe.
18:01Emmanuel Macron
18:02avait l'ambition
18:03quand il était jeune
18:04et en tous les cas,
18:05c'était l'ambition de Brigitte
18:06pour lui,
18:07c'est d'être écrivain.
18:08Et quand il était
18:09à Normale Sup,
18:10il écrivait une saga
18:12plus qu'il était.
18:13C'était enfin,
18:13c'était l'invasion
18:15des hommes de Charles Quint
18:17en Amérique du Sud.
18:19Enfin, il avait pensé
18:20faire ce qu'a fait très bien
18:22carrière, pardon.
18:23Et là, il l'a raté,
18:25il n'a pas trouvé d'éditeur
18:26et il a toujours été
18:27très frustré
18:28de cette non-reconnaissance
18:30de sa plume
18:31et à qui il a fait lire le livre
18:33dit que ça n'était pas au point.
18:35Donc, en quittant,
18:36en ayant deux fois raté
18:38Normale Sup,
18:38il s'est dirigé
18:39vers Sciences Po
18:42et là, il a définitivement
18:45renoncé
18:45mais c'est resté
18:46une blessure profonde
18:49et il a...
18:51C'est un écrivain raté
18:52qui est arrivé au pouvoir
18:54et c'est peut-être
18:55son deuxième choix,
18:56la politique.
18:57Sinon, s'il avait réussi,
18:59je pense,
18:59s'il avait réussi
19:00Normale Sup,
19:00il aurait voulu faire
19:01une grande carrière
19:02d'écrivain.
19:03Et il a reconnu lui-même
19:04que le livre Révolution,
19:06il avait eu un mal fou,
19:08il s'y était repris
19:08à 15 fois...
19:09Il a écrit au début
19:10de sa campagne.
19:11Au début de sa campagne,
19:12son livre Révolution
19:13qui a en fait été
19:13largement écrit
19:14par Gérard Collomb
19:15qui était lui
19:16agrégé de lettres,
19:17il a dit qu'il s'y était repris
19:18il y a 15 fois
19:19qui montre que
19:20le président
19:21est un verbe au moteur.
19:23C'est quelqu'un
19:23qui a été élevé
19:24par sa grand-mère
19:25en lisant des textes
19:26à haute voix.
19:27Ça lui a appris
19:28à parler
19:28mais ça n'est pas
19:29un écrivain né.
19:30D'ailleurs,
19:30il a besoin de plumes
19:31pour s'exprimer,
19:32de convoquer des grands auteurs
19:34pour exprimer ses sentiments
19:35et je crois que c'est
19:37un frustré
19:37de la littérature
19:39qui est devenu président
19:40pour ces raisons-là.
19:43Et voilà.
19:44Et ben,
19:45assez douche et après.
19:46C'était déjà mon rôle
19:47de trouver des explications
19:48psychologiques
19:49et ça c'est
19:49vos explications biographiques
19:50qui sont intéressantes.
19:51En tout cas,
19:51je vois que c'est un amoureux
19:52de la littérature
19:53et ça se voit dans le choix
19:53des profils de plumes
19:54qu'il a choisis.
19:55Il aurait dû prendre des plumes
19:56qui soient des gens
19:58qui sortaient de Sciences Po
19:58et qui étaient très axés
19:59sur les politiques publiques,
20:00des technocrates.
20:01À chaque fois,
20:01il choisissait de préférence
20:02des normaliens,
20:03des gens qui avaient
20:04un bagage littéraire
20:04qu'il était heureux
20:05de retrouver
20:06et de solliciter.
20:07Et je voyais que
20:07dans le discours
20:08que je lui proposais,
20:09il était très heureux
20:09qu'il y ait les références
20:10et il allait souvent
20:11plus loin
20:12et qu'il y avait toujours
20:14un terreau
20:15et un horizon littéraire
20:16dans le ton
20:18qu'il voulait donner
20:19et la posture
20:19qu'il voulait prendre.
20:21Je crois que
20:22tous les présidents français
20:23ont été des écrivains manqués.
20:26François Mitterrand,
20:29dans les années 70,
20:31ça je peux en témoigner
20:31et j'en témoigne,
20:33il prend infiniment
20:34plus de plaisir
20:35à parler d'Aragon
20:36et de Druelle Rochelle,
20:37de leurs rapports,
20:39des rapports entre
20:40Aurélien Delain
20:41et Gilles Delain
20:42que de parler
20:43des congrès
20:43du Parti Socialiste
20:44et des manœuvres
20:45qui l'ont dit
20:45avec Pierre Moreau
20:46et Gaston Deferre.
20:47Il s'en fout complètement
20:48à cause des littératures.
20:50Quand vous lisez,
20:51il y a une chose
20:51qui est fascinante,
20:52s'il y a un livre
20:53à lire aujourd'hui,
20:54si je peux me permettre,
20:54c'est celui-là,
20:55les lettres d'amour
20:56de François Mitterrand
20:58à Anne Pinjot,
20:59édition Gallimard.
21:00C'est une lecture extraordinaire.
21:02C'est un livre énorme,
21:03encore plus gros
21:04que le pavé
21:05que vous avez là
21:06sous la main.
21:07D'abord, très beau,
21:09vrai roman d'amour
21:10et alors,
21:11on voit les dates.
21:12Il se passe
21:12des événements majeurs
21:13dans sa vie
21:14de futur homme d'État
21:15ou d'homme d'État.
21:16Il n'en dit pas un mot
21:17et il passe quatre pages
21:19à parler du coucher du soleil,
21:21à parler du clair de lune,
21:22à évoquer une étreinte
21:25passée avec elle.
21:26C'est incroyable.
21:28Et là,
21:28il donne sa vraie mesure.
21:30Ils sont tous comme ça.
21:31Giscard d'Estaing,
21:32la même chose.
21:33Il invente,
21:33Giscard,
21:34les déjeuners d'intellectuels.
21:36Il est le premier à faire ça.
21:38Premier déjeuner,
21:39il y avait Claude Lévi-Strauss,
21:40Maurice Clavel,
21:41votre serviteur,
21:42Jean-Marie Benoît.
21:43Et on voyait bien là aussi.
21:45Alors même entouré d'écrivains,
21:47d'écrivaines,
21:47de courtisans,
21:48de conseillers,
21:49le roi,
21:49le roi,
21:49il est seul.
21:50C'est la fameuse
21:51et indépassable solitude du pouvoir.
21:53Il y a 50 ans,
21:54tout juste,
21:551976,
21:56Jacques Chancel
21:57posait cette question
21:58à Valéry Giscard d'Estaing.
21:59On regarde.
22:00Monsieur le Président,
22:02je vous vois
22:03pour la troisième fois
22:05et vous me paraissez
22:07de plus en plus seul.
22:10C'est une impression
22:11que vous aviez déjà,
22:12me semble-t-il,
22:13l'année dernière.
22:13Que j'ai plus encore aujourd'hui.
22:15Alors je crois qu'en réalité,
22:16c'est la solitude de la fonction,
22:18ce n'est pas la solitude
22:18de la personne.
22:20Il se trouve
22:21que c'est une fonction
22:22qui est unique
22:24par sa nature
22:25et qui donc
22:25est une fonction
22:26en effet solitaire.
22:29Catherine Ney,
22:30quand vous avez vu
22:31Nicolas Sarkozy
22:32une fois élu,
22:33il vous a dit
22:34maintenant,
22:34maintenant,
22:35une fois arrivé au pouvoir,
22:36je suis seule,
22:37il ne reste plus personne
22:38à vaincre
22:39sinon moi-même.
22:40Oui,
22:41mais enfin,
22:41lorsqu'il a été élu,
22:42il lui est arrivé
22:43ce qui n'est jamais arrivé
22:44à aucun homme politique,
22:45c'était,
22:46il a compris
22:47que la femme
22:49qu'il aimait,
22:49c'est Célia,
22:50allait le lâcher
22:50et qu'il allait se retrouver seul
22:52alors qu'il avait bâti
22:53toute sa carrière
22:54en voulant venir,
22:55elle serait sa gage à qui ?
22:56Kennedy,
22:56c'était tout un roman à deux
22:58et puis là,
22:59elle est tombée amoureuse
23:01d'un autre homme
23:01et elle l'a lâchée,
23:03ils ont divorcé
23:04au bout de trois mois
23:04et je pense que ça a
23:06complètement perturbé
23:07son entrée en scène
23:09parce que toutes les erreurs
23:10qu'on lui a mises sur le dos,
23:11le bling bling,
23:12c'est-à-dire que
23:12le Fouquet,
23:13c'est elle,
23:15le bateau Bolloré
23:16au lieu d'aller en Corse,
23:17c'est elle,
23:18donc elle lui a fait faire
23:19beaucoup de fautes
23:19et c'est quelqu'un
23:20qui était très malheureux
23:21et qu'il s'est vengé
23:23en ayant des emportements
23:25et une violence verbale
23:26parce qu'il fallait
23:27que cette colère passe
23:28et il ne pouvait pas
23:29la passer sur sa femme
23:29et je pense que
23:30cette situation
23:31qui est unique
23:32a beaucoup
23:35nuit à son entrée.
23:37Mais la solitude du prince,
23:38elle peut exister
23:39même quand sa femme
23:40ne se va pas.
23:42Oui,
23:43là ça peut arriver
23:44sûrement
23:46la solitude du prince
23:47mais enfin
23:48elle est encore plus grande
23:49quand son couple est cassé.
23:51Astrid Ruchet,
23:51vous l'avez-vous ressenti ça ?
23:53Au fond,
23:54la solitude du pouvoir ?
23:55Là,
23:56vous différenciez
23:57la solitude de la personne
23:58et la solitude de la fonction.
23:59Moi,
23:59j'ai l'impression
23:59qu'il n'avait pas
24:00un moment tout seul.
24:01C'est terrible.
24:02Là où le roi va tout seul,
24:03c'est vraiment
24:04le seul moment
24:04où il était seul
24:05de la journée.
24:05C'est une espèce
24:06d'effervescence permanente
24:09et j'ai l'impression
24:09que dans sa manière
24:10de prendre des décisions,
24:11il les prenait rarement
24:11tout seul.
24:12Il faisait beaucoup conseiller.
24:13En tout cas,
24:13moi,
24:13ce que je voyais,
24:14j'avais toujours
24:14le prisme du discours
24:15avec lui
24:16et les discours,
24:17par exemple,
24:17déjà,
24:18moi,
24:18j'agrégeais
24:18des dizaines
24:19de bonnes volontés
24:21et de conseils
24:22et ensuite,
24:23il allait toujours
24:24repenser le discours
24:24et éventuellement
24:25le soumettre
24:25à d'autres gens.
24:26Parfois,
24:27c'est l'arrivée
24:27du soumettre
24:27des académiciens,
24:28des historiens
24:29pour justement
24:30rendre la décision
24:31la moins personnelle possible.
24:32Je pense que c'était
24:33sa manière à lui
24:34de remédier
24:34à la solitude du pouvoir.
24:35Oui, c'est ça,
24:36de trouver des subterfuges
24:38pour...
24:38Des piliers,
24:39des soutiens,
24:40des béquilles.
24:41Dans votre livre,
24:43vous écrivez
24:44que la plume
24:45prévient le prince.
24:47Peut-être,
24:47Sire,
24:48ne serais-je pas toujours
24:48d'accord avec vous
24:50et le prince de répondre.
24:52Vous serez d'accord,
24:53plume,
24:53parce que ce que je dis
24:55est fait justement
24:56pour mettre tout le monde
24:57derrière la fable.
25:00Est-ce qu'on peut dire non
25:01au président ?
25:03En fait,
25:04je me suis rendue compte
25:04très vite
25:05que le président
25:07choisissait sélectionner
25:07les discours
25:08justement pour que ce soit
25:09les moments de rassemblement
25:10et d'union.
25:10Et très souvent,
25:11quand on prend les moments
25:12les plus clivants
25:12de ces deux quinquennats,
25:14je pense à la réforme
25:15de la SNCF,
25:15à la réforme des retraites,
25:17il déléguait
25:18tous ses discours
25:19de confrontation,
25:19ses discours
25:20de bras de fer social,
25:21il les déléguait
25:21à ses ministres,
25:22comme si les ministres
25:23étaient des fusibles
25:23chargés d'emmagasiner
25:26l'animosité des Français.
25:27Et ensuite,
25:28une fois qu'ils étaient usés,
25:29ils étaient relâchés à la mer,
25:30ils avaient bien servi la France
25:31et on en prenait un autre.
25:33Et donc,
25:33du coup,
25:33il y avait un devoir
25:33de protection
25:34parce que le président
25:35a une logique de marathon,
25:36il doit tenir dix ans
25:37avec une animosité
25:38qui fatalement va croissant
25:40au fur et à mesure
25:40de ces dix années.
25:41Et donc,
25:42je me suis rendue compte
25:42assez vite
25:43que ce n'était pas
25:44des points de désaccord
25:46ou d'accord
25:47que j'allais avoir avec lui
25:47puisque le but,
25:48c'était de faire
25:48un discours qui fédérait.
25:49Bernard-Henri Lévy,
25:51sur la solitude
25:52des hommes
25:53qui même
25:53briguent l'Élysée,
25:54vous racontez
25:56la nuit,
25:56c'était la nuit
25:57du 10 au 11 février 2007
25:59où la candidate
26:01à la présidentielle,
26:02Ségolène Royal,
26:03vous a sorti
26:03du Crazy Horse
26:04pour vous faire écrire
26:06son discours
26:07à partir
26:08de ce que vous appelez
26:09les fatras,
26:10je vous cite,
26:11faxées par une secrétaire
26:13qui n'en était pas une.
26:15Là,
26:15on est vraiment
26:15dans le roman picaresque
26:16sauf que c'est une scène
26:17vraie,
26:18Bernard-Henri Lévy.
26:18C'était la veille
26:19de son grand discours
26:20de Villepinte,
26:21de son grand rendez-vous
26:22avec la France,
26:23son discours d'investiture.
26:24Qui avait lieu
26:24à 13h le lendemain.
26:25Qui avait lieu
26:25à 13h,
26:26la France entière
26:27l'attendait,
26:27elle faisait monter
26:28la pression
26:28depuis des semaines,
26:29elle était partie
26:29à la rencontre
26:30des Français
26:31et elle était
26:32vaillante
26:33et brillante,
26:35cette Ségolène Royal-là.
26:37Et elle m'apporte
26:38le discours
26:39et c'était
26:39un fatras
26:40de 500 pages
26:43issus visiblement
26:44d'ordinateurs différents
26:46dans un désordre absolu.
26:48Elle n'avait pas
26:48une conseillère plume
26:50comme un tri de russet.
26:53Attendez,
26:54elle n'avait rien.
26:54Ce jour-là,
26:55elle n'avait rien.
26:56L'un était à Morzine
26:57en train de faire de la luge,
26:58l'autre était à Digne
26:59avec ses chèvres,
27:00le troisième était en vacances
27:02je ne sais où.
27:03Elle était seule.
27:05Mais je lui dis
27:06on va juste faire un pacte,
27:07vous me donnez le fatras,
27:09mais quand même
27:09demandez à votre secrétaire
27:11dans le fatras
27:11de me sélectionner
27:12des paquets
27:13de 10, 12 pages
27:13ou de 15 pages,
27:14des thématiques,
27:15qu'elle me les faxe
27:17et à chaque fois
27:18que je reçois un fax
27:19je fais la version finale.
27:21Chose dit,
27:22chose fait,
27:22je me suis au travail
27:2321h, 22h,
27:24il y avait 7 parties.
27:25Les 6 premières parties
27:27je reçois les fax,
27:28des gros paquets de fax,
27:29j'écris un truc rabassé,
27:30c'était très bien.
27:31Arrive 5h du matin
27:32je suis épuisé,
27:33je vais dans ma cuisine,
27:34je me fais un café
27:35très très fort
27:36à réveiller un cheval.
27:38Je reviens
27:39et je vois que la secrétaire
27:40au bout du fil
27:40s'était trompé de côté
27:41à l'époque des fax
27:43et les pages
27:44étaient passées en blanc.
27:45Le lendemain,
27:4613h,
27:47elle arrive sur la scène
27:48de Villepinte,
27:49elle est radieuse,
27:51magnifique,
27:51brillante,
27:52je suis comme tout le monde
27:52de la LCI,
27:53je regarde les nouvelles
27:55et puis arrive le dernier moment,
27:57le dernier segment,
27:57mon cœur bat,
27:58je me dis,
27:58elle a forcément foutu tout ça,
27:59elle est plus belle,
28:00elle a fait au chaud,
28:00pas du tout.
28:03et sous les applaudissements,
28:04elle va derrière le rideau
28:05et elle m'appelle
28:06pour me remercier.
28:07Je lui ai dit,
28:07écoutez,
28:07je vous en prie,
28:08ne me remerciez pas,
28:09c'est normal,
28:09j'ai fait ça pour la France
28:12et je lui ai dit,
28:13il y a juste une chose,
28:14dis-je,
28:14pendant que la salle l'appelait
28:16comme Sarah Bernard,
28:18la salle l'abyssait,
28:20il y a juste une chose,
28:21il faudra gronder la secrétaire
28:24qui m'a envoyé les pages,
28:25etc.
28:26Et là,
28:26écoutez bien la chute.
28:27Et là,
28:27il y a un blanc
28:28et elle me dit,
28:29il n'y avait pas de secrétaire.
28:31Donc la secrétaire,
28:32c'était elle,
28:32c'est elle qui était restée,
28:34donc réveillée jusqu'à l'heure
28:36de mon café,
28:37c'est-à-dire 5h du matin,
28:38qui a fini par aller se coucher.
28:40La candidate à la fonction suprême,
28:42à la solitude absolue,
28:43à la littérature contrarie,
28:45à tout ce qu'on a dit là,
28:46elle était seule.
28:48– Vous dites qu'elle était
28:50désespérément,
28:51tragiquement seule
28:52et dans une solitude
28:53qui brise le cœur.
28:55– Ah oui,
28:55moi,
28:57je trouvais ça injuste,
28:59je trouvais ça pas loyal
29:00de la part de ses camarades
29:02et puis voilà,
29:03puis j'aime pas,
29:04oui,
29:04j'aime pas que les gens
29:06soient abandonnés.
29:06– Et son compagnon
29:07n'était pas là non plus,
29:08il était aux abonnés absents,
29:10on va même dire ce qu'il y a,
29:11parce que la vie privée,
29:12les deux corps du roi,
29:14les deux corps de la reine,
29:15je ne sais pas comment vous voulez,
29:16ça a joué énormément aussi
29:17dans sa campagne.
29:19Elle était très malheureuse.
29:20– Quand Orrovitch planait
29:21sur les faxes,
29:24au-dessus de ses corps
29:27et voilà,
29:28quand Orrovitch était là.
29:28– Et les fatras étaient dépassés.
29:30– Et les fatras.
29:31– Benjamin Morel,
29:33est-ce qu'on peut rester normal
29:35quand plus personne ne vous regarde,
29:37ne vous traite normalement ?
29:38– Je suppose qu'on ne peut pas
29:40en effet tout à fait rester normal,
29:41d'autant que le rôle présidentiel,
29:44notamment en France,
29:44est un rôle assez schizophrénique,
29:46c'est-à-dire qu'on a un président Janus,
29:47un président de la République française,
29:49il a en fait deux rôles,
29:50il doit un carnet,
29:51c'était évoqué tout à l'heure,
29:52mais l'unité de la nation.
29:54Ça, c'est l'héritage
29:55de la monarchie, etc.
29:57Vous êtes l'individu
29:58qui doit faire consensus
30:00autour de lui
30:01quand il parle à l'étranger,
30:03il est la France
30:03et tous, nous nous entendons,
30:05théoriquement en tout cas,
30:06parler par sa bouche.
30:07De l'autre côté,
30:08vous êtes le chef officieux
30:09d'une majorité.
30:11Vous êtes celui
30:11qui doit porter une politique,
30:13politique forcément
30:14extrêmement clivante
30:15et donc dans ce cadre-là,
30:17vous jouez toujours
30:17sur deux registres
30:19et cette solitude
30:20dont on parle
30:21et je dirais cet ancrage,
30:23il a été plusé,
30:24était fondamentalement
30:25fragilisé ces dernières années.
30:26Pourquoi ?
30:27Parce qu'avant,
30:28c'était évoqué tout à l'heure,
30:29mais vous aviez un truc
30:30qu'on adore détester,
30:31un truc qui ne sert à rien
30:32et dont on a pourtant
30:33diablement besoin
30:34en démocratie,
30:35c'est-à-dire un parti politique.
30:36Ces partis politiques,
30:37ils avaient des relais,
30:38ils avaient une capacité
30:39à faire remonter
30:40les informations.
30:41Éventuellement,
30:42il y avait des barons,
30:43des gens avec qui
30:44vous aviez fait campagne
30:45dix fois
30:45et qui malgré tout,
30:47même si vous étiez
30:48président de la République,
30:49étaient capables
30:50de vous prendre
30:51au creux d'un bureau
30:52et de vous dire
30:53« là, tu déconnes ».
30:55Maintenant,
30:56c'est beaucoup moins évident.
30:57On a changé d'époque
30:59et là,
30:59avoir encore ces relais,
31:01avoir encore cette capacité,
31:02on parlait tout à l'heure
31:03de Gérard Collant,
31:04ce qui était sans doute
31:04l'un des derniers
31:05à l'avoir avec Emmanuel Macron,
31:06eh bien c'est aujourd'hui
31:07beaucoup, beaucoup plus difficile,
31:09d'où une solitude du pouvoir
31:10qui est d'autant plus exacerbée
31:12par rapport à une mission
31:13qui est un peu
31:14une mission impossible.
31:15Catherine,
31:16il y a un président
31:16qui a dit
31:16« moi je suis un président normal ».
31:18C'est François Hollande
31:19et c'est le seul
31:20auquel vous n'avez pas consacré
31:21un de vos merveilleux livres.
31:23Je n'ai pas des…
31:24Mais j'ai beaucoup parlé
31:25de lui dans mes souvenirs
31:26et je parle encore de lui
31:27dans le prochain aussi, mais…
31:29Il n'a pas eu son livre.
31:30Oui, il n'a pas eu son livre
31:31parce qu'il ne m'a peut-être
31:32pas assez inspiré.
31:34Parce qu'il était trop normal ?
31:35Parce qu'il était trop normal
31:37et il a eu tort
31:37parce que c'était sa manière
31:39de quand même continuer
31:41à habiter chez lui,
31:42se faire photographier
31:44par le poing,
31:44aller chez le boucher,
31:46sortant avec un sac en plastique,
31:47aller chercher comme un quidam
31:49pour être le président normal.
31:51C'était un atout quand même
31:52au départ,
31:53par rapport justement
31:54à Nicolas Sarkozy au départ.
31:55Ça n'a pas du tout été un atout
31:56parce que…
31:56Au départ.
31:57Pas du tout
31:58parce qu'il a été élu finalement
32:00en ricrac
32:00et dès le mois de juin,
32:02les sondages disaient
32:03qu'il était très très très
32:04défavorable pour lui
32:05et puis surtout,
32:06quand il est arrivé,
32:08après Sarkozy,
32:09on avait l'impression
32:09qu'il n'y avait plus
32:10d'électricité
32:11à l'Élysée
32:12puisqu'il ne parlait pas.
32:13Alors il a fait en septembre
32:14une conférence de presse,
32:15on a attendu huit mois
32:17pour dire qu'il avait
32:18une boîte à outils,
32:19qu'il allait sortir
32:20la France avec eux.
32:21C'est pour ça
32:21qu'on l'avait appelé
32:22M. Bricolage.
32:22Mais non,
32:23il n'a pas habité la fonction,
32:25mais pas du tout.
32:26Et c'est bien pour ça
32:26qu'à l'Élysée,
32:27il y avait quelqu'un
32:28qui a surgi,
32:29qui était admiré par tout le monde,
32:30qui s'appelait
32:30le secrétaire général adjoint,
32:32Emmanuel Macron.
32:33D'ailleurs,
32:34le rapport à la littérature,
32:35il ne l'avait pas tellement,
32:36François Hollande.
32:36C'est une tradition.
32:38Excusez-moi,
32:39il a fait des livres,
32:41il admirait les écrivains,
32:44l'un de vos prédécesseurs
32:45ou successeurs,
32:46Baptiste Rossi,
32:48auprès d'Emmanuel Macron,
32:49a fait ses armes
32:50avec François Hollande.
32:52Non, non,
32:52il y avait aussi
32:53ce goût de la littérature.
32:55Mais il ne le disait pas,
32:57il ne l'étalait pas.
32:59Benjamin Morel,
33:00quand vous écoutiez,
33:01Catherine ?
33:02Oui, non,
33:02si vous voulez,
33:03on a tort souvent
33:04quand on parle
33:06de la représentation politique.
33:07Déjà,
33:07dans la notion
33:08de représentation politique,
33:09il y a une double fonction.
33:10Il y a à la fois
33:11ressembler à
33:11et il y a également
33:12agir au nom d'eux.
33:13Autrement dit,
33:14il faut incarner une action
33:15qui est une action efficace.
33:16Mais on se trompe
33:17dans le ressembler à.
33:19On ne cherche pas
33:19quelqu'un qui nous ressemble.
33:20On ne cherche pas
33:21quelqu'un qui est comme nous,
33:22au fond du lit,
33:23avec un pyjama.
33:24On cherche quelqu'un
33:25qui ressemble
33:26à ce que l'on souhaiterait être.
33:28Typiquement,
33:28c'est la leçon
33:29de Maurice Thorez
33:30par rapport aux députés communistes.
33:31Quand les députés communistes
33:32arrivent au Parlement
33:33dans les années 30,
33:34eh bien,
33:34ils ne savent pas parler,
33:35ils sont très mauvais.
33:36Thorez dit, en fait,
33:37il ne faut pas des députés
33:38qui ressemblent
33:39à la classe ouvrière.
33:40Il faut des députés
33:41qui ressemblent
33:42à ce que devrait être
33:43la classe ouvrière.
33:44On n'a pas envie
33:45d'un président
33:45qui nous ressemble.
33:46On a envie d'un président
33:47qui nous idéalise
33:48d'une certaine façon.
33:50Et c'est là,
33:50en effet,
33:50une erreur fondamentale
33:52parce que pour être
33:52un bon candidat,
33:53il faut peut-être,
33:54en effet,
33:55donner le sentiment
33:56d'être un président normal.
33:57Mais la normalité,
33:58c'est ensuite
33:59un très mauvais rapport
34:00au pouvoir.
34:01Christophe,
34:01du normal au paradormal,
34:03il n'y a qu'un pas
34:04que vous allez franchir.
34:05Oui,
34:05je m'y sens invité,
34:07en tout cas.
34:08Effectivement,
34:08j'aurais vous parlé
34:09de superstition.
34:11Est-ce que vous savez
34:11pourquoi la galette des rois
34:13servie à l'Elysée
34:13chaque année,
34:14donc au moment de l'Épiphanie,
34:16n'a pas de fève ?
34:17C'est un peu la suite
34:18de notre discussion.
34:19C'est qu'un président
34:20ne peut pas factuellement,
34:23symboliquement,
34:23devant tout le monde,
34:24être couronné roi.
34:25Ça ferait désordre
34:26en République.
34:26Alors ça,
34:27c'est l'explication officielle.
34:28Mais je me suis interrogé.
34:29Est-ce que finalement,
34:31s'il était couronné roi,
34:32même par le fait
34:33d'une fève,
34:34est-ce que ça ne lui porterait
34:36pas malheur au fond ?
34:37Parce que quand on...
34:38Est-ce que ça n'exciterait pas
34:39la fièvre régicide
34:41du peuple français ?
34:42Ou est-ce que...
34:43Parce que quand on regarde,
34:44en fait,
34:44le parcours
34:45des différents présidents,
34:47il y a une constante,
34:49même quand ils ont l'air
34:50normaux,
34:51c'est justement
34:51ce recours
34:52au paranormal.
34:53Ils ont tous
34:54une sorte de gris-gris
34:56pour éloigner le mauvais oeil.
34:57Alors je vous propose
34:58juste un petit jeu
35:00très facile.
35:01Qui était le président
35:02qui,
35:03avant chaque scrutin,
35:05embrassait le crâne chauve
35:06d'un ami de son épouse,
35:08comme l'avait révélé
35:09le point ?
35:10C'est qui, lui ?
35:10Jacques Chirac ?
35:11Non.
35:12François Mitterrand ?
35:12Non.
35:13Eh bien,
35:14c'était Emmanuel Macron,
35:15en fait.
35:16Et ce baiser porte-bonheur,
35:17oui, oui,
35:18rappelait le baiser
35:19de Laurent Blanc.
35:20Vous vous souvenez ?
35:20Laurent Blanc
35:21qui embrassait avant chaque match
35:22le crâne dégarni
35:24du gardien
35:25de l'équipe de France,
35:26Fabien Barthez.
35:26Ah non, non, non,
35:27c'est une légende urbaine.
35:28Nous avons même des photos.
35:29Je sais que c'est plus dans le point,
35:30donc il y a un show de vérité.
35:31Donc c'est forcément vrai.
35:33Qui, les jours d'élection,
35:35faisait le tour des bureaux de vote
35:36toujours dans le même sens ?
35:38Ça, c'est Chirac.
35:40François Hollande.
35:41Un disciple de Chirac.
35:42François Hollande, le président normal
35:43qui, quand même,
35:44a une lubie un petit peu pas normale.
35:48Ça, alors là,
35:49je rougis de vous en parler.
35:51Qui consultait régulièrement
35:53une célèbre astrologue ?
35:54Jean-Bérenne.
35:55Voilà, avec Elisabeth Tessier.
35:58Alors ça, d'ailleurs,
35:59ça faisait le lien
36:00avec une constante
36:00puisque Catherine de Médicis
36:03avait son Ostradamus
36:04et c'est peut-être pour cela aussi
36:07qu'on surnommait,
36:07Mitterrand, le Florentin, en fait.
36:10Qui, alors ça,
36:12souvenez-vous,
36:13qui avait intenté
36:15une action en justice
36:16contre une poupée vaudou
36:17humoristique à son effigie ?
36:20Nicolas Sarkozy.
36:21Bravo.
36:22Oui, et deux candidats
36:23avaient été concernés
36:24puisque Ségolène Royal
36:25avait eu la même
36:26poupée vaudou.
36:27Ça s'appelait
36:27Manuel Vaudou.
36:28C'était un kit
36:29sorti en 2008.
36:30C'était un ouvrage
36:31d'humour
36:31sur Ségolène Royal
36:32et Nicolas Sarkozy
36:33et il y avait donc une poupée.
36:35Et qu'est-ce qu'ont dit
36:35les juges ?
36:36Alors, justement,
36:3812 aiguilles
36:38qui étaient fournies
36:39pour percer la figurine.
36:40Alors,
36:41le chef de l'État
36:42n'a pas obtenu
36:42l'interdiction.
36:43Je vais lire
36:44ce qu'ont dit les juges.
36:45Mais un avertissement
36:46sur l'emballage
36:47et l'arrêt de la cour
36:47est amusant
36:49puisqu'elle a jugé
36:50que l'incitation du lecteur
36:51et là je cite
36:52l'incitation du lecteur
36:53à piquer la poupée
36:54jointe à l'ouvrage
36:55avec les aiguilles fournies
36:57est une action
36:58qui sous-tend
36:58l'idée
36:59d'un mal physique.
37:01Un mal physique
37:02serait-il symbolique
37:03mais qui constitue
37:04une atteinte
37:05à la dignité
37:06de la personne
37:07de M. Sarkozy.
37:08Ce qui est intéressant
37:08c'est que son avocat
37:10Thierry Herzog
37:11avait évoqué
37:12les rites animistes
37:14du Vaudou.
37:15Et Célouane Royal
37:16qui elle donc
37:16était concernée aussi
37:18d'un texte écrit
37:19par Henri Guénaud
37:19ça sûrement.
37:20Je vous laisse
37:21cette responsabilité.
37:23Célouane Royal
37:24avait invoqué
37:24non pas les esprits
37:25elle
37:26mais la protection
37:27d'une liberté
37:28de caricaturer
37:28les puissants
37:29de ce monde
37:30peut-être
37:31moins superstitieuse
37:32elle
37:34en tout cas
37:34c'est à méditer.
37:36Alors s'ils se tournent
37:37vers des mondes occultes
37:38c'est peut-être aussi
37:39parce qu'une fois
37:40parvenus
37:40au pouvoir suprême
37:42ils font
37:42souvent l'expérience
37:44d'une forme d'impuissance
37:45et je vous propose
37:46de voir
37:47une fille.
37:58Mes chers compatriotes
38:00après consultation
38:02du Premier Ministre
38:03du Président du Sénat
38:05du Président
38:06de l'Assemblée Nationale
38:08j'ai décidé
38:09de dissoudre
38:11l'Assemblée Nationale.
38:12Après avoir procédé
38:14aux consultations
38:15prévues
38:16à l'article 12
38:17de notre Constitution
38:19j'ai décidé
38:21de vous redonner
38:22le choix
38:22de notre avenir
38:23parlementaire
38:24par le vote.
38:27Je dissous donc
38:28ce soir
38:29l'Assemblée Nationale.
38:33Alors
38:3397
38:34il est 24
38:36en 97
38:37Jacques Chirac
38:38quand il fait ça
38:38il pense
38:39reprendre la main
38:39évidemment
38:40et quelques semaines
38:41plus tard
38:42on sait
38:42non mais il pense
38:46Alain Juppé
38:47était un Premier Ministre
38:48qui était vraiment
38:48au nadir
38:49des sondages
38:50très très très impopulaires
38:51il fallait s'en séparer
38:52et Jacques Chirac
38:54ne pouvait pas
38:55on ne pouvait pas
38:55lui gérer
38:56cette solution
38:57ça le rendait fou
38:58alors Dominique
38:59de Villepin
38:59a imaginé
39:00une dissolution
39:01on allait dissoudre
39:02et alors
39:03les Français
39:03allaient donner
39:04un nouvel élan
39:05et la majorité
39:05il avait la majorité
39:06absolue à l'Assemblée
39:07il avait la majorité
39:08partout Chirac
39:08et donc il allait y avoir
39:10un nouvel élan
39:10et il avait vendu
39:11l'idée
39:12au Président
39:13que les baladuriens
39:14seraient battus
39:15ça serait une majorité
39:16plus resserrée
39:17et on serait tranquille
39:18entre soi
39:18et évidemment
39:19on pourrait rechoisir Juppé
39:20et donc au départ
39:21ce qui a été bizarre
39:22c'est que les sondages
39:23étaient favorables
39:24et on a dit
39:24quel bon coup
39:25ça a duré au moins 8 jours
39:26vous voyez
39:26alors que des gens
39:27comme Mesmer
39:28ou Séguin
39:29disaient faites attention
39:30quand même
39:31c'est autre chose
39:32et bien
39:32voilà
39:33déjà
39:34Jacques Chirac
39:35a décidé
39:35de dissoudre
39:37et d'ailleurs
39:37sa plume
39:38à qui il avait demandé
39:39de faire le discours
39:40lui avait apporté un texte
39:42il dit
39:42mais quand je vous lis
39:42je ne comprends pas
39:43pourquoi je dissous
39:43mais il dit
39:44c'est bien le problème monsieur
39:45et donc il a perdu le pouvoir
39:46et ça a entraîné
39:47une dissolution
39:48qui a duré 5 ans
39:49donc moi je pense
39:50que le président
39:52le président
39:54actuel
39:55aurait dû lire
39:56lire l'histoire
39:57pour savoir
39:58que la dissolution
39:59il faudrait la supprimer
40:00de la constitution
40:01à mon avis
40:02mais là
40:03lorsqu'il la dissout
40:05quand même
40:06choisir de dissoudre
40:07un soir
40:07où on vient de recevoir
40:09une claque
40:09c'est tendre la joue
40:10pour en avoir une autre
40:11vous voyez
40:11c'est quand même
40:12un manque de politique
40:13c'est incroyable
40:15de choisir ça
40:15on n'a jamais compris
40:16lui non plus
40:17il s'est mal expliqué
40:18mais quand on l'écoute
40:19il a toujours raison
40:20en tous les cas
40:20il s'est guillotiné
40:21c'est un acte cruel
40:23envers lui-même
40:23il s'est auto-guillotiné
40:25il ne savait pas
40:25ce qu'il souhaitait secrètement
40:27ah ben ça
40:27mon cher
40:28pour se remettre à l'écriture
40:30il y a un livre
40:32de Romain Garry
40:33qui s'appelle
40:34Aude à l'homme qui a dit non
40:36je crois
40:36qui est un livre
40:36sur le général de Gaulle
40:38et il y a une page
40:39très troublante
40:40où il parle du référendum
40:41de 1969
40:43qui va perdre
40:45et qui va l'amener
40:46à cet exil irlandais
40:47et la thèse de Romain Garry
40:48c'est que de Gaulle
40:50organise le référendum
40:51en sachant qu'il va le perdre
40:53afin de le perdre
40:54et afin d'organiser sa sortie
40:56moi j'ai toujours pensé
40:57et chez Chirac
40:58dans l'image qu'on vient de voir
41:00et chez Macron
41:01la dernière dissolution
41:02qu'il y a quelque chose
41:04de cette ambiguïté du désir
41:05le désir des humains
41:07vous j'apprendrai
41:09et notamment des présidents
41:09c'est tellement compliqué
41:10on veut réussir
41:12et puis une part de soi
41:13veut aussi s'abîmer
41:15moi je pense en effet
41:17je ne sais pas
41:18s'il a voulu se suicider
41:19mais ça correspondait
41:21à mon sens
41:22à une période
41:22de troubles intérieurs
41:23du président Macron
41:24qui sentait la
41:26oui des choses
41:28personnelles
41:28enfin des choses
41:29d'un homme qui arrive
41:30je pense
41:31toujours faire la part
41:32c'est la même chose que vous
41:33non mais
41:34non mais voilà
41:35et je pense que c'est
41:36oui est-ce que vous avez
41:37enfin oui
41:37on est dans tout ça
41:38nous sommes d'accord sur
41:39Catherine et moi
41:40sur Romain Garry
41:40oui et d'ailleurs
41:41il y a un
41:41ça reste un coup politique
41:42on va donner la parole
41:44à notre constitutionnaliste
41:46ici présent
41:47c'est-à-dire que la dissolution
41:48de 97
41:48oui la dissolution de 97
41:52est loin d'être absurde
41:52sur le papier en effet
41:53enfin il ne faut pas oublier
41:54que la majorité
41:55elle a été élevée en 1993
41:56et qu'elle est dominée
41:57de la tête et des épaules
41:58par les baladuriens
41:59et donc dans ce cadre là
42:00il y a un pari
42:01celui de 2024
42:03apparaît beaucoup plus absurde
42:04mais n'oublions pas
42:05que pour Emmanuel Macron
42:06la gauche ne s'unirait jamais
42:07et qu'à partir de là
42:08une majorité devient possible
42:09ensuite les dissolutions
42:11sont extrêmement intéressantes
42:12parce qu'elles nous révèlent
42:13quelque chose
42:13sur l'organisation du pouvoir
42:14on aime à dire
42:15le président a beaucoup de pouvoir
42:17en droit constitutionnel
42:18c'est pas le cas
42:19ah il a des pouvoirs d'exception
42:20évidemment
42:20vous avez l'article 16
42:21il est plein de pouvoir
42:22mais a priori on ne l'utilise pas
42:23tous les quatre matins
42:23c'est heureux
42:24la dissolution
42:24on peut l'utiliser
42:25minimum
42:25maximum
42:26une fois par an
42:27mais pour le reste
42:28si vous prenez le président
42:30de la troisième république
42:31et le président de la cinquième
42:32qui dispose du pouvoir
42:33réglementaire
42:34sur la troisième république
42:35le président de la république
42:37sur la cinquième
42:38c'est le premier ministre
42:39qui dispose
42:40de la capacité
42:41de déposer un projet de loi
42:42sur la troisième république
42:43le président de la république
42:44sur la cinquième
42:45c'est le premier ministre
42:46le domaine réservé
42:47le domaine réservé
42:48c'est l'invention
42:48de Jacques Chabande-Almas
42:49au congrès de l'UNR
42:50en 1959
42:50parce que les députés gaullistes
42:52s'écrit
42:52la politique algérienne
42:53du général de Gaulle
42:54qui dispose des forces armées
42:55sous la troisième république
42:56le président de la république
42:57sous la cinquième
42:58c'est le premier ministre
42:59ce qui fait le pouvoir
43:01d'un président de la république
43:02c'est pas la constitution
43:03c'est pas comment dire
43:04les institutions
43:05les habits du général de Gaulle
43:06ce qui fait le pouvoir
43:07d'un président de la république
43:08c'est une chose
43:09c'est le fait qu'il dispose
43:10ou pas d'une majorité
43:11pas de majorité
43:12pas de pouvoir
43:13et ce que nous montrent
43:15là les dissolutions
43:16c'est qu'in fine
43:17le pouvoir tient à ça
43:18et pour l'avenir
43:19et pour les présidents
43:20de la république
43:21qui suivront
43:21et bien le fait
43:23de disposer demain
43:24en 2027
43:25en 2032
43:25d'une majorité
43:26risque de modifier
43:27profondément
43:28notre rapport
43:29aux institutions
43:29parce qu'on peut vouloir
43:30élire Bonaparte
43:31mais on risque bien
43:32d'éviter de René Coty
43:34Astrid Roucher
43:35de l'intérieur de l'Elysée
43:37avec
43:37on a vu la cour
43:38les rites
43:40la personnalité
43:41du président
43:42qu'on sert
43:43est-ce qu'on ressent
43:44d'une manière
43:44ou d'une autre
43:45cette forme d'impuissance
43:46là
43:46dont on parle
43:47je pense qu'on a vu
43:48que les dernières années
43:49étaient beaucoup plus difficiles
43:50on le voit même
43:51dans l'évolution du ton
43:51on a eu des premiers discours
43:53d'arrivée à l'Elysée
43:54qui était notamment
43:55écrit par Sylvain Fort
43:56qui a donné
43:57qui a dicté ce ton
43:58de concert avec le président
43:59parce que le président
43:59reprend toujours beaucoup
44:00des discours qui étaient
44:01très très amples
44:03très empoulés
44:03très lyriques
44:04avec une
44:05on sentait l'histoire battre
44:06empoulés
44:06si vous dites ça
44:08empoulés ce serait critique
44:09mais en tout cas
44:09qui se donnait
44:09plutôt avec une certaine ampleur
44:11ça veut dire qu'il y avait
44:11de la lumière
44:14un écrivain
44:15un vrai écrivain
44:18avec une
44:18en tout cas
44:19qui s'autorisait
44:19une certaine ampleur
44:20dans le ton
44:20et une certaine sonorité
44:21et au fur et à mesure
44:22on a vu davantage
44:24c'est pas de l'humilité
44:25mais en tout cas
44:26le président demandait
44:26est-ce qu'on fait
44:26quelque chose
44:27plus minéral
44:27il entendait pas là
44:28des phrases plus sèches
44:29plus assertives
44:30une humilité dans le ton
44:32alors c'est un désir
44:33qui ensuite parfois
44:34se transformait sur le terrain
44:35il est pas très minéral
44:36quand même Emmanuel Macron
44:37dans ses discours
44:38même aujourd'hui
44:38c'est pas son penchant
44:40mais c'était son désir
44:40en tout cas
44:41c'est l'idée d'être plus sobre
44:42et je pense qu'il sentait aussi
44:43que l'époque n'était plus
44:44au grand
44:46à se répandre
44:47dans la presse
44:48et qu'il fallait
44:48avoir presque plus
44:49excusé parfois de parler
44:50au fur et à mesure des années
44:52Bernard-Henri Lévy
44:53vous racontez un échange
44:54que vous avez eu
44:54avec François Hollande
44:55en juin 2016
44:57quand il comprend
44:58que la situation politique
44:59lui échappe complètement
44:59et qu'il égrène devant vous
45:01le nom de ses adversaires
45:03il y a un nom
45:04un seul
45:04qu'il ne cite pas
45:05c'est celui
45:06d'Emmanuel Macron
45:07qui est alors
45:07un jeune ministre
45:09et là vous vous dites
45:10mais il y a aussi Macron
45:12et vous êtes prudent
45:13en disant ça
45:14et la réponse
45:14de François Hollande
45:15c'est au Macron
45:17il le dit avec attendrissement
45:18c'est un enfant
45:20ça veut dire quoi ?
45:21ça veut dire que
45:21quand on est au cœur du pouvoir
45:23on est aveuglé ?
45:26Oui
45:27c'est pas seulement au cœur du pouvoir
45:28je crois qu'il était
45:30non
45:30les présidents
45:31c'est des hommes
45:32il y avait entre ces deux hommes-là
45:34une relation forte et intense
45:37et ce jour-là
45:38François Hollande
45:39parlait en effet
45:40comme Catherine Ney
45:40la ville dont le prince
45:41est un enfant
45:42comme Monterland
45:44et il était pour lui
45:45et c'est vrai que cette scène
45:47pour moi
45:48elle est majeure
45:50sur la comédie humaine
45:50parce qu'il me fait
45:52il me passe en revue
45:53vraiment tous les prétendants
45:54à son poste
45:55les uns après les autres
45:55et il leur taille un costard
45:57à chacun
45:58Juppé
45:58Sarkozy
45:59Fillon
45:59Manuel Valls
46:01donc il me dit
46:01qu'il va le trahir
46:02je me suis le président
46:02enfin Manuel Valls
46:03c'est un rock
46:04de loyauté
46:05de fidélité
46:06non non
46:07et là en effet
46:08le hasard faisait
46:09que quelques jours plus tôt
46:10j'avais dîné
46:11j'avais fait la connaissance
46:12d'Emmanuel Macron
46:13qui n'avait pas fait mystère
46:14de son ambition
46:15donc je lui dis
46:16mais est-ce que vous ne croyez pas
46:17tout de même
46:17que votre jeune ministre
46:18de l'économie
46:19pourrait être tenté
46:20et là il me fait taire
46:22avec une
46:24avec une
46:25une certitude
46:26mais touchante
46:27il me dit
46:27mais écoutez
46:29arrêtez
46:29pas vous
46:30Bernard Henry
46:30ne colportez pas
46:31ces rumeurs de la ville
46:32ne vous prêtez pas
46:34à ces manoeuvres
46:35c'est un enfant
46:36et sous-entendu
46:37c'est mon fils
46:39là j'ai eu envie
46:40de lui raconter
46:40l'histoire de Brutus
46:41et de César
46:42ou d'autres
46:42je me suis contenté
46:44de lui dire
46:44que j'avais des sources
46:45extrêmement sûres
46:46qui étaient moi-même
46:47je ne lui ai pas dit
46:47je n'avais pas trahi
46:48non plus le secret du dîner
46:49qui faisait que j'avais
46:50quand même
46:51un peu dans l'idée
46:52qu'une surprise
46:53pourrait arriver
46:54mais voilà
46:55aveuglement
46:55mais ça c'est pas
46:56la solitude de voir
46:56c'est la solitude des humains
46:58qui d'entre nous
46:59ne serait pas
47:00ne peut pas tomber
47:01dans ce genre
47:02d'aveuglement
47:03alors j'aimerais vous faire
47:04écouter
47:05une réflexion
47:06d'Edouard Philippe
47:07donc aujourd'hui
47:08candidat
47:09comme on le sait
47:10à l'élection présidentielle
47:11et qui s'interroge
47:13sur le sens
47:14du commandement
47:15on l'écoute
47:16et on oublie
47:17me semble-t-il
47:18souvent
47:19une élection présidentielle
47:21sert à choisir
47:22quelqu'un qui est
47:23à la fois le chef de l'état
47:24donc le chef des armées
47:26donc qui a
47:27la clé de voûte
47:28des institutions
47:28et la question
47:29du sens du commandement
47:31de comment il l'a acquis
47:33de comment il l'envisage
47:35de comment il l'exerce
47:37est une question
47:38qui est quasiment
47:38jamais posée
47:40c'est pas inné
47:40le commandement
47:41alors c'était donc
47:42une discussion
47:43avec Olivier Norek
47:43que vous voyez
47:44sur l'écran
47:45Catherine
47:46le commandement
47:47c'est pas inné
47:48nous dit Edouard Philippe
47:50est-ce que le problème
47:50justement c'est que
47:51en fait
47:51on n'en parle jamais
47:52de la capacité
47:54à commander
47:55oui parce que
47:57le commandement
47:58c'est l'expérience
48:00que l'on commence
48:01dès l'enfance
48:02quand on a été
48:02chef de bande
48:03quand on a été
48:03chef de scout
48:04quand on a été
48:05dans un endroit
48:06où on a connu
48:07les hommes
48:08leur fonctionnement
48:09et ce qui n'était
48:11pas le cas
48:11de tous ceux
48:12qui arrivent au pouvoir
48:13et puis il y a un goût
48:14il y a un goût
48:15du commandement
48:16d'ordonner
48:16d'abord il faut
48:17il faut tout connaître
48:19pour pouvoir commander
48:20pour imposer
48:21pour imposer
48:21donc c'est pas donné
48:22à tous les présidents
48:23les présidents
48:23ils ont travaillé
48:24ils ont fait une campagne
48:26où ils arrivent
48:27à rasser
48:27et tout d'un coup
48:28ils sont élus
48:29et le lendemain
48:30qu'est-ce qu'on fait
48:30comment on fait
48:31d'abord il faut
48:32faire un gouvernement
48:33avec des hommes
48:34et dans le cadre
48:35d'Emmanuel Macron
48:36plus particulièrement
48:37c'était des gens
48:38avec qui il n'avait
48:39jamais travaillé
48:39un premier ministre
48:40qui il avait parlé
48:42deux fois
48:43entre les deux tours
48:43et donc
48:45c'est encore plus difficile
48:47de commander
48:48dans ces conditions-là
48:49Jacques Chirac
48:51avant d'être président
48:52il a été premier ministre
48:54c'était pas quelqu'un
48:55qui aimait commander
48:55quand il était premier ministre
48:57après de la
48:58ensuite avec la cohabitation
48:59il laissait faire
49:00Édouard Balladur
49:01donc il y a aussi
49:02un goût
49:02que tous n'ont pas
49:03je dirais que
49:04Georges Pompidou
49:05avait le sens du commandement
49:07comme premier ministre
49:08il a été un très grand premier ministre
49:09il aurait sûrement été
49:10un président formidable
49:12mais c'est la maladie
49:13qu'il n'a pas voulu
49:14je veux dire
49:15Giscard à sa manière
49:16s'avait commandé
49:17avait une autorité naturelle
49:19était craint
49:20et en tous les cas
49:21était obéi
49:22et était écouté
49:23de ses ministres
49:24et puis après
49:25bon ben François Mitterrand
49:27c'est autre chose
49:27enfin François Mitterrand aussi
49:30franchement
49:31oui absolument
49:31ah ben oui
49:33voilà
49:34Nicolas Sarkozy
49:36Nicolas Sarkozy oui
49:37mais quelquefois
49:38son impétuosité
49:39faisait qu'il a raté
49:42inutilement
49:42et vexé des gens inutilement
49:44mais surtout
49:45ce que je n'avais pas compris
49:46c'est qu'à peine élu
49:48il voulait avoir
49:49des ministres de gauche
49:50alors qu'il était
49:51il succédait
49:52voilà
49:52je n'avais pas compris
49:53cette distorsion
49:57entre le discours
49:57de campagne
49:58et puis
49:59cet être aimé de la gauche
50:01ça c'est peut-être
50:02une erreur
50:02qui lui a été
50:05très nocive
50:06je vois Benjamin Morel
50:07oui
50:07on a l'impression toujours
50:08que le commandement
50:09d'ailleurs comme le charisme
50:10c'est quelque chose d'inné
50:11en réalité
50:12c'est d'abord une structure du pouvoir
50:14le charisme
50:15c'est une structure du pouvoir
50:16l'un des meilleurs livres
50:16de sciences politiques
50:17c'est un livre sur Hitler
50:19le livre de Yann Kirchow
50:20Hitler ou le charisme en politique
50:22et Yann Kirchow montre bien
50:23comment le charisme d'Hitler
50:24est en fait une construction sociale
50:26parce que vous avez des relais
50:27des seconds
50:28qui disent
50:28ah cet homme avec une culotte de peau
50:30en fait il est très charismatique
50:31alors qu'en fait
50:31ça peut être repris également
50:33comme de la folie
50:33et donc il en va de même
50:35pour le commandement
50:36un commandement
50:37un commandant efficace
50:38c'est pas du tout justement
50:39quelqu'un de seul
50:40c'est quelqu'un qui contrôle l'état
50:41et pour contrôler l'état
50:43il faut des ramifications
50:44il faut que vous ayez des gens
50:45à placer au bon endroit
50:46il faut un parti
50:47et que ce parti
50:48et bien vous permette
50:49de sélectionner une élite
50:50ce qui fait défaut
50:51très rapidement à Emmanuel Macron
50:53quand il arrive au pouvoir
50:54c'est les deux
50:55il n'y a pas de parti
50:56et il n'y a pas de ministrable
50:58qui tienne tout à fait la route
50:59à tous les postes
51:00il n'y a personne pour peupler
51:01de manière totalement efficace
51:03les grandes fonctions
51:04au sein de l'état
51:04et là on voit que ce commandement là
51:06au bout du compte
51:07on l'idéalise
51:09et on le personnifie
51:10dans une figure
51:10mais qu'il est quelque chose
51:12de beaucoup plus complexe
51:13et quoi qu'on en fasse
51:14quoi qu'on en veuille
51:15de beaucoup plus collectif
51:16on va écouter
51:17on va écouter
51:18un homme qui avait
51:19le sens du commandement
51:21on l'écoute
51:21si je suis désavoué
51:26par une majorité
51:28d'entre vous
51:31solennellement
51:32sur ce sujet capital
51:36et quel que puisse être
51:39le nombre
51:40l'ardeur
51:43de l'armée
51:44de ceux qui me soutiennent
51:47et qui de toute façon
51:50détiennent
51:51l'avenir
51:52de la patrie
51:54ma tâche actuelle
51:56de chef de l'état
51:57deviendra
51:58évidemment
51:59impossible
52:00et je cesserai
52:02aussitôt
52:03d'exercer
52:05mes fonctions
52:08Catherine
52:08est-ce qu'un président
52:09pourrait dire ça
52:10aujourd'hui
52:11aux français
52:12si vous désavouez
52:13ma politique
52:13je pars
52:14mais c'est ce que l'on attend
52:16d'un président
52:16ben oui
52:17alors je ne sais pas
52:18ce que sera
52:20qui sera le prochain
52:22qui est l'actuel
52:23on le connaît
52:24et il avait dit
52:24qu'il continuerait
52:25jusqu'au bout
52:25voilà
52:26il a dit l'inverse
52:27il a dit l'inverse
52:28et bien je ne sais pas
52:29vous savez
52:30il va se passer
52:31on ne sait pas
52:31ce qui va se passer
52:32demain
52:34Benjamin Morel
52:35je crois que malheureusement
52:36là-dessus
52:36il y a une spécificité gaulliste
52:38De Gaulle
52:38il n'est pas en 58
52:39si vous voulez
52:40c'est-à-dire que derrière
52:41il y a le passif
52:41il y a évidemment 1940
52:43bref
52:43De Gaulle
52:44est une personnalité nationale
52:46le rapport de De Gaulle
52:47aux institutions
52:48ce qu'on disait tout à l'heure
52:48sur la constitution
52:49De Gaulle en a conscience
52:50il a co-écrit quasiment
52:51avec Michel Dobré
52:52cette constitution
52:52il sait très bien
52:53que son pouvoir
52:54ne vient pas du droit
52:55son pouvoir
52:56il vient de la légitimité
52:57qu'il tire
52:58d'un rapport direct
52:59avec le peuple
52:59si ce lien est rompu
53:01il redevient Vincent Ruiol
53:02ou René Cotille
53:03il n'en veut pas
53:06la démission
53:07mais imaginons
53:08qu'à la suite
53:09de De Gaulle
53:10Pompidou
53:11Valéry Giscard d'Estaing
53:12Mitterrand
53:12a suivi cet exemple
53:13on aurait une instabilité
53:14institutionnelle chronique
53:15si à chaque élection
53:16municipale partielle
53:17vous démissionnez
53:18à ce moment-là
53:19tout
53:19entre guillemets
53:20s'effondre
53:21le premier qui rompt
53:22avec ça
53:23c'est Pompidou
53:24référendum
53:25sur l'entrée
53:25des états
53:26du Royaume-Uni
53:28du Danemark
53:28dans l'Union Européenne
53:29il dit
53:30si le référendum est négatif
53:31je ne suis pas De Gaulle
53:32je ne démissionne pas
53:34de cette forme
53:34de lâcheté
53:35ensuite avec les dissolutions
53:37Jacques Chirac
53:37etc
53:38a quand même dépendu
53:39la stabilité
53:40de nos institutions
53:42Bernard-Henri
53:42il a dit
53:43on peut changer
53:43la constitution
53:44en quelques mois
53:45mais notre imaginaire
53:48collectif
53:49associé au pouvoir
53:49on ne peut pas
53:50d'abord il y a deux choses
53:52avec laquelle
53:52je ne suis pas tout à fait d'accord
53:53je crois que la grandeur
53:55de la démocratie
53:55c'est que
53:56on a le droit
53:57quand on est président
53:58on a le droit
53:59d'être impopulaire
54:01on est élu
54:02on a même le devoir
54:03d'être impopulaire
54:04par moment
54:04en prenant des décisions
54:06difficiles
54:06qui ne vont pas
54:07dans le sens
54:08du poil
54:09de la nation
54:12et puis voilà
54:12c'est comme ça
54:13on est élu pour 5 ans
54:14et l'autre chose
54:15l'histoire du commandement
54:17je ne sais pas
54:18ce que vous êtes tous d'accord
54:20apparemment
54:21un président
54:22ce n'est pas fait seulement
54:23pour commander
54:23j'ai été surpris
54:24par le propos
54:24d'être président
54:26c'est aussi
54:27de la bienveillance
54:27c'est aussi
54:28de l'écoute
54:29c'est aussi
54:30du compromis
54:31moi les
54:32les commandes
54:32ça fait partie
54:33du commandement
54:34moi les
54:36en effet
54:36j'ai croisé
54:37moins que vous
54:38chère Catherine
54:38mais en fait
54:38tout de même
54:40quelques présidents
54:40je trouve que
54:42les moments de grandeur
54:43qu'ils ont tués
54:44les uns et les autres
54:44c'est quand ils ont été
54:46capables aussi
54:46d'écouter
54:47de se mettre
54:48à portée d'engueulade
54:49oui
54:50d'entendre les désaccords
54:52d'entendre la rumeur
54:53qui montait
54:54d'entendre tout ça
54:55et puis évidemment
54:56de le traduire
54:57mais commander
54:58oui c'est
54:59je dirais presque
55:00que c'est la dernière
55:01l'ultime des vertus
55:02d'un président
55:03surtout
55:03dans les âges
55:05démocratiques avancés
55:06comme celui
55:06que nous vivons
55:07aujourd'hui
55:08ça je ne conseille pas
55:09Édouard Philippe
55:10de faire campagne
55:12sur ce thème là
55:12on cherche un commandant
55:14moi je serai lui
55:15je ferai campagne
55:15sur sa capacité
55:16d'écoute
55:17qui est sûrement
55:17très développée
55:18sur sa capacité
55:19d'être remise
55:20dont j'espère
55:20qu'elle est développée aussi
55:22que plutôt que
55:23sur son aptitude
55:24au commandement
55:25Astrid Roucher
55:26l'aptitude au commandement
55:28ça vous paraît être
55:30un sujet
55:30qui doit faire partie
55:31de la campagne
55:32présidentielle
55:33parce que c'est essentiel
55:34pour accéder
55:35à cette fonction là
55:36oui je pense
55:37et la capacité aussi
55:38à assumer l'impopularité
55:39c'est très juste
55:39que vous disiez
55:40dans le livre que j'écris
55:41il y a une île
55:41que j'appelle
55:42l'île des sondeurs
55:43et j'ai observé
55:45à quel point
55:46les discours
55:46mais même tous les éditions politiques
55:47étaient indexés
55:48sur la popularité
55:49des actions
55:50qui étaient prises
55:51il y a un vrai commandant
55:52qui est capable
55:52de fixer un cap
55:53et peu importe
55:53les ordiniers
55:54et les fossés
55:54qu'il va trouver
55:55il va garder ce cap
55:56au long des jours
55:57et bien merci
56:27le prince est un enfant magnifique
56:29titre
56:29un livre qui arrive
56:30en novembre
56:31chez Plon
56:32à très bientôt
56:33pour un nouveau numéro
56:34du banquet
56:35ok
56:36à très bientôt