00:01Bonjour Gérard Lupi. Bonjour. Avec les nouvelles qu'on voit à la télé, à la radio, au journaux,
00:07on a l'impression que c'est presque le temps de guerre et bientôt on aura une pénurie sur le
00:14beurre. Qu'est-ce que vous pensez? On en est où? C'est une situation un peu compliquée qui provient
00:23de la sortie des quotas laitiers. Alors il faut faire un peu d'histoire. S'il vous plaît. Jusqu'en
00:282015, la production européenne de lait était régulée, c'est-à-dire qu'il y avait un quota
00:33par pays. En 2015, on est sorti des quotas, ce qui fait que dans plusieurs pays, on a produit plus
00:40de
00:40lait et comme on n'avait pas de débouchés sur tous les produits, eh bien ça a conduit à produire
00:49plus
00:50de beurre d'un côté et de poudre de lait de l'autre. Parce qu'il faut savoir que pour
00:54faire du beurre,
00:55il faut écrémé le lait. Et le lait écrémé, il peut être vendu comme lait écrémé ou bien il peut
01:03être séché et mis en poudre donc. Mais ce faisant, on a eu un stock de beurre dans un premier
01:12temps et un
01:13stock encore plus élevé de poudre de lait. Dans un deuxième temps, comme la surproduction a fait baisser
01:20le prix du lait dans tous les pays européens, eh bien les paysans ont vendu des vaches et ont produit
01:26moins de lait parce qu'ils avaient besoin de finances. Et donc on s'est retrouvé avec moins de lait
01:34et comme
01:34beaucoup de lait en France sert à produire du fromage et des produits frais, eh bien il n'y avait
01:40pas assez
01:40de lait à écrémé pour faire du beurre d'un côté, sachant qu'on avait encore trop de poudre en
01:46stock de l'autre. Donc d'où effectivement moins de beurre et une demande internationale en hausse.
01:55Voilà pourquoi, dans un premier temps, on a parlé de pénurie de beurre.
02:01Ça veut dire que le lait qu'on n'arrivait pas le vendre, on le transformait en beurre et on
02:10l'estockait.
02:11Oui, dans un premier temps, oui. Dans un second temps, la demande internationale a fait que le beurre est parti,
02:17mais pas la poudre.
02:18Donc, nous avions un sur-estockage de beurre, que quand on a vendu les vaches, on produit moins de lait,
02:28donc on a consommé cet estock.
02:31C'est ça ? Et maintenant on n'a plus. C'est ça ? En résumé.
02:35Maintenant, on en a beaucoup moins. Cela dit, il y en a assez en France pour satisfaire la demande.
02:40Ce qui se passe, c'est que les grandes surfaces qui négocient les prix de vente des produits dans leurs
02:47magasins entre novembre et février ont terminé la négociation en février 2007.
02:56Et à l'époque, le prix du beurre était de l'ordre de 2 500, 3 000 euros la tonne.
03:02Mais depuis, il a augmenté jusqu'à atteindre 7 000 euros la tonne.
03:06Et ce qui se passe aujourd'hui, c'est que les grandes surfaces qui avaient négocié des prix ne veulent
03:13pas augmenter le prix du beurre malgré que ce prix est presque triplé.
03:18Donc, ce faisant, les laiteries leur disent, eh bien, on n'a plus de beurre.
03:22Et donc, comme il y a des débouchés à l'international, elles préfèrent sans doute le vendre à l'international
03:27et pas le brader dans les grandes surfaces.
03:29Si les grandes surfaces mettaient le prix, je pense qu'il n'y aurait pas de rayons vides dans les
03:33magasins.
03:34Ah, c'est ça qui nous explique les rayons vides dans le magasin.
03:37Donc, ce n'est pas la faute de paysans.
03:40Non, ce n'est pas la faute des paysans.
03:41C'est la faute de distributeurs qui ne veulent pas mettre le prix qu'il faut pour l'acheter.
03:47Oui, en sachant que le prix du beurre a beaucoup augmenté du fait de la demande internationale.
03:52Donc, comment on peut faire pour sortir de cette situation ?
03:56Eh bien, on aurait dû en rester à la régulation qui était les quotas laitiers.
04:00Parce qu'avec un volume de produits par pays, on pouvait, si on voulait, augmenter la production de 3 ou
04:084 % en fonction des besoins.
04:11Ça, ça peut se faire d'une année sur l'autre.
04:13Et garder les prix rémunérateurs pour les paysans.
04:16Mais, comme on a voulu tout libéraliser, eh bien, dans un premier temps, on a provoqué, je l'ai dit,
04:25une surproduction.
04:26Et donc, un effondrement du prix du lait.
04:28Et dans un deuxième temps, eh bien, une production moindre de lait.
04:32Donc, la bonne mesure serait de faire ce qui se fait dans certaines régions.
04:38Je prends souvent cet exemple.
04:39Mais c'est la production du fromage de Comté en Franche-Comté.
04:44Il y a un cahier des charges qui fait qu'on produit un fromage de qualité.
04:51Et puis, quand les débouchés ne sont pas là, eh bien, chaque coopérative a un nombre de plaques pour produire
04:59un nombre de meules de Comté.
05:01Et s'il y a un peu trop de lait par rapport au Comté, eh bien, on fait plus de
05:05beurre et de crème.
05:06Et donc, on écoule toute la production.
05:08Si on avait ce système-là un peu partout en France, on n'aurait pas de pénurie de beurre.
05:13On aurait des produits de meilleure qualité.
05:16Et tout le monde serait gagnant.
05:18Parce qu'il faut savoir qu'en Franche-Comté, le prix du lait n'a presque pas baissé.
05:22Du fait, justement, de la régulation de la production.
05:25Les 1 000 litres de lait en Franche-Comté, c'est de l'ordre de 460, 470 euros.
05:32Alors que dans les autres régions, le prix des 1 000 litres de lait, c'est autour de 340 euros.
05:38Donc, il y a plus de 100 euros de différence sur le prix du lait parce qu'il y a
05:42une régulation dans une production donnée.
05:45Et une grande partie des paysans aussi réclament ça.
05:48Oui, tout à fait, oui.
05:50Donc, si on les suit, on aura toujours du beurre.
05:53Si on les suit, on aura toujours du beurre.
05:55Et ça ne va pas nous manquer.
05:56On n'a pas prévu de négocier ces choses-là dans le cadre des états généraux de l'alimentation qui
06:03se poursuivent jusqu'au mois de décembre.
06:05Merci beaucoup, Gérard Lepuil.
06:08Donc, je rappelle le titre de votre dernier livre,
06:12« Devant l'urgence climatique, bousculons les politiques » d'édition de Croquand.
06:19Il y a plus d'actualité que jamais.
06:21Merci beaucoup.
06:22À bientôt.
06:23À bientôt.