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  • il y a 4 jours
Auteur d'un manifeste pour une réforme constitutionnelle, le militant chinois pro-démocratie Liu Xiaobo est mort en détention en 2017. Prix Nobel de la paix et figure du mouvement étudiant de Tian'anmen en 1989, il est aujourd'hui largement effacé de la mémoire collective par le régime chinois. Censure, surveillance de la population, restriction des libertés : que reste-t-il du rêve démocratique chinois ? Existe-t-il encore des mouvements de contestation structurés ? Comment la Chine concilie-t-elle développement économique et refus des droits de l'homme ?Pour en débattre, Ali Baddou reçoit Pierre Haski, journaliste et éditorialiste géopolitique à France Inter, président de Reporters sans frontières ; Jean-Philippe Béja, sinologue, auteur de « Surveiller et punir en Chine : Laogai et technosurveillance, de 1946 à nos jours » ; et la sinologue Marie Holzman.

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Transcription
00:00:01Paris partirisée, c'est Paris libérée.
00:00:06Je suis un big leader.
00:00:08Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l'avortement.
00:00:11Vous n'aurez pas, M. Mitterrand, le monopole du cœur.
00:00:14Qui s'aime la misère récolte la colère, c'est ce qu'ils ont aujourd'hui.
00:00:16La justice française ne sera plus une justice qui tue.
00:00:26Comment vous vous aurez peur ?
00:00:27Si vous ne choisissez pas mon genre de vie,
00:00:30une vie que la plupart des gens considèrent comme trop dure et trop risquée,
00:00:35alors vous ne paierez pas le prix que je paie.
00:00:38Mais si on y réfléchit, vous devrez quand même payer un prix, un certain prix.
00:00:46Par exemple, vous serez obligés de mentir.
00:00:49Vous devrez suivre l'idéologie dominante pour obtenir et conserver un bon revenu, un bon travail.
00:00:55Bonsoir et bienvenue dans Débat Doc, votre rendez-vous sur la chaîne parlementaire.
00:00:59Avec ce soir un film exceptionnel, Liu Xiaobo, l'homme qui a défié Pékin.
00:01:04Film réalisé par Pierre Aski, figure de Tiananmen, prix Nobel de la paix.
00:01:09Liu Xiaobo est mort en 2017, prisonnier d'un régime qui s'emploie à effacer jusqu'à son nom.
00:01:15En 2008, quelques mois avant d'être arrêté, il avait confié à la caméra son testament politique
00:01:20et c'est ce portrait que vous allez découvrir.
00:01:23Presque dix ans après sa disparition, que reste-t-il du rêve démocratique en Chine ?
00:01:28Y a-t-il de nouvelles formes de dissidences possibles ?
00:01:31Nous en débattrons avec le réalisateur du film, Pierre Aski,
00:01:34les sinologues Jean-Philippe Béja et Marie Holzman.
00:01:37Débat Doc, c'est parti !
00:01:54Des gens arrivaient de partout pour nous dire
00:01:56« On a tué des étudiants là-bas, on a tué des étudiants à tel endroit et à tel autre.
00:02:00»
00:02:00Après, on ne pouvait plus ni entrer ni sortir de la place,
00:02:03elle était bouclée par l'armée.
00:02:17Pour éviter un bain de sang, j'ai fracassé un fusil,
00:02:20une arme semi-automatique sur la stèle.
00:02:47Je sais que j'ai eu la chance de survivre aux événements du printemps de Pékin,
00:02:51alors que tant d'autres ont péri lors du massacre.
00:02:56J'ai toujours porté en moi un sentiment de culpabilité et de responsabilité.
00:03:03Car non seulement ils sont morts,
00:03:05mais le gouvernement dissimule toujours ce qui s'est passé, place Tien-Anne-Mède.
00:03:33Ces images sont les dernières que nous ayons filmées de Liu Xiaobo.
00:03:38Une rencontre discrète, comme toujours, pour déjouer la surveillance policière.
00:03:44Une heure de discussion dans un faubourg de Pékin,
00:03:47en cette année où la ville accueille les Jeux Olympiques.
00:03:51Liu Xiaobo était en 2008 le plus éminent des dissidents chinois.
00:03:55L'un des héros de Tien-Anne-Mède,
00:03:58celui qui avait tenu tête au régime de Pékin,
00:04:01celui qui avait protégé les étudiants.
00:04:07Voici l'histoire de l'homme qui a défié Pékin.
00:04:11Quelques semaines après cette rencontre,
00:04:13sa vie va basculer à nouveau.
00:04:15Le régime chinois va le faire disparaître, pour de bon.
00:04:19Car l'homme tranquille avec qui nous partageons le thé
00:04:22ne se contentait pas, en cette année 2008,
00:04:25de raconter ses souvenirs du printemps de Pékin.
00:04:28Dans le plus grand secret, avec des centaines d'intellectuels,
00:04:32il élaborait la charte 08,
00:04:34qui réclamait la démocratisation de la Chine.
00:04:37Un texte qui va faire de lui, à nouveau,
00:04:40l'ennemi numéro un du régime,
00:04:42et qui va lui valoir la reconnaissance universelle.
00:05:04Le voilà prix Nobel de la paix,
00:05:06aux côtés de Václav Havel ou de Nelson Mandela.
00:05:10Mais Liu Xiaobo croupit dans une prison chinoise.
00:05:12Alors à Oslo, le prix Nobel est officiellement remis
00:05:16à une chaise vide.
00:05:20Cette chaise vide, ce prix Nobel silencieux,
00:05:23il est temps de lui rendre la parole.
00:05:28Nous avons parcouru plusieurs continents
00:05:30pour retrouver ses proches,
00:05:32ses compagnons de route,
00:05:33les lieux qui ont marqué son parcours.
00:05:38Un parcours qui croise toute l'histoire récente de la Chine.
00:05:42Un parcours de courage et de vérité.
00:05:47Un parcours que Pékin fait tout
00:05:49pour effacer de notre mémoire.
00:05:58C'est à Pékin, au milieu des années 80,
00:06:01que Liu Xiaobo a fait sa première apparition publique.
00:06:08Les années 80,
00:06:09une période d'incroyable liberté pour la Chine
00:06:12qui tourne la page du maoïsme.
00:06:18Le pays commence à s'ouvrir au monde
00:06:20et à copier certaines de ses nouvelles passions.
00:06:29Sur le campus de la prestigieuse université normale de la capitale,
00:06:33Liu Xiaobo est un jeune chercheur en littérature chinoise.
00:06:39Son franc-parler est connu de ses collègues.
00:06:43Mais pour son traducteur américain, Perry Link,
00:06:46c'est lors d'une conférence en 1986
00:06:48que le jeune intellectuel change de dimension.
00:06:55Il y a eu une conférence à Pékin
00:06:58organisée en l'honneur des 10 ans
00:07:00de ce qu'on appelle
00:07:01la nouvelle période dans la littérature chinoise.
00:07:04Le thème de cette conférence
00:07:06était les progrès réalisés depuis Mao Zedong.
00:07:09C'était là une bonne idée
00:07:10et une bonne conférence.
00:07:12Liu Xiaobo était l'un des jeunes intervenants sur place
00:07:15et son intervention a eu l'effet d'une bombe.
00:07:19Je me souviens que l'un de mes collègues
00:07:21avait assisté à cette conférence.
00:07:23En revenant, il me dit
00:07:24« Un cheval noir est apparu ».
00:07:29Et en imitant son bégaiement typique,
00:07:31il me raconta comment Liu Xiaobo
00:07:32avait émis une critique du style
00:07:34« La littérature chinoise contemporaine
00:07:39comme la culture antique
00:07:41sont un tas de détritus ».
00:07:45Ça lui a donné une immense visibilité.
00:07:50Et dans les années 87, 88, 89,
00:07:54Liu Xiaobo est une vedette.
00:07:56Liu Xiaobo, quand il va parler
00:07:57dans une université,
00:07:59on se bouscule à l'entrée.
00:08:01On ne peut pas entrer dans les amphithéâtres.
00:08:12Au départ, ma pensée était très simple.
00:08:14J'espérais être capable
00:08:16de devenir une personne authentique,
00:08:18une personne digne.
00:08:20Mais au sein d'un système politique
00:08:22tel qu'en Chine,
00:08:23si vous êtes un intellectuel,
00:08:25alors vous allez devoir exprimer
00:08:27vos propres idées.
00:08:28Vous allez devoir écrire des essais.
00:08:31Et à partir de là,
00:08:32le conflit avec le gouvernement
00:08:33devient inévitable.
00:08:36Liu Xiaobo, en 1986,
00:08:39est ainsi devenu une star
00:08:41de la vie intellectuelle chinoise.
00:08:43Le jeune chercheur n'a pourtant
00:08:44jamais été à l'école
00:08:46avant d'accéder à l'université.
00:08:57Il est né en 1955 à Changchun,
00:09:00dans le nord-est industriel
00:09:01et froid de la Chine.
00:09:03aux confins de la Russie,
00:09:04de la Corée du Nord
00:09:05et de la Mongolie.
00:09:10Le père de Liu Xiaobo
00:09:12est professeur de littérature,
00:09:14profondément communiste.
00:09:16Mais cela ne va pas protéger sa famille
00:09:18lors de la révolution culturelle
00:09:19que Mao déclenche en 1966.
00:09:28Il faut faire du passé table rase,
00:09:30crie les gardes rouges du grand timonier
00:09:32qui impose partout leur violence.
00:09:40Les professeurs,
00:09:41comme le père de Liu Xiaobo,
00:09:43sont devenus les ennemis du peuple.
00:09:45Mao ferme toutes les écoles du pays.
00:09:50Liu Xiaobo n'a que 11 ans.
00:09:52Le jeune garçon n'a plus rien à faire
00:09:54de ses journées.
00:09:57Il est trop jeune pour devenir garde rouge
00:09:59comme ses frères aînés.
00:10:01Alors, il occupe son temps
00:10:02en multipliant les lectures.
00:10:10Sa famille a réussi à conserver
00:10:12de nombreux livres,
00:10:13notamment étrangers,
00:10:14même lorsqu'elle est envoyée
00:10:16en Mongolie intérieure
00:10:17pour rééducation.
00:10:24Les conditions de vie matérielles
00:10:25sont difficiles.
00:10:26Mais sans école et sans contraintes,
00:10:29Liu Xiaobo est heureux
00:10:30dans cette enfance d'une grande liberté.
00:10:37Su Yu Yu, philosophe chinois,
00:10:39était garde rouge ces années-là.
00:10:41Il est devenu l'un des plus célèbres
00:10:43intellectuels libéraux de son pays.
00:10:45Et il est l'un de ceux
00:10:46qui avait écrit au comité Nobel
00:10:48pour plaider pour Liu Xiaobo.
00:10:51En 68, lorsque Mao Zedong
00:10:53nous a exilés de force
00:10:54à la campagne,
00:10:55justement parce que nous étions
00:10:57de jeunes instruits,
00:10:58ce fut pour moi un grand choc.
00:11:00La misère et le manque
00:11:00d'éducation que j'y ai découvert
00:11:02m'ont fait prendre conscience
00:11:03de l'écart entre la propagande
00:11:05du parti communiste chinois
00:11:06et la réalité sociale.
00:11:08Le système socialiste
00:11:09n'était pas aussi supérieur
00:11:10qu'on voulait bien nous le dire.
00:11:18Lorsqu'il sort de l'adolescence,
00:11:20il devient peintre en bâtiment
00:11:21dans sa ville de Changchun,
00:11:23l'ancienne capitale de Manchurie,
00:11:24devenue aujourd'hui
00:11:25une immense métropole
00:11:27de 7 millions d'habitants.
00:11:31Le jeune chinois
00:11:32n'a donc jamais été scolarisé.
00:11:34Il s'est instruit tout seul.
00:11:36C'est l'un des paradoxes
00:11:37de la révolution culturelle.
00:11:39En fermant les écoles,
00:11:40Mao Zedong a peut-être perdu
00:11:42le contrôle d'une partie
00:11:43des esprits chinois
00:11:44qui ont dû, par eux-mêmes,
00:11:47construire leur façon de penser.
00:11:56Quand j'étais encore tout jeune,
00:11:58j'ai lu beaucoup de livres,
00:12:00notamment des œuvres littéraires françaises,
00:12:02par exemple,
00:12:03« J'accuse » de Zola.
00:12:07Le rôle d'intellectuel public
00:12:09qu'a endossé Zola en France
00:12:10a eu une profonde influence
00:12:12sur les intellectuels en Chine.
00:12:15En plus d'écrire
00:12:16ses propres œuvres littéraires,
00:12:18il se préoccupait aussi
00:12:19de la société
00:12:20et des affaires publiques
00:12:21importantes de son temps.
00:12:25Aujourd'hui encore,
00:12:26tous les intellectuels en Chine
00:12:28peuvent invoquer le nom de Zola.
00:12:30« Zola » de nom de Zola.
00:12:35En 1976,
00:12:37la mort de Mao
00:12:38met fin à la révolution culturelle.
00:12:42Un an plus tard,
00:12:44les universités chinoises
00:12:45rouvrent leurs portes.
00:12:47Liu Suabo s'inscrit immédiatement
00:12:48à l'université de Changchun,
00:12:51plongeant avec avidité
00:12:52dans un océan de savoir
00:12:53dont il avait été privé.
00:12:56A 25 ans,
00:12:57licence en poche,
00:12:58il quitte sa région d'origine
00:13:00pour rejoindre la capitale
00:13:01et pour devenir
00:13:03le jeune phénomène
00:13:04de la vie intellectuelle chinoise.
00:13:14Pékin, à la fin des années 80,
00:13:16respire la liberté,
00:13:17si loin de la campagne
00:13:19dans laquelle Liu Suabo a grandi.
00:13:23Dans le centre de la capitale,
00:13:24la nouvelle librairie internationale
00:13:26est une attraction magnétique
00:13:28pour la jeunesse
00:13:28qui vient y exprimer
00:13:30ses envies
00:13:30et ses nouveaux rêves.
00:13:34J'aime la littérature française.
00:13:37Je suis fan de Molière
00:13:39et de Maupassant.
00:13:43Je prévois d'aller étudier
00:13:44aux Etats-Unis.
00:13:45Alors je cherche surtout des livres
00:13:47pour perfectionner mon anglais
00:13:48qui est insuffisant.
00:13:52Liu Suabo a terminé sa thèse
00:13:54consacrée à l'esthétique
00:13:55et la liberté humaine.
00:13:57Liberté dont il est déjà
00:13:59le champion
00:13:59parmi les intellectuels chinois.
00:14:01Il a 33 ans
00:14:03et il voudrait désormais
00:14:04découvrir cet Occident
00:14:05dont la littérature
00:14:07a nourri sa jeunesse.
00:14:10A l'été 1988,
00:14:12alors que le premier
00:14:13fast-food américain
00:14:15ouvre à Pékin,
00:14:16Liu Suabo fait le voyage inverse.
00:14:22sur la route de l'Amérique,
00:14:23il fait une première escale
00:14:24à Hong Kong
00:14:25où il découvre
00:14:26une autre Chine.
00:14:29Une Chine moderne,
00:14:31une Chine respectueuse
00:14:32des libertés.
00:14:40Ensuite, il s'arrête à Oslo.
00:14:43Ce premier contact
00:14:44avec l'Occident
00:14:44tourne court.
00:14:46Il s'ennuie ferme
00:14:47et se fâche
00:14:48avec les sinologues
00:14:49de l'université norvégienne
00:14:50qu'il traite
00:14:51d'usurpateur.
00:14:53A l'automne 1988,
00:14:56enfin,
00:14:56il atterrit à New York.
00:14:58Andrew Nathan,
00:14:59le doyen des études chinoises
00:15:00de la prestigieuse
00:15:01université de Columbia,
00:15:03lui a proposé
00:15:03un poste
00:15:04de professeur invité.
00:15:06Je ne pense pas
00:15:09que l'université
00:15:10ou encore moins
00:15:11le gouvernement
00:15:12des Etats-Unis
00:15:12ou quiconque
00:15:13avait des projets
00:15:14pour cet homme.
00:15:16C'est juste
00:15:17qu'on m'avait demandé
00:15:18de l'inviter
00:15:18et qu'il était lui-même
00:15:19curieux de venir.
00:15:22Il est vrai
00:15:22qu'aux Etats-Unis,
00:15:23à cette époque,
00:15:24nous étions plutôt optimistes
00:15:25quant à l'orientation
00:15:26de la Chine.
00:15:28Deng Xiaoping
00:15:30était venu ici
00:15:31en portant
00:15:31un chapeau de cow-boy.
00:15:34C'est drôle
00:15:36d'y repenser aujourd'hui
00:15:36avec le recul.
00:15:38Mais nous pensions
00:15:39que la Chine
00:15:39était sur la voie
00:15:40d'une certaine forme
00:15:41de démocratisation
00:15:42et nous étions donc
00:15:44intéressés par des échanges
00:15:45avec ses intellectuels.
00:15:47Mais pour lui,
00:15:48en aucun cas,
00:15:49cela ne faisait partie
00:15:50d'une stratégie politique.
00:15:51C'était son idée
00:15:52de venir ici.
00:15:58Tandis que Liu Xiaobo
00:15:59est à New York,
00:16:00Hu Yaobang,
00:16:01l'ancien secrétaire
00:16:02général du Parti
00:16:03communiste chinois,
00:16:04meurt d'une crise cardiaque
00:16:06le 15 avril 1989
00:16:08à Pékin.
00:16:10Il avait dû démissionner
00:16:12deux ans plus tôt,
00:16:13poussé dehors
00:16:14par les éléments
00:16:14les plus conservateurs
00:16:15du régime.
00:16:17Car Hu Yaobang
00:16:18était l'architecte
00:16:19de l'ouverture
00:16:20de la Chine
00:16:20dans les années 80.
00:16:24Dans les universités,
00:16:26des affiches fleurissent
00:16:27immédiatement
00:16:27pour rendre hommage
00:16:28à ce père
00:16:29de la réforme.
00:16:32des petits groupes
00:16:33d'étudiants
00:16:33se forment
00:16:34et certains convergent
00:16:35sur la place
00:16:35Tiananmen
00:16:36où ils se retrouvent
00:16:37en fin de journée.
00:16:40Deux jours plus tard,
00:16:41le 17 avril,
00:16:42un nouveau rassemblement
00:16:43est organisé
00:16:44sur la place
00:16:44dans la soirée.
00:16:46Cette fois,
00:16:47ils sont près
00:16:47de 3000 étudiants
00:16:48et ils présentent
00:16:49une première liste
00:16:50de revendications.
00:16:52Elles vont
00:16:52de la restauration
00:16:53de la vision
00:16:54de la démocratie
00:16:55de Hu Yaobang
00:16:55et de la lutte
00:16:57contre la corruption
00:16:57jusqu'à la suppression
00:16:59de la censure.
00:17:17A New York,
00:17:18Liu Xiaobo suit
00:17:19les événements
00:17:20dans l'appartement
00:17:20de Hu Ping,
00:17:21l'aîné du petit groupe
00:17:23de dissidents chinois
00:17:23en exil.
00:17:28Liu Xiaobo
00:17:29a très vite compris
00:17:30que c'était le début
00:17:31d'un grand mouvement
00:17:31pour la démocratie.
00:17:33Nous avons décidé
00:17:34de publier conjointement
00:17:35par deux fois
00:17:36des lettres ouvertes
00:17:36et des déclarations.
00:17:38Et pour ces prises
00:17:39de position,
00:17:39à l'époque,
00:17:40c'était différent d'aujourd'hui.
00:17:41Il n'y avait pas d'internet.
00:17:43La majorité des gens
00:17:44en Chine
00:17:45n'avaient même pas
00:17:45le téléphone.
00:17:46Alors nous avons utilisé
00:17:48le fax pour transmettre
00:17:49nos déclarations à Pékin.
00:17:51Nos amis à Pékin
00:17:52les ont récupérés
00:17:53et les ont collés
00:17:54à travers toute la ville,
00:17:55y compris à l'université
00:17:57sur le fameux triangle
00:17:58de la démocratie.
00:17:59On nous a dit
00:18:00que nos textes
00:18:00avaient suscité
00:18:01beaucoup d'intérêt.
00:18:08Le 22 avril,
00:18:10pendant les funérailles
00:18:11officielles de Hu Yaobang,
00:18:12les étudiants envahissent
00:18:14à nouveau
00:18:14la place Tiananmen.
00:18:19Les leaders du parti
00:18:21rassemblés dans le palais
00:18:22du peuple
00:18:22commencent à prendre peur.
00:18:31Avant le 4 juin,
00:18:33Liu Xiaobo avait acquis
00:18:34une position de leader
00:18:36au sein des intellectuels chinois.
00:18:39Il savait que
00:18:40s'il ne retournait pas
00:18:41bientôt en Chine,
00:18:43il s'exclurait de lui-même
00:18:44et perdrait son statut.
00:18:47Il est clair que
00:18:48ses ambitions politiques
00:18:49ont aussi appuyé
00:18:50sa décision.
00:18:55Le 27 avril 1989,
00:18:58alors que les autorités
00:18:59ont durci le ton,
00:19:00des dizaines de milliers
00:19:02d'étudiants
00:19:02marchent tout de même
00:19:03depuis leur campus
00:19:04jusqu'à la place Tiananmen.
00:19:10Liu Xiaobo s'immerge
00:19:12littéralement dans le mouvement
00:19:13qui dure depuis déjà
00:19:14une dizaine de jours
00:19:16et ne cesse de grandir.
00:19:18Il passe ses jours
00:19:20et même ses nuits
00:19:20sur cette place Tiananmen,
00:19:22transformée en vaste agora
00:19:24au cœur de Pékin,
00:19:25à deux pas du siège
00:19:26du pouvoir chinois.
00:19:29Le critique littéraire
00:19:30se transforme progressivement
00:19:32en activiste politique
00:19:34avec le sentiment
00:19:35de vivre un événement
00:19:36historique majeur
00:19:37pour la société chinoise.
00:19:40Et c'est un mouvement
00:19:41initié et conduit
00:19:42par les étudiants
00:19:43et le professeur qu'il est
00:19:45se montre parfois sévère
00:19:47vis-à-vis des jeunes leaders
00:19:49inexpérimentés.
00:19:49« Je pense que ceci
00:19:51est une grande expérience
00:19:54de la récune
00:19:54de la loi des Nations
00:19:55et causé
00:19:59mais influencé
00:19:59de la félicité
00:20:00et de l'amorté
00:20:00des transports
00:20:03en fait
00:20:03une pêche
00:20:10de chaque groupe
00:20:15de l'refaction
00:20:15et de l'armée
00:20:16et de l' compensation
00:20:16à leurs
00:20:17Il était l'un des plus grands conseillers du mouvement étudiant de 1989.
00:20:23Et nous recherchions un guide, nous recherchions un mentor, et il a endossé ce rôle.
00:20:34Sur la place Tiananmen, les étudiants ont entamé une grève de la faim,
00:20:38occultant la visite pourtant historique à Pékin du dirigeant soviétique Mikhail Gorbatchev.
00:20:48La direction du parti communiste chinois se déchire entre partisans de la manière forte et partisans de la négociation.
00:20:57La décision revient au vieux dirigeant Deng Xiaoping.
00:21:02Il déclare la loi martiale et mobilise l'armée.
00:21:08Zhao Zhejiang, le dirigeant réformiste du parti, sait que le drame est proche.
00:21:13Il se rend sur la place pour implorer les étudiants.
00:21:41Malgré les larmes du secrétaire général du parti, la ligne dure a gagné.
00:21:46Le régime a décidé de l'usage de la force pour évacuer la place.
00:21:56Liu Xiaobo, sentant le danger imminent, se lance avec trois autres personnalités dans une grève de la faim
00:22:01pour exiger la non-violence tant du côté des étudiants que du côté de l'armée déjà postée autour de
00:22:08la ville.
00:22:08Alors c'est incroyable.
00:22:24Musique de générique pool.
00:22:25Musique de générique pool.
00:22:27Musique de générique pool.
00:22:43Notre génération tenait vraiment à montrer qu'elle tournait le dos au Parti communiste chinois.
00:22:49Les partis marxistes, léninistes au pouvoir, et tout particulièrement le Parti communiste chinois,
00:22:54proclament que le pouvoir est au bout du fusil et prône la lutte violente.
00:22:58Adhérer à la non-violence était ainsi une façon d'exprimer la rupture totale avec l'idéologie du parti.
00:23:08Dans la soirée du 3 juin 1989, l'armée populaire de libération prend place dans la capitale chinoise.
00:23:15Le massacre commence à chaque point de résistance.
00:23:26On tombe sous les balles dans les rues.
00:23:30On tombe sous les balles près des universités.
00:23:38La place Tiananmen, au cœur de Pékin, est l'objectif final de l'armée.
00:23:43Selon les ordres, elle doit être libérée le lendemain matin.
00:23:50Chez les étudiants, deux lignes s'affrontent.
00:23:53Certains souhaitent l'apaisement.
00:23:55Les plus radicaux veulent rester sur place et faire face à l'armée.
00:24:02J'ai demandé aux étudiants sur le monument de se calmer.
00:24:05J'ai réuni quelques camarades pour m'aider.
00:24:08Il fallait éviter la violence.
00:24:10J'ai demandé à parlementaires avec les étudiants pour qu'ils abandonnent la violence.
00:24:15Liu Xiaobo voulait sauver des vies.
00:24:18Il a essayé, prenant les choses sous sa responsabilité.
00:24:25Il va aller marcher vers les soldats avec un drapeau blanc pendant qu'ils tirent.
00:24:31Il va aller négocier.
00:24:33C'est lui.
00:24:34Il est comme ça.
00:24:36Il pense que c'est sa propre responsabilité.
00:24:46Après avoir négocié avec l'armée, nous sommes retournés au centre de la place pour demander aux étudiants de se
00:24:52retirer.
00:24:54Et finalement, la dernière scène dont je me souviens, alors que le jour était prêt à se lever,
00:24:59c'est les étudiants évacuant progressivement la place par le passage ouvert par les soldats au sud-est.
00:25:20Au petit matin du 4 juin, la place Tiananmen est un champ de ruines.
00:25:25Mais pour tous les témoins, un drame plus grand encore a été évité grâce au professeur Liu et à ses
00:25:31camarades.
00:25:36Ce que nous connaissons comme massacre de Tiananmen a eu lieu tout autour,
00:25:40dans les rues de la ville et dans les quartiers où les étudiants s'étaient réfugiés.
00:25:46Les coups de feu résonnent encore quelques jours dans les rues de Pékin.
00:25:52Les familles cherchent leurs proches.
00:25:54Le bilan à ce jour est toujours impossible.
00:25:57Quelques centaines ou quelques milliers de morts.
00:26:05Le lendemain, le 5 juin 1989, alors que les chars patrouillent près de la place Tiananmen,
00:26:11un homme, seul, devient le symbole de la résistance du peuple chinois
00:26:16à une dictature qui a le sang des Pékinois sur les mains.
00:26:20Les chars patrouillent près de la ville et de la ville et de la ville et de la ville.
00:26:48Les leaders du mouvement de Tiananmen sont poursuivis par le régime
00:26:51qui diffuse les avis de recherche à la télévision.
00:26:55Beaucoup s'enfuient à l'étranger.
00:26:57Liu Xiaobo n'en a aucune intention.
00:27:06J'ai été arrêté le 6 juin, deux jours après le massacre.
00:27:12Je rentrais chez moi, bicyclette, lorsque, arrivé à mi-chemin,
00:27:16j'ai soudain vu un minibus arriver.
00:27:21Plusieurs hommes en ont surgi.
00:27:25Ils ont balancé mon vélo, m'ont bandé les yeux et obstrui la bouche
00:27:31avant de me jeter dans leur voiture.
00:27:37Dans le camp de rééducation, il disposait de beaucoup de temps.
00:27:43Sa première expérience de la prison lui a permis de revenir sur ses expériences passées
00:27:49et de réfléchir au futur de la Chine.
00:27:52Il a également profité de ce temps pour lire des ouvrages remarquables.
00:27:56C'est bien connu.
00:27:58Pour beaucoup de prisonniers politiques,
00:28:00l'expérience de la prison devient en réalité une nouvelle université.
00:28:05Et ce fut bien le cas pour Liu Xiaobo.
00:28:13Les transformations de sa personnalité ont été très visibles.
00:28:17Et beaucoup d'amis l'ont remarqué.
00:28:19Elle porte l'empreinte du 4 juin.
00:28:21Nous portons tous, moi y compris, les cicatrices du 4 juin.
00:28:26Lui, il était comme hanté par l'âme des victimes de Tiananmen.
00:28:33Alors pour ces morts, pour tenter de leur rendre justice,
00:28:37j'ai pensé que mon devoir était de rester ici,
00:28:40en compagnie de leurs fantômes.
00:28:44C'est principalement pour cette raison que je suis resté en Chine.
00:28:51Liu Xiaobo sort de prison en 1991.
00:28:54La Chine se transforme autour de lui.
00:28:57Le vieux Deng Xiaoping, qui a fait tirer sur les étudiants,
00:29:00se retire après avoir relancé les réformes avec son slogan
00:29:03« Enrichissez-vous ».
00:29:05Place à Jiang Zemin et à une génération de dirigeants
00:29:08qui viennent de Shanghai
00:29:09et qui a décidé que la Chine devait réveiller son économie.
00:29:14Les grands projets fleurissent partout.
00:29:16Le pays s'ouvre aux entreprises étrangères.
00:29:22Liu Xiaobo, lui, n'est plus l'intellectuel flamboyant des années 80.
00:29:26Il a perdu son poste à l'université
00:29:28et n'a plus le droit de publier en Chine.
00:29:33Avec son ami, le poète Liao Yi Wu,
00:29:36il se cherche un nouveau rôle parmi les intellectuels pékinois.
00:29:44Notre spécialité avec Liu Xiaobo, c'était les pétitions.
00:29:48On adorait les pétitions.
00:29:50On n'arrêtait pas de rédiger des pétitions politiques
00:29:53qui concernaient souvent, de près ou de loin,
00:29:56le massacre de la place Tiananmen.
00:29:59À l'époque, il n'y avait pas d'ordinateur.
00:30:02Tout devait passer par fax.
00:30:04Donc, on n'était souvent pas bien nombreux à signer ces pétitions.
00:30:08Et clairement, je ne savais jamais exactement combien.
00:30:12Mais nombreux ou pas,
00:30:14ça ne nous empêchait pas d'être systématiquement arrêtés le lendemain.
00:30:20Liu Xiaobo se retrouve ainsi impliqué
00:30:23dans beaucoup de ses contestations des années 90.
00:30:26Un activisme qui va lui valoir plusieurs séjours en détention
00:30:29ou en rééducation.
00:30:33En 1995, il est arrêté alors qu'il préparait une nouvelle pétition
00:30:37pour faire reconnaître le massacre de Tiananmen.
00:30:41Six mois de privation de liberté.
00:30:44En 1996, il est envoyé pour trois ans
00:30:48en camp de rééducation dans le nord de la Chine.
00:30:52C'est dans la cantine de ce camp
00:30:54qu'il épouse Liu Xia,
00:30:56intellectuel et poétesse,
00:30:57qui partage avec lui le même idéal de liberté.
00:31:03Alors qu'il purge sa peine,
00:31:05le régime chinois lui fait une proposition
00:31:07à l'occasion de la visite du président Clinton à Pékin.
00:31:11Liu Xiaobo et sa femme peuvent quitter la Chine
00:31:14immédiatement avec le président américain.
00:31:21On est en 1998,
00:31:23on vient le voir en prison,
00:31:24le pouvoir lui fait comprendre
00:31:26qu'il pouvait partir.
00:31:27Liu Xiaobo a répondu
00:31:28« Je ne partirai pas.
00:31:30Si vous m'aviez condamné à 8 ou 10 ans de prison,
00:31:33peut-être que j'aurais choisi
00:31:34de laisser tomber et de partir.
00:31:35Mais là, je n'ai pris que 3 ans,
00:31:37je sortirai l'année prochaine,
00:31:39alors je choisis de rester. »
00:31:45Liu Xiaobo est libéré en 1999.
00:31:49Au début des années 2000,
00:31:50le CIO visite Pékin
00:31:52pour lui attribuer bientôt
00:31:53les Jeux Olympiques de 2008.
00:31:59La Chine s'apprête à adhérer à l'OMC,
00:32:03les grandes villes découvrent la richesse.
00:32:06Cette course au développement
00:32:07renforce Liu Xiaobo dans ses convictions.
00:32:11En juillet 2001,
00:32:13il crée la branche chinoise
00:32:14de la plus grande association
00:32:16internationale d'écrivains,
00:32:17le Pen Club,
00:32:19qui défend partout dans le monde
00:32:20la liberté d'expression.
00:32:24« À ce moment-là,
00:32:27sur le plan de la vie matérielle,
00:32:29nous vivions beaucoup mieux
00:32:30qu'à l'époque de Mao Zedong
00:32:31ou même que durant les années 80.
00:32:35Mais qu'en est-il du progrès social,
00:32:37du système dans sa globalité ?
00:32:40La vie d'un homme ne se résume pas
00:32:41à son argent, n'est-ce pas ?
00:32:44L'homme ne peut pas se contenter
00:32:46de manger à sa faim
00:32:47et d'être vêtu chaudement.
00:32:48Il a des besoins d'un autre ordre.
00:32:52Certains de mes camarades
00:32:53ou collègues de l'époque
00:32:54se sont enrichis.
00:32:56Ils conduisent aujourd'hui
00:32:57de grosses voitures,
00:32:58habitent de grandes maisons.
00:33:01Il serait pourtant difficile
00:33:02d'affirmer qu'ils mènent
00:33:03une meilleure vie que la mienne,
00:33:05du moins sur le plan
00:33:06de la tranquillité d'esprit.
00:33:11Yu Chie est alors
00:33:12un jeune intellectuel en vogue,
00:33:14un peu comme Liu Xiaobo
00:33:15dans les années 80.
00:33:17Il fait le choix risqué
00:33:18de rejoindre le Pen Club.
00:33:22Liu Xiaobo espérait également
00:33:24faire du Pen Club
00:33:25une plateforme pour nous permettre
00:33:27d'étudier et d'appliquer
00:33:28la démocratie dans la vie.
00:33:30Par exemple, notre comité de direction
00:33:32comptait 11 membres
00:33:33et se réunissait sur Internet
00:33:35une fois par mois
00:33:35pour débattre de nombreuses questions.
00:33:39En réalité, nous avions
00:33:41des débats très vifs,
00:33:42très passionnés sur, par exemple,
00:33:44la façon d'organiser une réunion.
00:33:47Car en réalité,
00:33:48tous ces intellectuels chinois
00:33:50férus de démocratie
00:33:51ne savaient même pas
00:33:52comment organiser correctement
00:33:53une réunion.
00:33:59Liu Xiaobo paye le prix
00:34:00de cet activisme.
00:34:02Des agents du gouvernement,
00:34:04en civil mais pas vraiment discrets,
00:34:06campent désormais devant chez lui.
00:34:08Son téléphone est sur écoute,
00:34:11sa connexion Internet est filtrée.
00:34:14Dans son appartement pékinois,
00:34:17il vit désormais en résidence surveillée.
00:34:22Je suis complètement contrôlé.
00:34:24Mon téléphone, mon ordinateur, etc.
00:34:27Ils me suivent tout le temps.
00:34:29Et puis, de nos jours,
00:34:30ce n'est plus comme dans les années 90.
00:34:33Dans les années 90,
00:34:35quand ils te suivaient,
00:34:36c'était en se cachant
00:34:37pour qu'on ne les voit pas.
00:34:39si vous vous retourniez brusquement,
00:34:40vous les voyez essayer de se cacher.
00:34:44Mais aujourd'hui,
00:34:44ils le font ouvertement.
00:34:46Ils vous font comprendre
00:34:47que vous êtes suivis.
00:34:49Et quelquefois, même,
00:34:50ils sont juste à côté de moi
00:34:52et on se met à avoir
00:34:52une petite conversation.
00:35:09Nous sommes le 8 août 2008.
00:35:12Pékin se sent plus fort que jamais.
00:35:16La ville devient le centre du monde.
00:35:18Elle a maté toutes les contestations
00:35:21et va faire de ses JO son couronnement.
00:35:24Mesdames et Messieurs,
00:35:25prière de vous lever
00:35:26pour l'hymne national chinois.
00:35:36Liu Xiaobo profite à sa manière
00:35:38de cette période olympique.
00:35:40Il rencontre des journalistes étrangers.
00:35:43Il organise surtout, discrètement,
00:35:45des rencontres de plus en plus régulières
00:35:47dans les ruelles du vieux Pékin.
00:35:49On y croise des professeurs d'université
00:35:51et même des officiels
00:35:53plus ou moins proches du parti.
00:35:57Liu Xiaobo a un nouveau projet
00:35:59sur le modèle de la charte 77
00:36:02rédigé par Václav Havel
00:36:03en Tchécoslovaquie.
00:36:09Je me souviens qu'à l'époque,
00:36:11nous nous retrouvions toujours au restaurant
00:36:13pour discuter,
00:36:14dans le restaurant d'un ami,
00:36:16parce qu'on ne pouvait pas discuter
00:36:17par téléphone ou par Internet.
00:36:20Alors à chaque fois,
00:36:21on invitait des amis
00:36:22à se joindre à nous dans ce restaurant.
00:36:24Si mes souvenirs sont bons,
00:36:25on a dû se réunir ainsi
00:36:27une bonne dizaine de fois.
00:36:28À chaque fois,
00:36:29on invitait des gens différents.
00:36:31Par exemple,
00:36:32un jour, c'était des universitaires
00:36:34et puis la fois d'après,
00:36:35des écrivains,
00:36:36puis ensuite des avocats.
00:36:38Ils venaient tous discuter
00:36:39avec nous de la charte 08.
00:36:43Teng Biao,
00:36:44avocat des causes dites sensibles
00:36:46à l'époque,
00:36:47entend parler de ces rencontres
00:36:48et il prend contact
00:36:50avec Liu Xiaobo.
00:36:52Je lui ai donné
00:36:55quelques conseils de juriste.
00:36:58Au départ,
00:36:59la première version
00:37:00qu'il m'avait donnée
00:37:01comportait 20 articles.
00:37:03Je lui ai dit
00:37:04qu'il y avait trop de sujets abordés
00:37:06et qu'il vaudrait mieux
00:37:07se concentrer
00:37:08sur la réforme politique,
00:37:09la transition démocratique,
00:37:11l'état de droit
00:37:12et les droits de l'homme.
00:37:15C'était une période
00:37:16où de nombreuses personnes
00:37:17travaillaient en même temps
00:37:18à l'amélioration
00:37:19de cette ébauche.
00:37:20dans le plus grand secret.
00:37:27Après des semaines
00:37:28de débats intenses
00:37:29et secrets
00:37:30parmi les intellectuels,
00:37:32la charte 08
00:37:33en propose une synthèse
00:37:34en 19 articles.
00:37:36Cela va de l'indépendance
00:37:37de la justice
00:37:38à la liberté d'expression
00:37:40ou de culte.
00:37:44Xia Yeiang
00:37:46est professeur d'économie
00:37:47à l'université de Pékin.
00:37:48Il participe
00:37:50à ces débats passionnés
00:37:51mais il estime
00:37:52que le texte
00:37:53de Liu Xiaobo
00:37:54n'est pas assez radical.
00:37:57Personnellement,
00:37:58je n'étais pas d'accord
00:37:59avec beaucoup de points.
00:38:01Mais à ce moment-là,
00:38:02j'ai pensé que tout le monde
00:38:03devait faire des compromis
00:38:04et on était d'accord là-dessus.
00:38:06Parce que cette version
00:38:08était très pacifique.
00:38:09Le langage n'est pas très dur.
00:38:13Je veux dire qu'il n'y avait
00:38:14aucune mention de subversion
00:38:15du gouvernement
00:38:16ou des choses comme ça.
00:38:18Donc je pensais
00:38:19que les gens
00:38:19qui signaient ça
00:38:20n'auraient pas à subir
00:38:21de grosses conséquences.
00:38:24Le texte de Liu Xiaobo
00:38:26réunit 303 signatures.
00:38:28Des officiels,
00:38:30des cadres d'entreprises d'État,
00:38:31des responsables d'universités.
00:38:33C'est un succès inespéré.
00:38:36La charte doit être publiée
00:38:38le 10 décembre 2008,
00:38:40Journée internationale
00:38:40des droits humains.
00:38:42Mais le pouvoir
00:38:42prend conscience du danger.
00:38:44Liu Xiaobo
00:38:45et plusieurs autres signataires,
00:38:46dont Yu Tie,
00:38:47sont arrêtés 48 heures
00:38:49avant la publication.
00:38:52Si tu écris un article
00:38:53dans ton coin,
00:38:54ça ne leur fait pas peur.
00:38:55Mais si plusieurs centaines
00:38:57de personnes se rassemblent
00:38:58pour le signer,
00:38:59alors ça les terrorise.
00:39:03Et puis,
00:39:04avec la charte 08,
00:39:05Liu Xiaobo a montré
00:39:06qu'il n'était pas seulement
00:39:07un intellectuel dissident.
00:39:11Il a montré
00:39:12qu'il était aussi capable
00:39:13d'organiser un mouvement
00:39:14et de rassembler
00:39:15les forces d'opposition,
00:39:17y compris à l'intérieur du système.
00:39:26Arrêté le 8 décembre,
00:39:28Liu Xiaobo est détenu
00:39:29arbitrairement
00:39:29pendant plusieurs mois
00:39:30avant que son procès
00:39:32ne commence en décembre 2009
00:39:34devant la cour intermédiaire
00:39:36numéro 1 à Pékin.
00:39:39Un procès à huit clous.
00:39:45Les camarades du dissident
00:39:47sont tenus à distance
00:39:48par la police
00:39:49qui a bouclé le tribunal.
00:39:56Je suis venu ici
00:39:58pour soutenir
00:39:59Liu Xiaobo
00:40:00et pour soutenir
00:40:01la charte 08.
00:40:04Une douzaine d'ambassades,
00:40:05dont celles d'Allemagne
00:40:06et des Etats-Unis,
00:40:07ont envoyé
00:40:08des observateurs
00:40:09qui seront,
00:40:10eux aussi,
00:40:11interdits d'entrer
00:40:12dans la salle d'audience.
00:40:15Deux jours plus tard,
00:40:17le 25 décembre 2009,
00:40:18Liu Xiaobo est condamné
00:40:20à 11 années de prison
00:40:21pour subversion
00:40:22du pouvoir de l'Etat.
00:40:26La date ne doit rien au hasard.
00:40:28Pékin espère
00:40:28qu'en ce jour de Noël,
00:40:30les médias étrangers
00:40:31et les diplomates
00:40:32seront moins mobilisés
00:40:33autour du tribunal.
00:40:36La persécution
00:40:37d'individus pacifiques
00:40:38pour l'expression
00:40:39de leurs opinions politiques
00:40:41est incompatible
00:40:42avec la législation internationale
00:40:44relative aux droits de l'homme.
00:40:45Monsieur Liu
00:40:46a pacifiquement oeuvré
00:40:47pour la mise en place
00:40:48de processus démocratiques
00:40:50en Chine.
00:40:51Nous ne cesserons
00:40:52de demander
00:40:52au gouvernement chinois
00:40:54sa libération immédiate.
00:40:59Face à ces juges,
00:41:01Liu Xiaobo a lu
00:41:02une longue déclaration.
00:41:04La liberté d'expression
00:41:05n'est pas un crime,
00:41:06répète-t-il.
00:41:07Et il ajoute
00:41:08la phrase
00:41:08qu'il avait prononcée
00:41:09sur la place
00:41:10Tiananmen,
00:41:11« Je n'ai pas d'ennemi,
00:41:12son credo
00:41:13pour la non-violence ».
00:41:26Deux semaines plus tard,
00:41:28sur le port d'Oslo,
00:41:29une lettre parvient
00:41:30au comité du prix Nobel
00:41:31de la paix.
00:41:33Elle est signée
00:41:34par Václav Havel.
00:41:36Elle réclame
00:41:37que le prix Nobel
00:41:37soit attribué
00:41:38aux dissidents chinois
00:41:39emprisonnés.
00:41:41Des intellectuels
00:41:42partout dans le monde
00:41:43vont se joindre
00:41:44à cet appel.
00:41:45Le 8 octobre 2010,
00:41:47le comité Nobel norvégien
00:41:49annonce son choix.
00:42:00J'ai entendu avec l'accent étranger
00:42:06« Je ne pouvais plus
00:42:10contenir mon émotion.
00:42:12Comme le dit l'expression,
00:42:14je riais
00:42:14et je pleurais
00:42:14en même temps.
00:42:15Mais je n'étais pas seul.
00:42:16Ce jour-là,
00:42:17on avait tous
00:42:18la larme à l'œil.
00:42:22Mais nous étions
00:42:23bien conscients
00:42:24que notre influence,
00:42:27l'influence de ceux
00:42:28qui luttent
00:42:28pour la liberté
00:42:29et la démocratie
00:42:31en Chine
00:42:31était minuscule
00:42:33et que dans le monde,
00:42:36seule une infime partie
00:42:37des gens
00:42:37connaissait
00:42:38le nom
00:42:39de Liu Xiaobo.
00:42:46Liu Xiaobo ne sait pas
00:42:47qu'il ait prix Nobel.
00:42:48Il croupit dans sa prison
00:42:50du nord de la Chine.
00:42:51Alors,
00:42:52les médias étrangers
00:42:53se précipitent
00:42:54à Pékin
00:42:54devant la résidence
00:42:55de Liu Xia,
00:42:56son épouse.
00:42:59Certains de ses compagnons
00:43:00tentent de se frayer
00:43:01un passage.
00:43:04Je pense que la dictature
00:43:06du parti unique
00:43:06va disparaître
00:43:07dans les dix ans.
00:43:08Je suis très optimiste
00:43:09là-dessus.
00:43:10Mais cet optimisme
00:43:12est de courte durée.
00:43:15La grille se referme,
00:43:17l'appartement de Liu Xia
00:43:19se transforme
00:43:19en quelques heures
00:43:20en résidence surveillée.
00:43:24Le jour de la remise
00:43:27du prix Nobel,
00:43:28c'était l'après-midi
00:43:29à Pékin.
00:43:34La police est venue
00:43:35frapper à ma porte.
00:43:36Deux policiers
00:43:36se sont engouffrés
00:43:37chez moi.
00:43:39Et ils m'ont mis
00:43:40un sac noir sur la tête.
00:43:43Ils m'ont torturé
00:43:44de multiples façons.
00:43:46Ça a duré
00:43:47huit ou neuf heures
00:43:48jusqu'à la nuit noire
00:43:50et je suis tombé
00:43:51dans le coma.
00:43:54Ils m'ont emmené
00:43:54à l'hôpital
00:43:55car je pense qu'en haut
00:43:56ils n'avaient pas
00:43:57donné l'ordre
00:43:57de me tuer
00:43:59mais seulement
00:43:59de me torturer
00:44:00un bon coup.
00:44:06À l'approche
00:44:07de l'annonce
00:44:07du prix Nobel,
00:44:08Liu Xia parvient rarement
00:44:09à s'échapper
00:44:10de son appartement.
00:44:14Un jour,
00:44:14nous l'avions retrouvée
00:44:15dans un café de Pékin.
00:44:19Elle nous avait montré
00:44:20son travail d'artiste,
00:44:21ses poèmes
00:44:22et surtout
00:44:23les photos
00:44:24qu'elle prenait
00:44:24de son mari.
00:44:32Liu Xia avait toujours
00:44:33été consciente
00:44:34du danger
00:44:34de sa vie
00:44:35avec Liu Xiaobo.
00:44:43Vous savez,
00:44:44moi,
00:44:44pendant de nombreuses années,
00:44:46il ne m'est arrivé
00:44:47que des mauvaises choses.
00:44:49Alors,
00:44:50comment on aurait pu
00:44:50imaginer cela ?
00:44:52Pendant toutes ces années,
00:44:54Liu Xiaobo
00:44:55n'a jamais pensé
00:44:56qu'il serait un jour
00:44:56nominé.
00:44:58Alors,
00:44:58encore moins
00:44:59qu'il pourrait recevoir
00:45:00ce prix.
00:45:03Lui,
00:45:03depuis que je le connais,
00:45:04il soutient la candidature
00:45:05des mères des victimes
00:45:06de Tiananmen.
00:45:08Il a toujours exhorté
00:45:10tous ses amis,
00:45:10chinois comme étrangers,
00:45:12à faire d'eux-mêmes,
00:45:12jusqu'au bout.
00:45:16Deux jours avant
00:45:17d'être arrêté,
00:45:17il disait encore
00:45:18au téléphone
00:45:19à un ami.
00:45:20Je vous demande
00:45:20à tous
00:45:21de redoubler d'efforts
00:45:22pour que les mères
00:45:23de Tiananmen
00:45:24obtiennent le prix Nobel.
00:45:33Lu Xia est réfugiée
00:45:34à Berlin
00:45:34depuis l'été 2018
00:45:36grâce aux efforts
00:45:37du gouvernement allemand.
00:45:40Elle ne peut pas
00:45:41s'exprimer publiquement
00:45:42car son frère
00:45:43est retenu en otage
00:45:44à Pékin.
00:45:45Mais elle a tenu
00:45:46à montrer sa présence
00:45:48au milieu de ses camarades
00:45:49en lisant un poème.
00:46:06Sous-titrage Société Radio-Canada
00:47:04Sur cette vidéo
00:47:05de l'administration
00:47:06pénitentiaire chinoise,
00:47:08on voit Lu Xia
00:47:09rendre visite
00:47:10à Lu Xiaobo.
00:47:11C'est comme cela
00:47:12qu'elle lui a annoncé
00:47:13qu'il était prix Nobel.
00:47:15C'est comme cela
00:47:15qu'elle a appris
00:47:16qu'il était malade,
00:47:17gravement malade
00:47:18d'un cancer du foie.
00:47:20Ces images de propagande
00:47:22veulent faire croire
00:47:22que Lu Xiaobo
00:47:23a été bien soigné.
00:47:25On le voit
00:47:26être examiné
00:47:27par de nombreux docteurs
00:47:28y compris
00:47:29lorsque sa santé
00:47:30se dégrade.
00:47:32On voit le prix Nobel
00:47:33pratiquer des activités physiques
00:47:35dans sa prison.
00:47:37On voit surtout
00:47:38un homme seul
00:47:38à l'isolement permanent.
00:47:42En juin 2017,
00:47:44Lu Xiaobo est admis
00:47:45à l'hôpital de Shenyang
00:47:46en phase terminale.
00:47:48face à la pression internationale,
00:47:50le régime accepte
00:47:51que des médecins étrangers
00:47:52viennent à s'enchever.
00:47:59Il leur confirme
00:48:00sa volonté
00:48:01d'être soigné en Europe.
00:48:02Mais c'est une mascarade
00:48:03et c'est trop tard.
00:48:09Il n'est pas transportable,
00:48:10disent leurs collègues chinois.
00:48:15Lu Xiaobo meurt
00:48:16quelques jours plus tard,
00:48:18le 13 juillet 2017,
00:48:20après neuf années
00:48:21d'emprisonnement.
00:48:25La communauté internationale
00:48:26a préféré
00:48:27fermer les yeux.
00:48:29De nombreux pays,
00:48:30pratiquement tous,
00:48:32se préoccupent surtout
00:48:33de faire du commerce
00:48:33avec la Chine,
00:48:35de gagner de l'argent
00:48:36sur le marché chinois.
00:48:40La promotion de la démocratie
00:48:42et des droits de l'homme
00:48:42se retrouve reléguée
00:48:44au dernier plan.
00:48:46En ce qui concerne
00:48:47Lu Xiaobo,
00:48:48j'appelle cela
00:48:49un meurtre sordide
00:48:50à la face du monde.
00:48:52Car il est mort en prison,
00:48:53sous les yeux du monde entier
00:48:54et personne n'a bougé.
00:49:00Le régime chinois
00:49:01organise des funérailles
00:49:02bien orchestrées.
00:49:07Toute la famille
00:49:08de Lu Xiaobo
00:49:09a été convoquée
00:49:10par les autorités.
00:49:13La propagande officielle
00:49:14tente de contrôler
00:49:15l'image
00:49:16et l'héritage
00:49:17du prix Nobel.
00:49:22Le régime ordonne
00:49:23que ses cendres
00:49:24soient dispersées
00:49:24en mer
00:49:25pour éviter
00:49:26un lieu de recueillement
00:49:27au nom de Lu Xiaobo.
00:49:36Lu Xiaobo
00:49:37m'a également raconté
00:49:37que lorsqu'elle était
00:49:38avec Lu Xiaobo
00:49:39dans les tout derniers temps,
00:49:40dans sa chambre d'hôpital,
00:49:43il y avait plusieurs
00:49:44grands cartons remplis
00:49:45de tous les écrits
00:49:46qu'il a produits
00:49:47pendant ses neuf années
00:49:48de prison,
00:49:48entre 2008 et sa mort.
00:49:52Il faut imaginer,
00:49:53il y a plusieurs mâles
00:49:54de manuscrits.
00:49:56Mais après la mort
00:49:57de Lu Xiaobo,
00:49:58la police a confisqué
00:49:59tous ces manuscrits,
00:50:00tous ces mâles.
00:50:01Et je ne connais pas
00:50:02leur sort.
00:50:10En Chine,
00:50:11le nom de Lu Xiaobo
00:50:12est totalement censuré.
00:50:14Alors les internautes
00:50:15ont commencé à parler
00:50:16de chaises vides
00:50:18et le terme
00:50:19chaises vides
00:50:20a été à son tour censuré.
00:50:27Il n'y a plus
00:50:28qu'un seul endroit
00:50:29dans le pays
00:50:29où le nom de Lu Xiaobo
00:50:30résonne encore
00:50:31dans la population.
00:50:33À Hong Kong,
00:50:34où l'on célèbre
00:50:35depuis 30 ans
00:50:36avec gravité
00:50:37l'anniversaire
00:50:38du massacre de Tiananmen.
00:50:40Désormais,
00:50:40la figure de Lu Xiaobo
00:50:42est partout
00:50:42dans ce rendez-vous
00:50:43majeur
00:50:43de la vie des Hongkongais.
00:50:57Mais Hongkong,
00:50:58c'est une autre Chine.
00:51:00L'ancienne colonie britannique
00:51:01bénéficie pour le moment
00:51:02d'un statut spécial,
00:51:04d'un accès
00:51:04à un Internet libre
00:51:06et aux médias étrangers.
00:51:12Mais à l'intérieur du pays,
00:51:14la censure est totale.
00:51:27En 2008,
00:51:28lors de notre dernière rencontre,
00:51:30Lu Xiaobo
00:51:31pressentait les risques à venir.
00:51:33Dans quelques semaines,
00:51:34il allait disparaître,
00:51:36emprisonné jusqu'à sa mort.
00:51:37Il nous laissait
00:51:38ces derniers mots
00:51:39pour comprendre
00:51:40sa liberté.
00:51:46Je pense que j'ai fait
00:51:47des choix justes.
00:51:51Bien sûr que les conséquences
00:51:52sont importantes pour moi.
00:51:56Mais c'est de toute façon
00:51:57comme ça si vous vivez en Chine.
00:51:59Vous devez payer un prix.
00:52:02Si vous ne choisissez pas
00:52:04mon genre de vie,
00:52:05une vie que la plupart des gens
00:52:06considèrent comme trop dure
00:52:08et trop risquée,
00:52:09alors vous ne paierez pas
00:52:10le prix que je paie.
00:52:13Mais si on y réfléchit,
00:52:14vous devrez quand même
00:52:15payer un prix,
00:52:16un certain prix.
00:52:21Par exemple,
00:52:22vous serez obligés
00:52:23de mentir.
00:52:24Vous devrez suivre
00:52:25l'idéologie dominante
00:52:26pour obtenir
00:52:27et conserver un bon revenu,
00:52:28un bon travail.
00:52:31Impossible alors
00:52:32de se préoccuper
00:52:33des morts du 4 juin.
00:52:35Impossible d'exprimer
00:52:36la moindre critique
00:52:37envers le gouvernement.
00:52:39En fait,
00:52:40impossible d'exprimer
00:52:41la moindre opinion authentique.
00:52:43Et tout cela
00:52:44pour une vie matérielle
00:52:46confortable.
00:52:47Alors moi,
00:52:49je préfère payer
00:52:50ce prix élevé du danger
00:52:51plutôt que de devenir
00:52:52quelqu'un qui vit
00:52:53dans le mensonge,
00:52:55plutôt que de devenir
00:52:56quelqu'un qui renie
00:52:57sa propre conscience.
00:53:09C'était donc
00:53:10Liu Xiaobo,
00:53:11l'homme qui a défié Pékin,
00:53:12film réalisé par
00:53:13Pierre Aski,
00:53:14figure de Tiananmen,
00:53:16auteur d'un manifeste
00:53:17puissant
00:53:18sur la démocratie
00:53:19qui lui a valu
00:53:1911 ans de prison.
00:53:21Prix Nobel de la paix,
00:53:22Liu Xiaobo
00:53:23est mort en captivité
00:53:24en 2017
00:53:25et son nom
00:53:26reste aujourd'hui
00:53:26censuré en Chine
00:53:28de la répression
00:53:29de 1989
00:53:30à l'étouffement
00:53:31des libertés
00:53:31à Hong Kong.
00:53:32Le régime n'a cessé
00:53:33de combattre
00:53:34toute aspiration
00:53:35démocratique
00:53:36et sous Xi Jinping,
00:53:38la surveillance
00:53:38de la population
00:53:39a atteint
00:53:40une ampleur
00:53:41absolument inédite.
00:53:42On ouvre le débat
00:53:43ce soir
00:53:44avec nos invités
00:53:45que je suis ravi
00:53:46d'accueillir.
00:53:47Pierre Aski,
00:53:47bonsoir.
00:53:48Bonsoir.
00:53:48Réalisateur de ce film,
00:53:50journaliste éditorialiste
00:53:51à France Inter,
00:53:53président de Reporters
00:53:54sans frontières
00:53:54et l'auteur
00:53:55de La fin d'un monde
00:53:56publié chez Stock.
00:53:58Jean-Philippe Béja,
00:53:59vous êtes sinologue,
00:54:00auteur de Surveiller
00:54:01et Punir en Chine.
00:54:02Vous avez traduit,
00:54:04présenté les textes
00:54:05de Liu Xiaobo
00:54:06en français.
00:54:07Vous étiez son ami,
00:54:09vous l'avez bien connu,
00:54:10Marie Holzman,
00:54:11sinologue
00:54:12et vous avez aussi
00:54:13très fortement
00:54:14été imprégné
00:54:15par l'histoire
00:54:16et le destin
00:54:17de Liu Xiaobo.
00:54:18J'aimerais vous poser
00:54:19une question,
00:54:20Pierre Aski,
00:54:20dix ans après,
00:54:22dix ans après,
00:54:23qu'est-ce qu'il reste
00:54:24aujourd'hui
00:54:25de la mémoire
00:54:25de Liu Xiaobo
00:54:26en Chine ?
00:54:27On le sait,
00:54:28le régime chinois
00:54:29a une capacité technique
00:54:31à effacer
00:54:32les événements,
00:54:34les gens
00:54:34et tout ce qui le gêne
00:54:36dans sa propre histoire
00:54:37et l'histoire du pays.
00:54:39Et il faut bien le dire,
00:54:41il a réussi aujourd'hui
00:54:42à effacer
00:54:43le nom
00:54:44de Liu Xiaobo.
00:54:45Ça ne veut pas dire
00:54:46que certaines personnes
00:54:47continuent
00:54:48à le garder
00:54:49en mémoire,
00:54:50mais officiellement
00:54:51en Chine,
00:54:52il n'existe plus.
00:54:54Il n'existe plus.
00:54:55Il n'a jamais existé
00:54:56d'une certaine manière.
00:54:57Ce qui est assez paradoxal,
00:54:58c'est que le régime chinois
00:54:59a utilisé des images
00:55:01de Liu Xiaobo
00:55:02pendant sa détention
00:55:03pour montrer
00:55:03à quel point
00:55:04il allait bien
00:55:05des images destinées
00:55:06sans doute
00:55:07au reste du monde.
00:55:08Oui, il a dû gérer
00:55:10la fin de vie
00:55:12de Liu Xiaobo
00:55:13en prison
00:55:14par rapport
00:55:15à l'opinion publique mondiale,
00:55:16par rapport
00:55:16à des pressions
00:55:18qui pouvaient exister
00:55:19pour essayer
00:55:19de le sortir de prison
00:55:21et le soigner
00:55:21à l'étranger.
00:55:22Il y a une scène
00:55:24macabre
00:55:24qu'on voit
00:55:25dans le film
00:55:26avec ces médecins
00:55:27allemands
00:55:28qui sont autorisés
00:55:29à aller au chevet
00:55:30de cet homme mourant.
00:55:31Donc,
00:55:32on voit bien
00:55:33que là,
00:55:33il y a eu
00:55:33une instrumentalisation
00:55:35de cette fin de vie
00:55:36de Liu Xiaobo.
00:55:37Mais une fois
00:55:37que le coup près
00:55:38est tombé
00:55:39et que sa mort
00:55:40est survenue,
00:55:41on s'est employé
00:55:42à l'effacer
00:55:43de la mémoire
00:55:44collective chinoise.
00:55:45Marie Holzman,
00:55:46Liu Xiaobo,
00:55:47c'est aussi une figure
00:55:48de Tiananmen
00:55:49de ce magnifique mouvement
00:55:51de révolte
00:55:52pour les libertés
00:55:53sur la place
00:55:55principale
00:55:56de Pékin.
00:55:57En quoi est-ce
00:55:57que le soulèvement
00:55:58de 1989
00:55:59reste aujourd'hui
00:56:01encore un événement
00:56:01fondateur
00:56:02pour la dissidence
00:56:04démocratique chinoise ?
00:56:05Ça reste
00:56:06un élément fondamental
00:56:07pour toute la période
00:56:09actuelle,
00:56:10pas seulement
00:56:11en 1989.
00:56:12Quand on pense
00:56:13à Hong Kong
00:56:14qui tous les ans
00:56:15avait commémoré
00:56:16le massacre
00:56:17de la place
00:56:18Tiananmen
00:56:18le 4 juin
00:56:19ou le 1er juin
00:56:20et tout récemment,
00:56:22il y a 2-3 ans,
00:56:23le gouvernement chinois
00:56:24a interdit
00:56:25aux Hongkongais
00:56:26de continuer
00:56:27à commémorer
00:56:27et simplement
00:56:29s'habiller en blanc
00:56:30la couleur du deuil
00:56:31en Chine,
00:56:31c'est déjà considéré
00:56:32comme une marque
00:56:34de deuil
00:56:35trop évidente
00:56:36et on arrête
00:56:36les gens
00:56:36s'ils sont habillés
00:56:37en blanc,
00:56:38etc.
00:56:39Donc ça reste
00:56:40quelque chose
00:56:40d'excessivement sensible
00:56:42mais aussi
00:56:43inconnu des jeunes.
00:56:45Les jeunes chinois
00:56:46qui arrivent ici,
00:56:47quand on commémore
00:56:47le 4 juin à Paris,
00:56:49ils tombent des nus,
00:56:50ils nous disent
00:56:51mais que s'est-il passé ?
00:56:52Et ils sont nombreux
00:56:53les étudiants chinois
00:56:54en France.
00:56:54Et ils sont très nombreux.
00:56:55Jean-Philippe Béja,
00:56:57vous l'avez connu,
00:56:58Liu Xiaobo,
00:56:59c'était votre ami.
00:57:00Qu'est-ce que vous ressentez
00:57:02ou comment est-ce que
00:57:03vous comprenez
00:57:03qu'on ait pu effacer
00:57:04sa mémoire ?
00:57:05C'est vrai que Pierre
00:57:06parlait des moyens
00:57:07techniques
00:57:08mais malgré tout
00:57:09une mémoire
00:57:10ça peut survivre
00:57:11dans les limbes,
00:57:12dans les interstices.
00:57:14Vous savez,
00:57:14pour les partis communistes
00:57:15il est extrêmement important
00:57:16de contrôler justement
00:57:17l'écriture de l'histoire
00:57:18car c'est ce qui légitime
00:57:20le pouvoir du parti.
00:57:21Dans ces conditions,
00:57:23ça fait très longtemps,
00:57:24depuis 1917,
00:57:25qu'on efface
00:57:26la mémoire
00:57:27d'un certain nombre
00:57:28de personnes
00:57:28qui ne plaisaient pas
00:57:29à la direction.
00:57:30Mais Liu Xiaobo,
00:57:32évidemment,
00:57:32ça a été relativement
00:57:33plus facile
00:57:34parce que c'était
00:57:35quelqu'un qui était
00:57:35très connu
00:57:36dans les années 80
00:57:37et qui après
00:57:38a été réduit au silence
00:57:40après 1989.
00:57:43Quand vous dites
00:57:44réduit au silence,
00:57:45c'est-à-dire ?
00:57:45Il n'avait pas le droit
00:57:46de parler en Chine,
00:57:47il n'avait pas le droit
00:57:48de publier en Chine.
00:57:49Mais vous,
00:57:49vous l'avez traduit
00:57:50malgré tout.
00:57:51Oui,
00:57:51mais alors il écrivait
00:57:52à l'époque
00:57:53où il y avait justement
00:57:54un Hong Kong
00:57:54qui était libre.
00:57:56Libre.
00:57:57Il écrivait
00:57:58dans les revues
00:57:58de Hong Kong
00:57:59et à partir
00:58:00de l'invention
00:58:01d'Internet,
00:58:02il a écrit sur le net.
00:58:03Il a beaucoup écrit
00:58:04et donc il était connu
00:58:05dans une partie
00:58:06de l'intelligentsia
00:58:07et dans toute la dissidence.
00:58:09Liu Xiaobo
00:58:10était véritablement
00:58:10celui qui faisait
00:58:11le lien
00:58:12entre les diverses
00:58:13générations
00:58:14de la dissidence.
00:58:15Donc quand vous dites
00:58:16effectivement 89
00:58:17est un événement fondateur,
00:58:18ce n'est pas le premier.
00:58:19Mais c'est effectivement
00:58:21quelque chose
00:58:22d'essentiel.
00:58:23Et Liu Xiaobo
00:58:23représente largement
00:58:24le mouvement de 89
00:58:26mais il avait participé
00:58:27déjà en 1978-79
00:58:29à la floraison littéraire.
00:58:31C'est un peu
00:58:32le symbole
00:58:33des années 80
00:58:34et c'est le symbole
00:58:36de l'écrasement
00:58:37du mouvement.
00:58:39C'est pour ça
00:58:39le parti veut bien
00:58:41effacer le mouvement
00:58:42mais il ne veut pas
00:58:43qu'on célèbre
00:58:44celui qui justement
00:58:46parle de l'écrasement
00:58:47du mouvement.
00:58:48Donc Liu Xiaobo
00:58:50disparaît
00:58:50comme le mouvement
00:58:51de 89 disparaît,
00:58:52comme on essaye
00:58:53toujours d'effacer
00:58:54toute dissidence
00:58:55mais quand même
00:58:56il faut aussi voir
00:58:57que dans l'histoire
00:58:57de la République populaire
00:58:58chaque fois
00:58:59au bout de quelques années
00:59:00au bout d'une décennie
00:59:01ou quelque chose
00:59:02il réapparaît.
00:59:03Il n'y a pas
00:59:03de disparition totale
00:59:05c'est simplement
00:59:06il faut attendre.
00:59:071989
00:59:08c'est le dernier
00:59:09petit espoir
00:59:10de liberté
00:59:11ou de libération ?
00:59:13C'est un moment
00:59:14où la Chine
00:59:15a été face
00:59:16à un choix
00:59:17de direction
00:59:18et en fait
00:59:19vous aviez deux hommes
00:59:20qui incarnaient
00:59:21ces deux choix
00:59:22à la tête du parti.
00:59:23le Premier ministre
00:59:24Li Peng
00:59:24et le secrétaire général
00:59:26du parti
00:59:26Zhao Ziyang.
00:59:27L'un était pour écraser
00:59:29le mouvement
00:59:29de la place
00:59:30Tienanmen
00:59:31le mouvement
00:59:31des aspirations
00:59:32démocratiques
00:59:33des étudiants
00:59:34et l'autre
00:59:34était pour négocier
00:59:36et être plus conciliant
00:59:38et il se vivait
00:59:39peut-être un peu
00:59:40aussi comme
00:59:41le Gorbatchev
00:59:42de la Chine
00:59:43parce qu'il ne faut pas
00:59:44oublier qu'au milieu
00:59:45du printemps de Pékin
00:59:47Gorbatchev arrive
00:59:48à Pékin
00:59:49en visite officielle.
00:59:50Donc il y a le télescopage
00:59:51des réformes
00:59:53de la Perestroïka
00:59:55et de la Glastnost
00:59:57en Russie
00:59:57avec ce mouvement
00:59:59C'est concomitant.
01:00:01C'est concomitant.
01:00:02Et le choix
01:00:04qui a été fait
01:00:05par Deng Xiaoping
01:00:06et par les anciens
01:00:07de réprimer
01:00:08d'envoyer l'armée
01:00:09sur la place
01:00:10Tienanmen
01:00:10a conforté
01:00:12la ligne dure
01:00:12contre le réformisme
01:00:14que pouvait
01:00:15incarner
01:00:16Zhao Ziyang.
01:00:16Donc c'est peut-être
01:00:17le dernier moment
01:00:18où la Chine
01:00:19avait le choix
01:00:20d'une autre direction
01:00:23et elle ne l'a pas prise.
01:00:25Une autre direction
01:00:26pas la démocratie
01:00:27mais au moins
01:00:28un peu de liberté.
01:00:29Une réforme politique
01:00:32parce que la Chine
01:00:33en fait
01:00:34ça a toujours été
01:00:35le problème
01:00:35c'est est-ce qu'on réforme
01:00:37l'économie
01:00:37on réforme la société
01:00:38mais est-ce qu'on réforme
01:00:39la politique.
01:00:41Et Tienanmen
01:00:41était le dernier moment
01:00:43où c'était possible.
01:00:44Il y a eu ensuite
01:00:45Deng Xiaoping
01:00:46a relancé
01:00:47les réformes économiques
01:00:48l'enrichissement
01:00:49et la Chine
01:00:50est devenue
01:00:51ce qu'elle est aujourd'hui.
01:00:52Il y a eu
01:00:53beaucoup d'épisodes.
01:00:53La prospérité
01:00:54au détriment
01:00:55de la liberté.
01:00:55Voilà, en échange
01:00:56d'un silence
01:00:57de la population
01:00:58la ligne rouge
01:00:59c'est la politique.
01:01:01Marie Olsmann
01:01:01c'est assez frappant
01:01:03de voir 1989
01:01:04comme date charnière
01:01:07comme date de rupture
01:01:08mais Liu Xiaobo
01:01:09si on doit revenir
01:01:10à cet homme
01:01:11alors on a vu
01:01:12l'image de Tankman
01:01:13cette anonyme
01:01:15face à un Tank
01:01:16place de Tienanmen
01:01:18en plein coeur
01:01:19de Pékin
01:01:20Liu Xiaobo
01:01:21lui il a porté
01:01:22une autre aspiration
01:01:23proprement démocratique
01:01:24il n'a pas
01:01:25imprimé
01:01:27un symbole
01:01:27il a produit
01:01:29des textes
01:01:29des manifestes
01:01:31une réflexion profonde
01:01:33sur ce que pouvait être
01:01:34la démocratie
01:01:35ou une démocratisation
01:01:37de l'état chinois.
01:01:38Oui, en 2008
01:01:39il est à l'origine
01:01:41avec d'autres
01:01:41d'une nouvelle constitution
01:01:44il fait un projet
01:01:45et en plus
01:01:46c'est un projet
01:01:47relativement modeste
01:01:48enfin
01:01:48il ne demande pas
01:01:49des élections libres
01:01:50universelles
01:01:51etc.
01:01:52il fait des propositions
01:01:53et autour de lui
01:01:55il y a à peu près
01:01:56300 écrivains
01:01:58intellectuels
01:01:59qui le rejoignent
01:02:00et c'est ça
01:02:01qui a fait peur
01:02:02au pouvoir
01:02:02qu'il y ait
01:02:03une opposition
01:02:04constituée
01:02:05qui envisage
01:02:06une véritable constitution
01:02:08avec des lois
01:02:09qui s'imposerait
01:02:10au parti communiste chinois
01:02:12alors que le parti
01:02:13communiste chinois
01:02:14est une dictature absolue
01:02:15personne ne peut
01:02:16s'opposer à lui
01:02:16personne ne peut
01:02:17s'opposer à lui
01:02:18il y a malgré tout
01:02:20Jean-Philippe Beja
01:02:21une question
01:02:21qui est particulière
01:02:23à la Chine
01:02:23de Xi Jinping
01:02:24est-ce qu'elle est plus
01:02:26dure ?
01:02:27Est-ce que l'emprise
01:02:27sur la population
01:02:28n'a jamais été aussi grande
01:02:30alors que le pays
01:02:31n'a jamais été aussi
01:02:32peuplé
01:02:33et qu'il a connu
01:02:34Mao
01:02:34Tsetung ?
01:02:36Si vous voulez
01:02:37Liu Xiaobo
01:02:38avait l'espoir
01:02:39que la société civile
01:02:40qui était en train
01:02:41de se développer
01:02:42plus ou moins
01:02:43dans les dernières années
01:02:43dans les premières années
01:02:44du 21ème siècle
01:02:45pourrait influer
01:02:48avoir une influence
01:02:49sur le système politique
01:02:50et arriver
01:02:51à la démocratisation
01:02:52c'est pour ça
01:02:53qu'il dénonçait
01:02:53la philosophie du port
01:02:55qui consistait
01:02:56à accepter
01:02:57l'enrichissement
01:02:58mais à ne pas demander
01:02:59les libertés
01:03:00Liu Xiaobo
01:03:00est fondamentalement
01:03:02un moraliste
01:03:03j'allais dire un maoïste
01:03:04il est moraliste
01:03:05et il pense
01:03:06que effectivement
01:03:07si l'ensemble
01:03:08de la société
01:03:09dit la vérité
01:03:10le pouvoir
01:03:11sera obligé
01:03:12de reculer
01:03:12ce qui se passe
01:03:13aujourd'hui
01:03:14il définit
01:03:15mais il connaissait
01:03:16le prix
01:03:16de la liberté
01:03:17on l'a entendu
01:03:18dans le documentaire
01:03:19avec des mots
01:03:20extrêmement puissants
01:03:21il a un texte
01:03:22dans lequel il dit
01:03:22il y a trois lignes
01:03:23de défense
01:03:24la première
01:03:24c'est dire la vérité
01:03:26alors ça peut être considéré
01:03:27comme trop dangereux
01:03:28par la majorité des gens
01:03:29dans ces conditions
01:03:30la deuxième ligne
01:03:31de défense
01:03:31c'est se taire
01:03:32se taire
01:03:33c'est-à-dire
01:03:34ne pas
01:03:34que participer
01:03:35aux mensonges
01:03:36la troisième ligne
01:03:37de défense
01:03:37c'est mentir
01:03:40sans nuire
01:03:41à personne
01:03:41concrètement
01:03:42et il dit
01:03:43si de plus en plus
01:03:44de gens
01:03:44sont sur la première
01:03:47ligne de défense
01:03:47il y en aura
01:03:49de plus en plus
01:03:49de la troisième
01:03:50qui iront vers la deuxième
01:03:51de la deuxième
01:03:52qui iront vers la première
01:03:53et on arrivera
01:03:54à une démocratisation
01:03:55du régime
01:03:55donc il l'a théorisé
01:03:56absolument
01:03:57ce qui se passe
01:03:58aujourd'hui
01:03:58justement
01:03:59c'est que
01:03:59la première ligne
01:04:00de défense
01:04:01ça vous emmène
01:04:02alors il disait
01:04:02le coup existe
01:04:03mais il n'est pas terrible
01:04:04vous allez en prison
01:04:06et la deuxième
01:04:07ligne de défense
01:04:07et bien simplement
01:04:08vous n'aurez pas
01:04:09de promotion
01:04:09mais aujourd'hui
01:04:11la première ligne
01:04:12de défense
01:04:12si vous y allez
01:04:13vous êtes automatiquement
01:04:14mis au silence
01:04:16donc de plus en plus
01:04:17de gens
01:04:17se retirent
01:04:19les plus courageux
01:04:20se retirent
01:04:21sur la deuxième
01:04:22ligne de défense
01:04:22et la plupart des gens
01:04:23sont sur la troisième
01:04:24ligne de défense
01:04:25la question qui se pose
01:04:26c'est est-ce que
01:04:27cette philosophie du port
01:04:28pourra continuer
01:04:29dans une situation
01:04:31où l'économie
01:04:32n'est pas particulièrement
01:04:33fleurissante
01:04:34donc si on regarde
01:04:35aujourd'hui
01:04:36est-ce qu'il y a
01:04:37un héritage
01:04:38de Liu Xiaobo
01:04:39alors malheureusement
01:04:40beaucoup de gens
01:04:41ne le savent pas
01:04:41mais quand même
01:04:42un certain nombre
01:04:43dans certains milieux
01:04:44et dans l'ensemble
01:04:44des milieux
01:04:45de la dissidence
01:04:46qui aujourd'hui
01:04:47sont bien sûr
01:04:48silencieux
01:04:49mais qui n'ont pas
01:04:50disparu
01:04:51et bien là
01:04:52ces idées
01:04:53existent encore
01:04:54et peuvent être débattues
01:04:55mais la question
01:04:56qui se pose
01:04:56c'est qu'aujourd'hui
01:04:57il est beaucoup plus dangereux
01:04:59d'exprimer
01:04:59de dire la vérité
01:05:01comme disait
01:05:01Liu Xiaobo
01:05:03qu'à l'époque
01:05:04où il a été
01:05:04quand même
01:05:05condamné
01:05:06à 11 ans
01:05:06de prison
01:05:07oui bien sûr
01:05:07et d'un régime
01:05:08très dur
01:05:09de détention
01:05:10c'était plus difficile
01:05:11de dire la vérité
01:05:13aujourd'hui
01:05:13qu'à son époque
01:05:15incontestablement
01:05:16on est dans un autre monde
01:05:17par rapport à l'époque
01:05:18où Liu Xiaobo
01:05:19et l'époque dont parlait
01:05:20Jean-Philippe
01:05:20c'est-à-dire le début
01:05:21des années 2000
01:05:22où vous viviez en Chine
01:05:24vous étiez correspondant
01:05:25vous avez vu
01:05:26l'explosion
01:05:27de l'économie
01:05:28il y avait une zone grise
01:05:29de la société civile
01:05:30qui était tolérée
01:05:31et qui essayait
01:05:33de pousser
01:05:33ses marges de manœuvre
01:05:34en permanence
01:05:35ce que personne
01:05:36n'avait
01:05:36c'était des artistes
01:05:37par exemple
01:05:37les artistes
01:05:38les intellectuels
01:05:39tout le monde associatif
01:05:41des associations
01:05:42pour l'environnement
01:05:43pour défendre
01:05:45les malades
01:05:45du sida
01:05:46pour lutter
01:05:48contre les expropriations
01:05:49de terres
01:05:50ou de logements
01:05:52il y avait
01:05:53un foisonnement
01:05:54de militantisme
01:05:58qui donnait
01:05:59l'espoir
01:05:59à des gens
01:05:59comme Liu Xiaobo
01:06:00que ça ferait
01:06:01boule de neige
01:06:01ce que personne
01:06:02n'avait anticipé
01:06:03à l'époque
01:06:04c'est que
01:06:05si Jinping arriverait
01:06:06donc il est arrivé
01:06:07en 2012
01:06:07la première directive
01:06:09qu'il a prise
01:06:09c'est interdire
01:06:11le concept même
01:06:12de société civile
01:06:13interdire l'idée
01:06:15de société civile
01:06:16c'est-à-dire
01:06:18pour lui
01:06:18la société civile
01:06:19c'est l'occidentalisation
01:06:20de la Chine
01:06:22et donc c'était
01:06:23un tabou absolu
01:06:23et il a mis fin
01:06:25à tout ça
01:06:25les premières victimes
01:06:26de cette mesure
01:06:28ont été les avocats
01:06:29il y a eu
01:06:31tout un mouvement
01:06:32qui est monté
01:06:33en puissance
01:06:34ce qu'on appelait
01:06:35les avocats aux pieds nus
01:06:35des gens qui
01:06:36défendaient
01:06:37les victimes
01:06:38d'injustice
01:06:39d'expropriation
01:06:40etc
01:06:41ils ont été
01:06:42tous arrêtés
01:06:42en 2014
01:06:44450 avocats
01:06:45et on les mettait
01:06:48devant un choix
01:06:48soit vous renoncez
01:06:50à cette activité-là
01:06:51soit on vous supprime
01:06:52votre licence
01:06:52et ceux qui refusaient
01:06:54de signer
01:06:54un engagement
01:06:55à ne plus
01:06:56défendre de cas
01:06:57sensibles
01:06:58comme on disait
01:06:59se voyaient
01:07:00virer du barreau
01:07:01donc ça a été
01:07:03un coup d'arrêt
01:07:04brutal
01:07:04qui a mis fin
01:07:06à tout cet espoir
01:07:07de la première décennie
01:07:08pour faire court
01:07:09du 21e siècle
01:07:11Marie-Helsmann
01:07:12moi je voudrais parler
01:07:14d'un sujet
01:07:14qui me tient à coeur
01:07:16les chinois
01:07:17ont voulu faire disparaître
01:07:18Liu Xiaobo
01:07:19et ils y sont réussis
01:07:20on a jeté
01:07:22les cendres
01:07:22de Liu Xiaobo
01:07:23dans la mer
01:07:24comme on avait
01:07:25d'ailleurs jeté
01:07:25les cendres
01:07:26de Zhou Enlai
01:07:27dans la mer
01:07:27parce que Mao
01:07:28ne voulait pas
01:07:29qu'il y ait
01:07:29de dommages
01:07:30à Zhou Enlai
01:07:31le premier ministre
01:07:33donc je dirais
01:07:35c'est à nous
01:07:35les occidentaux
01:07:37de donner
01:07:38un petit peu
01:07:39de vie
01:07:39à Liu Xiaobo
01:07:40encore un petit peu
01:07:41au moins une présence
01:07:42nous possédons
01:07:44une statue
01:07:45en taille
01:07:46de Liu Xiaobo
01:07:47que personne
01:07:48ne veut poser
01:07:49nulle part
01:07:50ni en Norvège
01:07:52au musée
01:07:53du Nobel
01:07:54d'une prix Nobel
01:07:55de la paix
01:07:56ni à Paris
01:07:57parce qu'on a peur
01:07:58que ça déplaise
01:07:59aux chinois
01:08:00ni en Grande-Bretagne
01:08:01ni en Allemagne
01:08:02ni nulle part
01:08:02aucun état européen
01:08:04ne veut
01:08:05de cette statue
01:08:06de Liu Xiaobo
01:08:07prix Nobel
01:08:07de la paix
01:08:08voilà
01:08:08ça veut dire
01:08:09que la dictature
01:08:10chinoise
01:08:10fait peur
01:08:11à tout le monde
01:08:12et que
01:08:13en catimini
01:08:14vous faites ça
01:08:15c'est fini
01:08:16les échanges économiques
01:08:18avec la Chine
01:08:18mais moi je pense
01:08:20qu'il y a plein
01:08:21de touristes chinois
01:08:22qui viennent à Paris
01:08:22il faut leur montrer
01:08:24ce que c'est
01:08:25que la démocratie
01:08:25nous on a le droit
01:08:27de parler de Liu Xiaobo
01:08:28et on veut
01:08:30que vous vous souveniez
01:08:31de lui
01:08:32c'est très fort
01:08:32ce que vous dites
01:08:33c'est très fort
01:08:34ce que vous dites
01:08:34mais est-ce qu'il y a
01:08:35de nouvelles formes
01:08:36de dissidence
01:08:37aujourd'hui
01:08:37et quelles expressions
01:08:39elles prennent
01:08:40aujourd'hui
01:08:41en Chine
01:08:41Jean-Philippe Béja
01:08:43Pierre Aski
01:08:43on a vu au moment
01:08:44du Covid
01:08:45quand même
01:08:47en novembre 2022
01:08:48des gens
01:08:49qui sont descendus
01:08:50dans les rues
01:08:51dans toutes les grandes villes
01:08:52de Chine
01:08:53de façon coordonnée
01:08:54qui ont crié
01:08:57quand même
01:08:57des slogans
01:08:58comme
01:08:59nous voulons
01:08:59la démocratie
01:09:00Abbas
01:09:01Xi Jinping
01:09:02etc
01:09:02c'est la mobilisation
01:09:04des feuilles blanches
01:09:05alors c'est extraordinaire
01:09:07on voit l'image
01:09:07à l'écran
01:09:08qu'est-ce que signifiait
01:09:10justement ce symbole là
01:09:11le symbole
01:09:12de la
01:09:13ça vous veut dire
01:09:14on a le droit
01:09:14de rien dire
01:09:15donc on a des feuilles blanches
01:09:16ça avait déjà été
01:09:18utilisé en Russie
01:09:19contre Poutine
01:09:20d'ailleurs
01:09:20ça venait
01:09:21vous voyez
01:09:22les informations
01:09:23et les stratégies
01:09:25continuent à circuler
01:09:26dans le monde entier
01:09:26malgré
01:09:27la grande muraille
01:09:28électronique
01:09:29de Chine
01:09:30donc ça voulait dire
01:09:31on n'a pas le droit
01:09:32de parler
01:09:32alors je ne suis pas
01:09:33en train de dire
01:09:33qu'il y a actuellement
01:09:34en Chine
01:09:35un énorme mouvement
01:09:36qui va renverser
01:09:38le pouvoir
01:09:39du parti communiste
01:09:40ce n'est pas
01:09:40absolument pas le cas
01:09:41simplement
01:09:42ce qu'il faut savoir
01:09:43c'est que
01:09:44j'avais parlé un jour
01:09:45du nombre
01:09:46au fond
01:09:47le mouvement pour la démocratie
01:09:48c'est quelque chose
01:09:49comme une ombre
01:09:50elle est toujours là
01:09:51une ombre
01:09:51oui
01:09:52il y a du soleil
01:09:53non j'ai compris
01:09:54le nombre
01:09:55une ombre
01:09:56parce qu'ils sont
01:09:57très peu nombreux
01:09:58proportionnellement
01:09:59ils sont peu nombreux
01:10:00mais il y a
01:10:01cette ombre
01:10:02qui est là
01:10:02qui est toujours là
01:10:03et qui de temps en temps
01:10:05revient
01:10:05alors simplement
01:10:06je crois qu'aujourd'hui
01:10:08on est dans une période
01:10:09où il n'y a pas
01:10:10possibilité
01:10:11d'intervenir directement
01:10:12alors qu'est-ce qui se passe
01:10:13il y a une espèce
01:10:14de résistance passive
01:10:15alors c'est pas du tout
01:10:16un mouvement politique
01:10:18c'est un mouvement
01:10:19que je dirais
01:10:19plutôt social
01:10:20c'est
01:10:21on appelle ça
01:10:22thumping
01:10:22c'est-à-dire
01:10:23ça veut dire
01:10:23s'allonger
01:10:24s'allonger
01:10:25ça veut dire
01:10:25qu'on n'accepte plus
01:10:27de marcher
01:10:28dans la course
01:10:29à le développement
01:10:31de l'économie
01:10:32c'est très simplement
01:10:33pour que les gens comprennent
01:10:34ce sont des chinois
01:10:35qui décident
01:10:36de s'allonger
01:10:37alors que ce soit
01:10:38chez eux
01:10:40ça se désengage
01:10:41ce système
01:10:42et qui refuse
01:10:43cette injonction
01:10:45productiviste
01:10:45en Chine
01:10:46d'être une fournie
01:10:47au milieu des autres
01:10:48la norme
01:10:50c'est 9-9-6
01:10:519h du matin
01:10:529h du soir
01:10:526 jours par semaine
01:10:53et il y a une partie
01:10:55de la jeunesse
01:10:56qui dit
01:10:56on ne marche pas
01:10:57on ne veut pas
01:10:57on ne marche pas
01:10:58et on ne veut pas
01:10:59de cette compétition permanente
01:11:00et donc on les a appelés
01:11:00thumping
01:11:01donc rester couché
01:11:02qui est une manière
01:11:03de refuser le système
01:11:06c'est pas une dissidence politique
01:11:07effectivement
01:11:07c'est une dissidence sociale
01:11:09sociétale
01:11:10on pourrait dire
01:11:11dans un pays
01:11:12qui a le culte
01:11:14de cette hargne
01:11:15au travail
01:11:16et de la puissance
01:11:17de la Chine
01:11:18mais il y a une question
01:11:19malgré tout
01:11:20que j'aimerais vous poser
01:11:21c'est à propos
01:11:21des moyens technologiques
01:11:22dont dispose la Chine
01:11:23d'aujourd'hui
01:11:24pour maintenir
01:11:25une société sous sa coupe
01:11:27et une aussi grande société
01:11:28sous sa coupe
01:11:30ça a véritablement changé
01:11:32avec Xi Jinping
01:11:33aujourd'hui
01:11:34il n'y a plus
01:11:35la moindre possibilité
01:11:37d'élever la voix
01:11:39les Hongkongais
01:11:40ont essayé de le faire
01:11:41il y a quelques années
01:11:42ça a échoué
01:11:43il y a toujours
01:11:44des interstices
01:11:45dans tout système
01:11:47de contrôle
01:11:47la technologie
01:11:48a été retournée
01:11:50au profit
01:11:51du régime
01:11:51dans la première partie
01:11:53du siècle
01:11:54et Liu Xiaobo
01:11:55d'ailleurs avait écrit
01:11:56un texte
01:11:56où il parlait
01:11:57d'internet
01:11:58comme d'un don de Dieu
01:11:59parce que
01:12:00ça lui avait redonné
01:12:01la parole
01:12:02dont il était privé
01:12:04mais la technologie
01:12:05il y a eu cette course
01:12:06de vitesse
01:12:06entre l'utilisation
01:12:07de la technologie
01:12:08pour la liberté
01:12:09et l'utilisation
01:12:09de la technologie
01:12:10pour le contrôle
01:12:11aujourd'hui
01:12:11il est clair
01:12:12que le contrôle
01:12:12l'a emporté
01:12:13si vous allez en Chine
01:12:14aujourd'hui
01:12:15en venant de Paris
01:12:16vous serez époustouflé
01:12:19par le nombre
01:12:19de caméras de surveillance
01:12:21ici on se plaint
01:12:22parfois qu'il y a
01:12:23trop de caméras
01:12:24vous multipliez ça
01:12:25par 10
01:12:26vous êtes sur un carcourt
01:12:27à Pékin
01:12:28il n'y a pas
01:12:28un angle mort
01:12:29il y a des caméras
01:12:30dans tous les sens
01:12:31et qui sont de reconnaissance faciale
01:12:33donc on vous identifie
01:12:36tout le temps
01:12:37et ça c'est
01:12:38ce contrôle là
01:12:39il a réussi
01:12:42les gens ne savent pas
01:12:44comment s'exprimer
01:12:45parce que le contrôle
01:12:47est partout
01:12:47oui
01:12:48je voudrais vous parler
01:12:49de Ren Zhejiang
01:12:50qui était un homme d'affaires
01:12:52qui a écrit une lettre
01:12:54pour dénoncer
01:12:54ce qu'il considérait
01:12:56comme la stupidité
01:12:57de Xi Jinping
01:12:57il n'a pas mâché ses mots
01:12:58donc il a pris
01:13:0019 ans de prison
01:13:01et on vient d'apprendre
01:13:02qu'il avait adressé
01:13:03cette lettre
01:13:04à 9 de ses amis
01:13:05les 9 ont été mis en prison
01:13:07pour avoir reçu
01:13:09une lettre
01:13:09oui
01:13:10c'est absolument
01:13:11fou
01:13:12alors disons que
01:13:13la surveillance
01:13:14n'est pas une invention
01:13:16nouvelle
01:13:16la surveillance technologique
01:13:18la technologie
01:13:19est mise au service
01:13:20de la surveillance
01:13:20mais avant
01:13:21il y avait la surveillance
01:13:22des voisins
01:13:23il y avait l'appel
01:13:25à la dénonciation
01:13:26qui est consubstantielle
01:13:27au maoïsme
01:13:27plus qu'un appel
01:13:28à la délation
01:13:30c'est une organisation
01:13:33capillaire
01:13:34qui contrôle
01:13:35l'ensemble
01:13:35de la société
01:13:36c'est-à-dire que vous avez
01:13:37des comités de quartier
01:13:38des comités de voisinage
01:13:39qui contrôlent
01:13:43toute une ville
01:13:44il ne s'agit pas seulement
01:13:45d'un appel
01:13:45à la délation
01:13:46mais d'un système
01:13:47organisé
01:13:48et si vous voulez
01:13:49quand vous mettez
01:13:49par-dessus
01:13:50la technologie
01:13:51évidemment
01:13:51ça démultiplie
01:13:53l'efficacité
01:13:55de ce contrôle
01:13:56mais tout de même
01:13:57il y a toujours
01:13:58ce que disait
01:13:58très justement
01:13:59Pierre Haski
01:13:59il y a toujours
01:14:01des interstices
01:14:03où on peut
01:14:04du temps du maoïsme
01:14:06où le contrôle
01:14:06était véritablement
01:14:07absolu
01:14:07vous ne pouviez pas
01:14:08entrer
01:14:09dans un
01:14:09dans ces
01:14:11courts carrés
01:14:11de Pékin
01:14:12sans que
01:14:13le comité de quartier
01:14:14fasse un rapport
01:14:15aux autorités
01:14:17il y avait toujours
01:14:18des gens
01:14:18qui y vivaient
01:14:19même clandestinement
01:14:20donc aujourd'hui
01:14:21vous savez
01:14:22il n'y a pas
01:14:23de technologie
01:14:23absolument parfaite
01:14:25donc il y a
01:14:26quand même
01:14:26possibilité
01:14:27et puis
01:14:28il y a
01:14:29beaucoup moins
01:14:29de contrôle
01:14:30qu'autrefois
01:14:31sur la vie privée
01:14:32c'est à dire
01:14:33qu'à l'intérieur
01:14:34dans les restaurants
01:14:35dans les appartements
01:14:37les gens
01:14:38disent aussi
01:14:39ce qu'ils pensent
01:14:40du régime
01:14:41et se plaignent
01:14:42beaucoup
01:14:42et il y a
01:14:43d'autre part
01:14:43un certain nombre
01:14:44de mouvements
01:14:46de protestation
01:14:47dans l'ensemble
01:14:48de la Chine
01:14:48alors que ce soit
01:14:49dans les zones
01:14:49de minorités
01:14:50nationales
01:14:50ou même
01:14:51dans les campagnes
01:14:51simplement
01:14:52autrefois
01:14:53du temps
01:14:53de Liu Xiaopo
01:14:54ça apparaissait
01:14:56sur le net
01:14:56et tout le monde
01:14:57le savait
01:14:58et il y avait
01:14:58les avocats
01:14:59défenseurs
01:15:00des droits
01:15:00de l'homme
01:15:01qui se saisissaient
01:15:03de ces cas
01:15:03et les faisaient connaître
01:15:04et essayaient
01:15:05de prendre la défense
01:15:05des victimes
01:15:06aujourd'hui
01:15:07ce n'est plus possible
01:15:08parce que le net
01:15:09est effectivement
01:15:10beaucoup plus contrôlé
01:15:11qu'il ne l'était
01:15:12à l'époque
01:15:12dans ces conditions
01:15:13c'est beaucoup plus difficile
01:15:14de s'exprimer
01:15:15Pierre Ascot
01:15:16il y a un film
01:15:16de Jia Jiang Ke
01:15:17qui est un des grands
01:15:18réalisateurs chinois
01:15:19qui symbolise tout ça
01:15:21et à un moment
01:15:21il y a une scène
01:15:22où il y a deux jeunes
01:15:24le film a une dizaine
01:15:26douzaine d'années
01:15:26il y a deux jeunes
01:15:27qui sont chacun
01:15:28avec son téléphone portable
01:15:29et qui lisent
01:15:30le flux de nouvelles
01:15:32qu'on trouve
01:15:32sur les réseaux sociaux
01:15:33chinois
01:15:34mais c'était à l'époque
01:15:34où c'était possible
01:15:35et effectivement
01:15:36c'est ce que dit
01:15:37Jean-Philippe
01:15:37c'est-à-dire
01:15:38qu'il y avait
01:15:38des informations
01:15:39sur tout ce qui se passait
01:15:40en Chine
01:15:41moi j'avais été sidéré
01:15:43de voir ça
01:15:44c'est-à-dire que
01:15:45quand je suis arrivé
01:15:46en Chine en 2000
01:15:47une information
01:15:48de la campagne
01:15:49elle mettait
01:15:50des semaines
01:15:51avant d'arriver
01:15:51à Pékin
01:15:52et on apprenait
01:15:53qu'il y avait eu
01:15:53une révolte
01:15:54qui avait été matée
01:15:54quelque part
01:15:55puis tout d'un coup
01:15:56on le savait
01:15:57dix minutes après
01:15:58parce qu'il y a eu
01:15:59cette ouverture
01:16:00et là
01:16:01ça s'est refermé
01:16:02c'est-à-dire que ce film
01:16:03il y a aujourd'hui
01:16:04la lecture des réseaux sociaux
01:16:05vous suivez
01:16:06les réseaux sociaux chinois
01:16:07oui parce qu'il y a
01:16:08beaucoup de choses
01:16:08quand même
01:16:09c'est ce qu'on essaye
01:16:10de dire
01:16:10c'est-à-dire que
01:16:11dans ce quadrillage
01:16:13et ce bouclage total
01:16:14il y a quand même
01:16:15des choses qui se passent
01:16:16il y a des gens
01:16:18qui parlent
01:16:18à mots couverts
01:16:19avec des références
01:16:20qui sont obliques
01:16:22comme dans la grande
01:16:23tradition chinoise
01:16:24on ne parle pas directement
01:16:25on parle de manière oblique
01:16:28il y a beaucoup de choses
01:16:29qui sortent
01:16:30et puis vous avez
01:16:32des gens qui voyagent
01:16:33vous voyez
01:16:34des centaines de millions
01:16:35de chinois qui voyagent
01:16:37mais vous avez
01:16:37quelque chose
01:16:38qui est très symbolique
01:16:39j'ai des contacts
01:16:40avec des gens
01:16:41que je connaissais
01:16:41à l'époque en Chine
01:16:42on s'est changé
01:16:43pendant très longtemps
01:16:44sur les réseaux sociaux
01:16:45par internet
01:16:46puis tout d'un coup
01:16:47ils se sont tus
01:16:48et je me demandais
01:16:48ce qui se passait
01:16:49et lorsqu'ils viennent
01:16:50ils me disent
01:16:51on ne sait pas
01:16:52ce qu'ils savent
01:16:52et donc c'est pas bon
01:16:54pour nous d'être
01:16:55en contact
01:16:55avec un journaliste étranger
01:16:57donc on préfère se taire
01:16:58mais quand ils viennent
01:16:59qui plus est président
01:17:00de Reporters sans frontières
01:17:02et donc quand ils voyagent
01:17:03et bien tout d'un coup
01:17:04ils retrouvent
01:17:05une liberté de parole
01:17:06parce que les gens
01:17:07qui ont cru
01:17:08qui étaient dans la rue
01:17:10qui étaient
01:17:11avec Lu Xiaobo
01:17:12etc
01:17:13ils n'ont pas eu
01:17:14le cerveau lavé
01:17:15ils ont gardé
01:17:17leurs idées
01:17:17et leur liberté de penser
01:17:18je pense que
01:17:19beaucoup de chinois
01:17:20des millions
01:17:21c'est difficile à quantifier
01:17:23sont libres dans leur tête
01:17:25simplement
01:17:25ils sont dans un environnement
01:17:27qui ne leur permet pas
01:17:28d'exercer ces libertés
01:17:29d'un mot
01:17:30puisqu'il y avait
01:17:31ce voyage d'état
01:17:32de Xi Jinping
01:17:33à Washington
01:17:35on l'a vu
01:17:35à côté de Donald Trump
01:17:37un séjour
01:17:38où Donald Trump
01:17:39alors qu'il n'est pas
01:17:39le plus grand militant
01:17:40de la démocratie
01:17:41et des droits de l'homme
01:17:41ne lui a pas posé
01:17:43une seule question
01:17:44sur les libertés
01:17:45non mais ça
01:17:46c'est le nouveau statut
01:17:47de la Chine aussi
01:17:48c'est qu'elle est devenue
01:17:49une puissance économique
01:17:50telle
01:17:50que plus personne n'ose
01:17:54interpeller
01:17:55la Chine
01:17:55sur le sort
01:17:57des Ouïghours
01:17:57le Tibet
01:17:58ou les prisonniers politiques
01:17:59et Trump
01:18:00qui
01:18:01c'est le cadet
01:18:03de ses soucis
01:18:03effectivement
01:18:04n'a pas dit un mot
01:18:05pendant ce voyage
01:18:07moi j'ai accompagné
01:18:08Emmanuel Macron
01:18:09à Pékin
01:18:09il faut lui reconnaître
01:18:11le fait d'avoir
01:18:11devant Xi Jinping
01:18:13dit des choses
01:18:13que
01:18:15Xi Jinping
01:18:15n'avait pas envie
01:18:16d'entendre
01:18:16donc
01:18:17c'est difficile
01:18:18mais c'est encore possible
01:18:19c'est la nouvelle Chine
01:18:21c'est impossible
01:18:21de faire
01:18:22quoi que ce soit
01:18:24aujourd'hui
01:18:24pour aider
01:18:26encourager
01:18:28alerter
01:18:28ne serait-ce que
01:18:29ça
01:18:30sur la liberté
01:18:31il faut voir
01:18:31que la nouvelle Chine
01:18:32c'est quand même
01:18:33une Chine mondialisée
01:18:34pour le meilleur
01:18:35et pour le pire
01:18:36c'est-à-dire que
01:18:37les grands intellectuels
01:18:38ont été obligés
01:18:39de fuir
01:18:39les grands cerveaux
01:18:42remarquables
01:18:42les Wugo Guang
01:18:43les Qin Hui
01:18:44et d'autres
01:18:46habitent tous
01:18:46au Japon
01:18:47en Australie
01:18:48en Amérique
01:18:50et beaucoup
01:18:51beaucoup de blogueurs
01:18:52qui sont
01:18:53formidablement
01:18:54bien informés
01:18:55qui suivent
01:18:55l'actualité
01:18:56minute par minute
01:18:57et qui nous
01:18:58informent nous
01:18:59et donc
01:19:00cette mondialisation
01:19:01de la Chine
01:19:02nous permet
01:19:03quand même
01:19:03de suivre
01:19:04constamment
01:19:06tout ce qui se passe
01:19:06et tout ce qui est
01:19:07pensé
01:19:08exprimé
01:19:09et on voit
01:19:10qu'il y a
01:19:10une opposition
01:19:12absolument
01:19:14catégorique
01:19:14ce sont des gens
01:19:15qui disent
01:19:15il faut mettre fin
01:19:16à ce régime mortifère
01:19:18Jean-Philippe Béja
01:19:19est-ce qu'on ne peut plus
01:19:20aujourd'hui
01:19:21faire pression
01:19:22sur la Chine
01:19:23le problème
01:19:24c'est pas tellement
01:19:24la Chine
01:19:25c'est le reste du monde
01:19:26c'est-à-dire que
01:19:26les pressions
01:19:27sur les droits de l'homme
01:19:28sont plus du tout
01:19:29à la mode
01:19:30dans la diplomatie
01:19:30des pays occidentaux
01:19:32non plus
01:19:32il faut bien le voir
01:19:33alors c'est pas seulement
01:19:34la Chine
01:19:34alors évidemment
01:19:34c'est le cas pour la Chine
01:19:36etc
01:19:36mais il y a
01:19:37effectivement
01:19:37je crois qu'il faut
01:19:38je suis d'accord
01:19:39avec ce que dit Marie
01:19:41et ce sera le mot de la fin
01:19:42la plupart
01:19:42une grande partie
01:19:44des Chinois
01:19:45n'ont pas
01:19:46le cerveau lavé
01:19:46ils savent exactement
01:19:48ils savent à peu près
01:19:49que de temps en temps
01:19:51ils ne peuvent pas parler
01:19:52ils ont envie de parler
01:19:54ils ne le font pas
01:19:55mais ils ne sont pas
01:19:56non plus
01:19:56des supporters
01:19:58absolument
01:20:00totaux
01:20:01du nouveau contrôle
01:20:03de Xi Jinping
01:20:03on attend
01:20:04vous savez
01:20:05l'histoire chinoise
01:20:06est longue
01:20:06on attend
01:20:07le moment
01:20:07où la pression
01:20:09finalement
01:20:09finira par se
01:20:11se soulever
01:20:12un petit peu
01:20:12et à ce moment-là
01:20:14on pourra parler
01:20:14merci infiniment
01:20:16à tous les trois
01:20:16c'était passionnant
01:20:18et Liu Xiaobo
01:20:19donc
01:20:20in memoriam
01:20:21c'était
01:20:21Debadoc
01:20:22merci de nous avoir suivis
01:20:24et à très vite
01:20:25sur LCP
01:20:26et à très vite

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