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  • il y a 7 heures
30 septembre 1976. Une explosion a lieu au Puits Vouters à Freyming-Merlebach. Un drame collectif qui endeuillera seize familles. Seize victimes dont les corps ne seront jamais remontés du fond. 50 ans plus tard, l'émotion est encore très vive parmi les proches, anciens mineurs et élus. Témoignages dans Le Mag' de la Rédaction.

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00:02Musique
00:21C'était il y a 50 ans, le 30 septembre 1976, au Puy-Vouters, à Frémain-Merlebach, une explosion survient.
00:2816 mineurs perdent la vie, endeuillant leur famille, forcément, mais également l'entièreté des houillères du bassin de Lorraine.
00:36Dans la presse, on titre terrible coup de grisou.
00:39Alors, 50 ans plus tard, l'émotion est toujours présente.
00:43Retour sur cette catastrophe dans le Mac de la rédaction.
00:49Les chevalements ont disparu, le paysage s'est transformé et l'activité économique n'est plus dominée par les mines.
00:58Mais dans les esprits, l'époque n'est pas si lointaine.
01:01Du Puy-Vouters, il ne reste que ces tuyaux, à peine visibles sous la végétation,
01:07ou encore ces bâtiments administratifs, attendant patiemment d'être réhabilités.
01:12Les souvenirs, eux, sont toujours bien présents.
01:15Les bons, comme les plus douloureux, enfouis sous terre.
01:18Ça fait 50 ans, bon, j'ai tous mes copains qui sont là.
01:23C'est qu'on était quand même dans l'attente, et puis on ne savait pas ce qui se passait.
01:28Je veux dire, à chaque fois qu'on le montait de 30 cm, on pensait qu'il s'éloignait de
01:32nous, quoi.
01:32J'ai commencé à la mine en 1975, le 3 mars, avec la moitié des gars qui sont morts.
01:39Et le jour de la catastrophe, j'étais dedans quand c'est arrivé.
01:41C'est encore vif, vous savez, à l'époque, toute une corporation, toute une région a été frappée par ce
01:48deuil.
01:49Et surtout parce que les 16 corps ne sont jamais remontés.
01:52On n'avait pas les corps, on a du mal, on avait du mal à accepter.
01:56Jusqu'au moment où on a fermé en voûte, là on s'est dit, on ne vous reverra jamais.
02:0130 septembre 1976, une explosion se fait entendre à Frémain-Merlebecq, à 1036 mètres de profondeur.
02:08Un coup de grisou tue brutalement 16 personnes par brûlure et asphyxie.
02:13Un ingénieur, deux porions de quartier, 13 ouvriers mineurs, piégés pour toujours dans une veine, ensevelis sous des tonnes de
02:21charbon.
02:23Pour les familles des victimes, le temps ne s'est pas écoulé de la même manière.
02:2850 ans de deuil difficiles, sans corps à enterrer, et 50 ans d'hommage pour les faire revivre rien qu
02:35'une journée.
02:38Devant l'église, des centaines de personnes, élus, familles, proches, anciens ouvriers mineurs.
02:48C'est plus de monde que les autres années, peut-on entendre dans les rangs.
02:52Sûrement pour marquer le 50e anniversaire de ce terrible accident collectif.
02:56La grande famille des mineurs était profondément marquée par la catastrophe du Puy-Boutens.
03:04Salut, chers frères et sœurs.
03:06C'est une lumière de rose qui nous rassemble ce matin.
03:13Les brûlures qui nous ont guidés.
03:16Et tous seuls.
03:18Frères et sœurs, faisons honte de nos cœurs, nos prières.
03:23Frères et sœurs, faisons honte de nos cœurs, nos prières.
03:50Entre souvenirs douloureux et espoir d'une vie plus légère,
03:54les veuves, orphelins, proches et anciens travailleurs
03:59se souviennent de cette journée, comme si c'était hier.
04:03Moi j'avais 11 ans quand ça s'est passé, c'était la rentrée scolaire.
04:07On attendait la rentrée du papa, voilà.
04:09Puis on était un peu anxieux, on savait qu'il s'était passé quelque chose.
04:15Et donc du coup, moi j'étais au lit après, parce qu'après il y a école le lendemain.
04:19Et j'ai entendu ce qui s'est passé, je me suis levé.
04:23Donc j'ai tout suivi, j'ai tout vécu.
04:25La blessure est toujours ouverte, même 50 ans après, on a toujours ses souvenirs.
04:28Et surtout, étant enfant, ça reste gravé à vie, c'est une mémoire d'enfant.
04:32Donc effectivement, quand on perd son papa très petit, on perd tous nos repères, notre protection.
04:38Pour nous, l'enfance s'est arrêtée pour moins 9 ans, ma soeur 7, mon frère 11 ans.
04:42Donc c'était brutal et donc un monde s'écroule.
04:47Mais bon, après on se reconstruit, on était bien soutenus par toute notre famille.
04:52Donc heureusement, on a pu rebondir grâce à notre maman.
04:55Combien de fois Eric, il me disait, t'inquiète pas, papa il est intelligent, là il s'est caché, il
05:01va revenir.
05:01Il va revenir même à l'occasion quand maman a voulu donner les derniers habits qu'on avait gardés de
05:08papa.
05:09Eric a dit, non, non, non, qu'est-ce qu'il va mettre s'il revient ?
05:12Il n'aura plus rien à se mettre.
05:13Donc ça a resté, c'est vraiment une enfance, un destin tragique.
05:17Papa devait partir deux semaines après en école d'ingénieur, deux ans sur Arras.
05:21Il s'inquiétait même à cette occasion en disant, est-ce que tu vas y arriver ?
05:25Tu as les enfants, ils sont petits.
05:26Moi, je serai deux ans en école d'ingénieur parce qu'il avait des ambitions très professionnelles.
05:31Enfin, tout est, c'était un destin vraiment tragique qui a été brisé.
05:36Et finalement, ce n'est pas deux ans que maman nous a portés, c'est toute sa vie.
05:40Comme on dit, c'est une famille de mineurs.
05:42Mon mari faisait partie des derniers mineurs.
05:44Nos grands-parents, nos oncles, etc.
05:46Ils étaient mineurs, ça fait partie de notre corps, de notre cœur.
05:50Mais c'est vrai que particulièrement chez nous, dans les familles, pour les 16 victimes,
05:55pas que pour nous, mais pour les 32 orphelins qu'il y avait à l'époque,
05:58c'est une enfance qui s'arrête.
06:00C'est une cicatrice qui n'est jamais vraiment fermée pour différentes raisons.
06:05Déjà d'une, il n'y a pas de corps.
06:07Deuxièmement, il n'y a pas de responsabilité.
06:08Le non-lieu était encore une douleur supplémentaire,
06:11parce qu'ils sont quand même décédés dans l'exercice de leur fonction.
06:15Donc c'est un deuil qui est difficile à faire.
06:17Drapeau, garde à vous, drapeau !
06:22Écoutez, c'est simple.
06:24Il y a le porion qui est venu en taille, nous couper la machine.
06:28Et il a dit, on se met tous devant pour évacuer le chantier.
06:32Ce qu'on a fait, on est descendu le tubing.
06:35C'est un genre de puits intérieurs qui permet d'aller au chantier.
06:39Et arrivé en bas, il y avait l'ingénieur, monsieur Remigy.
06:42Vous, vous, vous, vous allez faire la fermeture rapide.
06:46Ce qui veut dire mettre le couvercle dessus.
06:49Et c'est là que monsieur Motel, c'était mon porion de quartier,
06:52il a dit non, monsieur Mélitz et monsieur Brenstuhl,
06:54ces deux sauveteurs, ils remontent.
06:56Autrement, je ne serais plus là.
06:58Il vous a sauvé la vie ?
06:59Ouais.
07:00Et je connais très bien sa femme.
07:01C'était une voisine qui n'habitait pas loin de chez moi.
07:0430 septembre 76, quel est votre souvenir de cette journée-là ?
07:08En fait, j'en ai un souvenir très précis.
07:10Je rentrais du lycée, je descendais du bus et je voyais les cheminées.
07:15La fumée sortait noire.
07:17Donc je savais, parce que bien sûr, dans ma famille, on est mineurs, on a été mineurs.
07:21Je sais ce que correspondait cette fumée noire.
07:24Et en rentrant, j'ai eu la confirmation effectivement de l'accident.
07:27Mais j'en ai un souvenir très précis.
07:29J'ai personnellement un oncle qui a perdu la vie dans les jours qui ont suivi pour remettre le chantier
07:35en service.
07:37Voilà, je pense que chacun a payé un lourd tribut pour cette catastrophe à cette occasion très triste.
07:46On venait de rentrer une toute nouvelle machine qu'on avait ramenée au siège Vouterse, au bout là-bas.
07:54Et vers 11h, on nous a dit, j'ai vu de la fumée sortir par le ventilateur.
07:58Je me suis dit, il y a quelque chose qui se passe, c'est pas bien, pas bien.
08:01Voilà, donc on a su très rapidement qu'il y avait un feu au fond.
08:04Et le soir, j'ai pris ma femme qui est là.
08:07On est allé de l'autre côté et je lui ai dit, regarde, le ventilateur, il fume, il fume, il
08:10fume.
08:11Et c'est à ce moment-là qu'il y a eu l'explosion.
08:13Edmond, vous étiez sur site quand c'est arrivé ce 30 septembre 76 ?
08:18Ah non, pas du tout, je n'étais pas sur site.
08:20J'étais encore à l'école, j'étais au lycée à Fort-Bac.
08:23Par contre, je prenais le bus sur la place du marché de Frémin-Merlebach.
08:27Et de la place du marché, on voyait le siège Vouterse et ce fameux puits de Frémin,
08:33d'où sortaient les fumées noires liées à l'explosion de Grisou.
08:37C'est votre souvenir le plus marquant de cette journée ?
08:40C'est mon souvenir le plus marquant parce que j'avais 17 ans.
08:43En fait, je ne savais même pas ce qui se passait.
08:45J'étais un peu choqué, mais je ne comprenais pas trop bien.
08:48Sauf que le soir, quand je suis rentré, j'ai appris par ma mère
08:52qu'il s'était passé quelque chose de grave à Vouterse,
08:54qu'il y avait eu une catastrophe, qu'il y avait eu 16 morts, avec tout ce qui s'est
08:57passé.
08:58Ça a résonné particulièrement dans votre famille qui a gravité de toute façon autour de la mine ?
09:03Bien sûr que ça a résonné dans notre famille.
09:07Parce que mon père était mineur, mon frère était mineur, le grand-père était mineur.
09:10Donc on a toujours échappé à ce genre d'incident, ce genre d'accident.
09:17Sauf qu'on habitait dans un courant, dans une cité minière.
09:20Donc en fait, dans les semaines qui ont suivi,
09:24toutes les discussions ont tourné autour de cette catastrophe.
09:26D'autant plus qu'à un moment donné, on nous annonçait quand même la fermeture de Merlebach, de Vouterse,
09:33qui était entre guillemets envisagée suite à l'explosion et à la difficulté de maîtrise de l'installation.
09:41Pour cause, ce terrible accident survenait dans l'un des puits les plus sécurisés du bassin Houillet.
09:48Le jour du drame, un éboulement prend feu dans la veine 2A au matin.
09:52Les premières interventions ont lieu, mais l'exploitation est très épaisse.
09:58Pour couper l'arrivée d'air, on raccorde les tuyauteries pour qu'elles se déversent sur l'incendie.
10:04Pas assez efficace, à 16h, le feu se propage, le gaz s'accumule.
10:10Dernière solution, remblayé en fermant le tubing.
10:14Malheureusement, à 18h30, l'explosion se fait ressentir, piégeant les mineurs encore au fond.
10:19Alors que l'impensable vient de se produire, et que les familles sont peu à peu contactées,
10:25d'autres sauveteurs sont appelés en renfort pour sécuriser le site.
10:29Tous les ingénieurs fonds sont sauveteurs par définition.
10:34Donc on est réquisitionnable quand on veut.
10:36Donc moi j'étais réquisitionnaire à partir du troisième jour.
10:39Réquisitionnaire, non, on est volontaire.
10:41Dans ces moments-là, on ne se pose pas de questions ?
10:43On ne se pose pas de questions.
10:45Nous, on arrivait deux heures en avance avant la descente du poste.
10:48On allait au PC, on allait prendre notre mission.
10:50On nous disait, tu vas là, là, là, tu prends ta équipe.
10:52Et on descendait avec eux, après ça, à 8h, on remontait, on faisait le job.
10:57Et on remontait, et quand on remontait, on repassait par les deux PC,
11:00expliquer ce qu'on avait fait, ce qu'on avait vu.
11:02Vous avez participé aux travaux de sécurisation ensuite ?
11:06Sécurisation ?
11:07Tous les travaux étaient de sécurisation.
11:09Il y a des travaux, faire un barrage comme on faisait à 1036,
11:12il a fallu plus d'une semaine pour le faire.
11:14C'est un barrage qui fait 6 mètres d'épais, 40 mètres carrés de surface.
11:19Donc ça fait des tonnes et des tonnes de béton à couler.
11:22Donc là, il y avait des équipes qui ont travaillé toute la semaine à faire ce barrage.
11:25On a fermé toutes les entrées d'air et les retours d'air, on les a fermés.
11:29La seule méthode à l'époque pour éteindre un feu, c'était de l'étouffer.
11:31Vous, vous étiez le jour du drame et les suivants au barrage.
11:36Très rapidement, c'était quoi le barrage ?
11:39C'est un barrage pour cloisonner, pour plus qu'il y a d'air qui rentre dans les chantiers.
11:48Il y avait trois barrages, parce que le système à Merlebach,
11:52il y a l'entrée principale et deux barrages, enfin deux galeries à côté.
11:59Parce que comme la raveuse, elle faisait un va-et-vient d'un côté à l'autre,
12:05automatiquement, il fallait fermer les trois barrages.
12:07Et nous, on était au poste de nuit, à minuit.
12:10On est descendu une équipe de Folchulaires, mais une semaine après,
12:16parce qu'ils ont donné priorité aux gens du Puy pour travailler là-bas.
12:20Et nous, on est venus une semaine après pour faire des contrôles à ce fameux barrage de 1036.
12:27Nous, on venait en intervention pour aider, pour prendre des mesures
12:31et puis rendre compte au chef qui était au jour,
12:35qui nous disait, bon, qu'est-ce qu'il y a, quelle température, l'eau, comment qu'elle est, tout
12:40ça.
12:40On faisait ça.
12:41Finalement, les enquêtes techniques ne permettent pas d'aboutir à des condamnations pénales.
12:46Les années suivantes, des culbutes d'ARH sont mises en place
12:50pour éviter les frottements sur les parois de charbon.
12:52La surveillance est également renforcée pour détecter la moindre anomalie.
12:59À l'époque des faits, une cérémonie et des obsèques sans corps sont programmés.
13:04Le 5 octobre 1976, en présence de 15 000 personnes.
13:11Public plus éparses après toutes ces années,
13:14mais une identité minière profondément ancrée.
13:19C'est une culture minière.
13:21On a été touchés, même si on n'a pas été concernés directement.
13:24On est concernés dans la vie de tous les jours, on a de la famille.
13:28J'y suis allé comme ouvrier après.
13:29J'ai commencé en 81 ici à Wouterse.
13:32J'y ai fait toute ma carrière jusqu'en 2007.
13:35On a fermé, j'étais d'ailleurs un des derniers,
13:38à fermer ici le site, à le mettre dans l'état de fermeture.
13:42Et de le quitter.
13:43Donc j'ai fait toute ma carrière ici au fond.
13:45Quand on travaille, on n'y pense pas trop.
13:49Mais entre, et même parfois pendant le boulot,
13:51quand on fait certaines choses,
13:53on a toujours en tête cet accident avec ses conséquences.
13:58Moi, ma plus grande crainte quand j'étais agent de maîtrise,
14:00voire chef, c'est d'avoir des gens qui étaient blessés.
14:03J'étais moi-même mineur de fond au Pivouterse,
14:05pour aller voir ce que c'était le métier de mineur.
14:08Il y a grand-père, grand-père, père, fils.
14:11Et puis, je sais ce que c'est ce travail dur.
14:14Je sais ce que c'est les règles de sécurité,
14:16le fait de surveiller et de travailler en surveillance l'un avec l'autre,
14:20parce que le danger, il guette en permanence.
14:22Vous êtes ingénieur, chef de siège, vous êtes pelleteur,
14:25vous êtes habillé pareil, on a le même casque, on a le même truc.
14:28Et on discute avec tout le monde.
14:30Tout le monde se dit tu, tout le monde se serre la main.
14:32Au fond, c'est comme ça.
14:33Les mineurs, et là, moi j'en rencontre, c'est des amis.
14:37Et alors les sauveteurs, c'était la vie à la mort.
14:39Les équipes, c'est cinq personnes.
14:41Cinq personnes, plus ingénieurs.
14:43Quand vous vivez, on entendait les coups de grisou derrière le barrage,
14:46on entendait tout ça.
14:48C'est stressant.
14:51Oui, c'est stressant.
14:52Et je veux dire, de vivre ça ensemble, ça crée des liens très forts.
14:55On a une bonne ambiance entre nous.
14:57D'ailleurs, on avait intérêt à avoir une bonne ambiance,
14:59parce que c'est vraiment l'élément moteur de notre métier.
15:04C'est l'ambiance de travail, c'est la solidarité entre les garçons,
15:08entre les équipes qui font que tout ce qu'on faisait,
15:12on ne le faisait pas pour nous directement.
15:13On le faisait aussi pour nous protéger, bien évidemment,
15:16mais on le faisait aussi pour tous ceux qui dépendent de nous
15:20et qui sont autour de nous.
15:21Une catastrophe qui n'a donc pas entaché les ambitions des proches des victimes.
15:26D'ailleurs, l'accident du puits Wouters est malheureusement loin
15:30d'être le seul à avoir marqué le territoire.
15:33Puis Villemin et Remaux avant 70, puis Simon en 85
15:37et bien d'autres au-delà de la Lorraine.
15:40Si les unités d'exploitation ne sont plus visibles aujourd'hui
15:43ou à peine debout, le devoir de mémoire lui est resté nécessaire
15:48dans cette grande famille minière.
15:50Chaque année, c'est sûr que ça fait toujours encore aussi douloureux,
15:57mais bon, la vie, c'est comme ça.
16:00J'habite tout près, donc je viens tous les ans.
16:03Cette année, c'est une année particulière,
16:05il y a tout de même beaucoup de monde par rapport aux autres années.
16:07Mais c'est vrai que ça fait plaisir de revoir beaucoup de gens,
16:10de voir les familles, de voir des anciens mineurs chez moi,
16:14des sauveteurs, il n'y en a pas beaucoup qui sont là,
16:17des vieux sauveteurs qui ont agi au fin de la nuit.
16:19Il n'y en a plus beaucoup.
16:21Moi, j'avais 28 ans à l'époque, eux, ils avaient peut-être 10 ans de plus,
16:24donc puis vous rajoutez les 50 ans, il y en a beaucoup qui sont décédés.
16:28Mais ce métier est très, très, très, très attachant.
16:33On fait deux grandes commémorations, Simon en février, le 25 février,
16:37et Wouterse le 30 septembre.
16:39Et messe de commémorations pour toutes les victimes de la mine,
16:42le dernier dimanche de septembre.
16:44Et c'est les familles qui ont demandé, à l'époque, quand les Rouillens ont fermé en 2007,
16:49et les Rouillens nous ont d'abord déjà posé la question au début des années 2000,
16:53puisque je suis président depuis 1998,
16:56si on continuait les commémorations à leur place.
16:58J'ai dit OK, je pose la question à mon comité, le comité a dit oui.
17:02Et les familles, elles ont aussi demandé à ce qu'on continue à commémorer tous les ans.
17:08Mais aujourd'hui, on était agréablement surpris, parce qu'on ne s'attendait pas à autant de monde.
17:12C'est vrai, avec les années, ça s'épuise un peu ?
17:14Ça s'épuise un peu, on fait chaque année des pots de gerbe.
17:18On a fait les 40 ans de Wouterse, il y a 10 ans.
17:22Il y avait moins de monde, nous on tablait à peu près sur 150 personnes.
17:26Vous avez bien vu, l'église était pleine, un truc, il y avait bien 300 personnes,
17:31dans 205 qui vont rester pour déjeuner avec les familles.
17:34C'est vrai qu'on en a longuement parlé, quand on a été sollicité par les médias,
17:38d'accepter les interviews ou pas.
17:42On s'est concerté parce que le fait de relire un peu ces articles,
17:47d'en parler avec les émotions, reste comme si on était en 1976.
17:52Même si on est en 2026, c'est des empreintes qui sont très fortes,
17:55c'est une douleur qui ne passera jamais.
17:58Et finalement, après s'être concerté, on s'est dit, finalement c'est honorer leur mémoire.
18:04Ne pas les oublier, de voir que tellement de monde encore accepte de venir,
18:09de commémorer leurs 16 victimes.
18:13Ça réchauffe le cœur, même si c'est difficile d'en parler.
18:17Mais quelque part, c'est un peu les faire revivre à travers ces témoignages.
18:30Merci de penser à nous, merci de penser à ceux qui sont restés au fond.
18:34Parce qu'il y en a quand même 16 qu'on n'a pas remonté.
18:36Je peux vous dire que ça nous a longtemps travaillé, ça nous a longtemps titillé,
18:39ça m'a toujours marqué parce que mon chantier d'exploitation était juste en face du quartier où ça s
18:45'est passé.
18:46Donc je passais régulièrement devant ce barrage.
18:48Il m'a même été permis d'emmener Mme Motel et sa famille au fond pour un dernier adieu,
18:53pour qu'elle puisse faire la paix avec elle et qu'elle puisse faire son deuil.
18:57Donc pensez bien que ce genre d'événement, et surtout le cinquantième,
19:01le vivre comme on l'a vécu aujourd'hui, avec du monde, avec une belle messe,
19:04avec l'évêque qui est présent, avec plein de monde, franchement, c'est que du bonheur.
19:09Je pense qu'il est important de commémorer la catastrophe de 1976,
19:13mais aussi tous les mineurs qui ont laissé leur vie dans les différentes catastrophes,
19:18qui a connu le bassin Houillet, et même toute la profession minière,
19:21parce que c'est quand même elle qui a façonné nos vies, notre culture, notre façon d'être,
19:27nos villes, nos quartiers.
19:28Enfin, la mine, c'est la vie de tous les jours et encore aujourd'hui.
19:33Une commémoration indispensable, à travers les décennies,
19:36sur un site qui attend de retrouver des couleurs.
19:39Qu'est-ce que vous souhaitez faire pour préserver le site ?
19:41Ou en tout cas, quelle est votre ambition ou votre souhait ?
19:44Alors, la particularité, il faut savoir que ce site de Vouters appartient pour partie
19:48à la communauté de communes et pour une autre partie à la ville de Frévin-Merlebac.
19:52En ce qui concerne la ville de Frévin-Merlebac, nous allons y aménager une salle des fêtes,
19:58dans l'ancienne partie qui était les anciens douches.
20:01Bien sûr, en respectant toutes les caractéristiques architecturales,
20:06il y a des belles voûtes, il y a des châssis métalliques, il y a la brique rouge.
20:09Il faut rester dans cet esprit, dans cet aspect minier.
20:15Donc, une salle des fêtes pour la ville de Frévin-Merlebac.
20:19Pour l'autre partie, les projets de la communauté de communes sont en cours de finalisation.
20:23Mais en tout cas, ce qu'il faut savoir, c'est que nous, pendant ce mandat,
20:26on a pris la décision de redonner un coup de jeunesse,
20:31tout en conservant l'aspect minier tel qu'il est présenté là.
20:36Et ce sera forcément un projet à la fois communauté de communes et ville de Frévin-Merlebac.
20:41Vous parliez de préserver l'architecture, c'est préserver de toute façon un pan du patrimoine ?
20:46Tout à fait, tout à fait. Il faut garder cet aspect, il faut garder l'âme même des bâtiments.
20:51C'est le mot-clé qu'il doit diriger et amener les architectes à nous faire des propositions.
20:57Il faut garder l'âme de ce bâtiment.
21:0030 septembre 1976, 30 septembre 2026,
21:04l'espoir de vivre encore 50 ans de commémoration de ce genre-là est peut-être trop ambitieux.
21:10Vous pensez que ça pourra durer encore 50 ans supplémentaires ?
21:13Oh non, ça s'épuise.
21:16Il y a de moins en moins de mineurs, de moins en moins de bénévoles.
21:21On s'est dit, il y a quelques années, on s'est dit dans 5 ans, ça sera terminé.
21:25Mais il y a quelques années qui sont passées, ça continue.
21:29Mais je ne sais pas si ça va continuer 10 ans.
21:32Mais vous, vous êtes encore là pour le faire ?
21:34Nous, on est encore là pour le faire.
21:36En attendant la relève, les bénévoles continuent de remonter les souvenirs du fond au jour.
21:44Il aura fallu un peu plus de 4 semaines pour sécuriser le chantier
21:49et encore un petit peu plus pour retrouver ses esprits et redescendre, travailler là-bas.
21:53Pour les 6000, 7000 mineurs qui étaient là chaque jour sur le site de Framin Merlebach,
21:59c'est une catastrophe, un terrible accident qui restait dans les esprits jusqu'à la fermeture du site en septembre
22:042003.
22:05Et vous l'avez vu à travers ces images et ce témoignage que c'est encore bien gravé dans les
22:10mémoires 50 ans après.
22:11Mohamed Béna Saghir, 27 ans, ouvrier mineur, marié, père d'un enfant.
22:25Jean Bourg, 36 ans, ouvrier mineur, marié, père de quatre enfants.
22:31François Cordonnier, 30 ans, ouvrier mineur, marié et père de deux enfants.
22:38Romano Cribelotto, 36 ans, ouvrier mineur, marié et père de deux enfants.
22:44Erwin Dor, 34 ans, ouvrier mineur, marié et père de deux enfants.
22:50René Grossman, 46 ans, ingénieur, marié et père de deux enfants.
22:56Roger Carman, 41 ans, chef Pauillon, marié et père de deux enfants.
23:03Édouard Marc, 38 ans, ouvrier mineur, marié et père de deux enfants.
23:09André Maudreux, 31 ans, pourriant de quartier, marié et père de trois enfants.
23:16Bertrand Parizeau, 19 ans, ouvrier mineur, célibataire.
23:22Jean-Claude Reinhardt, 28 ans, ouvrier mineur, marié et père de deux enfants.
23:28Dante Sarli, 42 ans, ouvrier mineur, marié et père de cinq enfants.
23:33Paul Weber, 35 ans, pourriant, marié et père de deux enfants.
23:40Siegfried Weiler, 36 ans, pourriant, marié et père d'un enfant.
23:45Hubert Zerger, 28 ans, pourriant, marié et père de deux enfants.
23:58Sous-titrage Société Radio-Canada
23:58Sous-titrage Société Radio-Canada

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