00:00Alors, sur Touche pas à mon poste, ils ont invité l'ancien agent du KGB qui s'est fait virer
00:03de LCI pour avoir traité Vladimir Poutine de fiotte en direct à l'antenne.
00:08LCI vous a privé de mon expertise, explique l'intéressé interrogé par Cyril Alouna.
00:12Bon, bah c'est officiel, le monde est devenu dingue.
00:15Allez, jingle.
00:16Tout de suite là ? Ça a commencé ?
00:18Mais en fait ça va pas !
00:19Vous êtes sérieux ?
00:20La colère des femmes !
00:21C'est totalement de la politique !
00:23Polémique sur la prison de Fresnes, polémique sur le planning familial, polémique sur les rodeos urbains, polémique sur le barbecue,
00:29polémique sur polémique, le débat public c'est pas réjouissant en cette rentrée.
00:32Alors on s'est dit que pour cette nouvelle saison de la chronique politique de Luma, bah on allait justement
00:36essayer de comprendre pourquoi le débat parait aussi nul.
00:38On va en décortiquer les ressorts, plonger dans les polémiques, pour comprendre les stratégies médias des uns et des autres,
00:43essayer d'en sortir par le haut.
00:45En bref, on va avoir du pain sur la planche et surtout, la tête dans le flux.
00:49Ouais, donc la tête dans le flux c'est le titre de la chronique en fait.
00:51Et pour ce premier épisode d'une longue série consacrée au pourrissement du débat, on va commencer par le pourrisseur
00:56en chef, Eric Zemmour.
00:57Parce que oui, Eric il s'était fait relativement silencieux depuis sa défaite à la présidentielle, je rappelle qu'il
01:02se voyait déjà à l'Elysée,
01:03mais le week-end du 11 septembre, pendant que nous, on s'éclatait à la fête de Luma,
01:07et ben Eric Zemmour, il a fait son retour dans le Var à l'occasion d'être université d'été
01:11et de son parti reconquête.
01:12Bon là, il a déroulé son discours habituel, identité, sécurité, j'aime pas les immigrés, mais un passage nous a
01:17interpellés.
01:18Le tabassage, le viol, le meurtre, l'attaque au couteau d'un français ou d'une française par un immigré
01:24n'est pas un fait divers.
01:27Pas plus un fait divers que le meurtre d'une femme par son mari.
01:31C'est un fait politique que j'appellerai désormais francocide.
01:35L'ex-chroniqueur assume d'inventer un concept, de le balancer dans l'arène médiatique,
01:39et enjoint ses militants à faire de même pour imposer le mot.
01:42Ça c'est rare de voir un homme politique théorisé comme ça en public avec autant de transparence,
01:46une méthode de manipulation des masses, et dévoilée devant la presse sa stratégie média.
01:51Ce qui intéresse Zemmour, c'est de gagner la guerre des mots.
01:53Si on se met à parler, à penser avec ses mots à lui, c'est gagné.
01:56Et il cite même Lénine pour se justifier à regarder.
02:00Lénine avait tout compris.
02:01Quand il disait, faites-leur manger le mot, vous leur ferez avaler la chose.
02:08Sa stratégie au long cours, c'est de radicaliser encore et toujours sa position
02:12pour rendre peu à peu acceptables des concepts antérieurs
02:14qui, par contraste, finissent par apparaître modérés.
02:17Pour francocide, pour l'instant, ça n'a pas pris.
02:20Et heureusement, le terme est absurde.
02:22Il s'inspire du mot féminicide, qui décrit des violences systémiques contre les femmes
02:25dues au système de domination qu'est le patriarcat.
02:27Mais là, il essaie de faire croire qu'il y a une haine systémique des étrangers
02:30contre les Français de souche, comme si les étrangers dominaient les Français.
02:34Et il n'y a qu'à voir les statistiques de discrimination au logement ou à l'embauche
02:36pour voir à quel point c'est une absurde inversion de la domination.
02:39Mais, justement, prenez ce terme que j'ai utilisé il y a quelques secondes.
02:42Français de souche.
02:43À l'humain, évidemment, on ne l'emploie pas.
02:45Mais force est de constater qu'il s'est banalisé dans le débat public ces dernières années.
02:49À cause, notamment, des efforts médiatiques d'Éric Zemmour.
02:52Il s'est passé que les Français ont quitté les banlieues.
02:55Parce que, justement, ils ne supportaient plus les Français de souche.
03:00Français de souche, à la base, c'est un terme antisémite apparu au 19ème siècle
03:03pour distinguer les bons Français des Juifs.
03:06Et c'est désormais devenu un marqueur politique mainstream.
03:08Submersion migratoire, priorité nationale, racisme anti-blanc, pompe aspirante, français de papier,
03:13voilà autant de mots de l'extrême droite qui doivent malheureusement vous être devenus familiers à l'oreille
03:17si vous regardez les médias traditionnels.
03:19Même le simple mot de race, d'ailleurs, est un marqueur zemmourien
03:22qui charrie une vision du monde et son fantasme de guerre civile.
03:25Comme le rappelle ici la sémiologue Cécile Alduit.
03:27Or, aujourd'hui, personne ne remarque qu'Éric Zemmour donne une vision purement raciale de la société française.
03:35Ce qui nous interroge donc, c'est qu'un discours si fondamentalement non seulement xénophobe,
03:42mais fondé sur une vision raciale de la société, ait un tel écho aujourd'hui.
03:47Autre exemple qui montre bien l'efficacité de cette stratégie médiatique, le grand remplacement.
03:52C'est-à-dire, il me demande de dire, voilà, vous avez voulu imposer le thème de l'identité,
03:58vous avez voulu imposer le thème du grand remplacement, et vous vous êtes trompé.
04:05Ça, je ne le dirai jamais.
04:07Comme il le dit lui-même, c'était son thème de campagne, son grand concept,
04:11qu'il a certes repris au militant suprémaciste Renaud Camus.
04:13Mais six mois après la campagne, il a beau avoir perdu, les faits sont là.
04:17Tout le monde voit à peu près ce que c'est que le grand remplacement.
04:19Y compris ceux qui ne sont pas d'accord avec cette théorie du complot et cette vision raciste de la
04:23société.
04:24Alors comment ça marche ? Comment on contamine le débat public avec un concept ?
04:27Alors, certes, sa chaîne maison, CNews, l'a bien aidé à imposer le terme,
04:31épaulé par des sondeurs peu scrupuleux.
04:33Regardez ce lancement en plateau en octobre 2021.
04:35Éric Zemmour a médiatisé ces dernières semaines la théorie du grand remplacement,
04:39présentée comme étant le risque, je cite,
04:41que les populations européennes, blanches et chrétiennes, soient menacées d'extinction
04:45suite à l'immigration musulmane provenant du Maghreb et d'Afrique noire.
04:48Là, on l'annonce comme une théorie normale, une parmi d'autres, et hop, on enchaîne.
04:51On a pu voir, en reportage chez des jeunes LR,
04:54que le terme est désormais employé, y compris dans la droite dite républicaine.
04:57Et surtout dans les plus jeunes générations, ça promet pour l'avenir.
05:00Pour cause, la candidate LR Valérie Pécresse était la première à reprendre ce mot d'Éric Zemmour en meeting,
05:04avant même le RN, qui a suivi peu après.
05:06« Serons-nous une nation unie ou une nation éclatée ? Face à ces questions vitales, pas de fatalité, ni
05:16au grand déclassement, ni au grand remplacement. »
05:20Et là, c'est le début de la contamination. Parce que du coup, en face, la gauche réagit, et sur
05:24le papier, c'est légitime.
05:26D'ailleurs, souvent, ce sont les journalistes qui demandent une réaction.
05:28« Hier, Valérie Pécresse a repris une expression qui était utilisée, et qui est utilisée par Éric Zemmour.
05:34Il n'y a pas dit-elle de fatalité au grand remplacement. »
05:37Quelle est votre réaction ?
05:39« La sidération. »
05:40« Vous pensez quoi du grand remplacement ? » devient une question qu'on peut poser,
05:43comme « Vous pensez quoi de l'augmentation du SMIC ? » ou « Vous pensez quoi des éoliennes en
05:47mer ? »
05:47Et du coup, le terme infuse, et se retrouve dans la bouche de tout le monde,
05:50comme l'écologiste Yannick Jadot au Parlement européen pendant la campagne.
05:53« Monsieur le Président de la République, cessez de tendre l'oreille aux théories fumeuses et nauséabondes du grand remplacement.
06:03»
06:03Bref, avec francocide, Éric Zemmour retente le coup, et espère à nouveau imposer ses termes.
06:08Sauf que sans campagne présidentielle, et tout le barouf médiatique qui l'accompagne,
06:11ce sera plus dur pour lui de médiatiser ses horreurs.
06:13Bon, là normalement, je vous ai tous déprimés.
06:15Alors, essayons une happy end.
06:17Imposer des termes dans l'agenda médiatique, c'est une partition qu'essaient de jouer tous les acteurs politiques.
06:22L'extrême droite a été particulièrement efficace en la matière ces dernières années,
06:25ce qui explique en partie le climat médiatique ambiant.
06:28Mais des fois, la gauche gagne aussi, et arrive à imposer ses concepts.
06:31Vous avez bien sûr entendu parler de cette polémique aussi sur les super-profits.
06:36Non.
06:37Faut-il taxer les super-profits des grandes sociétés, des grands groupes énergétiques français ?
06:45Mais taxer les super-profits, c'est montrer où est l'adversaire.
06:49Et oui, les super-profits qu'on va super-tout leur prendre, ça aussi, tout le monde voit bien ce
06:53que c'est désormais.
06:54Et ça, c'est plutôt cool.
06:55Voilà, c'est la fin de ce premier épisode de la tête dans le flux.
06:57J'espère que vous avez apprécié ce nouveau concept qu'on va renforcer, amender au fil de l'année.
07:02En attendant, n'hésitez pas à commenter, liker ou vous abonner à la page de Luma.
07:05Nous, on se dit à jeudi prochain.
07:07Et n'oubliez pas, quand on a la tête dans le flux, l'important, c'est de garder les pieds
07:10sur terre.
07:11Allez, salut !
07:12Sous-titrage Société Radio-Canada
07:17Sous-titrage Société Radio-Canada