- il y a 4 heures
Lors des élections européennes du 9 juin 2024, la liste menée par Jordan Bardella a recueilli 26 % des voix chez les moins de 25 ans. Cette progression interroge la stratégie de normalisation menée par le Rassemblement national et le renouvellement de son image auprès des jeunes.L'ascension rapide de cadres du parti comme Jordan Bardella, jeune militant devenu président du RN, incarne cette nouvelle génération qui ambitionne d'accéder au pouvoir. Qu'est-ce qui motive l'engagement de ces jeunes ? Qu'est-ce qui caractérise cette nouvelle génération de militants d'extrême droite ? Peut-on vraiment parler d'une « génération Bardella » ?Pour en débattre, Ali Baddou reçoit Anne Muxel, sociologue et politiste, directrice de recherche émérite au CNRS et au CEVIPOF/Sciences Po, Maxence Lambrecq, chef du service politique de France Inter, et Paul Laubacher, journaliste au Figaro en charge du RN.
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00:00:01Paris martyrisée, mais Paris libérée.
00:00:06Je suis un leader.
00:00:08Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l'avortement.
00:00:11Vous n'avez pas, M. Mitterrand, le monopole du cœur.
00:00:14Qui sème la misère récolte la colère, c'est ce qu'ils ont aujourd'hui.
00:00:16La justice française ne sera plus une justice qui tue.
00:00:26How dare you !
00:00:28Pour faire carrière en politique, l'extrême droite est un secteur prometteur.
00:00:33Tous savent qu'en faisant bonne figure,
00:00:35ils pourraient briguer des postes clés si leur camp parvenait un jour au pouvoir.
00:00:40En recherche de profils compétents,
00:00:43leurs partis respectifs offrent aux jeunes les plus qualifiés
00:00:46l'opportunité d'une ascension fulgurante.
00:00:48A 28 ans, Jordan Bardella en est l'incarnation.
00:00:52Pierre Romain et Stanislas pourraient suivre sa voie.
00:00:57Bonsoir à toutes et à tous et bienvenue dans Débat Doc.
00:01:00Ravi de vous accompagner dans cette belle aventure de Débat Doc.
00:01:04Et merci à LCP de me donner cette chance et à vous d'être fidèles au rendez-vous.
00:01:09Avec un coup de projecteur ce soir sur un phénomène politique important,
00:01:13la progression de l'extrême droite chez les jeunes et à la tête de cet électorat,
00:01:18une nouvelle génération de militants et de cadres.
00:01:21C'est le sujet du documentaire passionnant de ce soir,
00:01:24Extrême droite, la nouvelle garde, réalisé par Arthur Didier Derain et René Bertigny.
00:01:29Ils ont suivi pendant plusieurs mois, au cœur de la campagne pour les élections européennes de 2024,
00:01:35une nouvelle génération de cadres en devenir au sein du RNJ, la jeunesse du Rassemblement national,
00:01:43de la cocarde étudiante, un syndicat étudiant proche du RN, et de la génération Zemmour.
00:01:48Le 9 juin 2024, lors des élections européennes,
00:01:52plus d'un demi-million de jeunes âgés de 18 à 24 ans ont voté pour la liste menée par
00:01:57Jordan Bardella.
00:01:59Alors, deux ans après cette élection, suivie d'une dissolution qui a brouillé les repères,
00:02:05une séquence politique inédite et l'approche de la présidentielle de 2027,
00:02:09on ouvre le débat, y a-t-il une génération Bardella ?
00:02:13Avec trois invités, Anne Muxel, bonsoir,
00:02:16vous êtes l'une de nos grandes politistes et directrices de recherche et mérites au CNRS,
00:02:21Cevipof, Sciences Po, Maxence Lambrecq, bonsoir,
00:02:24vous êtes le chef du service politique de France Inter,
00:02:27et Paul Lobacher, bonsoir, vous êtes journaliste au Figaro
00:02:30et vous suivez particulièrement le Rassemblement National des Badocs, c'est parti.
00:02:48Ce soir, c'est notre première soirée, événement important de la campagne,
00:02:52on réunit quand même un nombre important de jeunes,
00:02:54et donc, moi, ce que je veux vous donner comme mission ce soir,
00:02:57vous êtes libres de votre soirée, mais c'est bien sûr d'aller un peu discuter avec les gens
00:03:00qui sont en dehors du RNJ, en dehors du RN,
00:03:03des gens d'ailleurs qui, ça se trouve, ne connaissent absolument personne dans la soirée,
00:03:06donc il ne faut pas qu'ils viennent juste écouter Jordan et qu'ils s'en aillent, ce serait dommage.
00:03:09C'est à vous d'aller vers eux, de les faire se sentir bien dans la soirée,
00:03:13qu'ils restent longtemps après, jusqu'à deux heures, ou trois heures, quatre heures, peu importe.
00:03:22Bonsoir à tous, pour nos adversaires, pour ceux qui nous caricaturent à longueur de journée,
00:03:27les jeunes, ça doit emmerder le Front National.
00:03:33Les choses ont bien changé, elles vont dans notre sens, pas dans le leur.
00:03:38Derrière Jordan Bardella, vous êtes le nouveau monde qui gouscule l'ancien et qui va les remplacer.
00:03:44Vous assumez vos idées publiquement, vous en parlez autour de vous,
00:03:48vous le dites sur vos réseaux, en vidéo.
00:03:50Vous défendez la France et les Français, la tête haute et le sourire aux lèvres.
00:03:55À partir de maintenant, vous faites partie des jeunes avec Bardella.
00:03:59Chacun d'entre vous.
00:04:06Chacun d'entre vous.
00:04:41Le 9 juin 2024, jour des élections européennes,
00:04:46plus d'un demi-million de jeunes de 18 à 24 ans ont voté pour la liste menée par Jordan
00:04:50Bardella.
00:04:55D'autres, moins nombreux, mais plus radicaux, ont préféré celle de Marion Maréchal.
00:05:02À la tête de cet électorat se forme une nouvelle génération de cadres en devenir.
00:05:10Arborant un visage pluriel et séduisant, cette jeune élite rafraîchit un logiciel idéologique qui n'a rien de nouveau.
00:05:18Pendant la campagne des élections européennes, nous avons suivi trois responsables au cœur des organisations de jeunesse de l'extrême
00:05:24droite française.
00:05:26Stanislas, 24 ans, est le fondateur de GZ, pour Génération Zemmour.
00:05:32Pierre Romain, 29 ans, est le président du RNJ, le mouvement de jeunesse du Rassemblement National.
00:05:40Kaina, 19 ans, est militante à la Cocarde étudiante, un syndicat étudiant d'extrême droite.
00:05:47Leur trajectoire s'inscrit dans la capitale, où ils pourraient rapidement gravir les échelons.
00:05:53Ils représentent aujourd'hui la nouvelle garde de l'extrême droite.
00:06:14Bien, bonjour à tous.
00:06:16Merci au Parlement des étudiants et à vous tous pour permettre ce temps d'échange, de débats et de rencontres.
00:06:21Ni le Rhin, ni les Pays-Bas, ni les Alpes, ni les Pyrénées, ni la Manche, ni la Méditerranée,
00:06:27pour lesquels ils se sont battus si longuement et si terriblement.
00:06:30Derrière cet air réservé, et ce verbe un peu hésitant, se cache l'un des proches conseillers de Jordan Bardella.
00:06:40Depuis qu'il a été nommé président du RNJ, le mouvement de jeunesse du Rassemblement National,
00:06:45Pierre Romain arpente les assemblées étudiantes pour y défendre les idées du parti.
00:06:50Passionné d'histoire, il a un penchant assumé pour les citations du général de Gaulle.
00:06:55Je ne viens pas de lire un extrait des mémoires de Jacques Delors, de Jean Monnet ou de Robert Schumann,
00:06:59mais un passage de l'allocution du 31 mai 1960 du général de Gaulle.
00:07:03Alors, je vois que le RN comprend les valeurs du paulisme.
00:07:07Je suis très choqué d'entendre ça.
00:07:10Je voudrais vraiment savoir concrètement qu'est-ce que vous avez fait pour l'Europe.
00:07:12Et sortez un petit peu de la démagogie, merci.
00:07:17Sur de Gaulle, écoutez, c'est quand même pas nouveau qu'il y a des gens au RNJ qui parlent
00:07:21du général de Gaulle.
00:07:22Je pense qu'on est en 2024, la fin de la guerre d'Algérie c'est 62, et on peut
00:07:27peut-être passer à autre chose.
00:07:29Au fil des débats étudiants, Pierre Romain a appris l'art de répliquer à ceux qui refusent la normalisation de
00:07:34ses idées.
00:07:39Il a quitté son jura natal pour étudier l'histoire à la Sorbonne,
00:07:42où sa vie a pris un nouveau tournant lorsqu'il a été recruté par la coquard d'étudiante.
00:07:49Il y a un jour, je suis dans un amphithéâtre, dans un cours de relations internationales,
00:07:53et un ami à moi, qui est devenu ami maintenant, mais on ne se connaissait pas les autres,
00:07:57il s'appelait Gabriel, il regarde mon fond d'écran.
00:08:01J'avais le général de Gaulle sur une fresque, quelque chose comme ça,
00:08:05et il m'a interpellé au sujet de mon fond d'écran en disant « est-ce que tu es
00:08:10de droite ? »
00:08:10Ça m'a un peu surpris qu'on me demande ça en plein cours de relations internationales,
00:08:15et je lui ai dit « oui, je suis plutôt de droite, mais je n'ai pas plus répondu que
00:08:19ça. »
00:08:20Il m'a dit « si tu veux, on me fait un apéro, demain ou après-demain,
00:08:24avec des gens dans le syndicat étudiant. »
00:08:26Et donc c'est comme ça que j'ai été recruté, entre guillemets.
00:08:29C'est à une soirée de la cocarde étudiante que Pierre Romain a rencontré Jordan Bardella.
00:08:35Si la cocarde ne se revendique d'aucun parti,
00:08:38elle entretient des liens étroits avec le RN,
00:08:40auxquels elle fournit régulièrement de nouvelles recrues.
00:08:44Créé sur les bancs d'Assas en 2015,
00:08:46le syndicat étudiant s'est entre-temps implanté dans 22 universités françaises.
00:08:51Il défend une ligne antilibérale, fermement opposée à l'immigration,
00:08:55et entend briser ce qu'il considère comme une emprise de l'extrême gauche sur le milieu étudiant.
00:09:00« Bonjour ! Bonjour, c'est la cocarde étudiante ! Bonjour ! Bonjour ! Merci ! »
00:09:10Kaina est en deuxième année de licence en droit à la Sorbonne.
00:09:14Née d'une mère française et d'un père marocain,
00:09:16elle a grandi dans le 94, en banlieue parisienne.
00:09:19« Bonjour, c'est la cocarde étudiante ! Bonne journée ! »
00:09:24« Je sens qu'on vient de lui détruire sa journée.
00:09:268h du matin, la clope, elle a déjà la voix roque,
00:09:28et là, elle voit la cocarde étudiante. »
00:09:30« Et dans deux minutes, elle tweet sur nous.
00:09:33Bonne journée ! »
00:09:36En arrivant à la fac,
00:09:38Kaina découvre la cocarde sur les réseaux sociaux.
00:09:40« Pourquoi nous fuir ? »
00:09:43« Bonjour ! »
00:09:44« Bonne journée ! »
00:09:45Elle admire les actions du syndicat,
00:09:46mais hésite longtemps avant de le rejoindre.
00:09:48« Bonjour ! Bonne journée ! »
00:09:51« Bonjour ! »
00:09:52« Wouhou ! »
00:09:53« Fini ! »
00:09:54« Attends ! »
00:09:56« Voilà ! »
00:09:57« Acte de militantisme du jour. »
00:09:59« Yeah ! »
00:10:00« Devant les fachons. »
00:10:02« Il s'envole jouer la 2, camarade ? »
00:10:05« Adrien ? »
00:10:06« Tu peux nous prendre un photo, s'il te plaît ? »
00:10:08« On est là ! »
00:10:09« On est là ! »
00:10:11« On est là ! »
00:10:12« Même si Macron ne le veut pas, nous, on est là ! »
00:10:14« Mais oui ! »
00:10:15« Quand j'ai rejoint la cocarde, je me suis demandé si, justement, j'étais pas un extraterrestre, parce que
00:10:24j'aime l'âge d'animation, les mangas, etc. Les premières actions, j'étais toute timide. C'était un monde
00:10:32totalement différent. Je connaissais pas du tout le militantisme. Et bon, maintenant que ça fait 6 mois que je suis
00:10:38dans le mouvement, et très rapidement, je me suis fait beaucoup d'amis à la cocarde.
00:10:42Et maintenant, je suis totalement naturelle. Et c'est vrai qu'au naturel, je fais un peu de bruit. Ça
00:10:49fait 5 jours qu'il vit avec de la K-pop.
00:10:51« Tu vois bien, mais tu vois bien ! »
00:10:52« Et très vite, j'ai compris que j'allais vraiment apprécier ce mouvement. On peut être jeune, étudiante, et
00:10:59avoir ce genre d'idées, et les assumer, et ne pas se cacher et se terrer, parce que nos idées
00:11:05ne sont pas acceptées. Non, au contraire. C'est en se montrant que nos idées vont commencer à être acceptées.
00:11:13« Ici, on est très ouvert d'esprit, non ? Un protestant, c'est déjà beaucoup. »
00:11:19« C'est déjà bien, franchement. »
00:11:21« Pourquoi vous vous êtes retrouvés à la cocarde ? »
00:11:24« Je pense que le socle commun, c'est déjà le patriotisme. C'est vraiment ce qui nous réunit tous.
00:11:31Enfin, c'est vraiment ça. Ensuite, il y a...
00:11:36Il y a l'identité, la méritocratie, un petit peu, quand même. Il y a aussi également le volet social
00:11:45et écologique. »
00:11:46« Au-delà de l'aspect militant, c'est aussi l'aspect social qui est vachement important. Enfin, il y
00:11:50a des gens qui ont les mêmes valeurs que toi.
00:11:53On débarque dans une grande ville, en quelque sorte. Moi, je n'étais pas de Paris de base. Je n
00:11:58'ai aucune connaissance, aucune base, quoi. »
00:12:01« Quand on arrive dans le secteur universitaire, on est vraiment plongé dans un monde purement que la gauche s
00:12:06'approprie, en fait, directement. »
00:12:08« Et c'est vrai qu'on va pouvoir, on va certainement se retrouver assez isolé. Moi, ça a été
00:12:12le cas. Au départ, j'ai fait compter beaucoup de gens de gauche. »
00:12:15« Mais on se retrouve en conflit, généralement avec. Alors que si on sait qu'on peut retrouver d'autres
00:12:20étudiants qui ont même pensé que nous, avec quelqu'un, on peut s'entendre sur l'avenir de la faculté,
00:12:25sur les dispositions à mettre en place ou autre, ça va énormément aider. »
00:12:28« C'est pour ça, je pense qu'aussi, on est beaucoup à avoir rejoint la cocarde ici. »
00:12:33Les militants de la cocarde se présentent comme les exclus d'une société gauchisée, dont les valeurs seraient en danger.
00:12:46Ce sentiment d'être méprisé par des élites bien-pensantes a été exploité par Éric Zemmour, le président du parti
00:12:52Reconquête.
00:12:53« Alors, en préambule, comme vous le savez, la France a gagné son match d'ouverture face à la Nouvelle
00:12:59-Zélande, ce qui explique ma petite voix et le fait que ce micro m'est particulièrement utile,
00:13:05puisque quand on écrase les All Blacks dès le premier match de la Coupe du Monde, forcément, la voix ne
00:13:09suit pas nécessairement à la fin du match.
00:13:12Si nous croyons réellement que le pays est en danger, nous devons être actifs, actifs et actifs. »
00:13:16Stanislas a fondé GZ, pour rassembler les jeunes qui souhaitaient voir l'ancien polémiste s'engager en politique.
00:13:21« Le sujet qui préoccupe particulièrement les Français, c'est l'identité nationale, c'est la lutte contre l'immigration
00:13:27de masse, et comme vous le voyez, partout en Europe, un vent se lève. »
00:13:31Depuis, son mouvement est devenu la branche jeunesse officielle du parti.
00:13:35« Ce vent, c'est celui des identitaires, c'est le vent des anti-walks. »
00:13:40Ancien scouts unitaires de France, férus de rugby et catholiques pratiquants, Stanislas affirme qu'il a toujours été de droite.
00:13:46« Vive Eric Zemmour, vive Mario Maréchal, et surtout, surtout, vive la France ! »
00:13:55« Merci, c'est gentil. »
00:13:58« Pastille Valdan, pastille Valdan, pastille Valdan ! »
00:14:02« J'ai trouvé le relais pendant le match, c'est pour ça. »
00:14:05« On ne peut pas sauter en l'air le samedi soir. »
00:14:09« C'est dur, c'est dur ! »
00:14:11« Ben oui, et puis la bière, ça n'est pas en plus en plus. »
00:14:14« Il faut que vous fassiez de la propagande pour l'immigration, mais pas que. »
00:14:18« Bien sûr, c'est pour ça que j'ai parlé avec toi qui woke, attaché à la liberté économique,
00:14:22l'école, l'école. »
00:14:24« Merci pour la France. »
00:14:25« Peut-être qu'on pourrait commencer par faire un point de départ de cette campagne européenne que nous lançons.
00:14:33»
00:14:34« C'est l'arrangement du succès. »
00:14:35« Bien sûr, mais ça ne me dérange pas, c'est le plaisir. »
00:14:38« C'est pour mon petit-fils qui est de gauche. »
00:14:41« Ah ben, on l'embrasse. »
00:14:42« Merci. »
00:14:43« Je vais essayer le con. J'espère qu'un jour, il va changer. »
00:15:00« Bonjour à tous, chers amis. Je vous fais cette vidéo en direct de l'UDT. Je suis avec Michel,
00:15:05votre responsable de la 9e circonscription du Nord. »
00:15:07« Et si je vous fais cette vidéo, c'est pour deux choses. Vous dire que les européennes arrivent bientôt
00:15:10et nous aurons besoin de tout le monde. »
00:15:12« Et deuxièmement, que si nous voulons un terme arriver au pouvoir, il faut vous mobiliser partout sur le terrain.
00:15:17»
00:15:18« En plus l'élection, plus notre stratégie de campagne permanente, je ne vois pas comment, un, on peut s
00:15:22'ennuyer. De deux, comment on peut être inaudible. »
00:15:27« Bon, ça te va ? Merci. »
00:15:29« Ça, tout se passe bien ? T'as besoin de rien ? »
00:15:30« Franchement, tout se passe super bien. Les gens sont super contents de la fin. »
00:15:34« Franchement, vous vous assurez. »
00:15:35Stanislas est aujourd'hui la coqueluche de la nouvelle presse d'extrême droite, dont Livre Noir et Le Fer de
00:15:40Lens.
00:15:40« Le live tweet, c'est bien. Vous avez été ultra efficace. »
00:15:43« Fondé par des proches de Marion Maréchal en 2021, ce média donne la parole à tous ceux qui partagent
00:15:48la même obsession pour l'immigration. »
00:15:49« Ça cartonne en ce moment. Ça reprend bien. »
00:15:51« C'est un bon lancement. On essaie vraiment d'être tous les pôles. Ça permet vraiment... »
00:15:55« J'ai fait un truc, ça ? »
00:15:55« Ouais, super. »
00:15:56« Quand t'es interviewé par la meilleure journaliste de Livre Noir, forcément... »
00:16:00« Ouais, ok. »
00:16:02« Ça va, deux branleurs ? Ça bosse ? »
00:16:05« Le mec, elle s'habille à la main, t'sais. »
00:16:07« Alors les gars, ça bosse un petit peu, là. »
00:16:08« C'est du management, hein. »
00:16:12Cumulant près de 700 000 abonnés sur ses réseaux sociaux, Livre Noir est pour Stanislas une solide caisse de résonance.
00:16:24Cette sphère médiatique n'était pas aussi développée lorsque Stanislas étudiait le droit à l'Institut catholique de Vendée.
00:16:40« J'ai créé un journal à l'époque, Les Tures Libres, avec des copains, qui partent d'un constat
00:16:46très simple, mais d'ailleurs... »
00:16:49médiatiquement, il y a plus de médias de gauche que de droite, qu'il y avait beaucoup plus de médias
00:16:54de gauche pour les jeunes,
00:16:56qu'il y en avait très peu à droite, donc on s'est dit « il manque ce truc-là.
00:17:00»
00:17:00Et surtout, on voulait faire du papier, donc on a lancé un journal papier, un mensuel, qu'on a tenu
00:17:04pendant...
00:17:05Enfin, moi, que j'ai tenu pendant près de 2-3 ans.
00:17:07Et à quel moment ces idées-là, tu te les ai formées ?
00:17:10Moi, j'ai toujours été de droite, toujours considéré de droite, mais très tôt.
00:17:12J'ai très tôt été politisé, pour le coup.
00:17:15Premier souvenir politique, c'est 2005, les émeutes, pour le coup,
00:17:18parce que non pas que je les ai vues, non pas qu'il y avait des chaînes d'info en
00:17:21continu qui les m'aidaient,
00:17:23simplement à la radio, on entend qu'il y a des voitures qui ont cramé pendant toute la nuit,
00:17:26et de se réveiller tous les matins, quand on va dans la voiture à l'école, on entend que ça
00:17:28crame, que ça crame, que ça crame.
00:17:30Donc à l'époque, savoir que c'est Nicolas Sarkozy qui est ministre, c'est évidemment très lointain.
00:17:35Et puis après, je me suis toujours considéré droite, par bon sens.
00:17:40Mais, bon alors, t'as cité 2005, t'avais 6 ans, si tu calcules bien.
00:17:44Souvenir, oui.
00:17:45Ça, 2005, j'ai 6 ans, et c'est là où je me rends compte qu'il y a de
00:17:47l'actualité, en gros.
00:17:48C'est mon premier souvenir d'actualité.
00:17:50Il y a de la violence, les policiers, nanana, qu'il y a un état d'urgence qui est mis
00:17:53en place.
00:17:54C'est pas bon, et donc les parents en parlent, en plus.
00:17:56Les parents en disent, ah oui, c'est dangereux.
00:17:58Et donc, tu dis que t'es très vite défini de droite, tu t'es toujours défini de droite.
00:18:02Ouais.
00:18:03Tu t'es jamais défini d'extrême droite.
00:18:05Moi, je trouve pas, parce que, encore une fois, ce que je viens de décrire à l'instant,
00:18:07à savoir être inquiet par la violence du monde dans la société, les attentats, l'islamisation du pays,
00:18:12j'ai pas l'impression de ce soit quelque chose est extrême.
00:18:21L'extrême droite n'aurait donc plus rien d'extrême.
00:18:26Bravo !
00:18:29Selon Stenislas, elle relèverait du bon sens.
00:18:32Pour Kaina, elle allierait le patriotisme à l'écologie et la solidarité sociale.
00:18:39Un programme bien éclectique, où chacun pourrait trouver son compte.
00:18:43Ça va la forme ?
00:18:44Ça va ?
00:18:45Ça va la forme, tu t'es bien ?
00:18:47Ah, il y a du monde à putain.
00:18:53J'en ai marre aujourd'hui que dire qu'on est fier d'être d'un pays,
00:18:58que ce soit vu comme du racisme ou de l'extrême droite.
00:19:00Pour moi, la normalité, c'est pouvoir être fier de ses origines,
00:19:03pouvoir être fier de l'histoire de son pays.
00:19:05Éric Zemmour avait parlé d'inscrire les racines chrétiennes de la Constitution dans la Constitution.
00:19:10Moi, je suis désolé, je suis juif, je trouve ça normal.
00:19:12Quand il y a Charlie Hebdo, il est tous les attentats de 2015, je suis en 6ème.
00:19:17Donc en fait, on a grandi, j'ai 12 ans, j'ai grandi dans une France
00:19:21où tous les 4 matins, il y a 200 personnes qui se sont roulées dessus.
00:19:23Et j'ai grandi dans une France où tes parents te disent
00:19:28quand t'es dans le métro, range ton téléphone, fais attention, évite certaines rues.
00:19:33Et puis voilà, on est cette génération qui évite des quartiers,
00:19:39qui évite des rues, qui éventuellement change de trottoir
00:19:42quand on ne sait pas ce qui se passe en face.
00:19:44Vous craignez une guerre de civilisation ?
00:19:48Une guerre de civilisation, je ne sais pas.
00:19:50En tout cas, le grand remplacement, je pense qu'on ne peut que le craindre
00:19:53puisqu'on voit qu'il est déjà en place.
00:19:56Donc, tout simplement, de voir notre civilisation disparaître plus qu'autre chose.
00:20:01Par exemple, autour de chez moi, il n'y a pas de boucherie non halal, il n'y en a
00:20:04pas.
00:20:05Il n'y a pas de fromager, il n'y a pas tout ça.
00:20:07Et je suis dans Paris, je suis dans le 19ème.
00:20:09Donc, il y a une islamisation, il y a un grand remplacement de population,
00:20:13beaucoup de kebabs, beaucoup de populations vraiment qui ne s'assimilent en rien,
00:20:19qui continuent à parler l'arabe, qui s'habillent comme obled,
00:20:24qui mettent des tongs de l'hiver, enfin...
00:20:26Moi, je viens d'Ibri, sur Seine.
00:20:28Il faut savoir, c'est une ville à 80% remplacée.
00:20:31Dans ta famille, ils ont les mêmes idées politiques que toi ?
00:20:35Mes grands-parents pensent comme moi, oui,
00:20:37parce qu'il faut savoir que mes grands-parents sont des pieds noirs de Tunisie.
00:20:42Et donc, ils ont connu toutes les discriminations qui ont été faites aux Français
00:20:47qui étaient présents à cette époque-là.
00:20:49Ils connaissent très bien la communauté musulmane,
00:20:53ils connaissent très bien les bienfaits et les méfaits.
00:20:58Mais aujourd'hui, on est en France, et ce qui compte en France, c'est les Français.
00:21:02Et c'est pour ça que je me suis engagé au Parti Reconquête,
00:21:05c'est pour défendre la France, les Français, contre l'islamisation.
00:21:07La ville d'Ibri, sur Seine, que ce militant considère à 80% remplacée,
00:21:12comptait 25% d'étrangers en 2020, selon les derniers chiffres de l'INSEE.
00:21:18Les militants GZ semblent craindre un ennemi ouvertement désigné,
00:21:22les musulmans, qui, pour rappel,
00:21:25ne représentent qu'environ 10% de la population française,
00:21:28selon le même institut.
00:21:29« On veut le seigneur, on veut le seigneur ! »
00:21:48Zemmour !
00:21:51Zemmour !
00:21:52Zemmour !
00:21:53Zemmour !
00:21:54Zemmour !
00:21:56Il y a seulement quelques mois, les propos d'Éric Zemmour lui valaient une condamnation pour provocation à la haine
00:22:02raciale.
00:22:04Aujourd'hui, ces jeunes militants reprennent sa rhétorique incisive à visage découvert, jouant un rôle de premier plan dans la
00:22:10normalisation de l'extrême droite.
00:22:13Pour diffuser leur discours, Stanislas peut compter sur la réactivité de ces réseaux.
00:22:19Bon, les gars, il y a envoyé des vidéos à Garen, il va les poster avec Livre Noir. Il va
00:22:22envoyer des belles vidéos. Attends, on va en envoyer plein.
00:22:32Livre Noir prend parfois les atours d'une agence de communication plus que d'un média d'information.
00:22:37Éric Zemmour, son succès, c'est un succès idéologique.
00:22:40Et il n'est pas le seul.
00:22:41Je crois que l'Union européenne a besoin d'une bonne droite.
00:22:44Occidentis, Boulevard Voltaire, Radio Courtoisie.
00:22:47Vous pouvez me retrouver dans quelques secondes sur la matinale de Radio Courtoisie.
00:22:50Les réseaux sociaux offrent à ces médias un terrain de jeu privilégié pour diffuser des idées simples et tranchantes, légitimant
00:22:56toutes les discriminations.
00:22:57C'est quoi ne pas être assez musulman, finalement ? Finalement, ça vient nous poser la question. Il y a
00:23:01vraiment une différence entre musulmans et islamistes.
00:23:03On est d'accord sur ce constat qu'aujourd'hui, on n'arrive pas à appliquer les OQTF.
00:23:06Il n'est pas question que des jeunes comme Thomas à Crépaule soient massacrés par des hordes maghrébins.
00:23:11Ses propos sont également devenus le fond de commerce d'une nouvelle génération d'influenceurs réactionnaires.
00:23:16Bien sûr que je considère que l'immigration de masse est une menace pour les femmes.
00:23:20La promotion d'un agenda politique d'extrême droite est relayée par les féministes identitaires.
00:23:24Nous sommes la génération de Claire, violée par un centre africain sous OQTF.
00:23:28Nous sommes la génération de Luna, petite suédoise de 10 ans, supplicée par un migrant dans un square et laissée
00:23:34pour morte.
00:23:35Aux féministes identitaires s'ajoutent les antiféministes qui souhaitent rétablir un ordre patriarcal.
00:23:40Je ne suis pas féministe. Bien sûr que les hommes et les femmes ne sont pas égaux, ne le seront
00:23:45jamais et qu'il n'est pas souhaitable qu'ils le soient.
00:23:48Et les influenceurs virilistes qui voient leur masculinité menacée par la modernité.
00:23:53La société occidentale produit des hommes individualistes coupés de leur famille et des femmes masculinisées dégoûtées de la maternité.
00:24:00Au sein de cette sphère, tout le monde se connaît et se soutient réciproquement.
00:24:04Moi j'ai toujours été à fond derrière Zemmour et maintenant Marion.
00:24:08Tous partagent un objectif commun, l'arrêt total de l'immigration et la restauration d'une société conservatrice.
00:24:18Kaina aimerait elle aussi jouer un rôle.
00:24:26Elle souhaite monter en grade au sein de la cocarde et prend l'initiative d'organiser une conférence à Assas.
00:24:45L'événement provoque une manifestation dont Kaina semble s'amuser.
00:24:51La colère qu'elle suscite ne fait que renforcer ses convictions et lui fournit l'occasion de fustiger l'extrême
00:24:56gauche,
00:24:57qui selon elle, piétine la liberté d'expression.
00:24:59En fait, ils n'acceptent pas le fait qu'on puisse avoir une opinion différente de la leur.
00:25:04Comme elle le dit, c'est en assumant haut et fort ces idées que celles-ci pourront être acceptées.
00:25:10Alors Kaina s'affiche de plus en plus sur les vidéos de la cocarde étudiante.
00:25:14Tout comme toi, nous constatons que la situation étudiante actuelle est inquiétante.
00:25:18De nombreux étudiants sont en situation de précarité, ont du mal à se loger et n'ont pas forcément les
00:25:22moyens de se nourrir.
00:25:23Tandis que les étudiants étrangers sont favorisés.
00:25:26Nous devons mettre un terme à cette situation, car la jeunesse patriote française se réveille.
00:25:31Et il ne compte pas céder aux injonctions des gauchistes, des immigrationnistes et des pseudo progressistes.
00:25:44J'ai perdu beaucoup d'amis avec cette simple vidéo.
00:25:50Je suis blacklistée littéralement de mon lycée, de mon ancien lycée, dans lequel ce professeur qui m'appréciait auparavant,
00:26:00maintenant il ne veut plus du tout entendre parler de moi.
00:26:04Qu'est-ce qu'il t'a dit ?
00:26:05Qu'est-ce qu'il m'a dit ?
00:26:07Il m'a envoyé tout d'abord un message m'expliquant qu'il était tombé sur la vidéo et qu
00:26:13'il était extrêmement déçu,
00:26:15que son enseignement n'avait donc servi à rien et qu'il fallait que je me reprenne en main et
00:26:22que ce n'est pas normal de s'engager dans un syndicat avec de telles idées.
00:26:28Et qu'en vidéo, défendre notamment la priorité nationale dans l'attribution des logements de course, c'est inacceptable.
00:26:43En plus de ça, il m'a expliqué que j'étais utilisée, que je n'étais qu'un pion et
00:26:48qu'il déteste viscéralement ce que je suis.
00:26:51Pourquoi, à ton avis, il a dit que tu étais qu'un pion ?
00:26:54Pourquoi j'étais ?
00:26:55Il a dit que tu étais qu'un pion.
00:27:01En fait, malheureusement, il a cette idée que beaucoup de personnes à gauche ont, que lorsqu'on se dit de
00:27:09droite, il y a cette idée de « on est de droite, donc on est raciste ».
00:27:16Ce qui est évidemment faux.
00:27:19Pour lui, j'étais un peu, entre guillemets, leur caution en fait.
00:27:22Regardez, on a quand même une fille qu'on met sur la vidéo et qui a des origines.
00:27:28Enfin, c'est lamentable de penser comme ça, sincèrement.
00:27:32La préférence nationale que Cahina défend dans sa vidéo est l'un des principes historiques de l'extrême droite.
00:27:38Cette mesure, qui entend exclure les étrangers des aides sociales, a été popularisée dans les années 80 par Jean-Marie
00:27:45Le Pen.
00:27:47Elle a longtemps marqué la division entre le Front National et la droite républicaine, respectueuse de l'universalité des droits
00:27:53garantie par la Constitution.
00:28:05Depuis, Marine Le Pen l'a habilement rebaptisée.
00:28:08La préférence est devenue la priorité, un terme plus facile à défendre dans le débat public.
00:28:13C'est un premier meeting, non ?
00:28:20Oui !
00:28:33Banalisé, ce concept de priorité nationale a trouvé un écho auprès de nombreux jeunes comme Cahina.
00:28:40En s'appropriant ce nouveau lexique, ces jeunes entretiennent et accélèrent sa diffusion.
00:29:02Cahina, cahina, cahina, cahina !
00:29:12...
00:29:33Derrière les discours militants,
00:29:34Quelles convictions intimes poussent cette jeunesse dans les rangs de l'extrême droite ?
00:29:39Pierre Romain vient d'une région privilégiée et sans insécurité, comme il aime à le rappeler.
00:29:45Il s'est politisé dans ses livres d'histoire, en rêvant d'une gloire passée qu'il n'a jamais
00:29:49retrouvée dans la France d'aujourd'hui.
00:29:54C'est bon ?
00:29:55Ouais, nickel.
00:29:57Pourquoi tu penses que c'est vraiment l'histoire militaire, de la conquête, etc., des civilisations qui t'a le
00:30:05plus attiré ?
00:30:05Oui.
00:30:06Alors il y a peut-être des raisons purement liées aux sentiments, sensations, donc un peu le côté épique.
00:30:14Donc là, c'est pas tellement réfléchi, c'est un peu instinctif.
00:30:18Moi, ça me...
00:30:20Voir des scènes épiques ou lire des choses, des récits de batailles, etc., moi, ça me procure des émotions et
00:30:28c'est quelque chose qui m'attire.
00:30:29Ensuite, a posteriori, parce qu'on se pose pas ces questions-là quand on est plus jeune, mais pour moi,
00:30:36c'est là où se concentrent les décisions dans l'histoire.
00:30:40C'est par la guerre, par les affrontements entre armées, entre puissances, que se font les décisions des peuples, des
00:30:48civilisations.
00:30:49Que certaines disparaissent, que certaines vont renaître, que certaines vont décliner.
00:30:54Pour moi, c'est dans l'affrontement, dans l'histoire militaire, qu'on a quand même la clé de compréhension
00:30:59du monde, de son évolution.
00:31:01Pierre Romain a un temps envisagé une carrière militaire, mais a préféré le champ des idées pour mener son combat.
00:31:10Stanislas aurait, lui aussi, pu finir dans l'armée plutôt qu'en politique.
00:31:14C'est quoi le hashtag ?
00:31:17À 15 ans, il entre à l'internat du lycée national militaire de la Flèche, en Pays de Loire, sur
00:31:22les traces de son père.
00:31:24Est-ce que tu peux nous parler un peu de ton père ?
00:31:27Si vous voulez, parce que mon père est militaire, mais après, j'ai pas de...
00:31:31J'ai pas...
00:31:32Je suis pas encore, comment dire, sur les divans de Marc-Olivier Faugiel.
00:31:36Mais non, non, de mon père, je m'entends très bien avec lui, je suis très fier de ce qu
00:31:39'il fait, je suis très heureux d'avoir un père militaire.
00:31:41Forcément, quand son père part en mission, on comprend aussi ce que ça veut dire d'envoyer des gens au
00:31:47front.
00:31:48Même si on est jeune, même si on est plus petit, on sait ce que c'est d'avoir un
00:31:51père qui part X mois à...
00:31:54Forcément, ça joue, mais après, je pense que beaucoup de parents non militaires sont aussi patriotes et inculquent des valeurs
00:32:00similaires à celles d'un père militaire.
00:32:03Ça, c'est évident.
00:32:04Quelle valeur, tu dirais, est à inculquer ?
00:32:07Le patrimoine, je pense essentiellement, oui. Bien sûr, le travail et le sens de l'état, de son service.
00:32:13Je pense que c'est important de dire que l'on voue sa vie, ou en tout cas sa profession,
00:32:18à une cause précise.
00:32:19En l'occurrence, c'est la défense des intérêts français, des Français ici en France et en métropole et partout
00:32:25ailleurs dans le monde.
00:32:26Je pense que c'est important d'avoir cette envie de défendre son pays. Je pense que c'est une
00:32:32belle valeur.
00:32:34Je pense que toute une partie de ma génération a été marquée par 2015.
00:32:38En 2015, il y a deux événements marquants. Il y a évidemment Charlie Hebdo et il y a le Bataclan.
00:32:43Et Charlie Hebdo, je suis en troisième. Et...
00:32:47Et le Bataclan, je le suis fait au lycée à la flèche.
00:32:49Et tout le monde se souvient. Je pense que, honnêtement, pour notre génération, c'est quasiment à 11 septembre, où
00:32:53chacun se souvient à peu près de là où il était ou de comment il l'a appris.
00:32:56Et ce qui m'a frappé, c'est le manque de réaction, en réalité.
00:32:59C'est que tout le monde est effaré, tout le monde fait des marches blanches, tout le monde pose des
00:33:02bougies.
00:33:03Et quoi d'autre ?
00:33:04Rien n'a changé, ça s'empire. Et donc, moi, je me suis dit très tôt qu'il fallait justement
00:33:08se battre pour que ça change.
00:33:11Si Stanislas s'est construit dans un milieu où l'extrême droite est surreprésentée,
00:33:14Kaina a grandi dans le 94, un département historiquement à gauche.
00:33:28Sa mère gère une association sportive et son père est ingénieur en informatique.
00:33:41Ils n'ont jamais parlé politique à table, alors Kaina dit s'être politisée seule, en regardant à la télé
00:33:47les débats des présidentielles de 2017.
00:33:52Est-ce que je peux te demander de faire plein de photos ?
00:33:54Oui, oui, oui, carrément.
00:34:11Les origines de son engagement remontent à ses années de collège.
00:34:18Juste, je regarde...
00:34:22Donc, je venais de Maison-Alfort.
00:34:24Donc, j'ai fait toute ma scolarité jusqu'en 6e à Maison-Alfort.
00:34:27Et donc, c'était dans un quartier pavillonnaire, très tranquille, voilà.
00:34:32Et ensuite, donc, j'ai déménagé en 5e à Choisy-le-Roi.
00:34:36Et ça m'a vraiment fait sortir de cette petite bulle où je pensais que tous les enfants sont comme
00:34:42moi et ont la même vie que moi.
00:34:43Je n'avais pas vraiment pris conscience que juste à côté, il y avait une cité.
00:34:47Dès le premier jour, je me souviens, j'ai senti que c'était différent.
00:34:52En fait, il n'y avait aucun élève blanc de peau.
00:34:55Il n'y avait que des personnes issues de l'immigration et plutôt venant d'Afrique ou du Maghreb.
00:35:04Et je ne sais pas pourquoi, je me suis dit, c'est bizarre, c'est la première fois que je
00:35:10vois ça.
00:35:11Et c'est bizarre, je ne suis pas habituée à avoir une classe comme ça.
00:35:14Et j'ai l'impression justement, moi, de ne pas être à ma place.
00:35:21Lorsque j'étais nouvelle, les premiers jours, il y avait énormément de personnes qui venaient vers moi.
00:35:25Mais en fait, la première question de ces personnes-là, à chaque fois, c'était, tu es de quelle origine
00:35:31?
00:35:32Et ça m'avait vraiment marquée parce que je me suis dit, mais...
00:35:38Qu'importe, enfin, ce n'est pas important de savoir mes origines.
00:35:42La première question devrait être, comment tu t'appelles ? Tu es en quelle classe ?
00:35:45Mais non, là, c'était, tu es de quelle origine ?
00:35:48Et en fait, lorsque je disais mes origines, il y avait des, entre guillemets, des sortes de tribus.
00:35:54Si la personne en face de moi était d'origine marocaine également,
00:35:58et bien, c'était, oh, mais ma soeur, tu fais partie de la communauté ?
00:36:03Ben, viens avec nous, traîne avec nous, hésite pas à venir nous parler.
00:36:07Mais si, à l'inverse, c'était une personne qui était plutôt d'origine algérienne,
00:36:11vu qu'il y avait vraiment cette rivalité entre ces deux tribus, entre guillemets,
00:36:17et bien, là, c'était, ah, bon, ok, ben...
00:36:23Voilà.
00:36:23Et la personne partait et n'allait plus jamais s'intéresser, en fait, à moi.
00:36:33Et si je peux rajouter un dernier truc...
00:36:35En fait, on m'a fait une réflexion qui m'a beaucoup marquée aussi, encore.
00:36:41C'était une année un peu compliquée, on va dire.
00:36:43Mais en fait, on m'a reproché d'être trop blanche.
00:36:48Et ça, pareil, c'était quelque chose que j'avais jamais entendu.
00:36:54Je me suis dit, bon, ben, il y a des gens qui ont une haine envers la France.
00:36:58Il y a des gens qui ont une haine envers la culture française, la langue française,
00:37:03et également, ben, les Français et les Blancs.
00:37:06Et...
00:37:07Et quand on se rend compte de ça, ben...
00:37:10C'est...
00:37:11C'est un peu...
00:37:12C'est un peu...
00:37:13Déroutant.
00:37:14Et effectivement, ben...
00:37:16Une conscience politique se fait, naturellement.
00:37:34Face aux difficultés que Kaina a traversées cette année-là,
00:37:37les discours fermes de Marine Le Pen lui apportaient une solution toute faite.
00:37:44J'ai choisi de rejoindre la Cocarde et pas une autre association,
00:37:46parce que je pense que le combat dans les universités est primordial
00:37:49et que c'est l'association qui représente le mieux mes valeurs,
00:37:51celle du camp national.
00:37:53Ben, en fait, c'est bien pour la version horizontale,
00:37:55mais pas pour la version verticale, parce que beaucoup...
00:37:58Rejetée par les tribus de son collège,
00:38:00elle semble avoir trouvé en la Cocarde sa propre tribu.
00:38:08Dévouée et investie,
00:38:09elle est rapidement nommée responsable de la communication.
00:38:12...
00:38:21Ouais ?
00:38:22Ouais.
00:38:233...
00:38:252...
00:38:261...
00:38:51Pour faire carrière en politique, l'extrême droite est un secteur prometteur.
00:38:57Tous savent qu'en faisant bonne figure,
00:38:59ils pourraient briguer des postes clés si leur camp parvenait un jour au pouvoir.
00:39:03Ouais, messieurs.
00:39:04En recherche de profils compétents,
00:39:06leurs partis respectifs offrent aux jeunes les plus qualifiés
00:39:09l'opportunité d'une ascension fulgurante.
00:39:12À 28 ans, Jordan Bardella en est l'incarnation.
00:39:16Pierre Romain et Stanislas pourraient suivre sa voie.
00:39:21Tous deux sont candidats aux élections européennes,
00:39:24avec de grandes chances d'être élus députés.
00:39:27Si vous pouviez me faire un peu plus mat,
00:39:29j'ai l'air bronzé revenant de vacances.
00:39:30D'accord.
00:39:31Alors, on est en campagne européenne, il est bon de le rappeler.
00:39:34On va parler d'abord de votre campagne avant de parler des autres.
00:39:37Le slogan, si j'ai bien vu sur les affiches, c'est « La France fière ».
00:39:40Exactement.
00:39:41Pour gagner des voix, Stanislas et Pierre Romain jouent un rôle clé,
00:39:45celui de former leur base militante.
00:39:47Si vous avez tous le devoir d'aller chercher 10, 15 électeurs.
00:39:51Et sinon, ce qui serait bien, c'est que tous ceux qui viennent
00:39:53profiter de ce bon moment de cohésion samedi,
00:39:55viennent au tractage vendredi matin.
00:39:56C'est notre boulot d'aller convaincre et puis évidemment rassembler.
00:40:00Il faut dire aux gens, écoutez, si vous considérez au moment du 9 juin prochain
00:40:03que l'islam est incompatible avec la République, qu'il y ait un sujet ou autre,
00:40:06si vous pensez tout ça, le seul parti qui propose ça, c'est reconquête.
00:40:11Les éléments de langage préparés dans les QG parisiens
00:40:14sont répétés sur le terrain par les jeunes militants.
00:40:16« Bonjour Monsieur, Marc Maréchal pour les Européennes. »
00:40:29Le RNJ et GZ disposent de délégations départementales
00:40:33dans toutes les régions de France.
00:40:34« Merci pour les Européennes. »
00:40:35« Bonne journée. »
00:40:37« Bonne journée. »
00:40:39« Bonne journée. »
00:40:39« Bonne journée. »
00:40:40« Bonne journée. »
00:40:42Chaque responsable est chargé de quadriller le territoire.
00:40:44« Bonjour Monsieur, pour les élections européennes. »
00:40:47« Bonne journée. »
00:41:14« C'est ça avec Bardella et compagnie. »
00:41:15« Ils font des millions de vues sur des conneries. »
00:41:17« Ils se prennent en vidéo avec Marine Le Pen. »
00:41:21« Ça fait des stats. »
00:41:23« Je pense qu'il faut qu'on balance tout seul. »
00:41:24« Ils ne font pas de montage en plus. »
00:41:26« Oui, on balance. »
00:41:27« Contrairement à ce qu'on pourrait croire, TikTok est un électeur favorable. »
00:41:34« Vraiment, vous mettez ce que vous voulez sur TikTok dans la limite du légal. »
00:41:40« Mais sinon, il n'y a pas de sujet. »
00:41:41« Mais voilà, on ne perd pas de temps. »
00:42:01« On a déjà laissé entrer là. »
00:42:02« Oui, c'est ça. »
00:42:04« Ça commence à devenir rentré. »
00:42:06« Ça met 3000 d'euros. »
00:42:07« 3000 d'euros, pas 2000 d'euros. »
00:42:09« C'est là, il y a 6 minutes. »
00:42:11« Là, il y a... »
00:42:13« Là, c'est ça. »
00:42:16« J'aimerais être très bronzé. »
00:42:19« Je comprends, je rentre du ski. »
00:42:21Stanislas est également porte-parole de Reconquête
00:42:24et bénéficie à chaque meeting d'un temps de parole.
00:42:27C'est pour lui l'occasion de mettre en scène un message fort
00:42:30qui sera relayé à grande échelle sur les réseaux sociaux.
00:42:33« Combien de jours, elles altement, il reste ? »
00:42:35« 80 ans aujourd'hui. »
00:42:38« Un peu moins de 100 jours, puisque personne ne pense à eux. »
00:42:42« Je tenais, avant de commencer ce grand rassemblement politique,
00:42:44d'observer une minute de silence
00:42:46pour les victimes de l'immigration des francocides,
00:42:50de notre culture chrétienne attaquée. »
00:42:53« J'aimerais que vous le viez. »
00:42:54« Tous ensemble, nous observons ce temps de silence
00:42:55qui n'est jamais pris pour les victimes de tout cela. »
00:43:00« Ben, le truc de silence, j'ai improvisé dessus. »
00:43:03« Ah ouais, il faut que je dis ce tomateau. »
00:43:04« Après, merci, merci. »
00:43:07« C'est pour ces personnes-là qu'on est combattant. »
00:43:09« La première partie, merci. »
00:43:10« Deuxième partie, 11 minutes, silence. »
00:43:12« Troisième partie, pourquoi on se bat. »
00:43:13« Quatrième partie, vous êtes responsable. »
00:43:16« Et après, cinquième fois, on finit. »
00:43:17« Merci beaucoup. »
00:43:18« Vive la France. »
00:43:19« Pareil, si je dépasse et qu'on est à 2 minutes, 15... »
00:43:21« À partir de 2 minutes, tu lèves la main. »
00:43:24« De toute façon, c'est très courant. »
00:43:24« Je pense que t'as Olivier qui va te faire des gros... »
00:43:26« Oui, oui, oui, mais... »
00:43:27« Non, mais justement, avant qu'Olivier me casse tes couilles... »
00:43:30« Enfin, me casse tes couilles, il fasse son truc, là. »
00:43:33« Dos en l'air. »
00:43:33« Et voilà. »
00:43:40« Merci. »
00:43:42« Merci à tous, chers amis. »
00:43:45« Merci à tous d'être aussi nombreux aujourd'hui au palais des sports. »
00:43:47« Pardon de redescendre un petit peu l'atmosphère. »
00:43:51« Mais pour commencer ce grand lancement de campagne des Européennes, »
00:43:55« Je voulais avec vous partager un instant de silence. »
00:43:58« Rendre hommage à toutes les victimes de l'immigration de masse. »
00:44:01« Rendre hommage à toutes les victimes de francocides. »
00:44:03« Rendre hommage à tous les actes antichrétiens. »
00:44:06« Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, avec vous au palais des sports, »
00:44:09« Je voudrais que l'on prenne un moment de silence, tous ensemble, debout, »
00:44:12« pour penser à toutes ces victimes trop souvent oubliées »
00:44:15« par la vindicte médiatique et par le pouvoir en place. »
00:44:18« Merci beaucoup. »
00:44:27« Merci à tous. »
00:44:29« Le terme francocide a été inventé par Éric Zemmour pour désigner le meurtre d'un Français commis par un
00:44:35immigré. »
00:44:37« En oubliant de préciser que plus d'un tiers des immigrés ont la nationalité française. »
00:44:44« L'ancien polémiste voudrait propager l'idée qu'il existe une violence systématique, »
00:44:48« commise par les étrangers contre les blancs et les chrétiens. »
00:44:55« À reconquête, la guerre culturelle passe par une bataille linguistique. »
00:45:00« Il s'agit d'imposer un nouveau vocabulaire dans l'opinion publique. »
00:45:08« Il s'agit d'imposer un nouveau vocabulaire dans l'opinion publique. »
00:45:18« Il s'agit d'imposer un nouveau vocabulaire dans l'opinion publique. »
00:45:50« L'engagement de Kaina lui a ouvert des portes. »
00:45:57« Elle a décidé de rejoindre le RNG sur les traces de Pierre Romain. »
00:46:04« Une aubaine pour un mouvement cherchant à camoufler ses liens avec les profils les plus violents et radicaux. »
00:46:10« Salut ! »
00:46:11« Ça va ? »
00:46:13« J'ai peur que vous soyez coincés en bas. »
00:46:15« On a été coincés pendant 10 minutes en bas. »
00:46:18« Qui vous a délivré ? »
00:46:20« Clara. »
00:46:22En recrutant des visages lisses, Pierre Romain construit un nouveau personnel politique légitime et présentable,
00:46:29qui ne lui reste plus qu'à former. »
00:46:31« S'il vous plaît, juste toute petite consigne, vous avez les hashtags qui sont là. »
00:46:36« Ça c'est celui de BFM Le Débat, le nôtre habituel depuis le début de la campagne vivement le
00:46:399 juin. »
00:46:40« Vous avez la boucle WhatsApp que vous avez pu en flasher en QR code qui est là ou sur
00:46:44le mur ici. »
00:46:45« Donc vous aurez tout un tas de tweets qui vont passer tout au long de la soirée. »
00:46:48« Vous n'êtes pas obligés de reprendre l'intégralité, mais essayez d'en prendre les meilleurs. »
00:46:51« Récupérez les visuels, faire vos propres tweets avec vos comptes personnels ou avec les comptes de vos sections RNG.
00:46:57»
00:46:57« Regardez aussi vos portables de temps en temps pour qu'on fasse monter les hashtags et les meilleurs moments
00:47:00du débat. »
00:47:01« Moi je crois. »
00:47:27« Rien ne semble pouvoir freiner le phénomène Bardella. »
00:47:41« Le jeune président du RN est devenu une icône pour une partie de la jeunesse. »
00:47:48« Des jeunes comme Keïna, qui depuis 2017 n'ont jamais connu une élection présidentielle où l'extrême droite n
00:47:54'est pas arrivée au second tour. »
00:48:17Le 9 juin 2024, le RN privatise un grand pavillon dans le bois de Vincennes pour sa soirée électorale.
00:48:30« Pierre Romain, qui jusqu'ici travaillait dans l'ombre de son patron, commence à prendre la lumière. »
00:48:45« Le trombre ? »
00:48:45« Oui, je vais vous suivre. »
00:48:47« Ah d'accord, vous êtes avec France 3. »
00:48:51« Oui, oui, oui, oui, oui, oui, oui, oui, oui, oui. »
00:48:59Le RN obtient plus de 31% des voix. Un score historique.
00:49:05Avec 30 députés, c'est le parti qui envoie la plus importante délégation au Parlement européen.
00:49:12Comme prévu, Pierre Romain fait partie des élus.
00:49:15« C'est la réussite du parti, mais évidemment il y a de la satisfaction personnelle.
00:49:20Et je crois que le plus important ce soir, c'est le score inédit qu'on fait au niveau national.
00:49:24Et la nouvelle dimension que prend le RN en France et en Europe. »
00:49:29« Merci à vous. »
00:49:30« Merci. Bon, bonjour. »
00:49:32« Bravo. »
00:49:36« Les chers compatriotes. »
00:49:44À Vincennes, la soirée électorale prend déjà l'air d'une investiture.
00:49:51« Corban, Corban, Corban ! »
00:49:53Quelques instants plus tard, Emmanuel Macron s'adresse aux Français.
00:49:57« J'ai décidé de vous redonner le choix de notre avenir parlementaire par le vote.
00:50:05Je dissous donc ce soir l'Assemblée nationale. »
00:50:10Des élections législatives auront lieu dès la fin du mois.
00:50:14Au siège de Reconquête, l'ambiance est nuancée.
00:50:23Avec près de 5,5% des voix, le parti réalise un score en dessous de ses attentes.
00:50:28Mais remporte tout de même 5 sièges au Parlement.
00:50:33C'est la première fois qu'il obtient des élus depuis sa fondation.
00:50:40« Ça va, ça va, ça va, ça va ? »
00:50:45« Bonjour. »
00:50:48Stanislas, sixième sur la liste, rate de peu sa chance de devenir député.
00:50:55Mais il n'a pas le temps d'être déçu.
00:50:57Il faut déjà préparer une nouvelle campagne.
00:51:03Les élections législatives pourraient lui offrir d'autres possibilités.
00:51:10Le temps où Pierre-Romain débloquait les universités avec ses camarades de la cocarde semble bien lointain.
00:51:16Aujourd'hui, il devient cadre de son parti.
00:51:24Derrière lui, une nouvelle élite se tient prête à investir des postes clés.
00:51:30Une jeunesse dont la parole libérée et éloquente
00:51:33pourrait presque faire oublier les racines du projet qu'elle défend.
00:51:37Un projet résolument d'extrême-droite.
00:51:54Extrême-droite, la nouvelle garde.
00:51:56Y a-t-il donc une génération ?
00:51:58Bardella, c'est le sujet dont on va débattre ce soir.
00:52:01Essayez de comprendre aussi ce phénomène politique majeur.
00:52:05Nouveau peut-être, nos invités vont nous le dire.
00:52:08Et je suis ravi de les retrouver.
00:52:10Anne Muxel, vous êtes l'une de nos grandes politistes sociologues.
00:52:14Vous avez beaucoup travaillé sur la jeunesse notamment et ses engagements.
00:52:18Vous êtes l'une des grandes figures du CEVIPOF,
00:52:20le Centre d'études de la vie politique française à Sciences Po Paris.
00:52:24Maxence Lambrecq, bonsoir et merci de nous accompagner.
00:52:27chef du service politique de France Inter.
00:52:29Vous avez longtemps suivi le Rassemblement national sur le terrain, au plus près,
00:52:33comme vous, Paul Lobacher, puisque vous êtes en charge du Rassemblement national au Figaro.
00:52:39On en avait envie, juste tout simplement, puisque le film a été tourné pendant les élections européennes de 2024,
00:52:45de revenir sur les destins.
00:52:47Que sont-ils devenus, comme on dit dans les émissions de télévision grand public ?
00:52:52Que sont-ils devenus deux ans plus tard ?
00:52:55Pierre Romain Thionnet, qu'on voit, est toujours député européen.
00:52:58Il a été élu donc en juin 2024 député européen dans le groupe de Jordan Bardella.
00:53:03Et il est toujours dans l'entourage de Jordan Bardella, assez proche de lui.
00:53:07Mais il n'a pas pris de nouvelles fonctions, là, dans la campagne présidentielle, par exemple, qui s'ouvre,
00:53:12qui est portée par Marine Le Pen, et pas par son mentor qui l'a aidé à monter les échelons.
00:53:18Alors, on reviendra sur la figure de Jordan Bardella, évidemment.
00:53:20Stanislas Rigaud, qu'on a vu également.
00:53:22Lui, donc, il a quitté la politique, officiellement,
00:53:25parce qu'il a monté sa boîte de communication qui s'appelle Nexus,
00:53:28et qui conseille parfois des politiques, même s'il est très jeune.
00:53:31Il a pris ce rôle-là, mais toujours dans le même écosystème.
00:53:34Lui, il a quitté Reconquête.
00:53:35Voilà, il a quitté Reconquête au soir, pratiquement le lendemain des européennes.
00:53:39Un peu plus tard, en réalité.
00:53:42Et déjà, il n'a pas été élu, parce qu'il était sur la liste menée par Bernard Maréchal.
00:53:45Mais il y a eu...
00:53:46On va pas refaire l'histoire, mais il y a eu tout un bic-mac.
00:53:48Finalement, Bernard Maréchal a rejoint Marine Le Pen à la première européenne.
00:53:50Oui, c'est une histoire compliquée.
00:53:51Il y a eu un divorce douloureux avec Eric Zemmour.
00:53:52Donc, il n'y a plus qu'un seul élu à Reconquête, qui est Sarah Knafo,
00:53:55qui est donc aussi la compagne de Eric Zemmour,
00:53:57et qui est un ami proche de Stanislas Rigaud.
00:53:59Mais Stanislas Rigaud a quitté la politique officiellement.
00:54:02Et aujourd'hui, il vit pour son propre compte.
00:54:05Il a quitté la politique, mais il n'est pas si loin de la politique,
00:54:08puisque son entreprise est financée par le milliardaire Pierre-Edouard Sterrin,
00:54:13qui finance de nombreux organismes d'extrême droite.
00:54:16Qu'est-ce que ça dit, Anne Muxel, de la recomposition de l'écosystème
00:54:20de l'extrême droite aujourd'hui, vous qui l'avez étudiée depuis des années maintenant ?
00:54:25Oui, alors c'est vrai que Marine Le Pen, en même temps que sa campagne de dédiabolisation du Rassemblement national,
00:54:32a aussi accordé beaucoup de place aux jeunes, au renouvellement politique au sein du parti.
00:54:38Elle a toujours eu beaucoup d'attention portée au fait de donner un accès aux jeunes
00:54:45aux postes d'élus, d'élus dans les territoires, dans les conseillers municipaux.
00:54:51Voilà, donc ça fait longtemps qu'une place importante à la jeunesse est donnée par le Rassemblement national et par
00:55:01Marine Le Pen.
00:55:02Et par ailleurs, ça fait aussi longtemps, mais ça s'est encore amplifié avec Jordan Bardella,
00:55:07que ce parti arrive à s'adresser aux jeunes via les réseaux sociaux et très actifs sur Internet.
00:55:16Alors ça, on va y venir.
00:55:17Et bien, quand même dans l'ADN de ce parti, en tout cas, l'idée d'emmener les jeunes.
00:55:24Et d'une volonté spécifique de s'adresser à la jeunesse.
00:55:27Si on en reste au cadre, à ces jeunes qui espèrent, alors par opportunisme peut-être, par conviction, je ne
00:55:36sais pas, vous allez nous le dire.
00:55:37Mais ça permet, le Rassemblement national, une ascension politique fulgurante plus qu'ailleurs.
00:55:43Ah oui, c'est exceptionnel. Les parcours de tous ceux que j'ai suivis dans les années 2015-2016,
00:55:48et d'ailleurs Jordan Bardella était de ceux-là, sont devenus aujourd'hui députés, quasiment tous.
00:55:52Que ce soit Alexandre Loubet, Kevin Feiffer, Pierre Romain Sionnet qu'on vient de voir, Jordan Bardella, président du parti.
00:55:59C'est vraiment aussi dire qu'en termes de ressources humaines, le Front national, le Rassemblement national n'est pas
00:56:06si fort que ça.
00:56:07Il a été pioché dans les petites mains de la campagne de 2017, les députés de 2024.
00:56:13Et donc, ils ont été se reposer, c'est aussi, Marine Le Pen a un cercle de confiance relativement petit,
00:56:19et elle s'est reposée sur eux.
00:56:21Et aujourd'hui, d'ailleurs, ce sont eux qui sont les artisans de sa campagne présidentielle.
00:56:24Donc, en effet, adhérer au RN, et Sébastien Chenu aurait eu sans doute une carrière moins belle.
00:56:30Lui, venu de la droite traditionnelle.
00:56:32Oui, venu de l'UNP. Aujourd'hui, il est vice-président de l'Assemblée nationale.
00:56:35Il n'aurait pas eu la même carrière, sans doute, s'il était resté dans un parti comme celui des
00:56:40LR.
00:56:40Il aurait connu un plafond de verre.
00:56:42Sans doute beaucoup plus rapidement, oui.
00:56:44C'est assez frappant de voir ces jeunes.
00:56:45Donc, c'est de l'opportunisme, une réelle conviction idéologique.
00:56:49Qu'est-ce qui permet cette ascension fulgurante ?
00:56:51Il y a forcément de la conviction idéologique.
00:56:52Oui.
00:56:52Le projet politique du RN était quand même assez clair.
00:56:56Ce n'est pas juste un flou artistique sur l'immigration, la sécurité, par exemple.
00:56:59C'est quand même le moteur premier de la jeunesse.
00:57:01L'attraction supplémentaire, c'est évidemment l'idée qu'un jour ils puissent gagner.
00:57:05Parce que si on a envie de faire une carrière politique, autant aller dans un parti qui peut gagner.
00:57:10Parce qu'on sait qu'on aura une place en cabinet, d'assistants parlementaires,
00:57:15une place en circonscription et après monter au fur et à mesure les échelons.
00:57:18Donc là, en fait, ce qui se passe, c'est qu'il y a une nouvelle génération aujourd'hui,
00:57:22qui est plus jeune que celle de Bardella,
00:57:25qui arrive avec l'espoir de, à un moment donné, faire éclore leur propre carrière.
00:57:30Et si ça n'avait pas été le RN, ça aurait pu être LR.
00:57:33Si LR avait eu une meilleure performance dans les sondages.
00:57:36Ou ça aurait pu être Zemmour si Zemmour avait changé son destin en 2020.
00:57:40Et s'il avait réussi son pari.
00:57:41Voilà.
00:57:41Donc il y a la conviction politique, mais il y a aussi, on va vers le parti où on pense
00:57:46que la victoire est possible.
00:57:47Anne Muxel, c'est assez frappant. On dit que la jeunesse s'engage dans les extrêmes, en général, par souci
00:57:54de protester.
00:57:55Là, on voit que derrière la dimension protestataire, il y a au contraire l'envie véritablement de rentrer dans le
00:58:01système.
00:58:02Oui, alors ça, c'est effectivement une jeunesse militante, très, très investie, très mobilisée, très convaincue à partir, on va
00:58:13peut-être qualifier cela d'un conservatisme patriote, patriotique.
00:58:17Ça a été beaucoup entendu, mis en avant dans le documentaire et qui, du coup, va s'engager parce que
00:58:27l'engagement n'est pas qu'un engagement de gauche ou qu'un engagement en dehors des organismes institutionnels ou
00:58:34des partis ou des syndicats.
00:58:36Il y a aussi toutes sortes d'engagements aujourd'hui qui s'expriment dans la jeunesse, mais y compris cet
00:58:40engagement patriotique.
00:58:42Par exemple, on observe aussi un retour des engagements dans les armées, dans, voilà, par exemple...
00:58:48Pour vous, ça participe du même mouvement ?
00:58:50Ça participe du même mouvement. D'ailleurs, il y en a un que l'on entend à un moment donné
00:58:55qui dit qu'il a hésité à s'engager dans les armées...
00:58:58Dans l'armée, d'ailleurs, la guerre était une grille de lecture du monde et de la société française. C
00:59:05'est assez fascinant, d'ailleurs, ce discours martial.
00:59:07Oui. Moi, ça m'a frappé quand même. Ce qui m'a frappé, c'est quand même l'attention portée
00:59:12par ces jeunes au patriotisme quand même, à la défense du pays, à l'attachement à ce qu'est la
00:59:17France.
00:59:18C'est très mis en avant, en tout cas, dans leur discours.
00:59:20Maxence Wimbrecq, comment est-ce que vous, vous considérez ces jeunes cadres aujourd'hui ? Ils ont à cœur de
00:59:29porter une idéologie ou est-ce qu'ils ont à cœur de faire carrière ?
00:59:33Alors, moi, je me rappelle de la génération Sarkozy. Les jeunes pop, 2005-2007, il y avait un élan jeune
00:59:40autour de Nicolas Sarkozy.
00:59:42Et Jordan Bardella, d'ailleurs, prend pour modèle Nicolas Sarkozy. La grande différence, c'est que...
00:59:46C'est intéressant, je vous interromps un instant parce que vous faites le lien avec la jeunesse qui a entouré
00:59:52Nicolas Sarkozy.
00:59:53Là, ce qu'on voit chez ces jeunes, c'est qu'il y a une porosité entre droite et extrême
00:59:58droite.
00:59:59C'est-à-dire que pour eux, on a l'impression que cette ligne rouge qui divisait les deux camps
01:00:04n'existe absolument pas dans leur esprit.
01:00:06Non, non, la frontière a largement sauté parce que c'est le même réseau, c'est les mêmes sorties, c
01:00:14'est les mêmes soirées, c'est les mêmes figures.
01:00:15Ah oui, les mêmes soirées.
01:00:17Mais bien sûr, dans le livre de Nicolas Massol et Marie-Lou Magal sur la génération Bardella,
01:00:22ils racontent très bien dans le détail à quel point Stanislas Rigaud, Éric Tegner et Alexandre Roubaix et Pierre Meurin,
01:00:29tout ce monde-là vit finalement dans le même écosystème.
01:00:32Et donc, oui, c'est un écosystème commun où les frontières sont tombées.
01:00:36Pour revenir à la génération Sarkozy, c'était l'élan Sarkozy,
01:00:40mais ce n'était pas aussi puissant en termes de moteur idéologique qu'aujourd'hui avec cette génération Bardella.
01:00:46Je pense que Bardella peut passer, Bardella peut redevenir simple député européen.
01:00:51Cette jeunesse-là restera là.
01:00:53Là où celle qui a porté au pouvoir Nicolas Sarkozy, Benjamin Lancart ou d'autres, bref, se sont évanouis dans
01:00:59la nature.
01:01:00Ils étaient là pour suivre une espèce d'élan réformateur, ils travaillaient plus pour gagner plus.
01:01:06Ce n'était pas du tout les mêmes moteurs de l'engagement.
01:01:12Et je pense que l'engagement aujourd'hui est beaucoup plus fort et restera dans la durée.
01:01:16Paul Lebachère, ce qui est nouveau avec cette génération, c'est justement qu'il n'y a plus pour eux
01:01:20de frontières droites, extrêmes droites, vous qui les suivez au quotidien.
01:01:22Il y a même un seul profil qui correspond parfaitement à ce que vous venez de dire.
01:01:25Il s'appelle Charles Aloncle.
01:01:26Charles Aloncle, on l'a tous connu pendant la commission d'enquête sur l'audiovisuel public, où il a été
01:01:31très très offensif.
01:01:32Ici à l'Assemblée d'ailleurs.
01:01:33Il est un ancien patron des jeunes pour Sarkozy, entre 2012 et 2016.
01:01:37D'accord.
01:01:38Donc c'était un sarkoziste, post-défaite de 2012.
01:01:41Donc il y a des choses qui ont changé.
01:01:42Il était là pour le retour de Sarkozy quand il est revenu à la tête de l'UMP qui est
01:01:46devenu LR.
01:01:46Il a tenté sa chance à la primaire de la droite.
01:01:49Finalement, il s'est fait battre par François Fillon et Alain Juppé.
01:01:52Et aujourd'hui, il est député UDR d'Éric Ciotti.
01:01:55Oui.
01:01:56Mais avant d'être député UDR...
01:01:57Il a franchi le Rubicon puisqu'Éric Ciotti lui...
01:01:59Il a franchi le Rubicon parce que même avant de l'être UDR, il était en réalité député RN.
01:02:02Sauf qu'Éric Ciotti avait besoin de troupes massives pour constituer son groupe.
01:02:07Parce que personne n'a l'air, vous l'avez suivi quand il a décidé de toper avec Marine Le
01:02:10Pen.
01:02:10Il est tombé sur... Il a choisi Charles Aloncle.
01:02:14Donc Charles Aloncle...
01:02:16C'est une partie de cette génération-là.
01:02:16C'est cette génération-là de...
01:02:18Un archétype.
01:02:19Voilà.
01:02:20Alors il est un peu plus vieux que...
01:02:21Mais c'est un modèle chimiquement pur de ce qu'on a vu.
01:02:23Exactement.
01:02:24Comme Guilhem Carayon, président des jeunes LR, qui a basculé aussi en 24.
01:02:27Anne Muxel, qu'est-ce que ça dit de la politique française ?
01:02:31Moi, ce qui me fascine, c'est est-ce qu'on peut parler véritablement de génération Bardella ?
01:02:34Si on regarde du côté des électeurs, quand on dit les jeunes, là on a parlé des cadres, mais il
01:02:39y a aussi évidemment les électeurs, les jeunes, ça ne veut rien dire.
01:02:43Les jeunes ne votent pas majoritairement Rassemblement National ou Reconquête.
01:02:49Non, non, non, bien sûr.
01:02:50Là, nous avons dans ce documentaire des jeunes très particuliers.
01:02:54N'oublions pas que ce sont des jeunes qui sont devenus déjà des acteurs importants au sein de leur formation
01:02:59politique, mais aussi qui sont des étudiants.
01:03:01On n'est pas dans n'importe quelle jeunesse.
01:03:04des étudiants en droit, des étudiants en histoire.
01:03:07Oui, certains sont à Assas.
01:03:09Qui en plus trouvent beaucoup de légitimité, pour poursuivre ce qui vient d'être dit, légitimité aussi dans la progression
01:03:17des idées conservatrices d'extrême droite, populisme autoritaire, appelons-les comme on veut,
01:03:23dans l'ensemble des pays européens, aux Etats-Unis.
01:03:27Voilà, on voit bien qu'il y a aujourd'hui, contrairement aux années Sarkozy, il y a quelque chose d
01:03:32'un...
01:03:32Voilà, ils ont le vent en poupe, donc ça leur donne beaucoup plus de force.
01:03:36Ils sont galvanisés, ils y croient, parce que bien au-delà des seules frontières nationales, ça participe aussi d'un
01:03:44mouvement d'idées, d'un mouvement culturel qui déborde.
01:03:48Le seul pays. Alors pour revenir juste à la question sur les jeunes, je crois qu'il faut effectivement bien
01:03:57faire la part des choses.
01:03:59La jeunesse en France, voilà, elle se divise, se fracture, et surtout en fonction du niveau de diplôme.
01:04:08Il y a la jeunesse qui étudie, qui poursuit ses études supérieures, longues, bien souvent, que l'on voit là.
01:04:16Et puis il y a une jeunesse qui sort très tôt du système scolaire, qui rentre sur le marché du
01:04:22travail, souvent dans des positions très précaires,
01:04:24qui passe par l'alternance, l'apprentissage, des boulots intérimaires, et qui même après, entrant sur le marché du travail,
01:04:33sont dans des postes peu qualifiés, mal qualifiés, pas bien payés.
01:04:36Bref, là, ça c'est le ressort, c'est cette jeunesse-là qui vote, effectivement, de façon préférentielle pour le
01:04:43Rassemblement national.
01:04:44– Donc ce sont quasiment deux jeunesses, c'est assez paradoxal en fait.
01:04:47– Ah oui, qui n'apparaissent pas du tout dans le documentaire, bien sûr.
01:04:50– Oui, non mais là, ce qui est intéressant, c'est de voir que ça se passe à l'université.
01:04:53Alors, ce n'est pas spontanément ce qu'on imagine lorsqu'on pense à l'électorat du Rassemblement national, par
01:04:57exemple.
01:04:58– Ah non, et puis la cocarde étudiante qu'on a vue se monter dans le documentaire, c'est une
01:05:02micro-structure qui a eu du mal à exister,
01:05:05qui a eu du mal à s'insérer dans les différentes facs, au-delà de celles d'Assas.
01:05:08Je veux dire, il faut bien mesurer que tout ça reste quand même relativement parcellaire.
01:05:13À la rentrée, par exemple, il y a eu la fête de l'UMA, Jean-Luc Mélenchon et des milliers
01:05:17de personnes.
01:05:18En même temps, il y a eu la rentrée d'Éric Zemmour et Sarah Knafow à Port-Marly.
01:05:22Bien, la salle, globalement, c'était des têtes blanches.
01:05:25Et oui, il y avait des jeunes pour applaudir Éric Zemmour,
01:05:27mais enfin, ils étaient minoritaires dans cette salle de Port-Marly.
01:05:30Donc, pas non plus.
01:05:32Imaginez une vague aussi massive, la vraie vague massive, jeune.
01:05:37Elle est derrière Jean-Luc Mélenchon aujourd'hui et dans le monde universitaire, bien sûr.
01:05:42Que disent les chiffres, par exemple, d'un mot ?
01:05:44La France insoumise, dans les universités, elle est partout.
01:05:46Elle est dans toutes les facs publiques de France.
01:05:48La cocarde étudiante, c'est quelques petites structures dans les facs classées à droite.
01:05:54Et en termes d'électorat, aujourd'hui, il y a quasiment, pour les 18-24 ans,
01:05:58je pense qu'il y a trois fois plus d'électeurs LFI que d'électeurs RN.
01:06:02Trois fois plus, mais c'est difficile à mesurer, Anne Muxel ?
01:06:05On peut reprendre la suite.
01:06:06Puisqu'on a un sondage et une enquête, notre enquête électorale qui vient d'être publiée,
01:06:12donc j'ai regardé de très près, 44% des 18-24 ans ont l'intention de voter Jean-Luc
01:06:17Mélenchon,
01:06:1820% ont l'intention de voter Marine Le Pen.
01:06:21En revanche, et ça me permet de dire, quand on parle de jeunes, il y a jeunes et jeunes,
01:06:25les 18-24, les tout jeunes, ne votent pas de la même façon que les 25-34.
01:06:31Les 25-34 votent moins pour LFI et votent bien davantage pour Marine Le Pen.
01:06:36Les 25-34, c'est intéressant, Paul Le Bachar, puisque vous, vous les rencontrez,
01:06:40et d'ailleurs c'est un profil assez particulier.
01:06:43C'est le fait nouveau pour Marine Le Pen et ses stratèges depuis 2022.
01:06:50L'électorat qui leur a manqué en 2017 et 2022,
01:06:53alors 2017 est particulier parce qu'il y avait l'échec du débat entre deux tours,
01:06:57mais 2022, ils ont compris qu'en fait, ils n'avaient pas la France du travail.
01:07:00Ils n'avaient pas les cadres, ils n'avaient pas les gens qui rentraient dans le marché du travail
01:07:03et qui, à 34 ans, avaient déjà commencé à vouloir acheter une maison,
01:07:08fonder une famille, commencer à payer des impôts,
01:07:09donc changer de paradigme de vie, c'est-à-dire qu'on sort de la vie étudiante
01:07:14et on rentre dans la réalité de la ville, les factures, l'école, les enfants, les nounous, machin.
01:07:18Et tout le travail de Marine Le Pen, de ses stratèges, entre 2022 et aujourd'hui,
01:07:22c'était d'investir ce champ-là électoral.
01:07:25Donc ceux qui ont plus de 25 ans, qui sont plutôt diplômés,
01:07:29ils sont où d'ailleurs en général ? Ils ont eu quelle formation ?
01:07:31Parce qu'ils ne viennent pas particulièrement des facs publics, on vient de l'entendre.
01:07:35Non, là c'est tout corps social confondu, tout classe sociale confondue, tout revenu confondu.
01:07:41Alors évidemment, il y a toujours un plafond de verre, plus le revenu monte,
01:07:44moins on vote encore pour Marine Le Pen et le VRN, mais ça commence à changer un petit peu.
01:07:47Et ils se sont dit que c'était là, leur force, c'était de remplacer le macronisme
01:07:52par le marinisme dans cette France du travail-là.
01:07:55Et aujourd'hui, ils gagnent en fait, ils ont réussi à récolter quelque chose.
01:07:58C'est-à-dire que les 25-34 ans, c'est pour eux un peu vraiment le trésor.
01:08:03C'est-à-dire que c'est la France qui commence à travailler.
01:08:06Parce qu'ils savent qu'à partir du moment où la première fois on glisse un bulletin RN,
01:08:09il est très très rare qu'un électeur retire après son bulletin RN à une élection suivante.
01:08:14Si on commence à voter RN tôt, ça vient grossir des rangs et on va continuer à voter RN jusqu
01:08:19'à ce qu'on devienne retraité.
01:08:20Vous vous acquiescez, Maxence.
01:08:21Non mais on ne fait pas demi-tour, alors que Nicolas Sarkozy, on peut faire demi-tour.
01:08:24Non mais c'est vrai.
01:08:25Comment ça expliquez l'image ?
01:08:26Une partie de l'électorat LR a complètement disparu.
01:08:29Et alors qu'ils étaient engagés en 2007 pour Nicolas Sarkozy de manière très très forte.
01:08:35Alors que c'est vrai que l'électorat, Paul a raison, l'électorat RN reste d'une stabilité étonnante au
01:08:41gré des polémiques, au gré des années.
01:08:44À l'époque des électeurs volatils ou des électeurs stratèges.
01:08:47Bien sûr. Alors qu'en plus, la société s'est complètement fracturée, la manière de s'informer aussi, il pourrait
01:08:55y avoir une volatilité plus forte.
01:08:57Et en fait, on constate que non, pas du tout.
01:09:00Anne Huxel, c'est intéressant, quand vous travaillez justement sur les ressorts du vote, les raisons pour lesquelles on va
01:09:06voter X ou Y,
01:09:08lorsque vous voyez cette constellation où on voit la cocarde, donc l'association étudiante, le Rassemblement national de la jeunesse,
01:09:17il y a les jeunes Z, ou ce qu'il en reste en tout cas autour de Zemmour, il y
01:09:21a Némésis collectif qui se dit féministe,
01:09:24mais il y a aussi des antiféministes, il y a des masculinistes. Qu'est-ce qui les réunit tous ?
01:09:30Est-ce que c'est une figure, celle de Jordan Bardella ? Est-ce que c'est un fond idéologique
01:09:34et lequel ?
01:09:35Je pense que c'est un fond idéologique plus qu'une figure, même si les deux parties que sont LFI
01:09:41d'un côté et le Rassemblement national de l'autre,
01:09:44qui organisent une polarisation politique dont on parle beaucoup, mais qui aussi est sous-tendue par une forte polarisation affective.
01:09:51Affective ?
01:09:52Oui, ce sont les deux parties pour lesquelles effectivement les personnes, les individus, donc jeunes, moins jeunes,
01:09:58mais se montrent les plus attachés, les plus, voilà, affectivement les plus attachés.
01:10:06Et le logiciel ?
01:10:07Qui d'ailleurs stabilisent, stabilisent justement et fidélisent leur vote.
01:10:11Alors le logiciel de ces jeunes, moi ça m'a beaucoup frappée dans le documentaire.
01:10:13C'est quoi ? C'est l'immigration ? La sécurité ?
01:10:16Bien sûr, l'immigration, mais qui ne vont pas mettre en avant non plus complètement comme ça.
01:10:21C'est-à-dire, ils vont, voilà, parler d'abord de la préférence nationale, de dire qu'il faut d
01:10:25'abord régler les problèmes de la France plutôt que les problèmes des étrangers.
01:10:29C'est ce patriotisme dont j'ai parlé tout à l'heure, mais c'est aussi, d'une façon plus
01:10:35générale, une sorte de nostalgie de ce qu'a été la puissance, la vendeur de la France, de la société
01:10:44passée, des traditions, de la famille.
01:10:47Mais Anne Muxel, vous avez passé combien d'années dans le monde universitaire ? Comment est-ce qu'on peut
01:10:51être nostalgique à 20 ans d'un monde qu'on n'a pas connu ?
01:10:55Mais on est nostalgique à 20 ans d'un monde qu'on n'a pas connu parce que simplement il
01:10:59n'y a aucun narratif ni possibilité de se projeter dans le monde dans lequel on va être projeté.
01:11:04Et donc, s'il y a tant de nostalgie de la part des électeurs jeunes et moins jeunes du reste,
01:11:10si on se raccroche à ce passé souvent complètement réifié, bien sûr, qui n'était pas aussi beau...
01:11:15Ou idéalisé, ça on l'imagine, oui.
01:11:17C'est parce qu'on a peur, on ne sait pas ce qui va se passer dans l'avenir et
01:11:21aucun politique aujourd'hui ne donne des clés pour savoir ce qui va se passer.
01:11:25C'est une grille de lecture aussi du monde qui est assez rassurante.
01:11:29Ce que propose aux jeunes le RN, c'est quand même quelque chose qui rassure parce que finalement l'islamisation...
01:11:35Pourquoi ça rassure puisque ça joue sur la peur ?
01:11:38La peur de l'immigré, la peur de l'insécurité, la peur de...
01:11:41Ça offre une clé de compréhension du monde qui est du déclassement de la France.
01:11:46Et on explique l'enquête PISA, par exemple, les mauvais chiffres de la France par l'immigration et l'islamisation
01:11:52de la France.
01:11:53Et des tas de choses comme ça deviennent plus compréhensibles.
01:11:58Et en effet, ce moteur-là, et sera utilisé pendant toute la campagne présidentielle à coup sûr, ce moteur-là
01:12:04est puissant.
01:12:05Ce moteur-là, vous aussi vous le constatez, le logiciel du « c'était mieux avant », de la nostalgie...
01:12:11Oui, il faut voir le slogan de campagne de Marine Le Pen, le premier slogan de campagne, la renaissance.
01:12:15Alors évidemment, vis-à-vis de sa propre expérience judiciaire...
01:12:19Ce n'est pas François 1er, ce n'est pas non plus Emmanuel Macron qui s'était approprié la référence.
01:12:24Elle le fait elle-même.
01:12:25Ça s'appelle triangulation.
01:12:27C'est du concept simple pour passer des messages très simples.
01:12:31Mais le message, il est très simple, c'est qu'avec moi, la France va renaître, donc elle va revenir
01:12:34à un État précédent.
01:12:37Mais lequel ?
01:12:38Alors lequel ? Évidemment, les contours sont très flous, parce que plus on est précis...
01:12:40Clovis, Saint-Louis, Napoléon, il faut remonter où ?
01:12:44Je pense qu'il y a aussi une autre donnée sur...
01:12:46Ça vous fait rire, Max.
01:12:46Non, non, mais c'est vrai, parce qu'il n'y a pas de référence, c'est pas la France
01:12:49de Mitterrand, c'est pas la France de Chirac.
01:12:51Alors, il y a évidemment le général de Gaulle qui sera sans cesse proclamé dans tous ses discours.
01:12:56Le général de Gaulle ?
01:12:57Ah oui, le général de Gaulle, ils se sont complètement emparés de l'héritage du général de Gaulle.
01:13:01On le voit dans le film.
01:13:02On le voit dans le film, bien sûr.
01:13:03De ceux qui disent, oui, on est gaullien.
01:13:05Donc s'il y a une figure, ce sera celle de de Gaulle et donc la France des années 60.
01:13:09Anne Muxel, est-ce qu'il y a une génération Bardella, comme on a pu parler en 1988 d'une
01:13:15génération Mitterrand ?
01:13:17Parce qu'on ne dit pas génération Marine Le Pen.
01:13:20Personnellement, je me méfie un peu du mot génération, puisque justement, ça unifie des jeunes qui pourtant sont très divers.
01:13:29Donc simplement, il y a sûrement des jeunes qui se retrouvent dans ce modèle qui est porté par Jordan Bardella,
01:13:39un modèle de réussite, un modèle aussi d'un certain charisme, d'une certaine force d'incarnation de ce que
01:13:48peut être un projet politique pour le pays.
01:13:52Est-ce que pour autant, c'est une génération ?
01:13:54Je pense que les choses vont passer. Je ne pense pas que Jordan Bardella soit une figure semblable, par exemple,
01:14:01à celle de François Mitterrand,
01:14:02qui cristallise pour plusieurs décennies une référence importante.
01:14:08Génération Bardella, ça vous parle ?
01:14:09Oui, je suis mesuré aussi sur l'avenir de Jordan Bardella. Franchement, c'est pour moi un grand point d
01:14:15'interrogation.
01:14:16Mais ce n'est pas, Jordan Bardella n'est pas une raison de voter RN ?
01:14:19Non.
01:14:19Ce n'est pas la raison de voter RN et qu'il soit futur Premier ministre ou pas, je pense
01:14:26que l'électorat se déplacera en avril prochain.
01:14:31Après, il a réussi avec les réseaux sociaux quand même à accrocher une partie.
01:14:35Et c'est sûr que pour l'instant, par exemple, le bloc central essaye d'arriver sur TikTok ou sur
01:14:39Instagram.
01:14:40Lui, il a 2,5 millions de personnes qui le suivent sur TikTok, ce qui est absolument considérable.
01:14:44C'est autant qu'un influenceur qui a beaucoup d'influence, pour le dire rapidement.
01:14:49Bien sûr, et Edouard Philippe n'a toujours pas de compte TikTok, par exemple, et il hésite à y aller
01:14:52parce qu'il sait très bien qu'il est loin de tout ça
01:14:55et qu'il ne va pas sortir un paquet de schtroumpfs pour manger et faire une vidéo avec ça.
01:14:58Donc, c'est sûr qu'il y a un relais que n'ont pas aujourd'hui les candidats, par exemple,
01:15:03du bloc central.
01:15:03Même question, Paul. Est-ce qu'il y a une génération Bardella ? Et qu'est-ce qu'il peut
01:15:07devenir ?
01:15:08Il va publier un livre, d'ailleurs.
01:15:09Oui, son troisième livre.
01:15:10Son troisième livre. Il est graphomane.
01:15:14Quel destin.
01:15:16Le titre.
01:15:17C'est le titre, a priori, c'est Gouverner, si les secrets éventés sont bien ceux-là.
01:15:21Et c'était, à la base, son livre de candidats à l'élection présidentielle.
01:15:25Un président.
01:15:25Il se transforme en livre de candidats.
01:15:27Ça préside, ça aurait dû être présidé.
01:15:29Il a peut-être changé de titre, quand même. On peut lui accorder ça.
01:15:31Est-ce qu'il y a une génération Bardella ?
01:15:33Je pense que pour dire qu'il y a une génération Bardella, il faut qu'il y ait plusieurs facteurs
01:15:36qui soient alignés.
01:15:38Il faut le personnage.
01:15:40Il faut une garde autour de lui.
01:15:44Des personnages qui l'accompagnent.
01:15:47Mitterrand, il y avait toute une génération qui était derrière lui, qui l'accompagnait au pouvoir.
01:15:51Après, il a continué le combat, etc.
01:15:53Donc, on voit qu'il y a un étage, chaque étage de la pyramide, en fait,
01:15:56qui, après, construit des mouvements de jeunesse massifs,
01:16:00ou un parti à sa botte, des lieutenants, et puis après, des électeurs.
01:16:06Je pense que peut-être que Jordan Bardella est à l'image de la génération qui arrive aujourd'hui et
01:16:12qui va voter,
01:16:13qui est une génération très éphémère, qui zappe,
01:16:16qui peut aujourd'hui être sur TikTok, mais qui, demain, va être sur autre chose.
01:16:20Et Bardella, il n'a pas construit quelque chose autour de lui de solide.
01:16:24Peut-être parce qu'il y avait Marine Le Pen,
01:16:25et qu'en fait, on ne peut pas construire quelque chose de solide à côté de Marine Le Pen.
01:16:29Il y a une autre personnalité qui est à côté de lui,
01:16:31qui est à peu près le même âge, qui s'appelle Marion Maréchal,
01:16:33mais on ne s'est jamais posé la question de ce qu'il y avait une génération de Marion Maréchal,
01:16:36parce qu'elle-même n'a pas construit quelque chose de solide.
01:16:40Donc, c'est l'histoire qui nous dira s'il y a une génération Bardella
01:16:42qui fera basculer ou pas l'élection de 2027 dans quelque chose de très nouveau,
01:16:47ou est-ce qu'on dira que ce sera une génération Le Pen, finalement,
01:16:49parce que c'est elle qui va gagner ou pas.
01:16:52Voilà, donc je trouve que c'est un peu trop fragile,
01:16:54mais indéniablement, Jordan Bardella, aujourd'hui,
01:16:59est quelqu'un que, s'il est dans la campagne de Marine Le Pen, ça compte.
01:17:02S'il n'y est pas, ça compte aussi.
01:17:04Vous voyez ce que je veux dire ?
01:17:05C'est qu'il est trop important pour les électeurs,
01:17:08pour des jeunes, pour la structure jeunesse du RN,
01:17:13il est trop important pour ne pas être là et ne pas avoir d'incidence.
01:17:17Anne Muxel, oui.
01:17:18Non, à Énan Beaumont, récemment encore, en reportage,
01:17:21on a entendu des électeurs d'Énan Beaumont préférer Jordan Bardella à Marine Le Pen.
01:17:26C'est quand même la marque RN qui, maintenant, depuis...
01:17:28C'est la marque RN qui est plus forte.
01:17:30...a réussi à s'imposer, à FN puis RN,
01:17:33à s'imposer vraiment dans le paysage politique français.
01:17:36Et finalement, voilà, les électeurs ne se posent pas la question,
01:17:39d'ailleurs, on l'a vu dans les intentions de vote,
01:17:42que ce soit que l'on faisait, par exemple, avant l'été,
01:17:45que ce soit Marine Le Pen ou Jordan Bardella qui se présentent,
01:17:48ils étaient au même niveau, finalement, d'intention de vote.
01:17:52C'est le RN et c'est ce qu'ils proposent.
01:17:54Et du coup, le duo qui était parti,
01:17:57Marine Le Pen, Jordan Bardella,
01:17:59était de ce point de vue extrêmement efficace et fort.
01:18:02C'était ça qui était nouveau pour vous ces dernières années,
01:18:06davantage qu'une nouvelle génération
01:18:08qui apparaîtrait à l'extrême droite.
01:18:10Oui, je pense, je pense.
01:18:11Leur force, c'est d'avoir embarqué, effectivement,
01:18:14un nombre important de jeunes comme on l'a vu.
01:18:17En tout cas, c'était passionnant.
01:18:18Merci infiniment à tous les trois
01:18:20d'avoir accepté notre invitation.
01:18:23Débat doc, c'est terminé.
01:18:25On se retrouve très vite sur LCP.
01:18:26Sous-titrage Société Radio-Canada
01:18:39Sous-titrage Société Radio-Canada