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Jean-François Colosimo, historien des religions, était l'invité de BFMTV et RMC pour évoquer la visite du pape en France. 

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Transcription
00:00Bonjour Jean-François Colosimo, merci d'être avec nous ce matin.
00:03Vous êtes historien des religions, vous êtes directeur des éditions du CERF,
00:06vous êtes l'éditeur du Pape, et notamment de son encyclique,
00:10l'encyclique du Pape sur l'intelligence artificielle, on y reviendra.
00:13Vous l'avez rencontré plusieurs fois, vous avez commenté aussi tout le week-end.
00:16Et aujourd'hui, dernière visite, dernière journée du Pape,
00:20au moment où l'on se parle, il est dans l'avion, il a quitté Lourdes,
00:23et il est en direction de Metz.
00:26Une question d'abord sur cette ferveur inouïe, ces foules,
00:30plus nombreuses encore que ce qui était imaginé.
00:33Mais ils étaient où ces catholiques de France qui tout d'un coup portent eau, j'allais dire ?
00:38Ils étaient où ?
00:39Alors je crois que c'est ce qu'a voulu le cardinal Aveline,
00:42qui est quand même le grand artisan de cette venue,
00:44qui est l'ami personnel, n'est-ce pas, de Léon XIV,
00:48qui lui-même était un papa bilé, c'est-à-dire un papa bilé français,
00:51c'était pas vu depuis longtemps, l'archevêque de Marseille,
00:54qui a déjà fait venir François, le pape François, au stade Vélodrome.
00:57Il voulait que d'un coup se manifeste cette extraordinaire vitalité,
01:01dont le plus grand signe, vous le savez,
01:03c'est ces 25 000 jeunes, adultes,
01:07qui demandent le baptême désormais à Pâques, n'est-ce pas ?
01:10Et c'est un renouveau ?
01:11Oui, alors évidemment, soyons clairs,
01:13ça ne compense pas l'effondrement du baptême, par exemple,
01:16des enfants qui a été divisé par quatre depuis un demi-siècle, n'est-ce pas ?
01:19Mais malgré tout, c'est un signe énorme, parce qu'en fait,
01:22ils ne viennent pas de familles chrétiennes, je veux dire, ils ne viennent pas...
01:26C'est désormais un catholicisme choisi ?
01:29Absolument, donc jeune, mobilisé, mobilisable, on l'a vu, n'est-ce pas ?
01:35Et un catholicisme conscient, on est passé d'un catholicisme hérité, sociologique,
01:40désormais, à un catholicisme véritablement approfondi, connu.
01:46Est-ce qu'il a voulu leur redonner une forme de fierté ?
01:49C'est-à-dire qu'on a le sentiment, et on va parler aussi du message,
01:52parce qu'il y a l'aspect spirituel, il y a l'aspect aussi politique de cette visite,
01:57et on sent bien que c'est tout à fait présent et conscient de la part de Léon XIV.
02:03Mais si l'on parle du peuple, des croyants de France,
02:07est-ce qu'il leur a redonné une forme de fierté ?
02:10Est-ce qu'on est passé d'une forme...
02:11Après, on avait l'impression que ce week-end, c'était cool d'être catholique, vous voyez ce que je
02:14veux dire ?
02:14Mais ça l'est certainement d'abord d'une part pour ces jeunes, n'est-ce pas,
02:17qui encore une fois cherchent quoi ?
02:18Ils cherchent du sens, de la verticalité, de la communion, être ensemble,
02:23dans un monde qui est quand même plein d'inquiétudes, plein de drames, plein de guerres,
02:29et quand ce n'est pas la guerre, c'est la nature elle-même qui se dérègle,
02:32comme encore cet été, n'est-ce pas ?
02:33Donc on voit que face à cette angoisse, il y a cette volonté de trouver, trouver du sens.
02:39Et lui, il apporte ça.
02:41Alors pourquoi il apporte ça ?
02:42Il y a ça aussi de frappant.
02:43On part de là, les catholiques, c'est qui cet homme ?
02:45Mais c'est un homme qui ne doit son pouvoir à personne.
02:48Donc il n'a pas de dette.
02:50Il n'a pas de dette à remplir, il ne va pas vous manipuler, il ne va pas vous mentir,
02:53n'est-ce pas ?
02:54Il y a une forme de liberté, et en plus, il est complètement dans l'idée du sacrifice.
02:59Le pouvoir réclame un sacrifice, et lui, il le fait, regardez, il a des racines françaises,
03:03est-ce qu'il s'est payé une petite promenade en Normandie sur la terre de ses ancêtres ?
03:06Non.
03:07Pas du tout, parce qu'il est sa fonction.
03:09Et ça, c'est quelque chose de surprenant dans notre paysage politique désormais, quand même assez concassé.
03:15Il est sa fonction, avec évidemment, face à cette liesse, un retournement,
03:22puisqu'on apprend ce matin qu'Emmanuel Macron a bousculé son agenda
03:25pour participer en quelque sorte, ne pas être en reste peut-être,
03:29Le président de la République et le pape ont eu un très bon échange vendredi,
03:32voilà ce que nous fait dire l'Elysée.
03:34Ils ont parlé IA, Europe, paix, Liban,
03:37et sa sainteté a fait savoir au président que cela lui ferait plaisir de poursuivre leur conversation.
03:42C'est pourquoi le président a changé son agenda pour assister aujourd'hui à la visite à Metz,
03:46et à la Metz le précédent.
03:49Emmanuel Macron se rendra finalement à la Metz.
03:50Alors, on sait que sous la Ve République, n'est-ce pas,
03:54les présidents n'assistaient pas aux Metz,
03:57en tout cas ne communiaient pas, même lorsqu'ils étaient catholiques, n'est-ce pas,
04:02regardez le général de Gaulle.
04:03Charles pouvait parfois communier dans des petites chapelles à titre privé,
04:07mais jamais un président de la République.
04:09C'est-à-dire Charles, l'homme privé,
04:11effectivement, allait à la Metz le dimanche et communiait,
04:13mais le général, le président, lui, non.
04:16Bien sûr que non.
04:17Alors, ce qui a changé, c'est en 1980, c'est Giscard d'Estaing,
04:20Valérie Giscard d'Estaing, qui pour la première fois,
04:22et d'ailleurs c'était lors d'une visite d'un pape, c'était Jean-Paul II,
04:24c'était sur le parvis de Notre-Dame.
04:26Emmanuel Macron, lui, a assisté à la messe du pape François au stade Vélodrome,
04:30là encore voulu par le cardinal Aveline,
04:33la venue de François, pas celle du président nécessairement.
04:36Il y a eu une polémique là-dessus.
04:39N'est-ce pas ?
04:39Donc, il y avait cette...
04:41– La semaine dernière, Emmanuel Macron a dit « je n'irai pas à la messe ».
04:44Est-ce que le fait de voir aussi le caractère immensément populaire
04:50de cette visite, de cette arrivée du pape,
04:53peut-être au-delà de ce qu'imaginait Emmanuel Macron,
04:55l'a encouragé à se dire « allez, j'y vais, je veux en être aussi ».
04:58– Certainement, il faut se rappeler aussi qu'il y a chez Emmanuel Macron
05:01un garçon qui, adolescent, s'est converti, à l'âge de 14 ans,
05:04même si je déclare agnostique aujourd'hui.
05:06– Mais il a demandé le baptême à ce moment-là.
05:08– Voilà, sensibilité donc énorme, n'est-ce pas ?
05:10Et puis, il y a quand même un phénomène, c'est clair,
05:13cette popularité, mais aussi la longévité, n'est-ce pas ?
05:16Lui qui connaît avec, semble-t-il, beaucoup de regrets,
05:19sa fin de deuxième mandat, qui évoque déjà 2032 pour respecter la Constitution,
05:25voilà qu'il a face à lui un homme qui mourra à la tâche, n'est-ce pas ?
05:29C'est ça quand même la grande différence.
05:31Et le dernier point, c'est que la Moselle, c'est une terre concordataire,
05:35c'est-à-dire c'est une terre qui a échappé à la loi de 1905,
05:38parce que malheureusement, elle était sous l'emprise allemande après 1870.
05:41– On va revenir sur le choix de Metz et sur la question aussi du rapport à l'Europe,
05:45mais il y a eu dans la prière du pape, lorsqu'il était dans la grotte à Lourdes,
05:51ces mots « obtient », il s'adressait donc à Marie, il prie,
05:55et il dit « obtient pour la France des dirigeants, sages et généreux,
06:00prêts au sacrifice d'eux-mêmes et voulant servir le bien commun ».
06:04– Oui, parce que je crois que même lorsqu'on est le pape à Rome,
06:09on a un œil sur la France qui est la clé de voûte quand même de l'Europe aujourd'hui,
06:13en raison effectivement de sa force nucléaire,
06:17en raison aussi de son siège aux Nations Unies.
06:20La France, elle compte quoi, et on voit bien qu'aujourd'hui,
06:24dans l'atmosphère générale de l'accession au pouvoir,
06:28de manière régionale ou de manière centrale,
06:30deux parties en fait d'extrême droite au sein de l'Europe,
06:34il y a une forme d'inquiétude pour Rome, n'est-ce pas,
06:37de voir la France finalement être prise,
06:40elle l'est déjà d'ailleurs, dans une campagne présidentielle très violente.
06:44– Très violente, mais qui pour un temps a eu l'air presque suspendue,
06:48avec d'ailleurs un certain nombre de responsables politiques
06:51qui soit se sont rendus à son arrivée à l'Élysée,
06:55avec ce discours plus politique,
06:56soit même ont assisté à la messe place de la Concorde.
06:59– Absolument, absolument.
07:00Alors, c'est le mot, moi je cherchais le mot, vous voyez,
07:03je me disais qu'est-ce qui s'est passé ?
07:04Et vous le dites, ce mot-là, c'est suspendu, suspension.
07:07Il y a une espèce de suspension du temps.
07:09On a retrouvé d'un coup de la bienveillance,
07:11on a retrouvé d'un coup de l'acceptation de l'altérité,
07:15on a retrouvé d'un coup des policiers
07:17qui encadraient une manifestation,
07:19le Stade de France avec le sourire,
07:21sans trop d'inquiétude.
07:22Il y a eu cette suspension, une espèce de parenthèse enchantée
07:26qui nous a apportée au milieu, encore une fois,
07:29de beaucoup d'angoisse.
07:30– De beaucoup d'angoisse et dans un moment, effectivement,
07:33où Français eux-mêmes sont très angoissés pour leur sort
07:36et où il y a effectivement une bataille politique
07:38qui parfois est très virulente.
07:40La question des plus faibles.
07:43Deux moments en particulier sur lesquels je voudrais revenir avec vous.
07:46L'un, c'est un moment plus politique,
07:48avec les mots que l'on comprend bien
07:51s'adressant à la question de l'euthanasie.
07:53Ce qui est légal n'est pas nécessairement moral.
07:56Et donner la mort, et c'est vraiment comme ça qu'il le dit.
08:00Et puis la question du rapport au handicap,
08:02je voudrais qu'on y vienne aussi parce qu'il y a eu ces images
08:04qui ne peuvent qu'émouvoir, évidemment,
08:07avec ces enfants handicapés.
08:08Sur l'euthanasie d'abord, c'est un message.
08:10Il n'a pas mâché ses mots.
08:11Il a vraiment mis les pieds dans le plat.
08:13– Oui, enfin, il a été le pape.
08:16Il a confessé tout à fait ce que l'Église catholique pense.
08:21Il est dans son rôle de manière tout à fait parfaite.
08:24Il n'a pas appelé à l'insurrection.
08:26Il a demandé une forme pour les catholiques
08:28et aussi pour les personnels soignants.
08:31On sait que cette question les embarrasse quand même beaucoup.
08:33Qu'ils croient au ciel ou qu'ils n'y croient pas.
08:35– Qu'ils sont parfois très tiraillés.
08:35– Qu'ils croient au ciel ou qu'ils n'y croient pas.
08:37Ils sont tiraillés, n'est-ce pas ?
08:38Il a demandé une espèce de conscientisation
08:41qui pourrait amener une forme de résistance passive
08:43à ce que ça ne devienne pas.
08:44Comme c'est le cas d'ailleurs.
08:46Tous les pays qui ont adopté une loi sur l'euthanasie,
08:48on a vu d'un coup en fait grandir cette pratique.
08:52Cette pratique, elle a explosé,
08:53que ce soit au Canada, que ce soit en Belgique,
08:56que ce soit en Suisse, n'est-ce pas ?
08:58Et donc là-dessus, il demande une forme de vigilance, de retenue.
09:03Mais vous voyez que ce pape, qui est un homme de l'intériorité,
09:05qui est un homme de la discrétion,
09:06il nous a épaté parce qu'il parle français,
09:08enfin il a devenu tous ses discours en français de manière excellente.
09:12Mais ce pape de la discrétion, de la retenue, de l'intériorité,
09:15il est aussi très très ferme.
09:16Parce que ça a été un gouvernant toute sa vie.
09:19Il a gouverné son ordre à l'échelle internationale des Augustins.
09:22Il a fallu faire avec le Nord, le Sud, les riches, les pauvres,
09:25les traditionnalistes, les progressistes.
09:27C'est un gouvernant qui écoute, mais qui ensuite tranche.
09:30Qui ensuite tranche, on va revenir d'ailleurs sur ces mots
09:32et la manière dont il a pu toucher ceux qui ont pu le rencontrer.
09:37Les personnes handicapées, ces images d'un pape
09:42qui sur les Champs-Elysées prend dans ses bras des enfants,
09:46mais aussi des handicapés les plus faibles parmi les plus faibles.
09:50Vous avez raison.
09:52Effectivement, ça tranche dans notre époque.
09:55Ça tranche dans notre époque, mais ça ne tranche pas
09:56avec la culture française la plus véhiculée,
09:59y compris républicaine, y compris, je dirais,
10:03nos compatriotes athées.
10:05Pas besoin...
10:06Je dirais que ça a infusé la France, cette idée que
10:09vous vous jugez par rapport à la manière dont vous traitez
10:12le plus vulnérable, le plus fragile.
10:14C'est l'expérience des écoliers, n'est-ce pas, en France.
10:17Il y en a un qui va mal.
10:19On fait corps autour de lui, on n'essaie pas de lui mettre la tête sous l'eau.
10:25Cette idée-là, c'est une idée très chrétienne qui a imprégné la République.
10:29Il n'y a pas de contradiction là-dessus, n'est-ce pas ?
10:31La France, c'est la générosité, n'est-ce pas ?
10:33Et on se juge, encore une fois, sur le statut que l'on réserve
10:37à celui qui est le plus exposé,
10:39qui finalement semble parfois même guerre humain, vous savez ?
10:44Parfois, il y a des handicaps tels qu'il semble nous présenter des corps torturés.
10:50Non, l'humanité dit, Léon,
10:53vous n'avez pas le droit de diminuer l'humanité de l'autre.
10:57Lorsque vous évoquez cette question aussi d'une forme d'acceptation de l'autre dans les classes
11:02avec des enfants handicapés qui, pour certains,
11:07et c'est un parcours du combattant des familles,
11:09réussissent à trouver une place effectivement dans l'école,
11:12il est très frappant de voir que l'une des premières mesures de l'AFD,
11:15qui pourtant a été élue dans certains landers en Allemagne,
11:18c'est précisément sur cette question du handicap,
11:21l'handicapé qu'on doit sortir des classes,
11:23sortir des écoles, ne pas mêler aux autres enfants.
11:27Mais vous voyez que là, c'est le rôle du pape.
11:28Alors c'est l'AFD, mais c'est aussi les oligarques de la Silicon Valley qui combattent.
11:34Ils nous demandent de reprendre le pouvoir sur eux,
11:36qui pratiquent une espèce de soulichéisme,
11:38qui se prennent pour des surhommes,
11:40et qui nous prennent, nous, pour des esclaves, en quelque sorte,
11:43n'est-ce pas, de cette intelligence artificielle à laquelle ils veulent nous conditionner.
11:46– Et je précise effectivement que vous avez publié au CERF
11:50cette encyclique du pape sur l'intelligence artificielle.
11:53Je voudrais que vous écoutiez des mots, Jean-François Colosimo,
11:56qui sont ceux d'un homme, Jean-Marie Delbos,
11:59qui a été victime à Bétaram,
12:01victime évidemment de violences et d'agressions sexuelles.
12:04Il a rencontré le pape hier,
12:05et voilà ce qu'il en dit à l'issue de leur rencontre.
12:09– Le pape qu'on a rencontré, c'est un gars plein d'humanité.
12:14Il est incroyable, incroyable.
12:16– Les autres sont sortis, comme moi, troublés.
12:20Je lui ai raconté mon histoire, de là jusqu'à Zéna.
12:23Il ne faut pas se leurrer, il n'a pas fait de promesses pour dire…
12:27Mais on a senti qu'il nous avait écoutés.
12:31À un moment donné, il a dit,
12:33« Bon, avant de nous quitter, je vais vous donner ma bénédiction. »
12:37J'ai fait le signe de croix, alors que j'avais décidé que plus jamais je le ferais.
12:41Donc ce gars-là, j'ai eu un sentiment qu'il était venu.
12:45– Ce gars-là, il était avec nous.
12:48– Ouais.
12:48– Voilà comment il parle du pape après l'avoir rencontré.
12:51– Alors évidemment…
12:51– Ça veut dire que c'est une rencontre…
12:52– Là, on est au maximum, je voulais dire, de la tragédie, n'est-ce pas ?
12:57Puisque cette Église qui est censée apporter l'amour, le bien,
13:02elle a malheureusement failli, de la manière la plus dramatique qui soit,
13:07avec des massacres d'enfants, en fait,
13:10qui sont aujourd'hui des adultes et doivent porter à vie, n'est-ce pas ?
13:16Cette catastrophe personnelle causée par des gens qui étaient censés représenter Dieu.
13:23Donc, de ce point de vue-là, il faut dire quand même que l'Église de France,
13:26et là, c'est important pour Léon, l'Église de France,
13:29c'est l'Église catholique au monde qui a entamé le plus gros effort de vérité.
13:33– Elle s'y saisit de cette question.
13:36– Voilà, le financement, cette fameuse commission, le rapport sauvé, etc.,
13:40qui ne l'a pas épargné, n'est-ce pas ?
13:42Donc, de ce point de vue-là, il y a un exemple français.
13:45Quand on dit France, fille aînée de l'Église, peut-être qu'elle ne l'est plus vraiment,
13:48mais la France reste un laboratoire formidable pour toutes les Églises catholiques au monde,
13:52national, d'inventivité, de responsabilité et d'effort de vérité.
13:57Et puis, il y a lui, et là, je crois que, bon, le témoignage de cette victime
14:02nous aspire quoi ? Finalement, une forme un peu de silence.
14:05Ça veut dire qu'il y a encore quand même du mystère,
14:10en dépit, vous voyez, on a voulu tout rationaliser,
14:12on a voulu tout techniciser,
14:14et pourtant, nos vies restent suspendues au mystère.
14:17– Pourquoi Metz ?
14:18– Alors, Metz, c'est parce que, d'abord, plusieurs raisons.
14:21C'est la Moselle, c'est la guerre perpétuelle entre la France et l'Allemagne,
14:27c'est une terre de souffrance.
14:28Ensuite, c'est la terre de Robert Schumann,
14:30et il faut savoir quand même que l'idée de l'Union Européenne…
14:33– Non, l'est-elle fondateur de l'Union Européenne ?
14:34– Voilà, mais elle vient quand même de trois démocrates chrétiens.
14:38Schumann, Adenauer, Gasperi, un Allemand aussi, un Italien avec ce Français.
14:42Ils sont tous les trois, d'ailleurs, nés dans des zones frontalières,
14:45donc ils ont tous hérité de cette guerre perpétuelle.
14:48– Et je précise, Jean-François Colosimo,
14:50parce qu'on me le fait dire à l'instant,
14:51que l'avion du pape a de l'avance,
14:53et il atterrit dans un petit quart d'heure, même pas à Metz.
14:57– On en aura fini avant.
14:59– Oui, oui, non, mais je trouve intéressant aussi
15:02de se dire qu'il arrive et qu'il aura évidemment ses premiers mots à Metz.
15:05Metz, il l'a choisi, effectivement…
15:08– Il est vénérable, c'est-à-dire qu'il est dans le premier stade…
15:10– Ça veut dire quoi, vénérable ?
15:11C'est pas encore sain, mais enfin, c'est quasi sain.
15:12– Non, non, il est reconnu, il y a eu des vertus héroïques.
15:15Après, il faut être béatifié, puis après, il faut être canonisé,
15:18mais là, il faut des miracles, on verra bien.
15:20Mais Gasperi aussi, en Italie, le même processus est engagé.
15:24Il y a eu, vous savez, il y a eu tout ce débat
15:27sur les racines chrétiennes ou pas de l'Europe
15:30au sens historique sur 2000 ans, 3000 ans.
15:33– Il va revenir là-dessus ?
15:34– Oui, bien sûr.
15:35Mais l'Union Européenne, elle, elle est née de cette volonté démocrate-chrétienne
15:39d'écarter les deux totalitarismes nazis et staliniens.
15:44– Jean-François Colosimo, il y aura aussi aujourd'hui un moment très fort
15:47où il sera, c'est un moment œcuménique, comme on dit,
15:50c'est-à-dire accompagné des représentants des différentes religions
15:53qui seront à ses côtés.
15:54– Oui, absolument.
15:56L'Église catholique, Rome, est devenue la championne.
16:00Alors, le dialogue œcuménique, c'est le dialogue entre les protestants,
16:04les catholiques et l'orthodoxe pour refaire l'unité de l'Église.
16:06– Mais là, il y aura aussi le grand rabbin de France,
16:09le recteur de la grande mosquée de Paris,
16:12le représentant de la fédération protestante,
16:14le chef des bouddhistes, ils seront ensemble autour de l'Église.
16:16– Interreligieux.
16:17Alors ça, c'est Jean-Paul II, vous savez, qui a assise en 86,
16:23avait réuni tous les chefs religieux, c'était prémonitoire,
16:27tous les chefs religieux du monde.
16:28C'était un peu, avec le respect que l'on leur doit,
16:30c'était un peu la fashion week quand même du vêtement liturgique,
16:34vous voyez, du vêtement sacerdotal.
16:37Pour dire qu'en fait, les guerres de religion,
16:40c'est une guerre faite à la religion véritable.
16:43Là, il va reprendre ça et il va essayer de montrer aussi
16:47qu'en Europe, les religions peuvent avoir une contribution à la paix,
16:52doivent l'avoir.
16:54contrairement à François, il a un parti très clair pro-Ukrainien et anti-Russe.
17:01– Pro-Ukrainien, anti-Russe et, j'allais dire, pro-Europe.
17:06C'est-à-dire que l'Europe comme espace aussi du pardon,
17:10c'est-à-dire l'idée d'avoir réussi quelques années après la fin de la Seconde Guerre mondiale
17:15à se pardonner, à décider de construire ensemble l'Union Européenne,
17:18pour lui, c'est éminemment chrétien comme démarche ?
17:21– Ça découle, c'est peut-être une forme sécularisée, mais ça découle de ça.
17:25S'il y a un génie de l'Europe, c'est la capacité de demander pardon,
17:29de se demander pardon entre Européens,
17:31mais parfois aussi de demander pardon aux autres peuples de la Terre.
17:35Comment est-ce qu'il procède, le pape Léon ?
17:37C'est assez simple, n'est-ce pas ?
17:39Comment est-ce qu'il procède ?
17:40Il procède par le fait qu'aujourd'hui,
17:42il est le grand garant de ce monde de l'État de droit,
17:47du droit international, des institutions internationales.
17:52Il s'est rendu à l'UNESCO.
17:53Qui sort de l'UNESCO aujourd'hui ?
17:55C'est Donald Trump, n'est-ce pas ?
17:57Qui sont les gens qui piétinent le droit international ?
18:00Ce sont ces néo-empereurs, Poutine, Erdogan, Xi Jinping, Modi,
18:07Khamenei, enfin, etc.
18:08Et désormais aussi l'Amérique de Trump,
18:10qui a décroché finalement, je dirais,
18:14de sa conception universelle des droits.
18:17Il est le défenseur absolu de ça,
18:19et il vient ranimer ça dans une Europe affaiblie,
18:21mais en disant à cette Europe qu'elle a, en fait,
18:24la véritable martingale, qu'elle a la véritable formule.
18:27Mais on a l'impression qu'on a commencé cet entretien
18:30en évoquant la fierté qu'il redonne aux chrétiens,
18:33aux catholiques de France.
18:35Là, c'est aussi une manière de dire,
18:36« Assumez, vous êtes l'Europe, assumez ».
18:39Soyez fier, en fait.
18:41Non, certes, vous êtes dans une période difficile,
18:44certes, vous êtes peut-être désarmé.
18:46Oui, vous subissez beaucoup de choses,
18:48mais en attendant, gardez-vous le flambeau,
18:50cette idée que, finalement,
18:52un monde du dialogue,
18:54c'est mieux qu'un monde de la haine.
18:56Ça peut sembler un truisme,
18:57mais il faut le rappeler avec force.
18:59Merci beaucoup, Jean-François Colosimo,
19:01d'avoir été avec nous ce matin.
19:02Historien des religions,
19:03vous êtes directeur des éditions du CERF.
19:05Je rappelle, effectivement,
19:07l'encyclique du pape sur l'intelligence artificielle
19:09qui est publiée chez vous.
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