- il y a 5 heures
Colonisation martienne, IA, robots, métavers : à quoi sert encore la science-fiction quand elle est rattrapée par les projets fous de la Silicon Valley et les peurs d'un monde sans avenir ? Et pourtant, avec Mars Express, Le Visiteur du Futur, Le Règne Animal ou L'Empire : la SF française au cinéma reprendrait-elle du poil de la bête ?
Une émission écrite et présentée par Benjamin Patinaud
Image : Le Fils de Pub
Montage : Ace Modey
Musique : 2080
Générique : Copain du Web
Production : Kathleen Brun
Miniature : Boidin
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NewsTranscription
00:00Il est possible que cette fois-ci, on assiste vraiment à quelque chose d'exceptionnel.
00:04On a bien vu ce que ça donne, les robots lâchés en liberté.
00:08Attends, c'est dangereux ici.
00:10On est où ?
00:11Dans le futur.
00:13Je t'en fous, la planète, c'est tout.
00:16Je t'en fous, la planète, c'est tout.
00:17T'as peur des créatures ?
00:20Je pense que ça ne vient pas d'ici.
00:22Comment ça ne vient pas d'ici ?
00:23Je ne pense pas que ça vienne de la planète Terre.
00:26Je n'avais pas vu un OVNI.
00:27Un quoi ?
00:28Un OVNI.
00:28J'adore pouvoir m'appuyer sur des personnages, je dirais, réalistes,
00:32mais face à des situations qui ne sont absolument pas.
00:36Oh, c'est dingue ça !
00:39Combien vous m'aille ?
00:50Alléluia, le sacro-saint cinéma français aurait-il répondu à nos prières ?
00:54On avait parlé l'année dernière de la difficulté de notre cinoche actuelle
00:57d'investir des genres populaires
00:59qui font pourtant partie de notre culture et notamment la science-fiction.
01:03Et là, on a coup sur coup des films comme Acide,
01:06puis Le Règne Animal, qui connaissent des fortunes diverses.
01:09Et oui, on a aussi Bruno Dumont qui s'y met avec ça.
01:13À la bataille !
01:17Et qu'à de Vienne !
01:19Mon empire !
01:21Pourquoi pas, on verra.
01:23Mais surtout, mais surtout...
01:26Missile !
01:33Bon, ok, ok, on force un peu, mais quand même.
01:36Est-ce qu'on ne serait pas en train d'y reprendre goût ?
01:39Seul l'avenir nous le dira.
01:40En revanche, en plus d'être un long métrage d'animation originale,
01:44Mars Express a la particularité de ne pas être n'importe quel SF.
01:47On n'est pas sur une légère anticipation à la Black Mirror ou sur de la catastrophe.
01:51J'avais découvert Akira, Nausicaa, toute l'animation japonaise, Kali,
01:58mais qui n'était pas encore connue tellement.
02:01Et donc, j'étais fasciné par tous ces trucs-là en me disant
02:03« Ah, ça a l'air d'être possible de faire des vraies histoires de films, mais en dessin animé.
02:07»
02:08Je me suis rendu compte que l'animation en France, ce n'était pas du tout ce que j'espérais.
02:11Des dessins animés à destination des enfants qui ne m'intéressaient pas tellement,
02:15des sujets qui ne me parlaient pas.
02:17Non, là, on est sur Mars, il y a des vaisseaux spatiaux, des robots, des IA et tout et tout.
02:22Et ça, mine de rien, ça a beau être emblématique de ce fourre-tout qu'on appelle la science-fiction,
02:26c'est un de ces aspects qu'on avait de plus en plus de mal à investir.
02:29Ce qui pose une question.
02:31Est-ce que ça sert encore à quelque chose d'imaginer des futurs de conquêtes spatiales,
02:35de folles technologies et de progrès sans fin ?
02:37Et tant qu'à faire, au fond, est-ce que ça sert encore à quelque chose la SF ?
02:41On l'a déjà abordé sur notre chaîne avec l'esprit No Futur du cyberpunk,
02:45où ici, avec la domination du post-apo, culturellement, on peine à se projeter dans l'avenir,
02:50d'autant plus dans des avenirs désirables, ce qui est quand même un comble pour la SF.
02:54Oui, toutes les vidéos sont liées, il faut suivre, et c'est pour ça qu'il faut s'abonner à
02:58l'humain,
02:58on n'arrête pas de vous le dire.
03:00Quitte à se projeter, est-ce qu'on pourrait envisager que tout ça, là, tout ce bordel, c'est fini
03:04?
03:04Bah ouais, on se dit que la nature même de la SF, c'est le genre de tous les possibles,
03:09l'imagination sans limite.
03:10Mais vous voyez bien que même elle, elle est produite par des gens dans une société à une certaine époque.
03:15Elle n'est pas plus détachée que le reste de la culture des conditions matérielles.
03:19Et oui, je sais, c'est chiant le matérialisme dialectique, mais ça s'observe concrètement.
03:24Si on pouvait se dire que ce futur allait forcément advenir, que c'était une question de quand et comment,
03:29bah maintenant, on se dit plutôt ça d'un certain nombre de catastrophes.
03:32On imagine plutôt qu'on s'est peut-être un peu chauffé, littéralement, genre 4 degrés au prévisionnel.
03:38On s'imagine moins la conquête spatiale quand on admet qu'on n'a même pas de planète B.
03:43C'est sûr qu'au lieu d'envoyer du monde sur la Lune...
03:45Ah mais c'est pas la question Geneviève.
03:47Seulement en France, aujourd'hui, tout va à volo.
03:49On voit plus difficilement comment concrétiser les rêves les plus fous des inventeurs les plus visionnaires
03:54si on ne voit pas avec quelles ressources.
03:56Quant aux rencontres du troisième type, ou même du deuxième ou du premier en fait,
04:00on risque de se contenter de nomies mexicaines en papier mâché.
04:04Alors, pourquoi on dit rencontre du troisième type ?
04:07Parce que je ne savais pas et je me suis posé la question.
04:09C'est une classification par un astronome américain qui s'appelle Allen Inak.
04:13Et du coup, pour votre information personnelle,
04:15le premier type, c'est témoin d'un OVNI à moins de 150 mètres.
04:19Rencontre du deuxième type, l'OVNI laisse des preuves matérielles,
04:22comme par exemple des traces au sol.
04:23Troisième type, c'est les témoins voient un OVNI et ses occupants.
04:27Et ensuite, il y a après quatrième type,
04:29les témoins prétendent avoir été enlevés par l'OVNI,
04:32qui leur met des sondes dans le cul, j'imagine.
04:33Cinquième type, les témoins prétendent être rentrés en communication
04:36avec les occupants d'un OVNI,
04:38ce qui fait que dans Rencontre du troisième type,
04:39en fait, c'est une rencontre du cinquième type.
04:41Sixième type, un ou plusieurs témoins ou animaux sont tués
04:44par un OVNI ou ses occupants.
04:46Et attention, le septième, c'est Mass Effect.
04:49Ton avis ?
04:50Baiser.
04:51Baiser avec les occupants de l'OVNI.
04:54Et ça n'a pas de très style.
04:55Tiens, c'est lui.
04:57C'est le mec qui a fourré une martienne dans le temps.
05:00Mais alors apparemment, en fait, il a inventé que jusqu'à trois types.
05:03C'est peut-être pour ça que le film s'appelle Rencontre du troisième type.
05:05Et c'est après, les ufologues, ils ont rajouté les sondes dans le cul,
05:10je pense, et le sexe.
05:11Et voilà.
05:11Et non, on n'aura jamais tout ça,
05:12on ne croisera jamais d'aliens,
05:14on ne fera jamais de clècles avec, c'est dommage.
05:16Oh non, non !
05:20Après, moi, sur l'aspect scientifique,
05:22je ne saurais pas me prononcer,
05:23mais je ne peux que constater que c'est ça un peu l'ambiance générale.
05:26D'autant que ce n'est pas que les collapsos les plus paniqués qui disent ça.
05:30Même des passionnés, la tête dans les étoiles,
05:32se sont mis à tenir ce genre de discours contre leurs propres fantasmes.
05:35Il y a clairement une volonté politique d'aller explorer Mars d'ici 2050, pour l'instant.
05:39Après, ça change au fil des années.
05:41Et puis, tu as le New Space,
05:42donc toutes ces compagnies privées,
05:44Elon Musk, SpaceX, Blue Origin de Jeff Bezos,
05:46qui essaient d'avoir leur part dans tout ça.
05:48Honnêtement, je ne sais pas comment ça va évoluer.
05:50Je n'aime pas la direction que ça prend.
05:51Par contre, ça pose la vraie question de quoi ça sert d'aller dans l'espace en tant qu'humain.
05:55Et là, on peut avoir un petit débat sur la question.
05:57C'est ce que j'allais dire, parce que là, c'est le scientifique avide de donner qui parle.
06:01Je ne peux pas me dire qu'on va rester cantonné à la Terre.
06:03C'est un non-sens, ne serait-ce que parce que ce serait un beau gâchis d'espace.
06:07Mais en tant qu'espèce, ça me paraît complètement incroyable de ne pas le faire,
06:10ne serait-ce que parce qu'on doit survivre.
06:12Ouais, mais tu dis ça comme s'il y avait un sentiment d'urgence.
06:14Pour moi, le sentiment d'urgence, il est sur le changement climatique dans les dix prochaines années, tu vois.
06:18Pour dire des gros mots, l'infrastructure bassement concrète,
06:21elle produit sa superstructure qui vient la justifier et elle modèle le monde des idées.
06:26Certes, on continue à accomplir des prouesses dans ce domaine,
06:29mais elle produit moins ses imaginaires qu'à la grande époque Laïka, Gagarin, Armstrong, Fusé Ariane.
06:35Rêve is dead, adieu Yuri.
06:37Alors, à quoi bon tous ces trucs ?
06:39Juste un écho d'un espoir déçu ?
06:42Une nostalgie d'une époque où tout semblait possible ?
06:45Vers l'infini et au-delà !
06:48Ça sert à quoi tout ça ?
06:50Me dit-il.
06:51Les dragons, les hobbits, les petits hommes verts, ça sert à quoi ?
06:53Malheureusement, il n'écoutera pas la réponse, même la plus sincère à ses questions.
06:57Il ne l'entendra pas.
06:58La réponse la plus sincère est celle-ci.
07:00Cela sert à vous faire plaisir et à vous réjouir.
07:03Je n'ai pas de temps à perdre, rétorque-t-il sèchement,
07:05avant d'avaler un cachet pour son ulcère et de se hâter d'aller jouer au golf.
07:08Alors, déjà, on pourrait aussi se demander pourquoi ça serait censé servir à quelque chose la SF,
07:13mais mine de rien, c'est quand même un genre qui a longtemps été un peu méprisé.
07:17Lui aussi, il a fallu le légitimer.
07:20La réponse un peu moins sincère, mais tout aussi importante,
07:22qu'il ne voudra pas plus s'entendre, serait celle-ci.
07:25La littérature d'imagination sert à approfondir votre compréhension du monde dans lequel vous vivez,
07:29et des autres hommes, et de vos propres sentiments, et de votre destinée.
07:33Mais j'ai bien peur qu'à cela, il ne réponde.
07:34Écoutez, j'ai été augmenté l'année dernière et ma famille ne manque de rien.
07:38Nous avons deux voitures et une télé couleur.
07:40Je crois que je comprends très bien le monde, merci.
07:42Si, si, attention, l'ASF, ça ne sert pas à rien.
07:44En tout cas, ça ne sert pas juste à divertir des ingénieurs informaticiens boutonneux.
07:48Il y a, en gros, deux réponses typiques, et en apparence contradictoires.
07:52L'ASF, ça sert à se projeter dans le futur.
07:54L'ASF, ça sert à parler du présent.
07:57En fait, les deux peuvent être liés, c'est assez clair dans ce qu'on appelle l'anticipation.
08:01Restons sur le cinéma de SF français.
08:04Le prix du danger d'Yves Boisset, c'est à imaginer un futur à notre société,
08:07à partir des tendances de l'époque.
08:09Donc, ça parlait à la fois de vers où on allait,
08:12et l'avenir lui a plutôt donné raison,
08:13avec la misère économique, le spectacle télévisuel, la déshumanisation, etc.
08:18En parlant de son époque, où le poids du chômage commençait à s'imposer,
08:22ainsi que la multiplication des chaînes de télé.
08:24Sauf que, si on prend ça au pied de la lettre,
08:27déjà, non, on n'a pas littéralement des jeux télé ou en butte des chômeurs,
08:31pour l'instant.
08:32Surtout, quelle serait la pertinence de se projeter dans des univers comme Mars Express,
08:36dans l'hypothèse où ça n'arrivera jamais de coloniser l'espace,
08:40et que c'est pas du tout représentatif des enjeux de l'époque ?
08:43Hein, Jérémy, alors ?
08:44Tiens, à quoi ton film, là ?
08:45Ah ouais ? Merde.
08:47Ou alors ?
08:47Ou alors ?
08:49Attention, c'est mon hypothèse audacieuse,
08:51ça a jamais été l'intérêt premier de l'ASF.
08:54Formulé autrement,
08:55qu'est-ce que j'en ai à foutre du droit des robots ?
08:58Écartez-vous !
09:02Restez pas ici, s'il vous plaît !
09:04Continuons à jouer le jeu des oeuvres de SF Cocorico.
09:07C'est le cas de le dire,
09:07parce qu'un médium où on investit beaucoup de ce genre d'imaginaire,
09:10c'est le jeu vidéo.
09:11Détroit Beyond Human, du studio Quantic Dream.
09:14Plus de 8 millions d'exemplaires vendus,
09:16fleurons de notre industrie vidéoludique,
09:18rayonnement culturel, crédit d'impôt, super.
09:21C'est le futur, il y a des androïdes au service des humains.
09:24Mais est-ce que finalement, ils seraient pas humains, d'une certaine façon ?
09:27Nous aussi. Et nous, on les exploite, on les prive de droits, on les maltraite.
09:30Classique, ça fait méditer sur réfléchir.
09:32Je crois qu'il y a plusieurs thèmes dans Détroit.
09:35Un des thèmes, c'est qu'est-ce que ça veut dire qu'être humain,
09:38qui est un thème qui est lié à l'intelligence artificielle,
09:40mais est-ce qu'être humain, c'est avoir de la chair et des os ?
09:44Ou est-ce qu'être humain, c'est au-delà, est-ce que c'est autre chose ?
09:47Est-ce que c'est juste une question de puissance de calcul ?
09:49Est-ce que c'est juste parce que notre cerveau s'est calculé
09:51à un certain nombre d'opérations par seconde qu'on a une conscience ?
09:54Auquel cas, des machines auront bientôt une conscience aussi,
09:57puisqu'il y aura des machines qui seront bientôt plus puissantes que le cerveau humain ?
09:59Ou est-ce que c'est encore autre chose que d'être conscient
10:02et d'avoir une âme et de ressentir des émotions ?
10:04Bah quand c'est écrit par les mêmes personnes
10:06qui ont 15 procès au cul pour un environnement de travail ultra toxique,
10:10même pour les standards de l'industrie du jeu vidéo,
10:12avec des employés maltraités comme pas permis,
10:15pressés comme des citrons pour produire ce même jeu,
10:17excusez-moi, mais vous parlez de quoi en fait ?
10:20C'est hyper bien de questionner notre rapport à l'humain,
10:23à l'altérité, à l'exploitation et à la déshumanisation des autres.
10:27C'est ça qui est puissant dans la SF,
10:29avec des situations hypothétiques.
10:31Mais si t'es pas capable de voir ça dans ton rapport
10:33à tes propres subalternes humains qui existent,
10:37en fait, tu parlais de quoi ?
10:39Mais il y a beaucoup d'autres questions dans Détroit,
10:43notamment la question de la différence,
10:46la question de la ségrégation,
10:47la question de jusqu'où faut-il aller pour défendre ses droits,
10:50et voilà, c'est vraiment d'être dans la peau
10:53de ces androïdes qui sont traités comme des machines,
10:56ce sont des machines, mais qui s'éveillent à la conscience.
10:59Je dis pas que ça doit être précisément une métaphore des travailleurs,
11:03des gens qu'on exploite ici ou ailleurs,
11:05même si, bon, le terme robot, ça veut dire travail, esclave, mais bref.
11:08Juste, si ça t'a appris à te dire que même des grippins un peu sentimentaux,
11:13je les traiterais pas comme ça,
11:14et sinon, ils auraient bien raison de se révolter,
11:16ça devrait peut-être remettre en cause ton rapport à l'autre en général,
11:20y compris les autres êtres humains.
11:22En fait, il y a certains plans de violences policières dans le film,
11:26contre les robots, il y a au moins, non, il y a plusieurs plans,
11:29mais il y en a un en particulier qui est une copie d'un vrai plan
11:34de manifestation pendant les Gilets jaunes,
11:36et c'est pour ça qu'effectivement, il y a ce parallèle avec les prolos
11:39qui peut être fait totalement, comme je te disais tout à l'heure,
11:42mais pas que, mais là, en l'occurrence, c'était une signature.
11:45Ou, je sais pas, perso, je suis pas VG, mais soyons ambitieux,
11:48ça peut peut-être au moins nous aider à nous questionner sur le bien-être animal.
11:51Euh, non, moi, c'est les robots.
11:54Franchement, dès qu'il y en a qui pensent qu'on des émotions,
11:57autant te dire, je suis prêt, je vais les traiter comme des coquempat.
12:04Je voulais pas, je voulais juste voir comment c'était la texture dedans, je suis désolé.
12:10Alors, je sais, là, c'est un exemple dont l'ironie est assez évidente,
12:14mais je vous jure, culturellement, on a un vrai souci.
12:17L'IA, c'était un grand thème de l'ASF
12:19qui, pour le coup, en ce moment, est au cœur d'enjeux de société.
12:22Résultat, on se retrouve avec des programmeurs persuadés
12:25que leur bébé a développé une conscience
12:27et des tribunes dans des journaux tout à fait sérieux
12:29pour demander un mouvement des droits des IA.
12:32On parle de tchat GPT et tous ces bidules.
12:35Je sais pas vous, mais moi, j'ai un peu l'impression que l'enjeu, là,
12:37c'est plutôt comment ça va changer les modes de production,
12:39comment ça va changer nos modes de vie,
12:41ou les droits des personnes qui vont perdre leur taf
12:43ou se font piller par ces trucs.
12:45Alors, peut-être que c'est moi qui ai pas d'imagination,
12:47mais j'ai quand même un peu l'impression
12:49qu'il y a des gens qui ont tout intérêt
12:51à titiller la fibre futuriste la plus basse du front
12:54en prétendant que leurs produits sont beaucoup plus
12:56que ceux qu'ils sont pour de vrai.
12:57Genre, carrément, vous vous rendez pas compte,
12:59c'est une nouvelle forme de vie,
13:01c'est vraiment la question de droits fondamentaux
13:03la plus urgente au secours le nu à moi amnesty.
13:07Il y a un vrai problème avec cette vision, je dirais,
13:10ultra premier degré de l'ASF.
13:12Une vision très utilitariste, très littérale en fin de compte,
13:15et au fond, très très pauvre.
13:17De toute façon, vous voyez bien
13:18qui mobilise cet imaginaire de cette manière.
13:21Et c'est quoi l'infrastructure là-dessous ?
13:22Vous voyez bien que c'est des Elon Musk
13:24qui nous disent que dans 20 ans,
13:26promis, ils nous font habiter Mars,
13:27qu'ils le disaient déjà, il y a 20 piges, tiens,
13:30et de toute façon, même si sa seule compétence
13:32c'était pas de nous jouer de la flûte,
13:34vous voulez vraiment que ce type-là vous amène sur Mars ?
13:37Parce que concrètement, la seule chose
13:38qui l'empêchera d'en faire une dystopie spatiale,
13:41crypto-fasciste et techno-féodale à sa botte,
13:43c'est qu'il est trop nul.
13:45Il a zéro compétence !
13:47Oh là, il a zéro rien, les gars !
13:50Ça lui sert juste à gonfler sa fortune
13:52en pipotant les investisseurs sur un avenir tout pété.
13:55Pareil avec ses bagnoles du futur.
13:57Nul !
13:58C'est tunnel du futur rincé,
14:02c'est thé du vent, il l'a dit lui-même.
14:03Et le mec, il torture des singes
14:05pour nous vendre des implants dans le crâne
14:07sans avoir l'impression d'être le pire méchant de SF jamais écrit.
14:11Je propose que, collectivement,
14:14on décide que Elon Musk est l'antagoniste principal de l'humanité.
14:18Pas juste le journal, genre, vraiment, nous tous.
14:21Genre, vraiment, il est parfait, je pense qu'il faut qu'on décide
14:22que ce soit lui, vraiment, genre, c'est le méchant.
14:26C'est le boss final, il est trop parfait.
14:28Il est trop maléfique, il est trop con,
14:30il est vraiment incroyable.
14:31Vraiment, je propose qu'on fasse ça,
14:32je lance un appel au reste de l'humanité, ici et maintenant.
14:36Ceux qui ont l'habitude de mes lubies le savent,
14:38j'appelle ça le Koji Punk,
14:39la dystopie la plus nulle.
14:41Koji !
14:44On a tous les pires délires dont la SF aurait dû nous dégoûter,
14:48mais en plus en version naze,
14:50sans néon, sans costume stylé,
14:52et sans punk à bras bionique.
14:53Alors, ils nous promettent quoi ?
14:54Le métaverse, nul à chier,
14:57les robots du futur,
14:59zéro !
15:00Les cryptos, nul,
15:02les NFT, mais regardez-moi ça,
15:04c'est quoi cet imaginaire de merde ?
15:06Et les IA ?
15:08Nul !
15:09De la merde !
15:12Et oui, désolé, là je dis des vrais gros mots,
15:14pas des vieux concepts marxistes,
15:16mais ça m'énerve.
15:17Dans les années 70, 60,
15:19on rêvait des robots qui nous remplaceraient
15:22sur les tâches pénibles,
15:23et qu'on aurait plus de temps à consacrer
15:26aux choses de l'esprit,
15:27aux choses qu'on ne peut pas robotiser,
15:28l'art, etc.
15:31Et aujourd'hui, on vit dans un monde
15:32où on cherche à tout prix
15:34à robotiser les métiers artistiques,
15:37qui est typiquement
15:38ce qu'on était censé continuer de faire.
15:40Le truc, c'est que, comme toujours,
15:42l'imaginaire le plus dominant,
15:43c'est celui des classes dominantes,
15:45qui possède l'infrastructure
15:46dont on a parlé.
15:47Alors là, on se retrouve avec
15:48un imaginaire rachitique
15:50de manager corporate,
15:52de bourge vulgaire de la Silicon Valley.
15:54Voilà, après on s'est également inspiré
15:56de ce qu'il y avait dans la réalité
15:58au moment où on a écrit,
15:59c'est-à-dire les désirs capitalistes
16:02d'aller sur Mars,
16:03et de quitter la Terre
16:05et de laisser les pauvres derrière soi.
16:06Enfin, je pense évidemment
16:07à Elon Musk et Jeff Bezos,
16:09ces deux imbéciles qui...
16:10Voilà.
16:11Je le dis,
16:12l'intérêt majeur de Terminator,
16:14ça n'a jamais été
16:15que les machines risqueraient
16:17de prendre le pouvoir
16:18au sens littéral,
16:19mais dans un sens plus profond,
16:20plus fondamental,
16:21où on crée des outils déshumanisés
16:23qui risquent de nous déshumaniser en retour,
16:25d'abord pour nous protéger,
16:27puis se retournent contre nous.
16:28C'est pour ça que le T-1000,
16:29il a l'apparence d'un policier.
16:31Et là, je ne l'invente pas,
16:32je paraphrase James Cameron.
16:33Et Matrix, franchement,
16:35se demander si on ne vivrait pas
16:36pour de vrai
16:37dans une simulation informatique,
16:39la caverne de Platoune,
16:40je ne sais pas quoi, là.
16:42Ok, si vous voulez.
16:43Mais les expériences de pensée
16:45façon basilisque de Rocco,
16:47genre,
16:48imagine si on vivait
16:49dans une simulation
16:50d'une I.A.
16:51de dans 100 000 ans
16:52qui nous torturerait.
16:53C'est stimulant à l'apéro,
16:55mais il ne faut franchement
16:55avoir pas beaucoup de problèmes
16:57dans sa vie, quoi.
16:57D'où le fait que
16:58les abrutis de la Silicon Valley,
17:00ils adorent ce genre de trucs.
17:08Il y a quand même
17:09tellement plus riche
17:10dans quelque chose
17:11comme Matrix,
17:12et c'est pour ça
17:13que c'est mortel
17:14les oeuvres de ce genre.
17:15Donc, vous voyez,
17:16mon propos,
17:16ce n'est pas de dire
17:17qu'il faut arrêter
17:18les histoires
17:19de conquête spatiale,
17:20d'IA et d'alien.
17:21C'est tout le contraire.
17:23Il faut investir
17:23ces imaginaires,
17:24mais il faut les investir
17:25autrement,
17:26pour leur intérêt réel.
17:28parce qu'il ne faut pas
17:28le leur laisser
17:29de manière générale.
17:31Il ne faut jamais
17:32rien laisser
17:33à Elon Musk.