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  • il y a 1 jour
Dans son nouveau livre Les Morts ont une Histoire Secrète, le médecin légiste Philippe Charlier explore ce que les corps du passé peuvent encore révéler. Pour Aleteia, il raconte son travail sur les reliques et les saints.

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Transcription
00:00Quand je fais des interventions dans les écoles, je leur dis, moi je voyage dans le temps.
00:04On est ceux qui prennent soin de ceux dont plus personne ne veut s'occuper.
00:09Je rêve de travailler sur deux saints en particulier.
00:12Quand je fais des interventions dans les écoles, pour expliquer aux plus jeunes quel est mon métier,
00:17je leur dis, moi je voyage dans le temps.
00:19Le matin, je suis dans les latrines de Louis XIV, dans un château royal.
00:23Le midi, je suis en train de travailler sur des victimes de la guerre de 14-18 ou de la
00:28guerre de 1870.
00:29Et le soir, j'ai des mains dans une céramique grecque en train de remonter des ossements d'un guerrier
00:33du 5e siècle avant Jésus-Christ.
00:35Dans ce livre qui s'appelle « Les morts ont une histoire secrète »,
00:37j'ai voulu emmener le lecteur comme un visiteur et me suivre, m'accompagner tout simplement dans toutes ces histoires
00:42de l'histoire.
00:43J'ai voulu qu'il participe, vive au quotidien le travail d'un médecin légiste, archéologue, anthropologue.
00:49Toutes ces disciplines, elles peuvent être formalisées sous un terme très simple qui s'appelle l'anthropologie médicale.
00:55C'est gérer, considérer et analyser ce qui nous a précédés, ce qu'on est en train de vivre
01:00et ce qui va bientôt arriver autour de l'homme, avec un H majuscule,
01:04mais avec un double regard, celui de l'anthropologue et celui du médecin.
01:08Et évidemment, ça convoque d'autres sciences, d'autres spécialités, d'autres regards.
01:11En fait, il faut imaginer que les squelettes, les momies ou les fragments de corps humains
01:15peuvent subir exactement le même type d'examen complémentaire que nous-mêmes, les vivants, quand on va à l'hôpital.
01:20Tous ces examens-là nous permettent de rentrer dans l'intimité de ces patients du passé,
01:24nous permettent de connaître leur vie quotidienne, leurs maladies, leurs activités physiques, professionnelles,
01:30leurs causes de décès et même encore toutes les vicissitudes autour de leurs cadavres.
01:33Ces patients du passé me racontent une histoire.
01:36Et Roland Barthes décrit dans ses ouvrages la lecture du corps, la lecture de la peau, la peau comme langage.
01:41Moi, je suis un médecin légiste et un archéologue et un anthropologue
01:44qui lit de la même façon les corps anciens, les squelettes, les momies et parfois même les peaux anciennes ou
01:49les cheveux anciens.
01:51Et quand je dis à ça, je pense à la peau de Marie-Madeleine ou aux cheveux de Sainte-Thérèse
01:53de Lisieux.
01:54De plus en plus, l'Église se pose la question de réaliser l'étude scientifique de ces restes de saints
02:00et de saintes, littéralement des reliques.
02:02Elle veut savoir d'abord des questions d'authenticité.
02:05Est-ce que c'est vrai ou faux ?
02:07Si jamais c'est faux, l'histoire et la création de ce faux peut être intéressante.
02:11Et si jamais c'est vrai, qu'est-ce que ça peut nous apprendre sur la réalité physique de ce
02:16saint ou de cette sainte ?
02:17Donc c'est toujours intéressant parce que ça nous permet dans tous les cas de rentrer dans la réalité de
02:22ces saints,
02:22de parfois proposer un visage, proposer des causes de décès plus précises.
02:26Je pense à Sainte-Thérèse de Lisieux, dont on sait qu'elle est morte en 1897 d'une tuberculose.
02:31Mais il y a autre chose en plus. Il y a une prise de médicaments, notamment de mercure, qui a
02:35peut-être accéléré son processus de mort.
02:38Donc à chaque fois, on rentre un peu dans une intimité.
02:40Ces personnages, qui sont des symboles, si on peut dire, à suivre, des exemples, sont aussi une réalité.
02:46Et en passant par la réalité des reliques et par ce que les reliques nous donnent,
02:50eh bien ça nous permet, lorsque les reliques sont authentiques à nouveau, de donner une consistance.
02:53On passe quasiment de deux dimensions, une image pieuse, un tableau, à trois dimensions, un être fait de chair, comme
03:00vous et moi.
03:01Ma foi, qui est complexe pour être honnête, je la laisse à la porte de mon laboratoire et je la
03:06récupère le soir quand je rentre chez moi.
03:08Être professionnel, quand on travaille sur des restes humains, qu'ils soient insignes ou qu'ils soient complètement anonymes,
03:13qui malheureusement ont perdu une grande partie de leur identité, mais qui n'ont pas perdu leur humanité,
03:17ça nous oblige à travailler de façon consciencieuse, sans pathos particulier.
03:21À partir du moment où ça passe dans ceux-ci, qui sont des mains de médecins, eh bien ça n
03:26'est plus un squelette, ce n'est plus une momie, c'est un patient.
03:28On n'est pas là pour soigner au sens thérapeutique, ils ne vont pas aller mieux, c'est certain, mais
03:34on est là pour prendre soin.
03:35On est ceux qui prennent soin de ceux dont plus personne ne veut s'occuper.
03:40Il y a des personnages qui sont très intéressants sur le plan historique, mais que je déteste profondément.
03:45Quand je suis allé à Moscou travailler sur les restes de Hitler, forcément c'est l'enfer sur terre, cet
03:50homme.
03:50Donc c'était extrêmement intéressant sur le plan historique, mais je ne peux pas dire que ce soit mon étude
03:54préférée, c'est presque celle que j'ai le plus détestée.
03:57Une des plus belles rencontres, et j'utilise ce mot à bon escient, je pense, lorsque j'ai pu travailler
04:02sur les restes de Saint-François d'Assise.
04:03Là c'était vraiment à un moment une épiphanie, parce que d'abord la communauté franciscaine était d'une ouverture
04:09totale,
04:10et j'ai eu la chance, en effet, de passer plusieurs heures, nez à nez, littéralement, au contact même du
04:15squelette de Saint-François d'Assise,
04:17pendant la nuit, sous les fresques de Giotto.
04:19Oui, ça c'est un beau moment de vie.
04:21De quel saint est-ce que vous rêveriez de faire l'autopsie ?
04:25Je rêve de travailler sur deux saints en particulier.
04:28Le premier, c'est Saint-Marc, qui est conservé à Venise, bien évidemment.
04:31Déjà, si c'est Saint-Marc, c'est très intéressant.
04:33Mais il y a aussi une possibilité que ce soit quelqu'un d'autre de très intéressant.
04:36Il y a une tradition, une légende, qui dit que c'est peut-être le corps d'Alexandre qui a
04:41été récupéré par les Vénitiens, Alexandre le Grand,
04:43lorsque les Vénitiens sont venus à Alexandrie récupérer la momie de Saint-Marc.
04:48Rien que pour cette hypothèse très ténue, et qui est peut-être romanesque, peut-être fausse,
04:52si jamais c'est vrai, c'est très intéressant, si jamais c'est faux, c'est Saint-Marc, c'est
04:57quand même pas mal.
04:58L'autre saint qui m'intéresse énormément, c'est Saint-François-Xavier,
05:01qui était anciennement en Malaisie, qui ensuite a été volé par les Jésuites,
05:05transporté ensuite à Goa, en Inde, et dont la momie est présentée à la vénération des fidèles une fois par
05:11an.
05:11J'aimerais beaucoup travailler sur le corps de Saint-François-Xavier, avec tout le respect qui lui est dû.
05:16On n'ouvre pas, on n'y touche même pas, juste lui faire uniquement un scanner.
05:20Donc si vous, ou l'un de vos visionnaires, un de ceux qui va regarder cette interview,
05:25allez coordonner de quelqu'un à Goa, ou d'un évêque, ou d'une autorité ecclésiastique en Inde,
05:30catholique romaine, ça m'intéresse beaucoup.
05:32Merci de me contacter.

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