Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 25 minutes
Selon un sondage YouGov publié ce samedi 3 octobre, 60% des Français jugent les propos antisémites attribués à Jordan Bardella dans une enquête de Mediapart "graves". Cependant, seulement moins de quatre sondés sur dix pensent qu'il devrait démissionner de la présidence du RN.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00Il est 22h02 et nous accueillons notre invité, c'est Pierre Moscovici. Bonsoir.
00:04Bonsoir.
00:04Membre de la Cour des Comptes Européennes et ancien ministre de l'Economie.
00:08Je voudrais qu'on commence avec cette toute dernière réaction qui concerne les accusations de messages antisémites visant Jordan Bardella
00:17suite aux révélations de Mediapart.
00:19On rappelle évidemment ce qui s'est passé cette semaine. Mediapart a publié ses messages datant de 2013 attribués à
00:27Jordan Bardella qui était alors jeune militant du Front National.
00:30Ça s'est fait en plusieurs épisodes. Ce jeudi, le journal a détaillé sa méthode, l'extraction de ces conversations
00:37au Messenger qui ont été obtenues auprès de Meta.
00:40Facebook est authentifié par un huissier. Je rappelle que Jordan Bardella continue de clamer son innocence.
00:46Sur ce deuxième volet de révélation, on n'avait jusqu'ici pas entendu Marie Le Pen.
00:52Eh bien, ça y est, elle réagit. Elle le fait dans la tribune dimanche.
00:55Elle dit qu'elle maintient totalement sa confiance à Jordan Bardella.
01:00J'ai totalement confiance en Jordan. Surprenant ou pas ?
01:05C'est une méthode de défense. Vous savez, je suis ça parce que je suis un peu concerné.
01:10puisque je fais partie des ministres juifs ou soutien d'Israël qui étaient visés par ses propos.
01:17On m'a même prêté l'idée folle d'avoir sauvé des entreprises qui ont mis des finances pour venger
01:23Moïse.
01:23Vous êtes effectivement cité dans ces conversations.
01:26Absolument.
01:26Moscovici veut sauver les entreprises françaises pour venger Moïse.
01:30Pour lui, le socialisme, c'est aussi se battre pour le sionisme.
01:34C'est ça.
01:34Voilà les mots qui vous concernent.
01:36C'est un langage typiquement complotiste, effectivement, totalement tiré de la logistique, de la logorée d'Alain Soral.
01:45Bon, j'ai pu réagir jusqu'à présent, mais je vais le faire.
01:48D'abord, pour utiliser une formule qu'aime bien Marie Le Pen, c'est une dinguerie.
01:53Considérer qu'un homme d'État, responsable politique, qui se trouve au ministère de l'Économie et des Finances, en
01:58crise,
01:59sauverait des entreprises, éventuellement même des banques, par je ne sais quel souci de venger Moïse, c'est complètement fou.
02:07Et je ne peux pas penser qu'un responsable politique de haut niveau puisse avoir une telle rhétorique.
02:14Ça me paraît complètement dingue, pour le coup.
02:17Et scandaleux.
02:18Ce sont des propos extrêmement graves.
02:19Après, je ne suis évidemment pas convaincu par la stratégie de défense de Jordan Bardella.
02:24Mediapart que je connais, en général, ne travaille pas son filet.
02:28Ils ont quand même montré que tout ça reposait sur des bases assez solides.
02:33Jordan Bardella aurait pu dire qu'il était jeune, qu'il avait 17 ans, qu'il avait 18 ans,
02:36que c'était à l'époque Jean-Marie Le Pen qui présente parti.
02:39Ils ont choisi de nier tout.
02:41Ça n'est pas convaincant du tout.
02:43Donc il ment ?
02:44C'est ce que vous pensez ?
02:46Gérald Darmanin dit qu'il ment de manière éhontée.
02:49Moi, je ne suis pas garde des sceaux, je ne suis pas juge.
02:52Ce que je vois, en tout cas, je crois que Mediapart sait ce qu'il dit.
02:55Et qu'à partir de ce moment-là, la défense de Jordan Bardella n'est pas convaincante.
03:00Elle n'est pas convaincante.
03:01Et donc, moi, je suis très troublé par tout ça.
03:04D'abord, ça rappelle les racines quand même antisémites du Rassemblement National.
03:09Ça jette un doute sur cet homme qui était, paraît-il, destiné à être Premier ministre.
03:16Et s'il y a un mensonge, c'est extrêmement grave.
03:19Ça redouble encore la gravité de la démarche.
03:23Donc je suis très troublé par tout ça.
03:26Je pense que les Français doivent l'être et que c'est une source de perte de confiance.
03:30Et si, à un moment donné, il persiste dans cette stratégie de la négation,
03:34il faudra démontrer que ces propos sont faux.
03:37Parce que Mediapart a tout de même mis sur la table des éléments extrêmement solides.
03:41Donc que devrait-il faire, par exemple, demander lui aussi ?
03:44J'ai été, moi, l'objet de ces propos antisémites.
03:47Je ne vais pas être leur conseiller technique pour leur défense.
03:49Mais c'est pour ça que je suis surpris par...
03:52Vous êtes relativement réservé, vous pourriez dire, encore une fois.
03:57Non, l'explication de Mediapart est solide.
04:00C'est ce que je viens de vous dire.
04:01Mais pourtant, vous ne dites pas qu'il ment, sûrement.
04:05Il y a dans ce pays une notion à laquelle je tiens beaucoup, qui s'appelle la justice.
04:10Et donc, Jordan Bardella a engagé une procédure judiciaire.
04:14Il dit qu'il y a une diffamation.
04:17Il dit qu'il dément ses propos.
04:19Il le fait avec force.
04:21Comment dire ?
04:21D'une certaine façon, j'aimerais qu'il ait raison.
04:24J'aimerais que ce soit vrai.
04:26Je ne le crois pas.
04:27Je ne le crois pas.
04:28De tout ce que je vois, je ne le crois pas.
04:30J'ai le sentiment que ces propos ont été tenus.
04:33J'ai le sentiment que Mediapart sait de quoi il parle.
04:36Après, voilà, on ne peut pas non plus condamner.
04:39Je ne suis pas juge.
04:40Je suis, pour l'occurrence, plutôt victime.
04:42Je suis choqué, troublé.
04:44Je suis troublé à la fois par les propos eux-mêmes, parce qu'ils disent aussi d'une racine antisémite
04:49qui n'est pas disparue complètement dans l'extrême droite, malgré le discours de Marine Le Pen,
04:55qui, elle, je crois, s'y est engagée de manière assez sincère il y a longtemps.
05:00Et puis, ça dit aussi tout de même que pour se défendre, on est prêt à mentir.
05:05Et ça, c'est gênant, parce que les Français ont besoin d'avoir confiance dans ceux qui se présentent à
05:11leur scrutin.
05:11Mais ce n'est effectivement pas rien ce qui est dit de vous dans ses propos.
05:15Si c'était effectivement ses propos à lui, qu'est-ce que vous réclameriez ?
05:19Des excuses, un minima ?
05:20Je considérerais que si ces propos étaient tenus, ils disqualifient celui qui les aurait tenus pour exercer des fonctions d
05:28'État.
05:29On ne peut pas imaginer que quelqu'un qui aurait écrit des choses pareilles, qui aurait pensé des choses pareilles,
05:34qui aurait dit des choses pareilles, puisse être Premier ministre.
05:37Et ça, c'est inimaginable.
05:38La France ne peut pas, ne doit pas être dirigée comme ça.
05:41Vous savez, il y a une histoire des Juifs et de la République.
05:45Les Juifs sont une partie intégrante de la République.
05:47Les Juifs de France comptent pour ce pays.
05:49C'est une histoire révolutionnaire, c'est une histoire républicaine.
05:53C'est une histoire laïque aussi.
05:55Je n'ai pas été ministre parce que j'étais juif.
05:57Je n'ai pas été ministre comme juif.
05:59Et je ne suis pas sioniste.
06:00Tout ça est totalement faux.
06:01Il se trouve que je suis juif, que ce sont mes origines,
06:05que c'est la culture de ma famille,
06:08que c'est l'histoire de ma famille aussi qui a souffert de la guerre.
06:12Ma mère a été cachée par des justes en Lausanne.
06:14Mon père a été en grand travail en Roumanie.
06:16Donc, je reconnais ça.
06:17Mais ce n'est pas comme juif, et a fortiori pas comme sioniste,
06:20que j'ai occupé des fonctions d'État d'aucune façon.
06:23Vous avez ressenti quoi quand vous avez lu ces mots ?
06:26Vous savez, pardon de le dire,
06:28mais quand on est dans ces positions qui sont les miennes,
06:30et avec la vie qui a été la mienne, on a un peu l'habitude.
06:34D'être visé pour ça ?
06:35Oui, donc on a le cuir un peu épais.
06:37C'est peut-être pour ça que vous me trouvez réservé.
06:38Je ne suis pas réservé.
06:40Je n'affiche pas quelque chose d'émotionnel.
06:42Non, je me suis dit surtout que, d'abord, la bâtiment n'était pas morte,
06:48et que dans les tréfonds de l'extrême droite,
06:52il restait encore cela.
06:54Et que quelqu'un comme Alain Soral,
06:56qui n'est pas n'importe qui,
06:57qui est non seulement antisémite profond,
06:59mais complotiste profond,
07:01puisse inspirer encore des générations qui aspirent au pouvoir,
07:06bon, je pense aussi que ça jette quand même un petit doute
07:09sur la thèse du Rassemblement National de se présenter
07:13comme le défenseur des Juifs de France.
07:15Quand même, il ne faut pas exagérer.
07:16Donc, ça veut dire que le RN de 2026 n'est pas si loin du FN de 2013 ?
07:22Non, je ne dirais pas ça.
07:24Par exemple, je me suis...
07:26J'ai eu l'occasion de...
07:27Je connais Marine Le Pen, j'ai eu des échanges avec elle.
07:30Ce n'est pas ma tasse de thé, ce n'est pas ma conviction politique.
07:33Mais je pense sincèrement que cette femme,
07:35elle a rompu avec l'antisémitisme.
07:36Déjà, en expulsant, d'une certaine façon,
07:39son père du parti qu'il avait créé.
07:42Mais tout de même, dans les racines, dans les tréfonds,
07:45dans la culture de l'extrême droite,
07:46l'antisémitisme n'est pas du tout exclu.
07:48Et Jean-Marie Bardella, il faut quand même rappeler une chose,
07:51c'est qu'il avait dit, il y a quelques années,
07:53qu'il pensait que Jean-Marie Le Pen n'était pas antisémite.
07:55Si quelqu'un qui considérait que les chambres à gaz
07:58étaient à détail de l'histoire n'était pas antisémite,
08:01alors qui est antisémite ?
08:02Jean-Marie Le Pen était un antisémite forcené,
08:05qui a été condamné à plusieurs reprises
08:07pour des propos absolument inqualifiables,
08:10pas seulement outranciers.
08:11Et bon, voilà, Jean-Marie Bardella,
08:14disons, c'est pas net.
08:16C'est pas net.
08:17Et que Marine Le Pen, aujourd'hui...
08:19Alors justement, est-ce que vous êtes surpris ?
08:21Lui, vous dites, vous n'êtes pas convaincu
08:22par la manière dont il se défend.
08:24Mais est-ce que vous êtes surpris
08:25par la manière dont le Rassemblement National,
08:28aujourd'hui, fait bloc derrière lui,
08:31sans laisser la moindre place aux doutes ?
08:34Parce que c'est un bloc.
08:35Voilà, ça nous rappelle ça.
08:36C'est un bloc.
08:37C'est un bloc politique qui est capable,
08:39justement, de faire la torture romaine
08:40et aussi de déployer une certaine violence.
08:44Une violence symbolique.
08:46Je ne parle pas de violence physique,
08:47une violence symbolique.
08:48Et elle est là.
08:48Mais ça veut dire que si finalement
08:50ces propos lui sont attribués
08:51que c'est bien lui,
08:52ils seront tous, les uns autant que les autres,
08:55discrédités par cette affaire ?
08:57Quand même sacrément risqués, non ?
08:59Je pense que s'ils ont un doute,
09:01et je ne peux pas imaginer que Marine Le Pen
09:03n'ait pas un doute raisonnable,
09:05cette stratégie est une stratégie risquée.
09:06Après, on entre dans autre chose.
09:08Non, je crois surtout que ça nous a rappelé
09:10que l'histoire de l'extrême droite
09:13par rapport aux Juifs,
09:15son rapport à l'antisémitisme
09:17n'est pas si clair.
09:18Qu'on aime à le dire aujourd'hui.
09:20Non, non, ce n'est pas vrai.
09:21Mais dernière question,
09:21s'il nous regarde,
09:22vous lui diriez à Jordan Bardella
09:23prouver que ce n'est pas vous ?
09:25D'abord, il doit prouver que ce n'est pas lui.
09:27Et ensuite, pardon de le dire,
09:30si c'était lui,
09:31il aurait mieux fait de l'avouer.
09:32Il aurait pu plaider
09:33qu'il avait 17 ans,
09:35qu'il avait 18 ans,
09:36qu'en 2013, c'était Jean-Marie Le Pen
09:37qui dirigeait le Rassemblement national,
09:39qu'Alain Soral était proche de lui,
09:42qu'il avait été formé là-dedans,
09:43qu'il avait évolué.
09:44Enfin, que sais-je.
09:45Simplement, voilà,
09:45il a choisi de ne pas avouer,
09:47de ne rien céder.
09:49Et c'est pour ça qu'ils font bloc,
09:50ils font bloc sur quelque chose
09:52dont, pardon,
09:53tout le monde a des raisons de penser
09:54que c'est un mensonge.
09:55Parlons de cette colère des lycéens,
09:57cette semaine de mobilisation,
09:59les violences aussi que ça a entraîné.
10:01Pierre Moscovici,
10:02la France dépense beaucoup
10:04pour ses lycées.
10:0713 895 euros par lycéen par an,
10:09c'est 28% de plus que la moyenne
10:11des pays de l'OCDE.
10:13Et pourtant, on en est là aujourd'hui.
10:15Qu'est-ce que ça dit de notre pays
10:17et de la gestion de notre pays,
10:19selon vous ?
10:19D'abord, il y a des inégalités.
10:21On a investi dans l'éducation nationale
10:24de manière forte,
10:25mais pas de la même façon
10:27sur tous les territoires de la République.
10:28Et donc, il y a des oubliés,
10:31il y a des exclus,
10:32il y a des inégalités.
10:33Ensuite, il y a des choses
10:34qui n'ont pas forcément bien fonctionné.
10:37Parcoursup a laissé de côté
10:39beaucoup de jeunes
10:40qui ont une grande inquiétude
10:41pour l'avenir.
10:42C'était une erreur,
10:44Parcoursup ?
10:44Je ne suis plus pas spécialiste
10:46de ces sujets-là,
10:47mais je suis ça.
10:50Je vois qu'il y a en tout cas
10:51des effets pervers très importants.
10:53Et tout ça, ça crée des inquiétudes
10:54chez une jeunesse qui...
10:55Écoute, il faut se mettre
10:56à la place d'un jeune
10:57qui aujourd'hui a 15 ans,
10:5816 ans, 17 ans, 18 ans.
11:00Il a vécu le Covid.
11:01Il était comme ça,
11:03dans une forme très anxiogène.
11:05Il a été séparé de ses grands-parents,
11:07parfois de ses parents.
11:09Il voit que l'avenir est bouché.
11:11Il sent que le pays
11:14est à fleur de peau.
11:16Il voit que l'avenir
11:17n'est pas garanti.
11:18Il a envie de sécurité.
11:19Il voit qu'il y a moins de profs
11:20parce qu'au-delà du bâti,
11:23il y a aussi l'absenté
11:24dans les classes.
11:25Il voit que...
11:26Il voit que les traitements
11:28de la santé dans mon état
11:29n'est pas assurés.
11:30Je ne suis pas en train
11:30d'épouser cette...
11:31Non, mais vous dites
11:32que les revendications
11:33sont légitimes.
11:34Je veux dire, non.
11:35Je parle des racines de la colère.
11:37Je pense que les racines
11:38de la colère doivent être comprises,
11:39qu'elles doivent être entendues.
11:40La violence,
11:41elle est inacceptable.
11:43Ces formes d'aujourd'hui,
11:44cette violence dans la société,
11:47les formes qu'elle prend,
11:48tout ça, c'est inqualifiable
11:49et ça doit vraiment être condamné.
11:52Et puis, s'il le faut,
11:54aussi traiter.
11:55Mais derrière ça,
11:56il y a aussi une jeunesse,
11:57une jeunesse qui souffre.
11:58Ce sont nos enfants.
11:59Il faut l'entendre.
12:01Il faut l'entendre,
12:01il faut le traiter.
12:02Et donc, l'éducation nationale,
12:06je pense qu'elle s'est sentie
12:08un peu délaissée.
12:08Il y a beaucoup de problèmes
12:09dans l'éducation nationale.
12:11Il y a des problèmes
12:11d'inégalité.
12:13Il y a des problèmes aussi
12:14de ségrégation,
12:15parce que beaucoup sont partis
12:17dans le privé
12:18pour éviter la carte scolaire.
12:21Et tout ça fait que
12:23la mixité sociale est moins assurée
12:25qu'elle le fût.
12:26Il y a beaucoup de choses à changer.
12:27Il n'y a pas assez d'autonomie
12:27dans l'établissement.
12:28Je crois que l'éducation nationale
12:30n'a pas fait,
12:32on a investi,
12:33on n'a pas réformé.
12:34C'est ça.
12:34Donc, ce n'est pas un problème
12:35forcément de moyens,
12:37mais c'est plus un problème
12:38de gestion,
12:39d'investissement
12:40et de répartition.
12:42Il y a des inégalités
12:43dans le déploiement
12:44de moyens.
12:44Je crois que vous receviez
12:45le président de conseil général
12:47de la Seine-Saint-Denis,
12:48Stéphane Troussel.
12:49En Seine-Saint-Denis,
12:50il y a moins de moyens
12:51qui sont mis en place
12:52que dans d'autres régions.
12:54Ça, c'est clair.
12:54Est-ce que vous trouvez
12:55que le gouvernement
12:56a mis trop de temps
12:57à réagir ?
12:59C'est compliqué.
13:00Les mouvements lycéens,
13:01on sait quand ça démarre,
13:02on ne sait pas comment
13:03ça s'étend.
13:05Surtout, ce qui m'a étonné,
13:06c'est autre chose.
13:07C'est que la réaction
13:08du gouvernement
13:09a d'abord été une réaction
13:10par le ministre de l'Intérieur,
13:12puis ensuite
13:12par le ministre
13:13de l'Education nationale.
13:14Alors que c'est un problème
13:15qu'il faut traiter
13:16au niveau de l'Education nationale.
13:17Parce que c'est aux angoisses
13:19des jeunes
13:19qu'il faut répondre d'abord,
13:21avant de réprimer
13:23un mouvement.
13:23Est-ce que pour vous,
13:24la France insoumise...
13:25Donc, si vous voulez,
13:25du point de vue éducatif,
13:27on a réagi un peu tard,
13:28peut-être, oui.
13:29Aujourd'hui, d'ailleurs,
13:30les réponses sont surtout
13:31sur le plan sécuritaire.
13:34On voit qu'il y a
13:34une accélération,
13:35notamment sur le confrère
13:36du Parisien,
13:37sur la loi Casseur-Payeur.
13:39Le ministre de l'Education nationale,
13:40lui, n'a pas pu,
13:41à ce stade,
13:42apporter des réponses concrètes
13:44au-delà d'une plateforme collective
13:46pour entendre
13:47les revendications
13:48des uns et des autres.
13:49Est-ce que vous trouvez
13:49que la France insoumise
13:50a une part de responsabilité
13:51dans ces débordements
13:52et a soufflé sur les braises ?
13:54Ou pas ?
13:56Il y a eu des maires
13:57qui ont expliqué
13:58que la violence
13:58pouvait être légitime.
13:59Il m'a semblé
13:59que Jean-Luc Mélenchon,
14:00là-dessus,
14:00avait eu des propos
14:01à ses définitifs
14:02condamnant toute prise de position
14:04qui pouvait encourager
14:05les violences.
14:05Donc, on ne peut pas faire
14:06tous les procès
14:07à la France insoumise.
14:08Je ne suis pas son défenseur du tout.
14:09Mais bon,
14:10il faut aussi garder raison.
14:11Vous savez,
14:12j'ai été un jeune
14:14d'extrême-gauche
14:15il y a bien longtemps,
14:16avec les cheveux longs.
14:17Et j'étais dans des mouvements lycéens
14:19et dans des mouvements étudiants.
14:21Et, bon,
14:22j'étais plutôt du côté
14:22de la Ligue communiste révolutionnaire.
14:24J'étais un sympathisant.
14:25Ce qui n'est pas du côté LFI,
14:26ce n'est pas la même branche.
14:27Ce n'est pas du tout la même chose.
14:29Mais il y a toujours eu
14:30des mouvements d'extrême-gauche
14:31dans les mouvements lycéens
14:32et dans les mouvements étudiants.
14:35Ça coagule, si vous voulez.
14:37Mais ce n'est pas
14:38le parti politique d'extrême-gauche
14:40qui crée le problème.
14:41Le problème, il préexiste.
14:43Et donc,
14:44on ne peut pas donner la réponse.
14:46Ce n'est pas LFI
14:47qui a décidé de mettre le feu
14:48à l'éducation nationale.
14:50Il y avait quelque chose
14:50sous la cendre.
14:51Mais est-ce qu'ils essaient,
14:53à minima,
14:54d'instrumentaliser cette contestation ?
14:57Instrumentaliser, je ne sais pas.
14:58En tout cas,
14:58ils sont dedans, bien sûr.
14:59Et c'est leur place,
15:01dans leur couloir ?
15:04Historiquement,
15:04c'est quelque chose
15:05qui arrive, oui.
15:06Comme il y a d'autres mouvements
15:07qui sont ailleurs.
15:08Il y a d'autres mobilisations
15:08qui sont prévues la semaine prochaine.
15:10Et les syndicats,
15:10puisqu'ils entrent aussi
15:11dans la danse à partir de mardi,
15:13préviennent qu'il n'y aura
15:13pas de sortie de crise
15:14sans réponse politique nationale.
15:17Pour une réponse nationale,
15:18ça passe forcément
15:19par le budget.
15:21Et c'est là où ça coince.
15:22Et c'est peut-être pour ça aussi
15:23que le ministre
15:24de l'Éducation nationale
15:25n'a pas pu apporter
15:26des réponses concrètes hier.
15:28Est-ce qu'on a les moyens,
15:29aujourd'hui,
15:29de répondre à ces revendications ?
15:31Et est-ce que le budget,
15:32la copie du budget
15:33du gouvernement
15:34qui a été présenté
15:35vous semble la bonne,
15:36aujourd'hui ?
15:37Je voudrais élargir
15:38un petit peu le propos.
15:38Sortir de l'Éducation nationale,
15:40pour le coup.
15:41Pour vous dire
15:41ma très grande préoccupation.
15:43J'ai été
15:44visé à l'économie des finances,
15:46j'ai été commissaire européen
15:47en charge
15:47de l'économie des finances,
15:48j'ai été premier président
15:49de la Cour des comptes.
15:50Et depuis une douzaine d'années,
15:51je ne cesse d'alerter
15:53sur la montée de la dette
15:53et ses dangers.
15:54Je veux dire ici,
15:55de manière assez solennelle,
15:57que la situation de la France
15:58est extrêmement préoccupante
15:59et même qu'elle devient grave.
16:01Ces dernières semaines,
16:02les taux d'intérêt
16:03auxquels nous empruntons
16:06sont passés
16:06d'à peu près 4%
16:07à près de 5%.
16:09Notre spread,
16:10c'est-à-dire notre différentiel
16:12de taux d'intérêt
16:12avec l'Allemagne,
16:13est passé de 80 points
16:14à 150 points.
16:15Ça a été multiplié par 2.
16:17Il y a un doute fondamental
16:18sur la capacité de la France
16:20à faire adopter un budget
16:21et à réduire ses déficits.
16:22Et il faut absolument
16:23répondre à ça.
16:24Vous savez,
16:25en élection présidentielle...
16:25Est-ce que c'est la bonne réponse
16:26ce budget
16:26qui a été présenté ?
16:28Est-ce que la copie
16:29va dans le bon sens ?
16:30Elle n'a pas encore
16:31convaincu les marchés,
16:32constatons-le.
16:33Ce que je souhaite,
16:34c'est qu'il y ait un budget
16:35et que ce budget
16:36réduise les déficits.
16:38Tous ceux qui aiment la France,
16:40qui s'apprêtent à voter en 2027,
16:42doivent être conscients
16:43que cette question,
16:43elle est là devant nous
16:44et pour longtemps.
16:45Vous savez,
16:46on parle d'éducation nationale.
16:48si on a des taux d'intérêt
16:50à 5,
16:50à 7%,
16:52si la charge de la dette
16:54passe à 90,
16:55à 100 milliards d'euros
16:56dès l'an prochain,
16:56à 130 milliards d'euros
16:57en 2030,
17:00bien nous ne pourrons rien faire.
17:01Nous ne pourrions plus investir
17:02pour l'éducation nationale,
17:03nous ne pourrons plus investir
17:04pour l'innovation
17:05et la recherche.
17:05On ne pourra pas traiter
17:06la question du réchauffement climatique,
17:08on ne pourra pas faire face
17:09aux dangers géopolitiques.
17:10Donc vous dites...
17:10Un pays qui est impuissenté,
17:13qui est paralysé par la dette,
17:14ce pays-là est un pays impuissant
17:17à répondre aux aspirations
17:19de la jeunesse
17:19ou aux défis du futur.
17:21Et donc il faut absolument
17:22que les Français soient conscients
17:24de cette question de la dette.
17:25Il faut que les responsables politiques
17:26la traitent.
17:27Il faut qu'il y ait un budget.
17:28Qu'est-ce que vous leur dites
17:29aux responsables politiques
17:30justement qui vont débattre
17:31de ce budget ?
17:32Vous leur dites tous,
17:33les uns autant que les autres,
17:35vous devez prendre responsabilité,
17:37voter ce budget
17:38en attendant la présidentielle ?
17:40On sait que ce sera de toute façon
17:41un budget de fin de législature,
17:43que ce sera un budget provisoire
17:45qui aura forcément...
17:46Oui, mais c'est quand même
17:47un premier signal pour les marchés.
17:48Alors le signal...
17:49En tout cas,
17:50les voies et moyens,
17:51je ne peux pas les discuter.
17:52Ce que je constate,
17:53c'est qu'après,
17:54il y avait une discussion politique.
17:55Il y a plus d'impôts
17:56qu'on l'avait dit.
17:58Il y a plus de gel de prestation
17:59qu'on l'avait pensé.
18:01Après, il y aura une discussion politique
18:03dans le cadre de l'Assemblée nationale.
18:04Il faudra que le gouvernement
18:05trouve une majorité
18:06pour ne pas rejeter ce budget.
18:08Ça, c'est son travail.
18:10Mais simplement,
18:11ce que je souhaite, moi,
18:11c'est qu'à la fin,
18:12il y ait un budget
18:12et que ce budget réduise
18:14vraiment les déficits.
18:16Pourquoi ?
18:16Parce que si ça n'est pas le cas,
18:18on nous fera payer notre argent,
18:20nos emprunts de plus en plus chers.
18:22Nous serons paralysés,
18:23nous serons impuissants.
18:24Vous savez,
18:24on parle beaucoup
18:24de crise financière.
18:26Je n'ai jamais joué les cassandres.
18:28Je ne pense pas
18:28qu'il y ait une crise financière
18:29à la grecque,
18:30c'est-à-dire qu'il y a tout à coup
18:31une sorte de collapsus
18:32ou un étouffement
18:34et que la France défaille
18:35et faille défaut,
18:37soit en faillite.
18:38Je ne le crois pas.
18:38En revanche,
18:39la crise financière,
18:40elle est déjà là.
18:42C'est une crise d'étranglement.
18:43C'est une crise rampante.
18:44C'est une crise
18:45des taux d'intérêt.
18:47Quand j'étais commissaire européen,
18:49il y a quelque temps,
18:50mais c'est jusqu'à la fin 2019,
18:51jamais je n'aurais imaginé
18:52que la France emprunterait
18:53plus cher que la Belgique,
18:54l'Espagne ou le Portugal.
18:56Aujourd'hui,
18:57plus cher que la Grèce,
18:58plus cher que l'Italie
18:59et de manière systématique.
19:00Ça veut dire que
19:01nous sommes dans le viseur.
19:03Et pourquoi nous sommes dans le viseur ?
19:04Parce que nous avons,
19:05d'une part,
19:05une instabilité politique
19:06et d'autre part,
19:07parce que nous ne traitons pas sérieusement
19:08cette question de la dette.
19:09Cette question de la dette,
19:10elle est vitale.
19:11Je vais faire simple.
19:13Quand on n'a pas d'argent,
19:14on ne peut rien faire.
19:14Et on ne peut pas répondre
19:15aux problèmes les plus urgents
19:16comme...
19:17Ni les problèmes urgents,
19:18ni les problèmes structurels,
19:19ni les problèmes du long terme.
19:20Dernière question.
19:20Demain sur BFM TV,
19:22demain soir,
19:23c'est le dernier round
19:24de la primaire de la gauche
19:26du Parti Socialiste
19:27et Place Publique.
19:28Le premier tour de la primaire
19:30aura lieu la semaine prochaine.
19:31Dernier débat
19:32demain soir sur BFM TV.
19:34À qui vous souhaitez bonne chance ?
19:36Ce que je souhaite,
19:38je ne suis plus membre
19:39du Parti Socialiste,
19:40je suis resté un homme de gauche.
19:41Mais du coup, justement,
19:42vous êtes libre
19:42de prendre parti
19:43pour l'un ou l'autre.
19:44Je souhaite qu'il y ait pas mal
19:45de gens qui participent
19:46à la primaire.
19:46J'ai vu qu'il y avait
19:47beaucoup de Français
19:48qui s'y intéressaient,
19:49je crois 25%.
19:50Je parle des candidats.
19:52À qui vous souhaitez bonne chance ?
19:53Ce que je souhaite,
19:54c'est que le candidat
19:56le plus crédible,
19:58celui qui portera
19:58la gauche le plus haut,
20:00sorte de ça.
20:01Pourquoi ?
20:01Parce que tout simplement
20:02dans un pays
20:02avec une bonne santé démocratique,
20:04on a besoin d'avoir
20:05une gauche forte,
20:06une droite forte.
20:06Quand je parle d'une gauche,
20:07je parle d'une gauche démocratique,
20:09d'une gauche qui veut
20:10transformer la société,
20:11d'une gauche qui veut gouverner.
20:12Est-ce que pour vous,
20:13le candidat le plus crédible
20:14de la gauche
20:14participe à cette primaire ?
20:17En tout cas,
20:18il faut que ce soit
20:19le candidat le plus crédible
20:20de la primaire
20:20qui l'emporte.
20:21Est-ce que le candidat
20:22le plus crédible
20:23va participer à cette primaire
20:24ou il va la regarder à la télé ?
20:26Vous voyez à qui je fais référence ?
20:28Ah !
20:29Je me suis déjà prononcé là-dessus.
20:31Non, non, je pense...
20:32François Hollande ?
20:32Non, non, je pense que
20:34les hommes et les femmes
20:35de gauche,
20:35de gauche socialiste,
20:36démocrate,
20:37doivent soutenir
20:38le vainqueur de la primaire.
20:39Non, il ne faut pas...
20:40Il ne faut surtout pas
20:41observer la primaire...
20:42Pas de retour,
20:43pas de comeback.
20:44C'est ce que vous dites.
20:45Je n'y crois pas beaucoup.
20:46Je pense que président,
20:47ex-président,
20:48ça ne rime pas
20:49et je ne crois pas
20:50beaucoup au recours.
20:51Mais bon, cela dit,
20:52je connais le pitié d'un côté,
20:53le talent de François Hollande
20:56et je devine qu'il est à fond.
20:58Mais je pense que
20:59ce n'est pas comme ça
21:00que ça se passera.

Recommandations