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  • il y a 2 semaines
En deux décennies, les primaires ont bouleversé la vie politique française. Présentées comme un progrès démocratique destiné à redonner la parole aux militants et à légitimer les candidats, elles ont pourtant produit un paradoxe spectaculaire : en 2017, leurs deux vainqueurs, François Fillon et Benoît Hamon, ont été balayés dès le premier tour de l'élection présidentielle, ouvrant la voie à l'irruption d'Emmanuel Macron et à l'effondrement durable des partis traditionnels.En vue de l'élection présidentielle de 2027, elles font pourtant leur grand retour à gauche. Cinq candidats s'affrontent lors du premier tour, les 9 et 10 octobre prochains. Ces primaires parviendront-elles à faire émerger un candidat social-démocrate rassembleur et à mobiliser un électorat, ou la malédiction politique des primaires frappera-t-elle de nouveau ?Pour en débattre, Ali Baddou reçoit Patrice Duhamel, journaliste politique, Françoise Fressoz, éditorialiste au Monde, et Rémi Lefebvre, professeur de science politique à l'université de Lille et spécialiste des campagnes électorales.

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Transcription
00:01Paris partyrisée et Paris libérée.
00:08Aucune femme ne recourt de gaieté de coeur à l'avortement.
00:11Vous n'avez pas M. Mitterrand le monopole du coeur.
00:14Qui s'aime la misère récolte la colère, c'est ce qu'ils ont aujourd'hui.
00:16La justice française ne sera plus une justice qui tue.
00:27Quand on regarde la composition de cette primaire,
00:31presque aucun n'est resté au Parti Socialiste après.
00:35Pas plus le vainqueur que les vaincus.
00:38Franchement, qu'un parti puisse organiser une primaire
00:40au terme de laquelle plus personne n'est au Parti Socialiste,
00:44ça n'avait aucun sens.
00:46Bonsoir, ravi de vous retrouver et bienvenue dans Débat Doc
00:49avec un documentaire exclusif pour la chaîne parlementaire ce soir.
00:54Primaire, une machine à perdre, il y a un point d'interrogation.
00:57Le film est écrit par Patrice Duhamel et Michel Cotta,
01:01réalisé par Pauline Pallier.
01:03Elles ont été présentées comme une promesse démocratique.
01:06Les primaires ont produit en 2017 un paradoxe spectaculaire.
01:10Cette année-là, les deux vainqueurs, à droite François Fillon,
01:13à gauche Benoît Hamon, sont balayés dès le premier tour de la présidentielle.
01:18C'est le récit de cette ascension et de cette chute que vous allez découvrir.
01:22En 2027, vous savez que la gauche social-démocrate renoue avec l'exercice.
01:27La malédiction est-elle toujours là ?
01:30Nous en débattrons avec Patrice Duhamel, co-auteur du documentaire,
01:34Françoise Fressoz, journaliste et éditorialiste au journal Le Monde,
01:38et Rémi Lefebvre, politiste et spécialiste des primaires et des processus électoraux.
01:43Débat doc, c'est parti !
01:48Pour qu'une primaire soit réussie, il faut qu'elle porte l'idée d'une victoire.
01:52J'ai le caractère aujourd'hui pour accomplir cette tâche.
01:56Quand il n'y a pas de chef qui s'impose à la totalité des troupes, il faut bien en
02:00choisir un.
02:01C'est de là, de cette primaire, que va émerger le candidat qui peut demain rassembler la gauche.
02:07Une primaire est nécessaire quand il n'y a pas d'autre solution.
02:10Pour devenir président, il faut l'avoir été, et bien moi je pense exactement le contraire.
02:14Les débats, ils peuvent faire apparaître de nouvelles personnalités.
02:17C'est un peu comme dans la télé-réalité.
02:19Chaque personnage finit par incarner une ligne.
02:22Quand la droite est de droite, elle n'a pas besoin de laisser sa place à l'extrême droite.
02:27C'est des débats qu'on n'a jamais ailleurs, c'est des débats qu'on a très rarement dans
02:31d'autres instances.
02:31Il y a une démocratie, la compétition n'a jamais fait de mal à personne.
02:35Les débats, c'est des moments de vérité en fait.
02:37C'est fratricide, c'est forcément violent.
02:40Elle crée plus de division qu'elle n'assure de rassemblement.
02:44Mais la division est le produit d'une promesse électorale non tenue.
02:50Je ne m'enregistrais pas là, c'est dommage.
02:52Si, mais j'ai...
02:53C'est qu'à part François Hollande qui l'a gagné parce qu'il a beaucoup surfé sur l'anti
02:57-sarkosisme,
02:58jamais un vainqueur de la primaire n'a remporté l'élection présidentielle.
03:02Donc primaire, machine à perdre, oui certainement on peut le dire.
03:34Il est 20 heures.
03:38En tête, Jacques Chirac, 20% des voix, énorme surprise.
03:42Jean-Marie Le Pen semble devoir être le second avec 17% des voix.
03:46C'est une douche froide, le mot est faible.
03:48C'est un véritable état de choc qui règne ici au quartier général de Lionel Jospin.
03:55Le premier tour des élections présidentielles délivre toujours dans notre pays un message très fort.
04:00Ce soir, il est tout à fait bouleversant.
04:02Et nous vivons là les conséquences de la dispersion évidente des voix de gauche.
04:07Jean-Pierre Chevènement, 5,3. Noël Mamère, 4,9.
04:10Pour 2002, des candidats n'auraient pas dû se présenter.
04:16Parce que Lionel Jospin avait gouverné avec les socialistes, les communistes, les écologistes.
04:23Et donc d'avoir voulu faire du premier tour de l'élection présidentielle une primaire,
04:27on a eu le résultat que l'on sait, c'est-à-dire Le Pen au second tour.
04:32N'oubliez pas que c'est par les élections qu'il est arrivé au pouvoir.
04:35Pour la première fois dans l'histoire politique française,
04:38le match présidentiel se joue entre la droite et l'extrême droite.
04:42Pour les socialistes, c'est la fin de la désignation naturelle du leader à l'élection présidentielle.
04:52Les logiques, longtemps, ont été fondées sur la prédominance des partis.
04:58C'était le parti qui faisait qu'il y avait une cordière qui s'imposait.
05:03Dans la famille de gauche, au sens large, il y a de toute façon une culture qu'il faut négocier
05:09en interne.
05:09La verticalité, elle est beaucoup plus propre à un leader désigné de droite qu'à un leader de gauche.
05:17Nous, on n'a pas ces cultures de... Il y a des courants dans le parti.
05:21Nous, on a la culture du chef.
05:23Donc pour nous, le chef, c'était le chef du parti, c'était le candidat naturel.
05:28Dès lors qu'on a douté de la capacité des partis à choisir les candidats,
05:34les primaires se sont imposées.
05:35Avec la primaire, pour la première fois, ce jeu est bouleversé.
05:39Ce sont les citoyens eux-mêmes qui peuvent influencer,
05:42qui dépossèdent les partis politiques de cette prérogative
05:45en désignant ce candidat directement, sans passer par le filtre traditionnel des partis politiques.
05:55Bonsoir, merci d'être en direct.
05:58Cette soirée est une première dans l'histoire politique de ce pays
06:02et c'est une première pour la télévision.
06:04Bienvenue à vous trois sur ce plateau.
06:06Laurent Fabius, bonsoir.
06:07Bonsoir.
06:08Dominique Soscan, bonsoir.
06:09Bonsoir.
06:10Il y a Ségolène Royal qui casse les codes, un certain nombre de codes de gauche.
06:14Ségolène Royal, bonsoir.
06:16Et le pays voulait ça.
06:18Et donc dans la primaire, Ségolène Royal a l'incarné cette demande.
06:21Je voudrais savoir qu'est-ce qui vous différencie les uns les autres ?
06:26Ce qui fait ma différence, c'est déjà aux autres de le dire.
06:29On est parfois peut-être les plus mal placés.
06:33En tout cas, il y en a une qui est visible, sur laquelle je n'insisterai pas.
06:39Il y avait aussi une vraie effervescence avec elle, puisqu'elle était la favorite,
06:45non pas des sondages, mais la favorite des Français,
06:47parce qu'elle avait gagné une vraie légitimité depuis un moment très particulier,
06:52les régionales de 2004.
06:53Alors que DSK, Fabius, étaient beaucoup plus classiques.
06:57C'étaient des gens qui, évidemment, avaient une légitimité,
06:59avaient une stature présidentielle, mais ils étaient beaucoup plus classiques.
07:02Il y a toute une série de discussions techniques qu'on peut avoir.
07:05Et il est important de maîtriser la technique.
07:08Mais ce qui compte, c'est le projet politique.
07:10Mon projet, il est social.
07:12Avant tout social, je l'ai dit.
07:14J'avais assez tôt compris, au-delà du lien qui munissait à Ségolène Royal,
07:20qu'elle était portée par une part de l'opinion,
07:24et notamment par l'électorat socialiste.
07:26Là, elle était en concurrence avec deux personnalités très fortes,
07:32Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn, et rien n'y a fait.
07:35Ce que je souhaite, c'est incarner un désir d'avenir.
07:38C'est que la France se dise qu'elle a plein de talents.
07:43Il faut reconnaître.
07:44L'image de Ségolène Royal, à ce moment-là, est très positive.
07:47Elle change.
07:47C'est une femme.
07:49Elle parle directement.
07:51Elle traite de la question de la sécurité à travers l'idée de l'ordre juste,
07:54qui est une formidable formule qui aurait presque dû être totalement le slogan et le cœur de sa campagne.
08:00Oui, je revendique l'objectif d'ordre juste et de sécurité durable.
08:07Pour moi, c'est ça 2007, c'est vraiment 2006-2007, l'émergence d'une demande de plus grande radicalité,
08:14de candidats un peu différents.
08:15Sa victoire était celle, elle l'a appelée ainsi d'ailleurs, d'un désir de sa candidature.
08:21Et c'est pourquoi elle l'a emportée largement.
08:24Ségolène Royal l'emporte avec plus de 60% des voix.
08:28L'événement, c'est aussi le succès des débats organisés par les chaînes parlementaires,
08:33avec près de 700 000 téléspectateurs.
08:36Amel, dans son fief électoral, Ségolène Royal a le grand sourire des vainqueurs.
08:40Je veux la féliciter de son beau succès.
08:44Je lui souhaite bonne chance pour le grand combat contre la droite et l'extrême droite.
08:51C'est désormais à Ségolène Royal de ressouder le Parti Socialiste
08:54pour s'imposer comme vrai leader de la gauche face à Nicolas Sarkozy.
08:59Nous, on n'avait pas à ce moment-là de problème de leadership.
09:01Tout le monde était d'accord pour intégrer qu'après Jacques Chirac, ce serait Nicolas Sarkozy.
09:07Et donc, c'était un objet un peu non identifié pour nous.
09:11Je mesure l'immense responsabilité de ne pas décevoir toutes celles et ceux qui espèrent.
09:19Je me suis dit, tiens, un exercice intéressant au Parti Socialiste
09:23qui a fait exploser complètement les favoris et qui a permis l'émergence d'une femme.
09:30Je me suis dit, ça ne peut arriver qu'à gauche.
09:36Ségolène Royal, quand elle est sortie de cette primaire, a été plutôt considérée comme pouvant l'emporter.
09:42Ce n'est que dans la campagne que ça s'est inversé.
09:453, 2, 1, Nicolas Sarkozy est élu nouveau président de la République avec 53 %.
09:55Ségolène Royal échoue avec seulement 47 % des suffrages.
09:59Ses concurrents de la primaire ne l'ont pas franchement soutenu.
10:03Et elle n'a pas vraiment réussi à resserrer les rangs.
10:15Pour la présidentielle de 2012, les socialistes choisissent 7 fois la primaire ouverte face à l'hyper-président Nicolas Sarkozy.
10:22La bataille interne sera rude.
10:25Dominique Strauss-Kahn était le favori de cette primaire et même de l'élection présidentielle.
10:31Il ne faut jamais l'oublier.
10:32Tout bascule le 14 mai 2011 avec le crash de Dominique Strauss-Kahn à New York.
10:39Et donc le jeu est de nouveau ouvert et la primaire s'impose plus que jamais.
10:50Le 15 septembre 2011, ces primaires s'installent sur France 2.
10:54Le succès est immédiat avec près de 5 millions de téléspectateurs.
10:59Bonsoir, merci d'être avec nous, c'est une soirée politique inédite que nous allons vivre ensemble.
11:04La primaire, comme les débats télévisés donc, qui sont organisés pour cela, marque un changement absolu de culture.
11:12C'est un formidable spectacle. Voir des personnalités qui appartiennent théoriquement à une même famille, plus ou moins large, se
11:21faire une dispute devant les Français, franchement, les chaînes d'information auraient tort de s'en priver.
11:27Ils sont réunis ici pour la première fois sur un plateau de télévision pour parler de leurs projets, de leurs
11:35priorités. Bonsoir.
11:36Tous les électeurs peuvent participer à cette primaire ouverte. Il suffit de payer 2 euros et de signer la charte
11:43des valeurs de la gauche.
11:44Arnaud Montebourg. Bonsoir.
11:46Jean-Michel Baillet. Bonsoir.
11:48François Hollande. Bonsoir.
11:50Martine Aubry. Bonsoir.
11:52Manuel Valls. Bonsoir.
11:53Ségolène Royal. Bonsoir.
11:55Tout le monde, quand je dis tout le monde, c'était dans les commentateurs, était persuadé que Ségolène Royal allait
12:01arriver en tête.
12:02Sur un plan politique, est-ce que vous diriez que vous êtes plus à droite, plus à gauche, plus libérale,
12:08plus dirigiste ?
12:09En 2007, elle avait un lien avec notamment le corps électoral le plus radical, le plus mobilisé.
12:15Mais ce qu'on ne voyait pas, c'était que ce lien, c'était considérablement distendu.
12:19D'abord, je ferais la République du respect, je ferais l'ordre social juste avec la participation.
12:24Et puis, de vague en vague, Ségolène Royal reculait.
12:27La finalité de la participation du peuple de gauche, des électrons de gauche, à la primaire et à la primaire,
12:34c'était,
12:34et je l'ai dit de manière presque triviale, mais c'est comme ça que c'était dit, désigner celui
12:38qui va nous débarrasser de Nicolas Sarkozy.
12:41Il y a beaucoup de bons profils autour de la table, François Hollande ?
12:44Oui. Vous savez, nous allons sortir en 2012 d'une présidence éprouvante.
12:50Alors j'allais dire, le président ou la présidente que les Français attendent pour 2012, c'est celui ou celle
12:57qui aura cette constance, cette cohérence, cette stabilité.
13:02On se souvient surtout d'une Martine Aubry en contrôle, d'un François Hollande extrêmement prudent.
13:08Il voulait surtout assurer leur place au premier, plutôt leur qualification pour le second tour.
13:13Le bon profil, il y en a beaucoup autour de la table, mais le bon profil, c'est celui qui
13:17incarnera le mieux les valeurs de la France en lui apportant, bien sûr, les réponses d'aujourd'hui.
13:22Moi, je suis un peu en marge du Parti Socialiste. Je suis très critique sur la direction incarnée par Martine
13:29Aubry.
13:29Elle a voulu même, à un moment, m'éjecter, m'exclure du Parti Socialiste.
13:35Donc oui, c'est l'occasion d'affirmer une ligne sociale libérale.
13:40Vous dites, priorité numéro un, on arrive au pouvoir, le rétablissement des finances publiques, c'est-à-dire qu'il
13:46faut augmenter les recettes et diminuer les dépenses.
13:47En tout cas, il faut aller vers l'équilibre de nos finances publiques.
13:50Et la deuxième priorité, elle est liée, parce que sans croissance, il n'y aura pas de recettes, c'est
13:55le soutien à la compétitivité.
13:56Il y a bien sûr, dans un processus de primaire, toujours des candidats qui savent bien qu'ils ne vont
14:02pas être le gagnant,
14:03mais qui se positionnent pour la suite, qui se positionnent pour être quelqu'un qui pèse,
14:09et qui donc pourra ensuite rentrer dans le gouvernement, voire occuper des fonctions éminentes, comme Manuel Valls.
14:14Les débats, ils peuvent faire apparaître de nouvelles personnalités,
14:18ça a été le cas pour Arnaud Montebourg et moi, mais aussi les différences qui peuvent exister.
14:23Puisque pour gagner une élection, vous êtes obligés de marquer la différence.
14:27Sachez bien qu'il y a 150 000 jeunes, 150 000 sur une génération qui fait à peu près 650
14:33000,
14:34qui sortent sans diplôme, sans qualification, sans formation.
14:37Et pour un candidat à la présidence de la République, pour celui qui veut changer son pays,
14:41même dans ce contexte de crise, surtout dans ce contexte de crise, il faudrait rien dire.
14:44J'avais trouvé, je pense, la bonne façon d'être en relation avec les Français sur ce scrutin-là.
14:51C'est vraiment à ce moment-là que le vote utile s'est imposé dans cette primaire de manière massive.
14:57Ça ne veut pas dire qu'il n'y avait pas d'adhésion à François Hollande,
14:59mais l'objectif de ce corps électoral prioritaire, et on le mesurait aussi,
15:04c'était vraiment un vote utile anti Nicolas Sarkozy.
15:08Je n'aime pas les richesses. Est-ce que vous regrettez, d'abord, une petite phrase ?
15:10Je regrette d'avoir peut-être utilisé une formule trop rapide.
15:12Qu'est-ce que je voulais dire ?
15:14Je n'aime pas la richesse insolente.
15:15Je n'aime pas les rémunérations indécentes.
15:18C'est un homme proche des gens qui s'était une proximité identificatoire.
15:22Il nous ressemble, il est comme nous.
15:25Il va se distinguer de la présidence exceptionnelle de Nicolas Sarkozy
15:29avec sa présidence normale.
15:31François Président !
15:35Le 16 octobre 2011, François Hollande l'emporte largement face à Martine Aubry.
15:42Mais les débats ont mis en lumière de nombreuses divergences.
15:46Martine Aubry et François Hollande s'embrassent
15:49et le candidat désigné prend la main de sa rivale
15:51comme pour mieux faire oublier les dernières piques de l'entre-deux-tours.
15:54Autant je trouvais que l'engouement par la participation était encourageant,
16:01autant je pouvais m'inquiéter du succès médiatique de ces débats.
16:06Parce que, même s'ils auraient été plutôt maîtrisés, encadrés,
16:12et que ça n'a pas eu de débordement,
16:14néanmoins, ça donne l'image d'une fracture.
16:18Ça donne l'image d'une division.
16:20Cette embrassade n'est telle que de circonstances,
16:23les bons sentiments et les sourires de façade.
16:27J'ai trouvé qu'il y avait des points de flou,
16:30j'ai bien compris qu'il essayait de passer entre les gouttes
16:32quand je lui posais un certain nombre de questions.
16:34Ma grand-mère disait quand c'est flou c'est qu'il y a un loup.
16:37Des expressions comme celle de Martine Aubry,
16:39quand c'est flou il y a un loup,
16:41ou même une expression sur la gauche molle.
16:44Un candidat flou, une gauche molle,
16:46son rival préfère sourire de ses attaques.
16:51Vous traînez ça pendant des semaines et des semaines,
16:55mais vous ne le traînez pas simplement pendant la campagne.
16:58Ça c'est une chose,
16:59mais vous le traînez même une fois que vous avez été élu,
17:01puisque c'est finalement au sein de votre propre famille
17:04que ces arguments sont utilisés,
17:06c'est qu'ils doivent être vrais.
17:08Les polémiques elles sont inéluctables si je puis dire,
17:12mais d'où l'importance pour le vainqueur
17:15d'arriver à cautériser les plaies,
17:17à rassembler la famille, à le faire immédiatement,
17:20pour que ceux qui ont porté ces polémiques,
17:22eh bien, envoient un signal fort et clair
17:25que maintenant ils sont derrière le candidat désigné.
17:27Sinon, ça vous affaiblit.
17:29La logique aurait voulu que vainqueur de la primaire
17:34devienne même chef du parti pendant le temps de la campagne.
17:39La question même se pose,
17:40est-ce que Martine Aubry doit rester première secrétaire du PS ?
17:44Il y avait Martine Aubry,
17:46et comme Martine Aubry en plus avait été une concurrente,
17:50c'eût été tout à fait,
17:52non pas simplement désagréable,
17:54mais un signe de division supplémentaire
17:57que de revendiquer de lui prendre en plus sa place de premier secrétaire.
18:01Il ne veut pas provoquer une crise avec Martine Aubry
18:04parce qu'il pense que ça va affaiblir notre campagne.
18:10Le 6 mai 2012, 7 mois après sa victoire aux primaires,
18:15François Hollande est élu président de la République.
18:20Mais ce succès n'efface pas les divisions internes.
18:25La synthèse s'est révélée difficile.
18:29On voit déjà apparaître ceux qui deviendront, deux ans plus tard,
18:34les frondeurs.
18:37Donc c'est pour ça que chaque fois qu'il y a une primaire,
18:40elle crée plus de division qu'elle n'assure de rassemblement.
18:45Et donc elle va avoir des conséquences à la fois de division à l'intérieur
18:51et d'utilisation de ce qui s'est passé dans la primaire par les concurrents extérieurs.
19:03En 2017, la droite organise à son tour une primaire ouverte.
19:087 candidats, 10 000 bureaux de vote.
19:12Elle espère ainsi susciter un élan auprès des électeurs
19:15et départager les ténors.
19:18La campagne sera vigoureuse.
19:22Bonsoir à tous.
19:23Au nom du télé, bienvenue dans cette salle Vagram qui a déjà accueilli des matchs de boxe.
19:27Mais là, on est dans un débat républicain.
19:29Vous connaissez les règles.
19:31Vous avez le même temps de parole.
19:32Tous les sets, des réponses qui feront une minute.
19:35On avait quand même tous les éléphants de la politique française à droite de l'époque.
19:38Vous avez quand même parmi les candidats
19:41un ancien président de la République qui essaie de faire son retour
19:43et notamment deux premiers ministres.
19:47Quand il n'y a pas de chef qui s'impose de façon consensuelle
19:52à la totalité des troupes, il faut bien en choisir un.
19:55J'ai annoncé ma candidature déjà dès 2015, autant que je me souvienne.
19:59Ça avait surpris un petit peu à l'époque d'ailleurs.
20:02Mes propres amis ne s'y attendaient peut-être pas.
20:05Nous, on pensait au démarrage de cette primaire de 2016
20:08que c'était le grand retour de Sarkozy
20:10et que Sarkozy allait faire ce qu'on appelait l'effet blast
20:14et que finalement nous allions tous devoir nous ranger derrière lui.
20:18Très vite, le débat se concentre sur le bilan de la présidence Sarkozy.
20:23Nicolas Sarkozy, comment expliquez-vous que tous ces candidats soient là contre vous ?
20:29D'abord ils ont le droit d'être candidats,
20:30de même qu'ils avaient le droit d'accepter les responsabilités que je leur ai confiées.
20:34Il y a une démocratie, la compétition n'a jamais fait de mal à personne.
20:38Nicolas Sarkozy est arrivé et n'avait pas renouvelé son offre politique.
20:43C'est-à-dire qu'il refait quelque chose autour de la critique, du manque d'autorité, etc.
20:49Mais on a l'impression qu'il n'y a pas de nouveauté et la société elle a changé.
20:52Au fil des débats de la primaire, on s'est rendu compte
20:55que finalement Sarkozy n'apportait plus d'idées neuves dans le débat.
21:00Alain Juppé, pourquoi vous ?
21:04Nous vivons dans un monde instable et dangereux, nous en avons parlé.
21:07L'avenir est à la fois lourd de menaces et riche de promesses.
21:12Face au bilan du couple Sarkozy-Fillon,
21:14Alain Juppé apparaît dans les sondages comme le grand favori.
21:18Lorsqu'on commence nos enquêtes, Juppé culmine à 44% pour le premier tour.
21:24Et François Fillon est dans la zone des 9%.
21:27Les sondages, quand ils sont pendant des mois et des mois tous convergents
21:30et qui me donnaient une très large avance,
21:32ça finit par vous donner une certaine confiance dans les choses.
21:36Et du côté de l'équipe de François Fillon,
21:41certains commençaient à prendre contact avec mon équipe
21:44pour rejoindre le camp majoritaire, c'est-à-dire le mien.
21:47Je voudrais faire remarquer, c'est ça l'intérêt de ce débat,
21:50il n'y a pas d'un côté ceux qui savent et puis de l'autre ceux qui sont juste
21:52là pour prendre des cours.
21:53Je ne m'attendais pas à gagner et d'ailleurs ça me donnait une grande liberté dans les débats.
21:59Il y a des millions de Françaises et de Français qui n'ont rien demandé à personne,
22:01qui travaillent ou qui ont travaillé sur leur retraite aujourd'hui et qui sont pointés du doigt.
22:06Donc il faut leur répondre.
22:07François Fillon honnêtement me regardait de haut en bas parce que c'était une manière pour lui,
22:12et on peut le comprendre, de régler son compte.
22:14Le chômage a augmenté les deux fois, la délinquance, l'immigration.
22:19Donc je ne vois qu'une solution par rapport à ça.
22:21Nicolas Sarkozy ne me regardait pas du tout.
22:23Et la droite décomplexée, je termine là-dessus, la droite décomplexée c'est de dire on change les règles.
22:27C'est vous dire que la tension était forte et c'est normal parce que c'est un combat d
22:31'hommes
22:32et que la primaire, qu'on le veuille ou non, c'est un combat d'hommes.
22:35Une question simplement peut-être.
22:37Vous en avez vous-même parlé hier soir Nicolas Sarkozy.
22:40Avez-vous, oui ou non, reçu de l'argent liquide de Lili pour financer votre campagne de 2007,
22:46comme l'a affirmé l'intermédiaire Ziad Taqeddin ?
22:49Alors pas seulement dans les médias mais à la justice française hier aussi.
22:53Quelle indignité.
22:56Nous sommes sur le service public.
22:58Vous en avez parlé vous-même hier soir.
23:00Vous n'avez pas honte de donner écho à un homme qui a fait de la prison.
23:06Les affaires financières vont s'inviter dans le débat.
23:09François Fillon est très offensif.
23:11Il prend pour cible Nicolas Sarkozy.
23:14Il incarnait une morale en politique, vous savez, le coup de poignard efficace qu'il avait fait contre Sarkozy.
23:22En disant le général de Gaulle mis en examen.
23:24Vous vous souvenez de cette célèbre phrase ?
23:25Qui imagine un seul instant le général de Gaulle mis en examen ?
23:29Fillon a déclenché les hostilités et donc les affaires se sont invitées dans la primaire.
23:34Il ne sert à rien de parler d'autorité quand on n'est pas soi-même irréprochable.
23:41Et il est apparu, j'allais dire, exempt des affaires contrairement à Nicolas Sarkozy.
23:46Et François Fillon il est probablement le plus à droite mais il est surtout le plus libéral.
23:50Et il y avait un créneau sur le plan économique auprès des électeurs de la primaire
23:56effectivement autour d'un programme de diminution forte du nombre de fonctionnaires.
24:00Il ne s'agit pas de supprimer des postes de fonctionnaires pour le plaisir, on sait bien qu'il y
24:04a besoin de fonctionnaires.
24:05Mais il s'agit de regarder si c'est possible de continuer avec une fonction publique grosso modo à 5
24:11,5 millions de personnes
24:13alors que nous empruntons tous les jours pour payer les salaires d'aujourd'hui.
24:17Pourquoi je propose 500 000 ? Parce que j'augmente le temps de travail.
24:20Je ne sais pas si vous vous souvenez, c'était une surenchère pour savoir combien de postes de fonctionnaires on
24:24allait supprimer.
24:26Certains 500 000, etc. Donc j'ai évité de me lancer dans ce genre d'enchères.
24:31Je pense que 500 000, ça n'est pas possible. François a annoncé d'abord 600 000, puis 500 000.
24:36D'abord 500 000 fonctionnaires, maintenant c'est 500 000 fonctionnaires et emplois publics.
24:41Pour moi, celui qui correspondait le plus à mes convictions politiques, à mon ADN politique, c'était Alain Juppé.
24:49Il avait raison sur le fond, mais cette proposition de François Fillon, elle avait de l'impact, elle était lisible,
24:55et elle a joué auprès d'un corps électoral qui était libéral.
24:58Et très clairement, se fait l'idée, l'idée qui fait son chemin, c'est que Alain Juppé pourrait être
25:04un bon président,
25:05mais ne sera peut-être pas un bon candidat.
25:07Le sujet est beaucoup plus important qu'on ne le dit, et il a été ouvert, Alain, par toi.
25:13François, je me demande encore quel est le programme que nous pouvons bâtir avec François Bayrou,
25:19qui n'a cessé depuis trois mandats de voter avec la gauche, contre Jacques Chirac et contre nous.
25:25François Bayrou suscitait dans les troupes militantes du parti gaulliste une sorte de rejet quasi passionnel.
25:34Alors, ça m'a apporté des choses d'un côté, ça m'a redranché de l'autre.
25:37Et pendant ce temps-là, François Fillon déroule son projet, déroule dans sa campagne et dans les débats un discours
25:45en s'adressant aux Français.
25:46Le résultat du premier tour de la primaire, j'étais au restaurant avec ma femme et mes enfants, je ne
25:52vous cache pas que...
25:53Alors, dans la journée, on avait commencé à dire, les deux jours précédents, bon, ça bouge un petit peu, mais
25:59enfin, personne ne s'attendait à un tel écart.
26:01François Fillon, 42,8%. Alain Juppé, 26%.
26:09Accueilli en vainqueur, François Fillon remporte haut la main ce premier tour des primaires à droite.
26:15L'ancien premier ministre est arrivé en tête avec plus de 44% des voix, très loin devant ses adversaires.
26:23Donc là, l'outil a été semi-performant parce qu'on est très loin quand même du résultat final.
26:29On l'a à 30%, il fait un résultat bien plus élevé.
26:33C'est la surprise de cette soirée. Nicolas Sarkozy éliminé, c'est le grand perdant de la primaire avec un
26:39peu plus de 20% des votes.
26:43Avec 1,4%, Jean-Frédéric Poisson devance Jean-François Copé.
26:48Je pense que dans toute l'histoire de l'univers, c'est le plus mauvais résultat électoral jamais réalisé.
26:55Vraiment, là, je me suis débrouillé pour me distinguer en faisant le plus mauvais de tous les scores. Je crois
26:59que c'était 0,3%.
27:00Soit un score équivalent à celui des bulletins nuls et blancs enregistrés pour ce premier tour de la primaire.
27:07J'ai souvent dit à cette époque, ce ne sont pas les sondages qui font le résultat, ce sont les
27:11débats qui font les sondages.
27:13Dans l'entre-deux tours, deux visions politiques s'opposent.
27:17Une droite très ferme sur l'immigration, face à une identité heureuse.
27:22Une idée sans doute bien trop à gauche pour un candidat à une primaire de droite.
27:27Pour moi, l'identité de la France, c'est d'abord sa diversité.
27:32Et j'ai peut-être là une divergence avec François, parce que nous ne sommes pas tous pareils.
27:36Nous avons des origines différentes, nous avons des religions différentes, certains n'en ont pas.
27:41Nous avons aussi des idées politiques différentes et c'est une richesse, c'est une force.
27:45Je considère, pour ma part, qu'il y a une forme de religion musulmane qui est compatible avec la République.
27:53Si on part du principe que ce n'est pas compatible, ça veut dire qu'il faut mettre dehors 5
27:57millions de Français.
27:58Donc ça me semble une aberration.
27:59Et François Fillon, lui, à l'inverse, avait compris de manière très très très forte
28:05que la question de l'immigration et de la montée de l'islamisme serait un élo.

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