00:00Je suis en grève de la faim depuis 10 jours maintenant
00:01et je suis sur le parking de mon magasin Castorama à Strasbourg.
00:05Je dors dans mon véhicule, c'est mon dixième jour
00:06et c'est ça mon appartement on va dire.
00:08J'ai mon sac de couchage, j'ai mes duvets et puis c'est là où je dors toutes les
00:11nuits.
00:13Là il y a Nico qui est en grève de la faim depuis lundi
00:16et il dort aussi dans le véhicule.
00:18Ça va Nico, pas trop dur ?
00:19Bah je vais pas me plaindre moi, c'est le deuxième jour
00:23alors que Xavier ça fait depuis le 13 mars.
00:25C'est vrai que c'est pas évident vu que la direction générale
00:28attendre que le corps de Xavier lâche, je lui ai dit il en faudra un deuxième.
00:31Une semaine avant d'entamer ma grève de la faim,
00:34je suis allé voir mon médecin, beaucoup boire,
00:36boire avec aussi du sirop pour le glucose
00:38et après en fait c'est le mental, c'est le mental.
00:41Déjà physiquement on le voit au niveau du visage que j'ai un peu fondu.
00:48Ça fait 13 ans que je suis à Castorama à Strasbourg.
00:50Je gagne 1 400 euros net par mois.
00:52Je suis vendeur peinture et aussi délégué syndical CGT de l'établissement.
00:56Donc en fait on fait la grève de la faim parce que ça fait 5 mois déjà qu'on est
00:59en lutte.
00:59Ça fait 5 mois que derrière on envoie des courriers,
01:01qu'on fait des débrayages, qu'on fait des occupations de magasins
01:04et derrière il y a une réponse de mépris de la direction générale,
01:08Kingfisher, même pas Castorama mais directement Kingfisher,
01:11qui nous sort qu'ils ne bougeront pas d'un pouce,
01:14ils ne négocient pas sous pression.
01:16Kingfisher compte près de 1 400 magasins dans 8 pays.
01:19Pendant la pandémie, l'entreprise a fait un bond de 13,5 milliards d'euros.
01:22Nous, notre vendication, c'est mettre en lumière, proprement dit,
01:26cette précarité qu'il y a à Castorama.
01:29Et pas que, bien sûr, des faits qu'il y a des salariés qui dorment dans leur véhicule,
01:32comme moi, sauf que moi je l'ai décidé, eux ne décident pas.
01:35Il y a des salariés qui sautent des repas,
01:36il y a des salariés qui sont obligés de faire des crédits à la consommation
01:38pour pouvoir manger, remplir leur frigo ou faire leur plein de leur véhicule.
01:42Et en fait, moi je vais mettre en lumière ça, rendre visible l'invisible.
01:45Contacté par l'Humanité, le groupe affirme avoir accordé une augmentation générale
01:49minimum de 70 euros par salarié, sans préciser s'il s'agit de net ou de brut.
01:54C'est mensonger parce qu'en fait, les 70 euros bruts, qu'est-ce qu'il y a dedans ?
01:57Donc il y a 50 euros bruts d'augmentation générale qui fait 37 euros net d'augmentation.
02:02Les 20 euros bruts qui restent, c'est l'augmentation individuelle,
02:05donc c'est à la tête du client, ça marche comme ça, c'est à la tête du client.
02:07Et surtout personne, ou presque, va recevoir cette augmentation individuelle.
02:10On est sur 1,2% d'augmentation générale comparée à l'inflation qui est 10, 14, 16%.
02:16On ne sait même plus exactement, vu tellement que c'est élevé, mais là il y a un gros décalage.
02:20Donc même si notre rémunération, nos salaires ont été toujours aussi bas,
02:24l'inflation n'était pas aussi présente.
02:26Et derrière, on arrivait quand même à vivre.
02:30Maintenant, c'est très compliqué de survivre.
02:32Ce qu'on demande, c'est se mettre autour d'une table, dans le dialogue social,
02:35pour pouvoir, après, discuter et trouver une solution pérenne, en fait.
02:40On puisse sortir un peu de cette précarisation, de cette précarité.
02:43On ne sera pas riches, mais on veut un geste fort de notre entreprise.
02:45Qu'ils arrêtent simplement de regarder juste les actionnaires, juste pour les gaver.
02:49Parce que je tiens quand même à préciser, c'est Kingfisher.
02:51C'est 540 millions de dividendes, pendant que nous, et ça c'est sur la fiche de paye,
02:55on va avoir 37 euros net d'augmentation.
02:58Kingfisher déclare aussi que, en 2022, nos collègues ont touché en moyenne plus de 15 mois de salaire.
03:03Ce n'est pas du salaire, c'est de la rémunération, clairement.
03:06Parce qu'en gros, le salaire, on a 12 mois de salaire.
03:08Le reste, c'est des primes.
03:09Qui ne compte pas pour la retraite ?
03:10Et quand vous voulez chercher un appartement, c'est votre salaire.
03:11Ils regardent votre salaire, vous voulez faire un crédit ? C'est votre salaire.
03:14J'ai deux enfants, je ne les vois pas, parce que je suis sur le parking de mon magasin.
03:18Je suis dans la lutte, je suis dans le combat des salaires pour tous les collègues.
03:23Je me bats aussi pour mes enfants.
03:24En gagnant mieux ma vie, je pourrais directement, après, leur payer des études, etc.
03:28Et de la vie de tous les jours, aussi leur acheter des petits cadeaux.
03:30C'est ça, en fait.
03:33Personnellement, via les réseaux sociaux, me soutiennent.
03:36Me disent, courage, Javier, c'est courageux ce que tu fais.
03:38Ne lâche pas, tu nous mets en lumière, vraiment, ce qui se passe dans la grande distribution.
03:43Et moi, en fait, ça m'aide, parce que derrière, comme je dis, je fais une grève de la faim.
03:45Mais je me nourris de soutien.
03:46Nous avons demandé à Kingfisher si une rencontre entre la direction du groupe et Xavier Gaspard
03:51était envisagée, afin qu'il mette un terme à sa grève de la faim.
03:54Le groupe n'a pas souhaité nous répondre.
04:03Merci.
04:04Merci.
04:05Merci.